Pierre Jean Robiquet

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Pierre Robiquet

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portrait vers 1825/1830

Naissance 14 janvier 1780
Rennes (35) France
Décès 29 avril 1840
Paris (75) France
Nationalité Français

Pierre Jean Robiquet, né à Rennes le 14 janvier 1780 et mort à Paris le 29 avril 1840, est un chimiste français, auteur d'avancées fondatrices dans l'identification des acides aminés, avec la reconnaissance du premier d'entre eux l'asparagine, dans l'émergence de l'industrie des colorants industriels, avec l'identification de l'alizarine, et de l'élaboration des médicaments de synthèse, avec l'identification de la codéine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Une jeunesse modelée par les soubresauts de la Révolution Française[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille de laboureurs éduqués de la Manche (Anneville), son père quitta les terres paternelles vers 1770 pour s'établir dans les milieux de libraires et imprimeurs de Rennes, où il tenait boutique rue Royale. Ce père attentif et visiblement ambitieux s'efforça de donner une solide éducation à ses enfants (François Guillaume, un frère aîné de Pierre Jean, devint ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, ses sœurs épouseront l'une François Cousin-Danelle, originaire comme les Robiquet d'Anneville, qui prit vraisemblablement la succession de son beau-père comme imprimeur-libraire à Rennes, et l'autre Jean-Baptiste Marteville, un officier des armées de la Révolution originaire de Saint-Malo).

Pour Pierre, sa famille aurait eu l'ambition de le destiner à l'état d'architecte, et l'envoya fort jeune au collège de Château-Gontier, un établissement fort réputé de l'époque. Les bouleversements de la période révolutionnaire allaient en disposer tout autrement; ce collège ayant été fermé, comme la plupart des établissements sous obédience religieuse dès les troubles graves de la Révolution française de fin 1792/début 1793, le jeune Robiquet revint dans sa famille; son père et sa mère, coupables de sympathies girondines (selon la notice de l'ouvrage de L. G. Michaud, volume 36, pages 190-192) furent emprisonnés, tous leurs biens confisqués. Pierre Robiquet aurait alors trouvé un bref refuge chez un menuisier, puis, et ce fut un tournant décisif, il est placé, sans doute via des relations de famille, chez un pharmacien de Lorient du nom de Clary, chez qui il serait resté un an, du 1er prairial an II au 4 prairial an III (soit du 20-5-1794 au 25-5-1795). Il est ensuite pris quelque temps comme garçon de laboratoire dans le laboratoire de Chedeville, pharmacien de la marine à Lorient; dans cet établissement les fabrications chimiques sont conduites à une échelle significative et il accède à des éléments de formation de chimiste et aux méthodes de fabrication industrielle des produits; il a tout juste quinze ans.

Sur ces espaces nouveaux de la pharmacie et de la chimie, Pierre-Jean Robiquet allait désormais tracer le chemin qui allait le mener jusqu'à l'Académie des Sciences.

Ses parents ayant recouvré leur liberté, il revint auprès d'eux à Rennes et reprend un cours normal de formation au sein de l'école centrale de la ville (ces structures éphémères d'enseignement secondaire, qui remplacent les collèges d’Ancien Régime désorganisés et dans leur quasi-totalité fermés au plus fort de la Révolution, avec une volonté inscrite dans les programmes de développer l'enseignement scientifique, dont la physique expérimentale et la chimie, et assurées par des professeurs ayant un statut officiel de l'État, ont été mises en place, à l'instigation de Joseph Lakanal et de Pierre Daunou, par un décret du 25 février 1795 modifié ensuite par le titre II de la loi Daunou du 3 brumaire an IV (25 octobre 1795) sur l'organisation de l'instruction publique; elles ont été supprimées sous l'impulsion de Jean-Antoine Chaptal par loi du 11 floréal an X (1er mai 1802) et remplacées par les lycées napoléoniens).

À l'issue de ces études, il se rendit à Paris pour y perfectionner son éducation pharmaceutique, notamment en suivant le cours d'Antoine-François Fourcroy, et entra comme pensionnaire dans un établissement que celui-ci avait formé pour la fabrication de produits chimiques avec Louis-Nicolas Vauquelin, où il se lia d'amitié avec Louis Jacques Thénard, avec lequel il commence une étude sur les calculs de la vessie.

