Pierre Henri Hélène Lebrun-Tondu

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Pierre-Henri-Hélène-Marie Tondu, dit Lebrun, nom sous lequel il développa son implication dans la vie politique de la principauté de Liège de 1781 à 1791, puis dont il signa les actes officiels lors de son passage aux affaires de la France au niveau ministériel en 1792/1793, né à Noyon le (baptisé le 28 août, paroisse Ste Madeleine de Noyon) (la date du [1],[2]parfois donnée est erronée), guillotiné à Paris le , est un journaliste et un ministre français.

Avant la Révolution[modifier | modifier le code]

Fils de Christophe-Pierre Tondu, un bourgeois aisé de Noyon, marguillier de la paroisse Saint Martin de cette ville, et détenteur de divers offices, et d'Elisabeth-Rosalie Lebrun[3], il étudie au collège de Noyon, avant de rejoindre le collège Louis-le-Grand, à Paris, grâce à l'une des bourses d'études dite du collège d'Inville administrées conjointement par les chanoines de cette ville et ceux de la ville d'Arras (ce type de fonctionnement, très courant au XVIIIe siècle, était la base de l'organisation des grandes institutions éducatives, d'ailleurs la plupart du temps tenue par des religieux, tels les Jésuites à Louis le Grand), où il démontre un talent certain pour les disciplines scientifiques. Le décès de son père en 1780, apparemment au milieu de difficultés financières importantes, le conduit à envisager d'embrasser la carrière d'enseignant, ce qui allait de pair avec l'adoption d'un statut religieux au moins d'ordre mineur; il devient donc clerc tonsuré[1], d'où la désignation d'« abbé Tondu » qui lui sera imputée et le reproche de "défroqué" d'auteurs divers du XIXe siècle, et obtient une position de pensionnaire à l'Observatoire de Paris, dont les conditions de fonctionnement sous Cassini, quatrième du nom, sont en ces années plutôt misérables. Son frère Achille l'y rejoint en 1778, et tous deux logent dans une petite chambre qui jouxte le deuxième cabinet d'observations [4]

Il prend alors la première d'une série de ruptures qui, via la ville de Liège, le conduiront sur le chemin de la contestation libertaire, de la lutte pour une société plus juste et plus égalitaire, de l'agitation politique contre les pouvoirs absolutistes, et feront de lui l'un des personnages influents de la Révolution Française sous la période girondine.

Début 1779, il abandonne son état de clerc et quitte l'Observatoire (où son frère Achille reste auprès de Mechain, pour le compte duquel il partira en mission d'observations et de mesures, tout d'abord dans les Antilles en 1781/1782, puis en Turquie en 1784 avec l'ambassadeur Mr de Choiseul-Gouffier, où il mourra en 1787 à Constantinople); pendant deux ans, il est militaire, avant d'obtenir son congé. Prenant une nouvelle rupture, il quitte alors la France et, rejoignant la Principauté de Liège en 1781 sous le nom de « Pierre Lebrun » (Lebrun est le patronyme de sa mère) [5], il entre comme prote à l'atelier d'imprimerie de Jean-Jacques Tutot, où il devient bientôt rédacteur, et se marie à Liège le avec Marie-Jeanne-Adrienne Cherette (ou Chéret comme son nom sera écrit en France), qui lui donnera sept enfants. En , il quitte Tutot et, avec Jacques-Joseph Smits, fonde à Liège le Journal général de l'Europe, périodique favorable aux idées nouvelles qui obtient un grand succès. De plus en plus critique à l'égard du Prince-Évêque, il doit, en , installer ses presses dans les Pays-Bas autrichiens, à Herve (Limbourg), en pratique à peine à quelques kilomètres de Liège. Ayant acquis la nationalité liégeoise, il s'implique étroitement dans la vie politique et participe à la révolution liégeoise en 1789, rédigeant également le Journal patriotique de Liège du 18 mars au .

Sous la Révolution[modifier | modifier le code]

Contraint à l'exil lors de la restauration de 1791, il passe à Lille en janvier et élabore avec d'autres exilés un projet de constitution proclamant l'égalité de tous les citoyens, la liberté de la presse et la formation d'une assemblée nationale où les bourgeois compteraient une représentation deux fois plus nombreuse que celles du clergé et de la noblesse.

