Pierre Joseph Georges Pigneau de Behaine

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Mgr Pigneau de Behaine, tableau de Maupérin[1].

Pierre Joseph Georges Pigneau de Behaine[2], (Bá Đa Lộc), né à Origny-en-Thiérache, dans l'Aisne (France) le [3] et mort en Cochinchine le 9 octobre 1799, est un prêtre missionnaire français des Missions étrangères de Paris. Évêque en Cochinchine, il fut également diplomate français. Il contribua fortement à l'implication du royaume de France en Cochinchine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Aîné d'une famille de dix-neuf enfants, il poursuit ses études à Laon, puis à Paris au séminaire des Trente-Trois. Il entre au séminaire des Missions étrangères de Paris en 1765. Il s'embarque en mission en Asie, le 9 septembre 1765[4]. Il est d'abord enseignant au collège général des Missions étrangères qui déménage provisoirement à Hon Dat en 1767. Deux ans plus tard, il en est le supérieur général. Il part à cause de troubles pour Malacca le 11 décembre 1769, puis pour le comptoir français de Pondichéry (qui se relève du saccage de l'Anglais George Pigot) avec quarante-trois séminaristes et domestiques. Il s'installe dans le faubourg de Virampatnam au sud de la ville, où il fait construire un nouveau séminaire.

Nommé évêque in partibus d'Adran, en 1771, par le pape Clément XIV, il devient vicaire apostolique de Cochinchine à la mort de Mgr Piguel le 21 juin 1771 . Il est sacré à Madras, le 24 février 1774. Il s'installe avec trois autres prêtres[5] en 1775 à Hà Tiên dans une région du delta du Mékong qui comprend quatre mille chrétiens[6]. Il y retrouve deux prêtres des Missions étrangères[7]. La région - en pleine guerre civile provoquée par la révolte des Tây Son depuis 1775 - est parcourue par Nguyễn Ánh, futur empereur Gia Long, qui regroupe des troupes en majorité Hoa, fournies par le gouverneur de Hà Tiên, pour reconquérir son trône. En 1778, des pirates cambodgiens attaquent la mission, brûlant l'église et tuant plusieurs chrétiens dont sept religieuses annamites. Pigneau se réfugie avec son séminaire[8] au nord de Saïgon, à Bien Hoa où réside Nguyễn Ánh. Il devient alors un ami proche du prétendant au trône de l'empire d'Annam. Entre différentes campagnes, ce dernier retrouve à la mission, accompagné de quelques mandarins, Pigneau qui le conseille de la conduite à tenir.

Mais en 1782 les Tây Son s'emparent de Saïgon, massacrant des milliers d'habitants. Pigneau s'enfuit au Cambodge, puis à Poulo Way (Phú Quốc)[9] pendant plusieurs mois. C'est alors qu'il retrouve Nguyễn Ánh en pleine déroute, manquant de tout, même de vivres pour ses troupes. L'évêque partage donc ses derniers vivres avec eux, leur sauvant ainsi la vie[10].

Prenant de vitesse les Anglais qui souhaitent traiter avec Nguyễn Ánh, ainsi que les Hollandais de Batavia, Mgr Pigneau de Behaine propose au prétendant l'aide de la France. Il se rend compte également que les Tây Son sont des ennemis irréductibles du christianisme. Son coadjuteur Labartette écrit notamment: « La religion des Tây Son est de ne pas en avoir. Si leur règne dure longtemps, nous aurons bien de la peine à échapper de leurs mains. »[11]. Ils avaient en effet publié des édits de persécution en Haute-Cochinchine[12].

Nguyễn Ánh qui, coalisé avec le roi de Siam, venait à nouveau de se faire battre, accepte. Il confie à l'évêque le sceau royal et son fils Nguyễn Phúc Cảnh, âgé de cinq ans et demi. Pigneau arrive par Pondichéry à Lorient en février 1787. Les ministres de la cour de Versailles sont loin d'être unanimes; seuls Loménie de Brienne ou l'archevêque de Narbonne, Mgr Dillon, comprennent l'avantage commercial vis-à-vis des autres puissances. Louis XVI reçoit finalement en audience l'évêque d'Adran au début de mois de mai 1787 et lui donne un accord de principe.

Le 28 novembre 1787, un traité alliant la France et l'Empire d'Annam est paraphé à Versailles par le comte de Vergennes et le comte de Montmorin pour le roi Louis XVI, et par Nguyễn Phúc Cảnh, le fils de Gia Long assisté de Mgr Pigneau de Behaine. Le royaume de France s'engage à aider Nguyễn Ánh à remonter sur le trône, en échange de quoi, elle obtient le port de Tourane, l'île de Poulo Condor et surtout le commerce exclusif avec la France. Pigneau repart le 27 décembre 1787 avec le jeune prince et huit missionnaires.

Tombe à Saïgon

Cependant il n'obtient aucune troupe de la part du gouvernement et le traité n'est pas exécuté[13]. C'est donc sur la fortune de donateurs[14] et de sa famille (quinze mille livres[15]) qu'il achète lui-même munitions et matériel et qu'il recrute trois cent cinquante marins volontaires et vingt officiers de marine, dont Olivier de Puymanel, Jean-Baptiste Chaigneau, Philippe Vannier et Jean-Marie Dayot. Ceux-ci forment les soldats annamites et construisent un réseau de citadelles à la Vauban, dont la plus importante est la citadelle de Saïgon.

