Pierre-Napoléon Bonaparte

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Pierre-Napoléon Bonaparte

Pierre-Napoléon Bonaparte, prince Bonaparte (11 octobre 1815 à Rome - 7 avril 1881 à Versailles). Il est le septième des dix enfants de Lucien Bonaparte et d'Alexandrine de Bleschamp.

Biographie[modifier | modifier le code]

La Lesse et la ferme de Mohimont à Daverdisse
Daverdisse, stèle commémorative dédiée au prince Pierre Bonaparte.
Justine Bonaparte

Septième des dix enfants de Lucien Bonaparte et d’Alexandrine de Bleschamp, il naît à Rome le 11 octobre 1815, après que son père se fut réconcilié avec Napoléon durant les Cent-Jours .

Enfant difficile, mal équilibré, bagarreur, il fait de médiocres études chez les jésuites d’Urbino. Très lié avec son frère cadet Antoine Bonaparte, aussi tête brûlée que lui, il participe en 1831, avec ses cousins Napoléon-Louis et Louis-Napoléon, à l’insurrection des Romagnes. Fait prisonnier par les pontificaux, il s’évade, tente de rejoindre les révolutionnaires toscans mais doit, en janvier 1832, gagner l’Amérique, où, après avoir été hébergé dans la résidence de Point-Breeze, à Bordentown dans l’État de New Jersey par son oncle Joseph, il s’engage en Colombie auprès du général Santander. Malade, il revient en Italie, mais, banni, il est aussitôt incarcéré au château Saint-Ange.

Rendu à la liberté, et soupçonné d’être un carbonaro coupable d’exactions et de meurtre, il se heurte à Canino, le 3 mai 1836, au détachement de carabiniers qui le recherchait, en tue le chef, est blessé, arrêté, jugé et condamné à mort ; sa peine est commuée à quinze ans de réclusion, puis à l’expulsion des États du Saint-Siège par le Pape Grégoire XVI.

Il se rend à nouveau aux États-Unis, où il retrouve son cousin Louis-Napoléon, avec qui il se brouille après avoir tué un passant dans une rue de New York. Revenu en Europe, il part pour Corfou, qu’il doit quitter à la suite d'une fusillade avec des Albanais. Il s’installe à Mohimont, (commune de Daverdisse), en Ardenne belge, avec sa maîtresse Rose Hesnard et s’y fait oublier pendant une dizaine d’années (1838-1848).

Ce brillant cavalier de fière allure, passionné de chasse et d’armes à feu, croit son heure arrivée avec la révolution de 1848. Il rentre précipitamment en France, où il se fait élire député représentant la Corse, à l’Assemblée constituante de la IIe République. Une altercation violente en séance avec le député Gastier l’oblige à un éloignement de Paris. Peu intéressé par la politique, il demande vite son intégration dans l’armée, avec le grade de chef de bataillon, qu’il prétend avoir possédé jadis en Colombie. Affecté en Algérie, à la Légion étrangère, il combat courageusement, en particulier au siège de Zaatcha (bataille de Zaatcha) jusqu’au jour où, sans permission, il quitte son corps et revient en métropole ; il est destitué de son grade le 19 décembre 1849.

Rose Hesnard décède en 1852, et Pierre fait la connaissance de la fille d’un ouvrier fondeur parisien, Éléonore-Justine Ruffin, qu’il surnomme Nina et avec qui il part vivre en Corse. Avant son départ, le ministre de la Justice lui demande de convaincre le bandit Serafino, qui terrorise la région de Calvi, d’accepter un passeport pour l’Amérique. Il accepte cette mission, mais Serafino refuse le passeport et assassine quelque temps plus tard un ami de Pierre, maire d’un village voisin. Serafino revient sur sa décision et accepte la proposition de Pierre, qui à son tour le lui refuse. Le bandit est abattu par des gendarmes peu après.

En Corse, le couple rencontre un ancien précepteur des enfants de Lucien, l'abbé Casanova, qui accepte de les bénir, sans mariage civil préalable. Après quelques mois dans un appartement de la citadelle de Calvi, le couple s’installe à quatre kilomètres de la cité.