En 1799 (il a alors 19 ans), il dut se rendre à l'armée d'Italie, où il se trouva presque aussitôt enfermé dans Gênes, que défendit Masséna, et où il eut à supporter toutes les privations d'un siège. Il assista par la suite aux cours du physicien Volta et de l'anatomiste Antonio Scarpa.

De retour en France, il est employé à l'hôpital militaire de Rennes, puis fut nommé à l'hospice militaire du Val-de-Grâce à Paris. Il entra dans le laboratoire particulier de Louis-Nicolas Vauquelin, aux recherches duquel il collabore, obtenant notamment avec lui en 1806 un amino-acide extrait de l'asperge, qu'ils appellent asparagine, doté de propriétés diurétiques.

Il est reçu pharmacien le 15 juin 1808, se marie avec une cousine germaine, Laurence Robiquet, et établit une officine de pharmacie, à laquelle il ajouta une fabrique de produits chimiques.

Professeur puis Administrateur de l'École de Pharmacie[modifier | modifier le code]

(source: Société d'Histoire de la Pharmacie)

Le 30 août 1811, par décret de Napoléon alors au château de Compiègne, il est nommé professeur-adjoint d'histoire naturelle des médicaments de l'École de Pharmacie, en remplacement de Jacques Paul Vallée, devenu titulaire de la chaire (il succède à André Laugier).Il donna à ses leçons beaucoup d'éclat par les applications qu'il savait faire de la chimie et de la physique à l'étude des minéraux et à celle des drogues simples, applications jusque-là peu pratiquées.

Robiquet fut aussi répétiteur de chimie à l'École polytechnique - mais les différents biographes donnent des versions un peu différentes de cet épisode, les uns le font nommer à ce poste avant qu'il accède à l'École de pharmacie, les autres l'y voient succéder à Cluzel, décédé en 1813.

Vallée (1772-1814) n'occupa sa chaire à l'École de Pharmacie que peu de temps et Robiquet lui succéda une nouvelle fois, devenant professeur titulaire dès le 5 octobre 1814, avec comme adjoint à compter du 25 janvier 1815 Joseph Pelletier (nommé par Louis XVIII) (lequel conduira en parallèle des recherches de type similaires qui feront de lui, entre autres choses, le découvreur de la quinine avec Joseph Bienaimé Caventou en 1820).

Après 10 ans de professorat, sa santé le contraignit d'abandonner sa chaire de professeur titulaire .Il devient alors administrateur trésorier de l'École de Pharmacie (11 septembre 1824, par arrêté ministériel), et son adjoint Joseph Pelletier lui succède (par décret de Charles X le 25 janvier 1825).

Animateur de la prévoyance active entre pharmaciens et premier Président de la Société de Prévoyance des Pharmaciens (1826)[modifier | modifier le code]

(source: Union des Pharmaciens de la région parisienne)

À partir de 1819 et jusque 1826, il est l'animateur d'une longue démarche de mise en place d'une « prévoyance » active entre les pharmaciens, qui se couronne par la mise en place en 1826 de la « Société de Prévoyance des Pharmaciens du département de la Seine » :

- en 1819, il participe de la création de l'éphémère « Société des Pharmaciens de la Seine » (semble t'il sur une proposition originale de Charles-Louis Cadet de Gassicourt, dont Charles Derosne préside le premier Bureau mis en place le 24 décembre 1819; cette « Société » s'était donné comme but « de rendre à la profession pharmaceutique toute la considération qu'elle méritait et de faire disparaître les abus auxquels elle était en proie » et projetait de comprendre en outre une caisse de secours mutuels et de prévoyance),

- entre 1820 et 1824, il participe dès les premiers moments de l'animation des « Banquets de l'Union des Pharmaciens » (mis en place le 28 octobre 1820 sur une proposition originale de cinq pharmaciens : REYMOND, faubourg Saint-Honoré; DUBLANC aîné, rue du Temple; DUBLANC jeune, rue Saint-Martin ; MOUTILLARD aîné, rue de la Montagne-Sainte-Geneviéve, et MOUTILLARD cadet, rue Saint-Honoré)

- le 6 juillet 1824, lui et cinq autres membres (Benoit, Auguste Dublanc le jeune, Fée, Moutillard, Parra, Raymond) sont délégués par les participants des « Banquets d'Union » en une commission chargée de la rédaction du règlement de formation d'une Caisse de Secours et de Prévoyance entre les Pharmaciens du département de la Seine

- le 5 octobre 1824 le projet de règlement est adopté et un comité provisoire constitué, dont il est nommé président (assisté de BENOIT, vice-président; FÉE, secrétaire; Auguste DUBLANC, secrétaire adjoint; REYMOND, trésorier; Felix CADET DE GASSICOURT, CAYLUS, DELONDRE, HERNANDEZ, MARCHAND et PARRA, administrateurs); les réunions de là Commission provisoire eurent lieu chez son président, ROBIQUET, et aboutissent à la première assemblée générale (11 janvier 1826) à l'École de Pharmacie.

- Le bureau définitif, élu en 1826 se composa de ROBIQUET, président; Pelletier, vice-président; Dublanc jeune et Felix Cadet de Gassicourt, secrétaires; Delondre, trésorier; Reymond, Caylus, Hernandez, Marchand et Baget, assesseurs; la Société de Prévoyance des Pharmaciens était née...

Distinctions académiques[modifier | modifier le code]

Membre de la Société de Pharmacie, il en est Secrétaire Général en 1817 (il le sera jusqu'en 1824), puis Président en 1826, et à nouveau Secrétaire général de 1828 à sa mort en 1840.

Il devient Membre titulaire de l'Académie royale de Médecine le 27 septembre 1820, à sa création, est admis Chevalier de la Légion d'honneur en 1830, et enfin entre à Académie des sciences où il fut élu le 14 janvier 1833 dans la section de chimie, en remplacement de Jean-Antoine Chaptal.

Un chercheur de premier plan aux méthodes exemplaires[modifier | modifier le code]

Son étude pionnière sur la cantharidine, démontrant, dès 1810, la possibilité d'extraire le principe actif d'une matière médicamenteuse complexe, peut être considérée comme fondatrice pour les recherches de chimie appliquée et ouvrit la voie à de nombreuses recherches dès les années qui suivirent.

À la suite de sa nomination à l'Académie des Sciences, il cède sa pharmacie et consacre dès lors le reste de sa vie à des recherches dans son laboratoire, renonçant à toute espèce de relation de société, même au professorat, que dans les derniers temps ses problèmes de santé allant croissant ne lui permirent plus de continuer.

L'un de ses élèves les plus brillants de l'École de Pharmacie, Théodore Gobley, qui deviendra un pionnier de l'étude chimique des constituants du cerveau, découvreur de la classe des phospholipides et qui sera Président de l'Académie Nationale de Pharmacie, devient son collaborateur, puis son gendre, en épousant Laure Robiquet une de ses deux filles (l'autre, Eugénie, épousera également un pharmacien, Adolphe Guillemette), tandis que son fils embrasse lui-même la carrière de pharmacien chercheur.Pierre Robiquet sera également le mentor d'Antoine Bussy, son élève à l'Ecole Polytechnique, qui sera le découvreur du béryllium et un pionnier de l'étude des solvants organiques et notamment de l'acétone, futur président de l'Académie de Médecine puis de l'Académie de Pharmacie.

Dans les dernières années de sa vie, il eut plusieurs de ses amis pour collaborateurs, avec lesquels il publia Recherches sur les amandes amères et leur huile volatile, Recherches sur les semences de moutarde, Recherches sur la garance. Ces travaux ont enrichi la science de corps remarquables sous les points de vue théorique et pratique. Ainsi, l'amygdaline, par sa transformation en acide hydrocyunique, en hydrure de benzoyle, etc., sous l'influence de la synaptase émulsine et de l'eau, présente un fait aussi important pour l'histoire de l'affinité que pour l'analyse immédiate des matières organiques. Enfin, les principes colorants rouges de la garance, de la purpurine, et surtout de l'alizarine, ont enrichi à la fois la chimie et l'industrie.

Il vint ainsi jusqu'au mois d'avril 1840, où, frappé subitement au milieu de ses travaux d'une affection cérébrale, il fut obligé de les interrompre et y succomba après quelques jours de souffrances, âgé de 60 ans.

« Les travaux de Robiquet, a dit Eugène Chevreul, se recommandent par le nombre, la diversité des sujets, la délicatesse des procédés d'analyse immédiate, l'exactitude des expériences, la finesse et l'originalité même des aperçus, l'intérêt des résultats, portant souvent sur la science pure aussi bien que sur l'application ».