Selon des traditions non vérifiées, il aurait rencontré à cette période le général Dumouriez, originaire de Valenciennes, qui l'aurait invité à le rejoindre à Paris.Quoi qu'il en soit, il est rapidement à Paris avec sa famille; dès avril 1791, il reprend, en association avec d'autres émigrés, la publication de son ancien journal, sous le nom de " Le Mercure national et étranger, ou Journal politique de l'Europe : pour faire suite aux deux journaux, connus, l'un sous le titre de Mercure national et Révolutions de l'Europe, l'autre sous celui de Journal général de l'Europe", et parallèlement, devenu un familier de Jacques-Pierre Brissot, il entre, grâce à ce dernier et à Charles François Dumouriez, comme premier commis du 1er bureau du Ministère des Affaires étrangères[6].

C'est dans ce contexte que fidèle à ses amitiés et à ses engagements politiques dans la principauté de Liège, le 18 décembre, il se présente devant l'Assemblée législative à la tête d'une délégation liégeoise pour demander de décréter le recrutement d'une légion de volontaires belges et liégeois[7], scellant une solidarité avec les républicains liégeois qui se manifestera même à l'heure tragique de la chute en 1793.

Après la journée du 10 août 1792, il devient ministre des Affaires étrangères dans le Conseil exécutif provisoire () et présente à la Convention nationale un tableau politique de l'Europe le 25 septembre. Partisan d'une paix immédiate avec la Prusse après la victoire de Valmy, il mène des négociations secrètes dans ce sens; puis, après l'échec des négociations, il se montre un partisan de la guerre de conquête et défend l'annexion de la Belgique et des Pays-Bas. Le 12 novembre, il fait baptiser sa fille, née la veille, Civilis-Victoire-Jemmapes-Dumouriez, le parrain étant Dumouriez.

Provisoirement chargé du ministère de la Guerre après la démission de Servan en octobre, il dépose, les 19 et 31 décembre, des rapports sur les projets de l'Angleterre contre la France dans lesquels il se prononce cependant pour une politique de paix à son égard, et révèle les protestations de l'Espagne en faveur de Louis XVI. Président de quinzaine du Conseil exécutif le , c'est lui qui signe l'ordre d'exécution du souverain déchu.

Dans les premiers mois de 1793, il tente de renouer avec lord Grenville, afin d'éviter une rupture avec la Grande-Bretagne. Le 7 mars, il rend compte devant l'Assemblée de la rupture des relations diplomatiques avec l'Espagne et de l'imminence de son entrée en guerre. Le 2 février, Sémonville étant suspecté d'intelligence avec Louis XVI après la publication d'une lettre de Talon retrouvée fin dans l'armoire de fer, il l'invite à venir se justifier à Paris et le suspend de ses fonctions[8].

Dénoncé dès la fin de 1792 par les Montagnards pour ses liaisons étroites avec les Girondins, soupçonné de complicité avec le général Charles François Dumouriez, il est décrété d'arrestation le 2 juin 1793 avec 29 députés girondins et son collègue ministre Étienne Clavière. D'abord maintenu provisoirement en fonctions, il est renvoyé par décret avec Clavière devant le tribunal révolutionnaire le 5 septembre, mais parvient à s'évader le 9. Restant à Paris où se trouve sa famille assignée à résidence surveillée, il se dissimule sous de fausses identités, dont comme liégeois exilé, il est arrêté, le 4 nivôse an II (), par François Héron, un des instruments du comité de sûreté générale. Traduit devant le tribunal révolutionnaire, il est condamné à mort le 7 nivôse (27 décembre) et exécuté le lendemain 8 nivôse an II (28 décembre 1793). « comme ayant été appelé au ministère par Roland, Brissot, Dumouriez, et ayant à cette époque été l'âme du parti d'Orléans et appuyé de tous ses efforts, avec Clavière et Roland, la proposition de Kersaint de fuir au delà de la Loire avec l'Assemblée législative, le conseil exécutif et Capet ».

Une ébauche de défense, rédigée par ses soins, mais d'un seul un préambule était esquissé, a été publiée en l'an IV sous le titre: Mémoires historiques et justificatifs de mon ministère.

Jugement de Madame Roland[modifier | modifier le code]

Dans ses Mémoires, Madame Roland, qui a généralement tiré des portraits plutôt à l'acide des acteurs de l'époque, dont ceux, Brissotins ou assimilés comme Pierre Lebrun, qui fréquentaient son salon, lieu de regroupement de la Gironde à Paris, en contrepoint de l'éloge dithyrambique qu'elle faisait de son mari, qu'elle avait par ailleurs délaissé pour une passion platonique avec Buzot, le décrit ainsi: « Il passait pour un esprit sage, parce qu'il n'avait d'élans d'aucune espèce, et pour habile homme, parce qu'il était un assez bon commis, mais il n'avait ni activité, ni esprit, ni caractère. » Ce jugement apparaît, à la lecture du Journal général de L'Europe que Lebrun a écrit seul pendant plus de 7 ans, au vu des vicissitudes de sa vie à Liège et de ses démêlés avec l'Empire et les Etats de Flandre belge, à la lumière de la reconnaissance qui fut la sienne de la part des patriotes liégeois jusqu'à l'heure de son exécution malgré les périls de la Terreur, extrêmement biaisé. D'ailleurs Mme Roland n'écrit quasiment rien de plus sur lui, et Pierre Lebrun ne semble guère avoir fréquenté son salon, au contraire de Dumouriez, Brissot et beaucoup d'autres. Le lecteur gardera enfin en mémoire qu'au moment où Madame Roland écrit, en prison, ses "Mémoires", Dumouriez, dont la défection est le détonateur de la chute des Girondins, est passé en Allemagne et Pierre Tondu alias Pierre Lebrun, qu'elle voit comme son ancien bras droit dans son Ministère, est en fuite, et introuvable. Elle mourra en octobre 1793 sur l'échafaud, trois mois avant lui.

Source partielle[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Marcel Dorigny, « Lebrun-Tondu », dans Albert Soboul (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, PUF, 1989 (rééd. Quadrige, 2005, pp. 657-658.
  2. Le selon Jean François Eugène Robinet, Adolphe Robert, Julien Le Chaplain, Dictionnaire historique et biographique de la révolution et de l'empire, 1789-1815, Librairie historique de la révolution et de l'empire, 1899, tome II, p. 364.
  3. François Moureau, Anne-Marie Chouillet, Jean Balcou, Dictionnaire des journalistes (1600-1789): supplément, Centre de recherche sur les sensibilités, Université des langues et lettres de Grenoble, 1984, 212 pages, pp. 106-107 (ISBN 290270934X).
  4. Charles Wolf, "Histoire de l'Observatoire de Paris de sa fondation à 1793", 1902, chez Gauthier-Villars, p93, p243, p369-372, p384.
  5. Daniel Droixhe, Livres et lumières au pays de Liège: 1730-1830, Desoer Éditions, 1980, 401 pages, p. 276.
  6. L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, 1998, no 552-562, p. 927.
  7. Jo Gérard, « Édouard de Walckiers, le La Fayette belge », La Revue générale, Éditions Duculot, juin-juillet 1989: « Au temps des révolutions », p. 91.
  8. Fernand Beaucour, Un fidèle de l'empereur en son époque, Jean Mathieu Alexandre Sari (1792-1862), Société de Sauvegarde du Château impérial de Pont-de-Briques, 1972, vol. 1, pp. 97-98.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Eugène Muller, Lebrun-Tondu, de Noyon, ministre des affaires étrangères en 1793, Andrieux, 1877.
  • Bernadette Vanderschuren:
  • « Les Premières années du Journal Général de l'Europe », La Vie Wallonne, 1960, tome 34, pp. 245-282.
  • « Pierre Lebrun et la Révolution brabançonne » et « Pierre Lebrun et la Révolution liégeoise », La Vie wallonne, 1961, tome 35, pp. 114-138 et 243-267.
  • Pierre Lebrun et le « Journal général de l'Europe », 1962, 92 pages.
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11 août 1792-21 juin 1793
François Louis Deforgues
Joseph Servan de Gerbey
Ministre français de la Guerre
7-18 octobre 1792
Jean-Nicolas Pache
Pierre Riel de Beurnonville
Ministre français de la Guerre
30 mars-3 avril 1793
Jean-Baptiste Bouchotte