Mgr Pigneau de Behaine meurt le 9 octobre 1799 pendant le siège et juste avant la conquête de la forteresse de Qui Nhơn, dernier appui des usurpateurs du trône d'Annam, les Tây Sơn.

Nguyễn Ánh retrouve son trône en 1802.

Bilan[modifier | modifier le code]

On peut dire que l'évêque d'Adran a beaucoup marqué cette période en Cochinchine et en Annam, et que l'histoire de la colonisation de l'Indochine par la France n'aurait pas été la même sans lui. Il a été l'organisateur et s'est adjoint les services d'Olivier de Puymanel pour l'armée et les fortifications, de Jean-Marie Dayot pour la marine et la cartographie. L'armée et la marine furent organisées à la française pendant que les fortifications l'étaient à la Vauban.

Une statue est élevée devant la cathédrale Notre-Dame de Saïgon en 1902, représentant l'évêque d'Adran tenant son élève par la main, le jeune prince Nguyễn Phúc Cảnh (1780–1801).

Auteur du premier dictionnaire latin-annamite[modifier | modifier le code]

Il est également l'auteur d'un dictionnaire latin-annamite, le Dictionarium Anamitico Latinum[16], dont le manuscrit a été complété par Jean-Louis Taberd qui l’a fait imprimer (en 1838) avec son propre dictionnaire aux presses baptistes de Serampore, comptoir commercial danois entre Calcutta et Chandernagor. Hồng Nhuệ Nguyễn Khắc Xuyên en a publié une présentation et une traduction en vietnamien[17].

Hommages en France[modifier | modifier le code]

Statue de Mgr Pigneau de Behaine devant la cathédrale Notre-Dame de Saïgon, remplacée aujourd'hui par une statue de la Vierge

La maison natale de Mgr Pigneau de Behaine, à Origny-en-Thiérache, a été transformée, en 1953, en un « Musée Monseigneur-Pigneau-de-Behaine », principalement consacré aux civilisations extra-européennes, asiatiques notamment, et à l'histoire.

Les cendres de Mgr Pigneau de Behaine ont été exhumées en 1983 par Jean-François Parot, consul général de France à Saïgon, et ramenées en France à bord du bâtiment de la Marine Nationale, la Jeanne d'Arc. Une partie repose à la chapelle de la rue du Bac et l'autre à l'église de son village natal. Le retour des cendres de l'évêque d'Adran eut lieu le 2 octobre 1983 à Origny-en-Thiérache en présence des autorités civiles et religieuses. M. Parot prononça l'éloge funèbre de Pierre Pigneau de Behaine. Le récit de son exhumation et de celles de Mgr Miche et de Mgr Charbonnier, de Francis Garnier et de Doudart de Lagrée fut publié par Cols bleus, périodique de la Marine Nationale.

Philatélie

  • Un timbre de 20 centimes, représentant l'évêque d'Adran fut émis par l'administration des postes d'Indochine, y figurent en bas à gauche et à droite les noms Chuoc et Ideo.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Visible rue du Bac à Paris aux Missions étrangères de Paris
  2. Autres appellations : Maître Vero par les Cochinchinois, Monseigneur des Cuirs par ses ennemis ou ses moqueurs à la cour de Louis XVI (son père était tanneur), ou encore Bá Ða Lộc par les Vietnamiens.
  3. Acte de baptême
  4. Gilles van Grasdorff, La Belle histoire des missions étrangères 1658-2008, Paris, éd. Perrin, 2007, p. 235
  5. Julien Faulet, Pierre Langenois (pas encore ordonné) et Tite Leclerc ancien jésuite
  6. Gilles van Grasdorff, op. cité, p. 235
  7. Blaise Grenier et Nicolas Levavasseur
  8. Le séminaire des Saints-Anges
  9. Île du golfe du Siam
  10. Gilles van Grasdorff, op. cité, p. 237
  11. Adrien Launay, Histoire générale de la Société des Missions étrangères, Paris, Les Indes savantes, 2001
  12. Frédéric Mantienne, Monseigneur Pigneau de Behaine, évêque d'Adran, dignitaire de Cochinchine, études & documents, AMEP, 1999
  13. Philippe Papin Histoire de Hanoï, Paris, Fayard, 2001, p. 196
  14. Notamment de riches négociants de l'île Bourbon et de l'île de France
  15. Gilles van Grasdorff, op. cité, p. 238
  16. Pigneau de Behaine (Bá Ða Lộc, Bỉ Nhu), Dictionarium Anamitico Latinum [1772-1773]. Édition en fac-simile du manuscrit original, Documents des Archives des Missions Étrangères de Paris, 2001, 729 p. 34,5x24. [Caractères nôm, vietnamien, latin ; expressions]
  17. Tự vị Annam Latinh, préfacée par Nguyễn Ðình Ðầu, Thành phố Hồ Chí Minh, Nhà xuất bản Trẻ, 1999, 574 p. 14x20
  • Histoire d'Origny-en-Thiérache et de ses environs par Edouard Michaux, chapitre XXIX

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Son nom a été donné à un cargo des Messageries Maritimes: