Pierre Kropotkine

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Pierre Kropotkine

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Pierre Kropotkine par Nadar

Naissance 9 décembre 1842
Moscou
Décès 8 février 1921 (à 79 ans)
Dmitrov
Nationalité Russe
Profession Géographe
Scientifique

Pierre (Piotr) Alekseïevitch Kropotkine (en russe : Пётр Алексеевич Кропоткин), né le 27 novembre du calendrier julien / 9 décembre 1842 à Moscou et mort le 8 février 1921 à Dmitrov, près de Moscou, est un théoricien anarcho-communiste, géographe et scientifique.

Sommaire

Biographie [modifier]

Descendant du grand-prince de Kiev Vladimir II Monomaque, donc issu de la haute noblesse moscovite, Pierre Kropotkine poursuit ses études au Premier lycée classique de Moscou, puis entre dans l’armée impériale russe à partir de 1857. Il est alors affecté comme officier de Cosaques en Sibérie. À partir de 1867, il quitte l'armée pour faire des études de mathématiques et de géographie à l'université de Saint-Pétersbourg. Il publie plusieurs travaux sur l'Asie septentrionale et explore la péninsule scandinave. À partir de 1872, il fait partie de la Fédération jurassienne de la Première Internationale. Il repart à Saint-Pétersbourg où il mène une activité de militant clandestin. Il est emprisonné en 1874 pour activités révolutionnaires et s'évade deux ans plus tard.

Réfugié en Grande-Bretagne, il revient en Suisse, reprend son activité militante et publie plusieurs ouvrages politiques. Il fonde en 1879 le journal Le Révolté, dans lequel il écrit : « La révolte permanente par la parole, par l'écrit, par le poignard, le fusil, la dynamite […], tout est bon pour nous qui n'est pas la légalité » (25 décembre 1880).

Il est arrêté en France en 1883 à la suite des grèves des soieries lyonnaises. Il est jugé à Lyon et, après une courte détention dans la ville de son procès, transféré dans la maison centrale de Clairvaux où il reste trois ans, bénéficiant des conditions de détention assouplies appliquées aux prisonniers politiques. Il est amnistié en 1886, grâce à l'intervention de plusieurs personnalités dont celle de Victor Hugo[réf. nécessaire]. De son expérience pénitentiaire, il tire l'ouvrage Dans les prisons russes et françaises (1887), dans lequel il décrit le système de travail, profitant à des entrepreneurs privés, mis en place dans les prisons françaises. La fréquence de la récidive lui paraît être inscrite dans le principe même de la prison, notamment parce qu'elle « tue en l'homme toutes les qualités qui le rendent mieux approprié à la vie en société ». [1] Il conclut « qu'on ne peut pas améliorer une prison. Sauf quelques petites améliorations sans importance, il n'y a absolument rien à faire qu'à la démolir »[2]. Il change par ailleurs d'avis concernant l'usage de la violence, peu de temps avant qu'une partie du mouvement anarchiste s'engage dans la propagande par le fait, en écrivant, toujours dans Le Révolté, qu'« un édifice basé sur des siècles d’histoire ne se détruit pas avec quelques kilos d’explosifs »[3].

Il s'installe ensuite en Angleterre et publie différents ouvrages de géographie et de politique. Son ouvrage L’Entraide, un facteur d'évolution en fait un scientifique internationalement respecté. Il collabore notamment à la Géographie Universelle d'Élisée Reclus ainsi qu'à la Chambers Encyclopædia et à l'Encyclopædia Britannica. En 1916, la signature du « manifeste des 16 » lui vaut de la part de ses anciens amis le petit nom d'« anarchiste de gouvernement ».

Il retourne en Russie en 1917 et refuse un poste de ministre [Pourquoi ?] [réf. souhaitée], proposé par Aleksandr Kerenski. Il prend une attitude critique vis-à-vis du pouvoir bolchévique notamment sur la personnalité de Lénine et des méthodes autoritaires de la nouvelle URSS.

En 1919, l'insurrection anarchiste menée par Nestor Makhno à travers l'Ukraine revendiquera l'application effective des principes exposés dans l'Entraide, lorsque paysans libérés et ouvriers émancipés organiseront un système de troc massif entre les productions manufacturières & industrielles et celles agricoles[4].

Son enterrement constitue la dernière manifestation publique anarchiste en URSS, le 13 février 1921.

Pensée politique [modifier]

Jusqu'alors, parmi les bases idéologiques de l'anarchisme, fondée par Fourier, Proudhon, Guillaume, Bakounine, etc., l'on trouvait :

  • la collectivisation des moyens de production, gérés par des sociétés ouvrières,
  • un salaire en fonction du travail réalisé par chacun,
  • la disparition de l'État et du gouvernement.

Le thème central des nombreux travaux de Kropotkine est l'abolition de toute forme de gouvernement en faveur d'une société qui puisse être exclusivement régie par les principes d'entraide et de coopération, sans avoir recours à des institutions étatiques. Contrairement à l'individualisme anarchiste, Kropotkine place la création de petites communes autosuffisantes au centre de sa pensée politique. Si sa pensée de la coopération sociale est fondée sur une interprétation naturaliste, symétrique inversé du darwinisme social (L'Entraide, un facteur de l'évolution, 1902), sa confiance envers la création de petites communes va de pair avec un espoir fondé sur le progrès technique, et en particulier l'arrivée de l'électricité (Champs, usines et ateliers, 1910). Ces thèses seront reprises dans les années 1970 par Murray Bookchin.

Cette société idéale (cf. communisme anarchiste ou anarcho-communisme) serait alors le dernier pas d'un processus révolutionnaire qui passerait avant par une phase de collectivisme (le collectivisme libertaire)[réf. nécessaire]. Son idéologie se fonde aussi sur des principes tels que « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins », contrairement à ce que pensait Bakounine. La Conquête du Pain (1888) est sans doute le livre de Kropotkine qui aura le plus influencé la pensée anarchiste quant à sa mise en pratique [réf. nécessaire].

La pensée de Kropotkine se fonde principalement autour de trois axes :

  • Comment organiser la production et la consommation dans une société libre ? À travers la collectivisation des moyens de production et des biens obtenus, ainsi qu'une rationalisation de l'économie et la création de communes autosuffisantes (la commune supprime les différences entre les villes et la campagne, crée une décentralisation industrielle et supprime aussi la division du travail). De plus, et contrairement au capitalisme, il écarte le principe de bénéfice individuel maximum, au détriment d’un autre plus juste et plus égalitaire : « chacun selon ses besoins », et qui repose sur l’entraide (le second axe).
  • L’entraide : il s’agit d’une interprétation plus large de l’évolutionnisme darwinien : Kropotkine affirme que la coopération et l’aide réciproque sont des pratiques communes et essentielles dans la « nature humaine ». Si l’on renonce à la solidarité par cupidité, alors on tombe dans la hiérarchisation sociale et le despotisme.
  • Conception morale et éthique : seule une morale basée sur la liberté, la solidarité et la justice est à même de dépasser les instincts destructeurs qui eux aussi font partie de la nature humaine. Dans ce but, la science se doit de suivre des fondements éthiques, et non pas des principes surnaturels. La recherche des structures sociales est la clé de la connaissance des besoins humains, base du développement de la société libre.

On a parfois opposé le communisme libertaire de Kropotkine aux thèses de Proudhon et de Bakounine.

Dans l'Esprit de Révolte, Kropotkine s'interroge sur le moyen de faire passer un peuple d'une situation d'indignation générale à celle d'une insurrection. En effet, même si le recul historique donne le sentiment d'un soulèvement déterminé à partir de causes évidentes (pauvreté, rejet du système politique en place…), l'élan général est déclenché par un acte solitaire et incertain. Il nomme leurs auteurs les Sentinelles perdues :

« Au milieu des plaintes, des causeries, des discussions théoriques, un acte de révolte, individuel ou collectif, se produit, résumant les aspirations dominantes. »

Principales œuvres [modifier]

« Carte de la moitié sud de la Sibérie orientale et des parties de la Mongolie, Mandchourie, et Sakhaline • Pour une esquisse générale de l'orographie de la Sibérie orientale », a été réalisée par Kropotkine en 1875.

Sources [modifier]

Bibliographie [modifier]

Voir aussi [modifier]

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Articles connexes [modifier]

Notes et références [modifier]

  1. Extraits d'une conférence que Pierre Kropotkine fit à Paris, salle Rivoli, le 20 décembre 1887.
  2. Conférence donnée à Paris en 1887, cité par Jean-Claude Vimont, La prison — À l'ombre des hauts murs, Gallimard, Paris, 2005, p. 100.
  3. Fiche biographique, Marxists Internet Archive, www.marxists.org
  4. UKRAINE 1917 / 1923 : Nestor Makhno et l'Armée insurectionnelle d'Ukraine, par Pascal Nurnberg, in le Monde Libertaire, été 1972, http://www.nestormakhno.info/french/ukr_1917.htm
  5. Communisme et anarchie, éditions du Chat Ivre
  6. Le texte d'Autour d'une vie (mémoires d'un révolutionnaire)