Pierre Henry

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Pierre Henry

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Pierre Henry dans son "laboratoire" en 2008

Naissance 9 décembre 1927 (87 ans)
Paris (Drapeau de la France France)
Activité principale Compositeur et musicien
Style Musique concrète et électroacoustique
Lieux d'activité France
Années d'activité 1948 - Aujourd'hui
Collaborations Pierre Schaeffer, Maurice Béjart, Michel Colombier
Formation Conservatoire de Paris
Élèves Éliane Radigue
Nicolas Vérin

Pierre Henry est un compositeur français de musique électroacoustique né le 9 décembre 1927 à Paris[1]. Il est considéré comme l'un des pères de la musique électroacoustique. Il est connu du grand public pour le morceau Psyché Rock de la suite de danses Messe pour le temps présent[2]. Ce morceau, plus accessible au grand public de par sa partie instrumentale rock, n'est toutefois pas forcément représentatif de son œuvre musicale, ou de son approche musicale en général.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et formation musicale[modifier | modifier le code]

Après une enfance passée à la campagne, Pierre Henry entra au Conservatoire de Paris à l'âge de 10 ans[3] (en 1937), pour y faire des études de percussions et d'écriture. Il y suivit l'enseignement de Nadia Boulanger. C'était un très bon pianiste.

Schaeffer et le GRMC[modifier | modifier le code]

C'est en 1946 qu'il rencontra Pierre Schaeffer dans les studios de la Radiodiffusion-télévision française (RTF) dans ce qui s'appelait alors le Club d'essai[4]. C'est à la suite de la création d'une bande son pour un film traitant de l'invisible que Pierre Henry est invité par Pierre Schaeffer à venir auditionner. De cette rencontre va naître Symphonie pour un homme seul (1950), œuvre fondatrice de la musique concrète. Une grande amitié va naître de cette rencontre, et Pierre Henry sera embauché dans les studios de la RTF; il devient chef des travaux du Groupe de recherche sur les musiques concrètes (GRMC)[5] fondé en 1951[4], rebaptisé GRM en 1958. C'est en 1953, au Festival de Donaueschingen, qu'est donné Orphée, le premier opéra concret[4] écrit par Pierre Schaeffer et Pierre Henry en 1951[6].

L'indépendance[modifier | modifier le code]

En 1958, à la suite de désaccords personnels, administratifs et esthétiques, Pierre Henry quitta les studios de la RTF. En 1959, il crée le premier studio d'enregistrement indépendant en France, APSOME (Applications de Procédés Sonores en Musique Electroacoustique)[7]. Ce studio privé consacré aux musiques électroacoustiques, essentiellement équipé de matériel professionnel provenant d'Allemagne, était dans un premier temps situé rue Cardinet, puis, à partir de 1966, à Saint-Germain-des-Prés[8].

En 1982, il crée un second studio de recherche musicale, Son/Ré[9]. Ce studio, situé dans une ruelle du douzième arrondissement de Paris[10], obtient le soutien du ministère de la Culture[11] dès 1982, et celui de la Ville de Paris en 1990[10].

La collaboration avec Maurice Béjart[modifier | modifier le code]

A la fin de l'année 1949 débute la collaboration entre Pierre Henry et le chorégraphe Maurice Béjart[10]. C'est dans le cadre de cette collaboration que Pierre Henry réalisa son œuvre la plus connue du grand public : Messe pour le temps présent (qu'il a coécrite avec Michel Colombier), comprenant le tube Psyché Rock (ce morceau a entre autres influencé le générique de Futurama, série américaine). La première de la Messe pour le temps présent, ballet de Maurice Béjart, eut lieu au festival d'Avignon en 1967[12].

En 1975, avec la complicité de Bernard Bonnier[13], Pierre Henry monte Futuristie, manifestation sonore et visuelle en hommage à Luigi Russolo et à son manifeste L'Art des bruits[8]. Trois représentations ont lieu les 16, 17 et 18 octobre au Palais de Chaillot. Aux créations sonores de Pierre Henry s'ajoutaient une création cinématographique de Monika et Bernd Hollmann ainsi que la performance du récitant Alain Louafi[14].

Il a créé des œuvres acoustiques marquantes, telles Voyage (d'après le Livre des Morts tibétain), la Messe de Liverpool, l’Apocalypse de Jean, les Fragments pour Artaud, ou encore la Tour de Babel.

En 1997, pour les soixante-dix ans du compositeur, est sortie la compilation Métamorphose : Messe pour le temps présent, regroupant des remix par des artistes de musique électronique tels que Fatboy Slim, Coldcut, Saint Germain ou encore Dimitri From Paris[15].

En 2007, Pierre Henry décide de confier la totalité de ses œuvres à la Bibliothèque nationale de France[16].

Sa musique[modifier | modifier le code]

Pierre Henry le 25 janvier 2008.

« Pierre Henry, à mi-chemin de l'attitude des compositeurs et de celle de Pierre Schaeffer sur le plan de la méthode, a su trouver un langage tout à la fois personnel et composite. »

— Jean-Étienne Marie, Encyclopédie de la Pléiade, Histoire de la Musique II du XVIIIe siècle à nos jours, Éditions Gallimard, Paris, 1963, chap. Musique Électronique, Expérimentale et Concrète, p.1448

On ne connaît pas beaucoup d'influences à la musique de Pierre Henry, hormis ses maîtres Nadia Boulanger, Olivier Messiaen et Félix Passeronne ; il évoque parfois des opéras de Richard Wagner, ou les bandes son des débuts du cinéma parlant[17]. Pierre Henry préfère citer comme références des sons élémentaires comme l’orage, le vent, le train, les animaux, souvenirs sonores de son enfance[10].

En avril 1950, il rédige un court manifeste intitulé : Pour penser à une nouvelle musique, dans lequel il décrit sa conception de la musique et ce vers quoi elle doit tendre :

« Il faut prendre immédiatement une direction qui mène à l'organique pur. À ce point de vue, la musique a été beaucoup moins loin que la poésie ou la peinture. Elle n'a pas encore osé se détruire elle-même pour vivre. Pour vivre plus fort comme le fait tout phénomène vraiment vivant. »

Dans son Journal de mes sons, Pierre Henry se distingue non sans humour des compositeurs au sens classique du terme :

« Les compositeurs travaillent avec des sons à tout faire, l’équivalent des notes de musique. Moi, je n’ai pas de notes. Je n’ai jamais aimé les notes. Il me faut des qualités, des rapports, des formes, des actions, des personnages, des matières, des unités, des mouvements. /…/ C’est insuffisant, les notes. Ça n’est rien. Ça se perd. C’est bête. On ne peut pas travailler avec les notes. Les notes, c’est bon pour les compositeurs. »

Derrière le côté saugrenu que peut avoir cette déclaration, se cache en vérité une attitude plus profonde vis-à-vis de la démarche artistique de son auteur. Ainsi, même lorsqu'il fait des emprunts à la musique classique, comme c’est le cas par exemple dans Phrases de quatuor, le but de Pierre Henry n’est pas de citer un autre auteur (comme on le fait parfois par hommage, voire par manque d’imagination), mais de tenter de nous faire entendre la musique classique comme objet sonore plutôt que comme langage musical : en plongeant un fragment de musique classique dans un contexte plus bruitiste, il nous incite à retrouver une perception vierge de tout bagage culturel préétabli, comme si nous entendions des sons instrumentaux pour la première fois.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Symphonie pour un homme seul (1949-50) (de Pierre Schaeffer en collaboration avec Pierre Henry, chorégraphiée par Maurice Béjart en 1955).
  • Concerto des ambiguïtés (1950)
  • Orphée (1951-53), opéra expérimental (de Pierre Schaeffer en collaboration avec Pierre Henry, chorégraphié par Maurice Béjart).
  • Microphones bien tempérés (1950-52)
  • Musique sans titre (1951)
  • Spatiodynamisme (1954)
  • La Reine Verte (1959), ballet de Maurice Béjart.
  • Spirale (1955)
  • Haut voltage (1956), ballet de Maurice Béjart.
  • Coexistence (1958)
  • Investigations (1959), ballet de Maurice Béjart.
  • Entité (1959)
  • La Noire à soixante (1961)
  • Le Voyage, d'après Le livre des morts tibétain (1962).
  • Variations pour une porte et un soupir (1963), ballet.
  • Messe pour le temps présent (1967), en collaboration avec Michel Colombier, commande de Maurice Béjart.
  • Messe de Liverpool (1967-70)
  • Apocalypse de Jean (inspiré par l'Apocalypse de Jean) (1968).
  • Ceremony (1969) (en collaboration avec Spooky Tooth, groupe de musique anglais)
  • Fragments pour Artaud (1970)
  • Gymkhana (1970)
  • 2e Symphonie pour 16 groupes de haut-parleurs (1972)
  • Machine-Danse (1973)
  • Prisme (1973).
  • Futuristie I (1975), spectacle musical électroacoustique en hommage à Luigi Russolo.
  • Dieu, d'après l'œuvre de Victor Hugo (1977)
  • Dixième symphonie, hommage à Ludwig van Beethoven (1979).
  • Les Noces chymiques, rituel féerique en 12 journées (1980).
  • Pierres réfléchies d'après Roger Caillois (1982)
  • Paradis perdu créé avec Urban Sax (1982)
  • La Ville (1984)
  • Hugosymphonie, Les 4 éléments, spectacle en quatre parties (1985)
  • La Dixième Symphonie De Beethoven (1986)
  • Le Livre des morts égyptien (1986-88, Paris, Musée du Louvre, 1990).
  • Intérieur / Extérieur (1997)
  • Une tour de Babel (1998)
  • Remix de la Dixième Symphonie (1998)
  • Le grand mix apparitions concertées, Confort Moderne, 2000
  • Phrases de quatuor (2000)
  • Dracula (2003), (œuvre basée sur la Tétralogie de Richard Wagner).
  • Labyrinthe! Expédition Sonore En Dix Séquences (2003)
  • Voyage Initiatique (2005)
  • Orphée dévoilé (2005)
  • Annonces sonores du tramway de Mulhouse (2006)
  • Deux coups de sonnette, avec la voix de Laure Limongi (2006)
  • Objectif Terre (2007)
  • Utopia (2007) à la saline royale d'Arc-et-Senans
  • Un monde lacéré (2008), dédié à Jacques Villeglé
  • Le fil de la Vie (2012)
  • œuvres radiophoniques :

Décorations, prix[modifier | modifier le code]