Le climat de Calvi ne convenant pas à son épouse, Pierre achète un terrain à Luzzipeo, sur le territoire de Calenzana, à dix kilomètres au sud de Calvi. Il y fait construire un château sur les ruines d’une tour génoise, la « Torre Mozza », qui domine la baie de Crovani. Il y écrira une biographie poétique de Sampiero Corso. Dans ce site sauvage où il passe plusieurs années, Pierre semble avoir été très heureux. Il y retrouve de nombreux amis, parmi lesquels Olinthe Bonacorsi, « u sgio Lintu », un riche propriétaire terrien calenzanais. Un autre de ses grands amis est le capitaine Antoine Bianconi, un officier du premier Empire, chevalier de la Légion d’honneur et maire de Calenzana issus d’une grande famille patricienne de Balagne.

Le 19 mai 1858, Nina met au monde son premier fils, Roland Bonaparte.

En 1864, il rend un vibrant hommage aux Calenzanais en publiant un court récit accompagné d’un poème épique sur « La bataille de Calenzana ». Il répond ainsi à l’attachement des Calenzanais et des habitants du canton qui votent pour lui à une très forte majorité, surtout à Calenzana et Lunghignano, lors des législatives du 7 juin 1863.

Mais Napoléon III ayant fait opposition à sa candidature, le candidat officiel Abbatucci est élu. Pierre, bien que déçu une nouvelle fois par l’empereur, lui écrit le 10 juin 1863 : « Je constate ma position hybride, qui fait de moi une espèce de paria, un Masque de Fer du XIXe siècle. Je ne suis ni prince, ni citoyen, ni électeur, ni éligible, ni apte à exercer des fonctions publiques quelconques ou une industrie qui assure mon avenir. »

Cependant, il accepte en juillet 1864 la présidence du Conseil Général de la Corse. C’est durant cette période qu’il fait édifier de ses deniers la fameuse fontaine du village surmontée de son buste en bronze, et encore en fonction aujourd’hui. Après avoir passé l’été de cette année à Luzzipeo, il quitte définitivement la Corse pour la Belgique. En partant, il confie la gestion de ses propriétés à son vieil ami le capitaine Bianconi.

Leur fille Jeanne Bonaparte voit ainsi le jour en septembre 1861 dans l’ancienne abbaye d’Orval ; puis toute la famille vient habiter à Paris, au 59 de la rue d’Auteuil, l’ancien hôtel de madame Anne-Catherine de Ligniville Helvétius avec les enfants naturels de Pierre (dont Pascal Sinibaldi dit « Le Piqueur ») conçus en Corse.

Le 2 octobre 1867, dans leur villa des Epioux, le maire belge de Lacuisine procède au mariage civil des deux amants, mais si irrégulièrement que Napoléon III refuse d’en reconnaître la validité. En fait, les relations de l’Empereur et de son cousin, qu’il a cependant fait prince en 1853, sont si mauvaises que le souverain lui interdit de faire usage de son second prénom. Nina ne sera jamais reçue aux Tuileries, et Pierre y a difficilement accès, tant on y craint ses incartades.

L'assassinat de Victor Noir[modifier | modifier le code]

Si ses proches parents causent bien des soucis à Napoléon III, ceux-ci sont minces à côté du scandale que provoque, le 10 janvier 1870, l’assassinat du journaliste Victor Noir - de son vrai nom Yvan Salmon - par le prince Pierre Bonaparte, dont il n’est pas la première victime. Ce jour-là, en effet, se présentent au domicile du prince deux rédacteurs du journal La Marseillaise, MM. Fonvielle et Noir, que le maître de céans prend pour les envoyés d’Henri Rochefort - alias le marquis de Rochefort-Luçay - qu’il avait provoqué en duel pour avoir traité les Bonaparte de bêtes féroces. Or les deux émissaires sont mandatés par Paschal Grousset, du journal corse La Revanche, pour demander réparation des injures dont Pierre l’a abreuvé dans un article paru dans L'Avenir de la Corse. Il en résulte un malentendu qu’aurait aggravé Noir en frappant au visage son hôte[1], qui a froissé et jeté sans la lire la lettre de Grousset. S’estimant en état de légitime défense, Pierre sort un revolver et abat froidement son agresseur, qui s’écroule dans l’escalier en cherchant à s’enfuir, tandis que son meurtrier continue à tirer sur Fonvielle qui crie à tue-tête : « À l’assassin ! »

Le cousin de l’Empereur prévient lui-même le secrétaire particulier de celui-ci et se laisse confortablement incarcérer à la Conciergerie, pendant que les amis du mort organisent des manifestations anti-bonapartistes à l’occasion des funérailles et dont le polémiste Rochefort se repent « d’avoir eu la faiblesse de croire qu'un Bonaparte pouvait être autre chose qu’un assassin ». En fait, le défilé populaire tourne court, dès que la dépouille mortelle de la victime est inhumée au cimetière de Neuilly.

La Haute Cour de justice, seule habilitée à juger un prince de la famille de l’Empereur, se réunit à Tours le 21 mars 1870 et entend les avocats de la partie civile évoquer les tristes antécédents de l’accusé, qui n’en est pas moins acquitté, mais condamné aux dépens et à verser une pension aux parents Salmon. Napoléon III prend la peine d’écrire à son cousin et lui conseille de partir pour l’étranger, mais Pierre n’en fait rien.

Il faut le désastre de Sedan pour l’y décider. En se rendant dans sa chère Belgique, il salue une dernière fois, en gare de Jemelle, le souverain déchu partant en captivité. Son hôtel parisien est pillé puis incendié par les communards, et femme et enfants vont vivre aux Epioux que, complètement ruiné, Pierre doit bientôt mettre en vente. Auparavant, l’autoritaire Nina a obtenu de son indocile et infidèle époux que soit célébré au consulat de France à Bruxelles un mariage inattaquable. C’est chose faite le 14 novembre 1871. Sont ainsi régularisés la situation matrimoniale des conjoints et le statut des enfants. Puis, les emmenant avec elle, Nina, devenue princesse, abandonne à son triste sort un mari diabétique et hydropisique, pour aller ouvrir à Londres une boutique de mode dont l’enseigne fait scandale[pourquoi ?]. Rejetée par les fervents de l’Empire, elle emménage à Paris au 17 de la rue de Grenelle pour s’occuper sérieusement de l’instruction de son fils Roland, restée rudimentaire.

Quant à Pierre, il se met en ménage avec une nouvelle maîtresse, Adèle Dideriche, qui, en 1873, lui aurait donné un fils mort en bas âge. Il sollicite la générosité de ses neveux et nièces, taquine les muses à l’instar de ses père et mère, puis en 1877 demande à rentrer en France. Il vient alors habiter à Versailles au 15, rue Colbert, où il meurt le 7 avril 1881. Sans tenir compte de son désir de reposer au Pré-Lacroix, en forêt ardennaise, on l’enterre au cimetière des Gonards.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Nouveau système de chevaux de Frise portatifs, 1846
  • Analyse géometrique de l'ordonnance du 4 mars 1831 sur l'exercice et les manœuvres de l'infanterie, 1847
  • Essai sur l'attaque et la défense des villes, 1848
  • Un mois en Afrique, 1850
  • Le capitaine Moneglia à Solferino, 1861
  • Miechow ou les enfants au bout de baïonnette, 1863
  • À la mère polonaise, traduction du poème d'Adam Mickiewicz, 1864
  • Napoléon III, sauveur de l'Italie, 1866
  • Souvenirs, traditions et révélations, Bruxelles 1876

Décorations[modifier | modifier le code]

Officier de l'ordre de la Légion d'Honneur (3 septembre 1864)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

  • Cet article comprend des extraits du Dictionnaire Bouillet. Il est possible de supprimer cette indication, si le texte reflète le savoir actuel sur ce thème, si les sources sont citées, s'il satisfait aux exigences linguistiques actuelles et s'il ne contient pas de propos qui vont à l'encontre des règles de neutralité de Wikipédia.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Selon Ulrich de Fonvielle, autre victime présente, c'est Pierre-Napoléon Bonaparte qui aurait d'abord frappé Victor Noir.

Liens externes[modifier | modifier le code]