Pierre Du Moulin

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Portrait par Cornelis Danckerts (I)

Pierre Du Moulin (né en 1568 à Buhy et mort à Sedan en 1658) est un théologien protestant français de la fin du XVIe et du début du XVIIe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Sa jeunesse[modifier | modifier le code]

Le 24 Avril 1564, Joachim Du Moulin, son père, pasteur protestant, épousa en l'église d'Orléans, demoiselle Françoise Gabet, fille d'Innocent Gabet, juge pour le Roi, à Vienne en Dauphiné, tué par les catholiques peu après le massacre de la Saint-Barthélemy. De ce mariage sont issus quatre enfants : Ester, Joachim[1], Pierre & Éléazar[2].

Joachim du Moulin, avec ses deux enfants, Esther et Joachim, âgés de trois ans et de un an, et sa femme enceinte de Pierre, fuyait la persécution ; il avait été chassé de son église de Mouy. Après avoir erré de retraite en retraite, la famille arrive au château de Buhy, en Vexin. Monsieur de Buhi, protestant, frère de Philippe Duplessis-Mornay, lui offrit un asile. C'est dans ces circonstances que naquit Pierre du Moulin, le 16 octobre 1568.

En 1570, l'édit de Pacification permit à Joachim de réunir toute sa famille à Cœuvres, où était réfugiée l'église protestante de Soissons, chez Jean Ier d'Estrées ; église dont il était le pasteur. Après le massacre de la Saint-Barthélémy, Antoine d'Estrées, qui succédait à son père, change de religion et chasse ses anciens protégés.

Ils trouvèrent la protection du duc de Bouillon, alors Henri-Robert de La Marck, et arrivèrent à Sedan le 3 janvier 1573. La mère, Françoise, mourut peu après leur arrivée, le 13 février 1573. L'année suivante, Joachim du Moulin se remaria, avec Guillemette d'Avrigny « de la maison d'Anserville [3]». De ce second mariage naquirent trois enfants : Marie[4], Jean et Daniel.

Quelque temps après il alla de nouveau servir l'église réformée de Soissons, installée alors Saint-Pierre-Aigle, laissant ses enfants à Sedan [5].

En 1584 Joachim du Moulin revint à Sedan pour s'y fixer. Pierre suivait les cours du collège, nouvellement fondé[6].

Le théologien[modifier | modifier le code]

En 1588, fuyant les guerres de la Ligue, il s'échappa en Angleterre. Il y devint le précepteur du fils de la comtesse de Rutland, lequel étudiait à Cambridge. C'est ainsi qu'il suivit les cours du docteur Wittaker. Durant les vacances, il allait à Londres au contact le l'église réformée wallonne.

Il était installé depuis quatre ans en Angleterre lorsqu'il se résolut de rejoindre Leyde où son ami François du Jon[7] professait la théologie. Il accepta un poste de conrecteur, sorte de maître-adjoint, au collège de Leyde. Peu après, il fut admis, sur concours, à l'âge de vingt-quatre ans, professeur à l'Académie de Leyde[8]. Il resta dans cette charge cinq ans et trois mois.

En 1595, il publia sa première œuvre, qui eut de nombreuses rééditions : La Logique françoise.

A Leyde, il prend pension chez Joseph Juste Scaliger, où il rencontre des personnages distingués et de grand mérite et s'y fait de puissants amis. Durant son séjour à Leyde, il fréquente, Paul Trude Choart, duc de Buzenval[9], alors ambassadeur de France à La Haye.

En 1599, il revient à Paris, où on lui confie le soin d'accompagner, avec la fonction de chapelain, la princesse Catherine de Bourbon en Lorraine. Chaque année d'abord, puis, à partir de 1603, tous les deux ans, il faisait le même voyage, qui durait trois mois. C'est au cours de ce voyage, en 1599, qu'il rencontra à Vitry-le-François, Marie Colignon[10], « demoiselle de la Religion » ; il l'épouse à son retour en France.

Il s'installe ainsi, en 1599, à Grigny, comme pasteur, puis se déplace, vers 1603, dans la paroisse d'Ablon. Pierre Du Moulin fut le premier pasteur du temple de Charenton-le-Pont.

En août 1605, il est député à l'assemblée politique générale de l’Église réformée qui se tient à Châtellerault.

Il passe ainsi une quinzaine d'années de controverses, contre les catholiques, mais aussi contre certains réformés. Il est appelé en 1615 en Angleterre pour y travailler à une réunion des églises protestantes, et préside le synode d'Alès en 1620.

Dans cette année 1620, la situation politique se gâte pour les réformés. Pierre Du Moulin quitte alors la France pour Sedan où il arrive le 16 janvier 1621, pour quelque temps pensait-il ; il y resta 37 ans, jusqu'à sa mort.

Il sera l'une des personnalités les plus puissantes et les plus influentes de l'Académie de Sedan et le précepteur de Frédéric-Maurice de La Tour d'Auvergne.

Vers 1638, il écrit Esclaircissement des controverses salmuriennes qui circulera neuf ans à l'état de manuscrit avant d'être imprimé ; il en permit la publication en 1647.

Parenté[modifier | modifier le code]

Il est le père de :

  • Pierre Du Moulin (né le 24 avril 1601 - mort en 1684), son fils ainé, chapelain de Charles II d'Angleterre et chanoine de Cantorbéry. Il est l'auteur du Traité de la paix de l'âme et du contentement de l'esprit.
  • Louis Du Moulin (né le 25 octobre 1605-mort en 1683) , auteur de polémiques contre le catholicisme et d'un Paraenesis ad Edificatores Imperii in Imperio, dédié à Olivier Cromwell.
  • Cyrus Du Moulin (né en 1608), qui devint pasteur à Châteaudun et fut le beau-père de Jacques Basnage et de Pierre Jurieu.
  • Marie Du Moulin (supposée née à Sedan en 1620 ou 1821-morte à La Haye en février 1699), « versée dans l'hébreu, la logique, la physique et la morale et dans d'autres sciences, elle entretint longtemps un commerce de lettres hébraïques avec la docte Mlle de Schurman […]. [Elle] a triomphé un jour du fameux père Adam, jésuite[11] (…). Bayle l'a signalée comme une personne de grand mérite. Jurieu a dit que cette illustre fille, fort amie de M. de Bleswik, avait des degrés d'habileté et de connaissance qui ne sont pas ordinaires aux personnes de son sexe. Elle a mérité d'être inscrite par Colomiés[12] parmi les savans français qui ont su la langue sainte [13]

Ses œuvres[modifier | modifier le code]

Il est l'auteur de plus de 75 ouvrages[14], en particulier :
  • La philosophie françoise de Pierre Du Moulin : Elémens de la logique françoise, 1e éd. en 1596, de nombreuses rééd. dont : Rouen : Jacques Caillouë, 1627 [4]
  • Théophile ou de l'amour divin, La Rochelle, 1609 [5]
  • Apologie pour la saincte cène du Seigneur, contre la présence corporelle et transsubtantiation, La Rochelle, 2e éd. : 1609 [6]
  • Accroissement des Eaux de Siloé, pour esteindre le feu de Purgatoire, & noyer les Satisfactions humaines & les Indulgences Papales, Genève : Pierre Aubert, 1614 [7].
  • De monarchia temporali pontificis romani liber, quo imperatoris, regum et principum iura adversus usurpationes papae defenduntur, Londres; 1610 & Genève : Auberti, 1614. — L'ouvrage est réédité sous le titre Tractatus de monarchia temporali pontificis Romani, quo imperatoris, Regum , & Principum jura adversus Vsurpationes Papae defenduntur, Genève : Jean Landré, 1687 [8]
  • Copie d'une lettre de Monsieur de Moulin, Ministre en l’Église reformée à Paris, escripte à un sien Amy en Hollande, Schiedam : Adrien Corneille & La Haye : Arnauld Meuris, 1617 [9]
  • Accomplissement des Prophéties, où est montré que les prophéties de S. Paul, & de l'Apolalypse, & de Daniel, touchant les combats de l'Eglise sont accomplies, Sedan : Abdias Buyzard, 1624 [10]
  • Véritable narré de la conférence entre les sieurs Pierre Du Moulin & Gontier ; secondé par Madame la baronne de Salignac, Genève : Pierre Aubert, 1625 [11].
  • Nouveauté du Papisme, Opposée à L'Antiquité du Vray Christianisme, contre le livre de Mr le Cardinal du Perron, Genève : Pierre Chouët, 1627 [12].
  • L'anti-barbare, ou du langage incogneu: tant ès prières des particuliers qu'au service public, Genève : Pierre Aubert, 1631 [13]
  • Anatomie de la messe, où est monstré par l'Escriture saincte & par les tesmoignages de l'Ancienne Eglise, que la Messe est contraire à la parole de Dieu, & éloignée du chemin du Salut, Genève : Pierre Chouët, 1636 [14]
  • Le Capucin. Traitté, auquel est descrite et examinee l'Origine des Capucins, leurs Voeux, Reigles, & Disciplines [15]
  • Trois sermons faits en présence des Pères Capucins qui les ont honorez de leur présence, Genève ; Jacques Chouët, 1641 [16]
  • Décades de Sermons par Pierre du Moulin, Sedan : François Chayer, 1656 [17]
  • Semaine de méditations et de prières ; avec une préparation pour la Sainte Cène, plusieurs éditions dont à La Haye : Abraham Troyel, 1695 [18]
  • Esclaircissement des controverses salmuriennes, ou défense de la doctrine des Eglises réformées, Genève : Pierre Aubert, 1648 [19]


En outre, il laissa un manuscrit autobiographique. Ce manuscrit ne reçut une édition qu'au milieu du XIXe siècle dans le Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, Paris, 1858, pp. 170-182 [20], 333-344 [21] & 465-477 [22].[15]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. En 1583, son frère Joachim, se noya dans le Gave près d'Orthez.
  2. En 1588, son frère, Eléazar, mourut à l'âge de dix-huit ans. Il avait quitté ses études et s'était mis « es trouppes commandées par M. de la Noue Bras de fer. Luy & ses gens, surmontés par la multitude, furent tous tués et despouillés tout nuds, & jettés ensemble en une fosse cavée exprès pour les enterrer. Mon frère n'estoit pas encore mort, & quand on le prit pour le mettre avec les autres, il se mit à parler, demandant la vie, & promettant rançon. Mais ils ne laissèrent pas de le mettre avec les autres, & il fut enterré vif. »
  3. Guillaumette était la veuve du pasteur de Montataire (sous la protection de Jean de Madaillan), tué dans les massacres de la Saint-Barthélémy, nommé Mercadet ou Mercatel. cf : Jacques Pannier, L'Église réformée de Paris sous Henri IV, Champion, 1911, p.134
  4. Marie fut l'épouse, en secondes noces, d'André Rivet, pasteur à Thouars, puis à Leyde, enfin à Bréda.
  5. La Réforme en Picardie, dans le Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, Paris, 1859, p.418 [1]
  6. Là il eut pour émule Jacques Cappel, qui remporta à sa sortie le second prix, Pierre du Moulin ayant eu le premier.
  7. En attendant que l'un d'entre nous s’attelle à la tâche de rédiger l'article sur François du Jon, l'on peut consulter l'article en anglais : en:Franciscus Junius (the elder)
  8. Il eut comme disciples plusieurs savants dont Hugo Grotius, avec lequel, plus tard, il engagea une polémique.
  9. Concernant Paul Choart de Buzenval, voir Ambassade de France aux Pays-Bas.
  10. Marie Colignon était « fille de M. de Chalitte, gentilhomme qualifié, et veuve du pasteur Samuel Le Pois, officiant à Badonvillers, colloque de Champagne ». Le Registre des Baptêmes Protestants de Badonviller (1567-1624) [2], indique : « Samuel LE POIS : le 29 octobre 1595 sa fille Jeanne fut baptisée. Il mourut peu après ». L'enfant était-il encore vivant ?
  11. Jean Adam (né à Limoges en 1608 et mort le 12 mai 1684) est un prédicateur et controversiste qui lutta contre les calvinistes et les jansénistes (et s'en prit même aux dogmes de Saint Augustin).
  12. L'on peut lire, en anglais en:Paul Colomiès
  13. Jean-Baptiste-Joseph Boulliot, Biographie ardennaise ou Histoire des Ardennais qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs vertus et leurs erreurs, en 2 volumes, Paris, 1830, vol.2, p.257 [3].
  14. Biographie universelle ou Dictionnaire historique, vol.4, p.2104
  15. L'éditeur du Bulletin nourrit des doutes sur l’authenticité du document : « Le manuscrit est, comme on le voit, demeuré inachevé. Du Moulin, qui n'est mort qu'en 1658, à l'âge de 94 ans, paraît s'être ainsi arrêté à Fannée 1641. Si nous disons seulement paraît, c'est que le manuscrit de cette autobiographie, considéré depuis longtemps et accepté d'abord par nous comme un original émanant de la main même de Du Moulin, n'est aujourd'hui, à nos yeux, qu'une copie de famille, parfaitement authentique sans doute, mais n'ayant pas toute la valeur qu aurait le manuscrit original. »

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Biographie universelle ou Dictionnaire historique , par une société de gens de lettres, Paris : Furne, 1833, vol.4, p.2104 [23]
  • Gédéon Gory, Pierre du Moulin ; essai sur sa vie, sa controverse et sa polémique, thèse présentée à la Faculté de théologie protestante de Paris, pour le grade de bachelier en théologie, soutenue le 25 juillet 1888, Paris : Fischbacher, 1888, 86 p. [24] Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Julien Massip, Pierre Du Moulin, un vieux prédicateur huguenot: essai sur les sermons de Pierre du Moulin, 1888.
  • Lucien Rimbault, Pierre Du Moulin, 1568-1658, un pasteur classique à âge classique, J. Vrin, Paris, 1966, 255 p., rééd. 2002 ISBN 9782711606511.