Liste des différents prix et décorations obtenu par Pierre Henry[18],[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. IRCAM, « Biographie de Pierre Henry » (consulté le 08/08/2008)
  2. Pierre-Michel Menger, Le paradoxe du musicien: le compositeur, le mélomane et l'État dans la société contemporaine, Paris, L'Harmattan,‎ 2001 (ISBN 2747516385), p. 29
  3. (en) Jason Ankeny, « Pierre Henry Biography », Allmusic, Macrovision Corporation (consulté le 11/08/2008)
  4. a, b et c « Historique du GRM », Institut national de l'audiovisuel (consulté le 27 janvier 2009)
  5. Encyclopædia Universalis, Encyclopædia Universalis France, Paris,‎ 1996 (ISBN 2-85229-240-4[à vérifier : ISBN invalide]), chap. Thésaurus D à K, p. 1686
  6. « Galerie de compositeurs HENRY Pierre (1927) », sur http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/, France Diplomatie (consulté le 27 janvier 2009)
  7. Anne Veitl, Politiques de la musique contemporaine: le compositeur, la "recherche musicale" et l'État en France de 1958 à 1991, Paris, L'Harmattan,‎ 1997 (ISBN 273845478X), p. 40
  8. a et b Pierre Henry, Journal de mes sons, Arles, Actes Sud coll. "un endroit où aller",‎ 2004 (ISBN 2-7427-4943-8, lire en ligne), chap. Mes seize années-clés, p. 105 à 110
  9. l'ouvrage du photographe norvégien Geir Egil Bergjord : « La maison de sons de Pierre Henry » (sorti chez Fage Editions en 2010 et accompagné d'un CD) montre toute une série de photographies prises dans ce studio de Pierre Henry qui lui sert également d'appartement parisien
  10. a, b, c et d Anne Rey, « Pierre Henry », Arte,‎ 8 décembre 2007 (consulté le 11/08/2008)
  11. Sonhors, « Les studios : Du studio d'essai de la RTF au GRM : Solfège de l'objet sonore »,‎ 2003 / 2008 (consulté le 08/08/2008)
  12. Serge Berstein, Pierre Milza, Histoire de la France au XXe siècle. 4. 1958 - 1974, Paris, Editions Complexe,‎ 1999 (ISBN 287027761X), p. 245
  13. Pierre Henry, Journal de mes sons, Arles, Actes Sud coll. "un endroit où aller",‎ 2004 (ISBN 2-7427-4943-8), chap. Préfaces et Manifestes, Rebonjour, Monsieur Russolo !, p. 43 à 45
  14. Chion Michel, Pierre Henry, Paris, Fayard,‎ 2003 (ISBN 2-213-61757-0), p. 158
  15. Fiche du disque sur le site Discogs
  16. Pascal Cordereix, « Pierre Henry confie son œuvre à la BnF », Bibliothèque nationale de France,‎ 2007 (consulté le 08/08/2008)
  17. Philippe Robert, Musiques Expérimentales, une anthologie transversale d'enregistrements emblématiques, Marseille, Le Mot Et Le Reste & GRIM,‎ 2007 (ISBN 978-2-915378-46-7), chap. Pierre Henry, p. 73 à 76
  18. Services de documentation interne de Radio-France, « Pierre Henry Compositeur français », Radio-France,‎ Février 1997 (consulté le 08/08/2008)
  19. « PIERRE HENRY Sa biographie », Universal Music France (consulté le 25 août 2008)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages de Pierre Henry[modifier | modifier le code]

  • Journal de mes sons, Arles, Actes Sud coll. "un endroit où aller",‎ 2004 (ISBN 2-7427-4943-8).
  • L'ABCFINOPRSTV, non éd., c. 1984. (Bibliothèque CDMC)
  • Pour penser à une nouvelle musique, 1947 In Journal de mes sons suivi de Préfaces et manifestes, Actes sud, 2004. (Bibliothèque CDMC)

Ouvrages d'analyse[modifier | modifier le code]

  • Martine Cadieu, A l'écoute des compositeurs, "Pierre Henry, le voyage intérieur", Paris, Minerve,‎ 1998.
  • Michel Chion, Pierre Henry, Paris, Fayard,‎ 2003 (ISBN 2-213-61757-0).
  • Françoise Escal, « Les mots et les sons : entretien avec Pierre Henry in Musique et littérature. », Revue des Sciences Humaines, no 205,‎ 1987, p. 145-153
  • Philippe Robert, Musiques Expérimentales, une anthologie transversale d'enregistrements emblématiques, Marseille, Le Mot Et Le Reste & GRIM,‎ 2007 (ISBN 978-2-915378-46-7), chap. Pierre Henry, p. 73 à 76
  • (en) Larry Sitsky, Music of the Twentieth-century Avant-garde: A Biocritical Sourcebook, Westport (CT), Greenwood Publishing Group,‎ 2002 (ISBN 9780313296895, lire en ligne), chap. Pierre Schaeffer and Pierre Henry, p. 432 à 445.

Vidéographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]