Travaux[modifier | modifier le code]

Pierre-Jean Robiquet développera tout au long de sa carrière une démarche entièrement axée sur l'obtention de principes actifs extraits de différents organismes vivants dont l'expérience courante a mis en évidence des propriétés pharmaceutiques, médicamenteuses ou toxiques.

La mise en évidence d'une brique essentielle du monde vivant: les acides aminés- Découverte de l'asparagine[modifier | modifier le code]

Collaborateur de Louis-Nicolas Vauquelin, en 1805, il participe à l'obtention, à partir des asperges, dont les propriétés diurétiques sont connues depuis longtemps, de l'asparagine, substance qui en est le principe actif et le tout premier des acides aminés identifiés dans les tissus vivants, dont l'obtention fixa l'attention des chimistes par la limpidité et la beauté de ses cristaux.

Durant l'été 1805, Pierre Robiquet isole du suc d'asperges plusieurs cristaux dont deux espèces « parurent appartenir à des substances nouvelles » ; l'une des deux tout spécialement « parfaitement blanche et transparente lorsqu'elle avoit cristallisé plusieurs fois, a une saveur fraiche légèrement sucrée qui excite la salive; elle est dure, cassante et présente une forme régulière ».

Pierre Robiquet et Louis Nicolas Vauquelin, aidés de M.Haüy pour l'analyse cristallographique, soumettent cette substance à différents traitements avec les moyens modestes de l'analyse chimique de ce tout début de XIXe siècle; ils reconnaissent rapidement l'originalité de ce « principe cristallisable comme les sels et qui n'est cependant ni un acide ni un sel neutre, et dont la solution dans l'eau n'est affectée par aucun des réactifs employés pour reconnoître la nature des sels dissous dans l'eau. Le principe dont nous venons de donner les propriétés n'est point un produit accidentel et dépendant de quelques circonstances particulières de la végétation; nous l'avons depuis ce temps-là constamment retrouvé... »

Sans entrevoir qu'ils viennent de révéler l'une des briques de la construction du vivant, ils réalisent clairement qu'il s'agit là d'une classe entièrement nouvelle de molécules « Depuis longtemps... on n'a trouvé dans les végétaux un principe immédiat aussi singulier que celui dont nous allons parler ».

L'asparagine est le premier des 22 acides aminés qui président à la construction des protéines du vivant à être ainsi isolé;

Les progrès sur ces constituants fondamentaux allaient rester très lents tout au long du XIXe siècle. Une forme polymère, la cystine, d'une autre acide aminé, la cystéine, est isolée en 1810, mais sa forme de base monomère n'est identifiée qu'en 1884 [1]; la leucine et la glycine furent identifiées en 1820 [2].

Recherches diverses en pharmacologie[modifier | modifier le code]

Quatre ans plus tard, en 1809, il obtient à partir de la racine de réglisse une substance sucrée qui n'a pourtant du sucre ordinaire que la saveur douce, qu'il appelle glycyrrhizine.Il met en évidence en outre un constituant gras et résineux (0,8 %), de petites quantités de gomme, des substances albuminiques, des tannins, de l'amidon, un principe colorant jaune, un principe amer (plus tard reconnu comme la glycymarine), et, comme dans l'asperge, une fraction analogue à l'asparagine, qui sera identifiée comme telle en 1828 par un de ses collaborateurs, Auguste Plisson (qui décède très jeune, peu après,en 1832)[1].

Passant à des objets du monde animal, en 1810 il isole pour la première fois de Lytta vesicatoria la cantharidine, une molécule complexe aux propriétés vésicatoires puissantes, qui joue un rôle important dans l'écologie de plusieurs types d'insectes qui l'utilisent comme moyen de défense afin de préserver leurs œufs des prédateurs [1].

Dès l'Antiquité, donc bien avant qu'on connaisse la structure du principe actif, les mouches espagnoles séchées avaient la réputation d'avoir des vertus aphrodisiaques. En réalité, ces propriétés supposées de la cantharidine ne sont attestées ni par la théorie ni par l'expérience. En revanche, il s'agit d'une substance dangereuse dont la toxicité est comparable à celle des poisons les plus violents comme la strychnine[2].

Cette étude pionnière, démontrant, dès 1810, la possibilité d'extraire le principe actif d'une matière médicamenteuse complexe, peut être considérée comme fondatrice pour les recherches de chimie appliquée et sera le point de départ de nombreuses recherches ultérieures.

Il met en outre en évidence dans cette même étude la présence de l'acide urique dans des insectes qui se nourrissent de feuilles.

Dès 1816 avec Jean Jacques Colin il s'intéresse à l'huile d'amandes amères (le fruit du Prunus dulcis), sujet sur lequel il reviendra pendant 15 ans[3]. Robiquet et Colin analysent la présence d'un constituant qu'ils appellent éther hydrochlorique, en réalité le 1,2-dichloroéthane, et suggèrent son utilisation comme stimulant médicinal. Quinze années plus tard, cette fois en collaboration avec Antoine François Boutron Charlard, Robiquet extrait l'amygdaline de ces mêmes amandes amères, un glycoside qui sera testé au XIXe siècle comme anti-cancéreux par Ernst T. Krebs sous le nom de « Vitamine B17 », mais sans résultats concluants. Ce travail, qui menait aux portes des composés aromatiques, resta toutefois inachevé, ne parvenant par exemple pas à expliquer la production de benzaldéhyde dans certaines des réactions de dissociation qu'ils effectuèrent, et il devait revenir à Friedrich Wöhler et Justus Liebig de tirer toutes les conclusions quant à la structure de l'amygdaline et à la mise en évidence du radical benzoile C7H5O dans une étude conduite quelques mois plus tard (1832).

Des études ultérieures menées aux États-Unis depuis 1972 notamment au Sloan-Kettering Cancer Institute tant sur l'amygdaline que sur le laetrile, un composé de structure voisine, n'ont pu prouver aucune efficacité anti-cancérologique, alors même que sa dégradation spontanée in corpore par la beta-glucosidase présente notamment dans l'intestin grêle pouvait conduire à des taux élevés de cyanure risquant d'induire des risques élevés pour les patients.

De l'usage de colorants naturels à leur synthèse industrielle: l'étape pionnière de l'alizarine[modifier | modifier le code]

Le grand enjeu des chimistes du XIXe siècle, ce sont les colorants naturels, et la recherche de la mise au point de leur synthèse industrielle. Ce domaine sera un champ de recherche privilégié de Pierre-Jean Robiquet.

Les lichens, avec lesquels on prépare l'orseille, cette matière colorante violette, sont pour lui l'occasion de la découverte du variolarin.

En 1826, en collaboration encore avec Jean-Jacques Colin, Pierre-Jean Robiquet extrait de la racine de la garance deux colorants, l'alizarine, un colorant rouge très persistant et promis à un bel avenir industriel, et la purpurine, un colorant plus instable.

L'alizarine devait devenir le premier colorant naturel à être synthétisé par voie industrielle, par un procédé mis au point en 1868 par deux chimistes allemands, Karl Graebe et Karl Lieberman, tous deux employés de la société BASF, à partir de l'anthracène. Cette même voie de synthèse était obtenue presque en même temps et de façon indépendante par un chimiste anglais, William Perkin, le groupe BASF en obtenant tous les droits grâce à un unique jour d'antériorité dans le dépôt de son brevet !

En 1829 il découvre l'orcine dans le lichen Variolaria dealbata principe incolore, cristallisable, de saveur sucrée et ayant la propriété de se transformer en un corps violet sous l'influence de l'eau, de l'oxygène et de l'ammoniaque.

De l'usage des drogues naturelles extraites des plantes à la synthèse des premiers médicaments : l'étape pionnière de la codéine[modifier | modifier le code]

En 1832, Robiquet examine l'opium, dont il s'était déjà occupé à plusieurs reprises ; la codéine, un des principes actifs de cette sorte de thériaque naturelle, est découverte et parfaitement définie, elle est aujourd'hui d'usage universel comme antitussif, anti-diarrhéïque et complément alimentaire, l'un des principes médicamentaux les plus utilisés au monde; de nos jours, la codéine est communément obtenue par voie de synthèse chimique à partir de la morphine (méthylation d'une liaison O-H) plutôt que par extraction directe de l'opium.

L'acide méconique, à peine connu auparavant, est étudié soigneusement, et les modifications qu'il éprouve de la part de la chaleur, sont déterminées avec précision.

Les dernières années sont consacrées, avec l'aide de ses collaborateurs, à la publication du détail de ses travaux.

Références et sources[modifier | modifier le code]

  • « Pierre Jean Robiquet », dans Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes avec la collaboration de plus de 300 savants et littérateurs français ou étrangers, 2e édition,‎ 1843-1865 [détail de l’édition]
  • Pierre Jean Robiquet (1780-1840), dans Figures pharmaceutiques françaises, 3 p, de Pierre Crété.
  • Antoine Bussy. Eloge de Pierre Robiquet. Journal de Pharmacie, avril 1841, p220-242.
  • Histoire des apothicaires chez les principaux peuples du monde, par Adrien Philippe (1853)

Principales publications[modifier | modifier le code]

  • 1805 : Essai analytique des asperges Annales de chimie, 55 (1805), 152–171
  • 1806 : La découverte d'un nouveau principe végétal dans le suc des asperges L.N.Vauquelin et P.J.Robiquet, Annales de Chimie, 57, p. 88–93.
  • 1810 : Expériences sur les cantharides, Robiquet, Annales de Chimie, 1810, vol. 76, p. 302-322.
  • 1812 : Observations sur la nature du kermès, Robiquet, Annales de Chimie, 81 (1812), 317–331.
  • 1816 : Recherches sur la nature de la matière huileuse des chimistes hollandais, Robiquet, Colin, Annales de Chimie et de Physique, 1816, vol. 1, p. 337-45.
  • 1817 : Observations sur le mémoire de M. Sertuerner relatif à l’analyse de l’opium, Robiquet, Annales de Chimie et de Physique, 5 (1817), 275–278;
  • 1822 : Nouvelles expériences sur l’huile volatile d’amandes amères, Robiquet, Annales de Chimie et de Physique, 21 (1822), 250–255.
  • 1826 : De l'emploi du bicarbonate de soude dans le traitement médical des calculs urinaires
  • 1826 : Sur un nouveau principe immédiat des végétaux (l’alizarine) obtenu de la garance Robiquet, Colin, Journal de pharmacie et des sciences accessoires, 12 (1826), 407–412
  • 1827 : Nouvelles recherches sur la matière colorante de la garance, Robiquet, Colin, Annales de chimie et de physique, 34 (1827), 225–253
  • 1829 : Essai analytique des lichens de l’orseille, Robiquet, Annales de chimie et de physique, 42 (1829), 236–257
  • 1830 : Nouvelles expériences sur les amandes amères et sur l'huile volatile qu'elles fournissent Robiquet, Boutron-Charlard, Annales de chimie et de physique, 44 (1830), 352–382
  • 1831 : Nouvelles expériences sur la semence de moutarde
  • 1832 : Nouvelles observations sur les principaux produits de l’opium, P. J. Robiquet, Annales de chimie et de physique, 51 (1832), 225–267
  • 1832 : Notice historique sur André Laugier (suivie d'une autre notice sur Auguste-Arthur Plisson)
  1. http:///www.ibiblio.org/herbmed/eclectic/kings/glycyrrhiza.html
  2. Robiquet. M., Ann. Chim., 1810, vol. 76, pp. 302-307.
  3. Robiquet, Colin: Recherches sur la nature de la matière huileuse des chimistes hollandais., Annal Chim Phys, 1816, vol. 1, pp.337-45.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Curiosités relatives à Pierre Robiquet à l'École de Pharmacie[modifier | modifier le code]

L'École de Pharmacie, aujourd'hui la Faculté de Pharmacie, est située 4, avenue de l'Observatoire, Paris 5e

  • portrait en tenue de ville, par Devouge, Salle des Actes; visible sur Internet site de la Société d'Histoire de la Pharmacie Salle des Actes, se rendre sur [1]Site de la Société Historique de Pharmacie, rubrique « Ecole de Pharmacie de Paris, Salle des Actes » puis aller jusqu'au portrait no 48
  • Un des médaillons qui ornent la façade de la faculté représente Robiquet (ainsi que d'autres pharmaciens chimistes, tel Chaptal, Houel, Fourcroy, Antoine de Jussieu, Caventou et Pelletier, Brongniart, Newton, Lavoisier, Berthollet, Dumas, Bernard...) (voir [2] Société d'Histoire de la Pharmacie et [3] Les médaillons de la Faculté de Pharmacie de Paris)

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • [4] Origines de la « Société de Prévoyance des Pharmaciens »
  • [5] La codéine : Pierre ROBIQUET (1780-1840)
  • [6] La Création de l'École de Pharmacie
  • [7] Académie Nationale de Pharmacie