Pierre-Antoine-Augustin de Piis

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Pierre-Antoine-Augustin de Piis

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Piis peint par Lagrenée en 1810[1].

Activités Homme de lettres, dramaturge, haut fonctionnaire de police
Naissance 1755
Paris
Décès 1832
Paris
Langue d'écriture Français

Pierre-Antoine-Augustin, chevalier de Piis[2], issu de la famille de Pins, né le 17 septembre 1755 à Paris où il est mort le 22 mai 1832, est un haut fonctionnaire de police[3], homme de lettres et dramaturge français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de Pierre-Joseph de Piis, chevalier de Saint-Louis et major au Cap Français, capitale de la colonie française de Saint-Domingue, Piis était destiné à servir dans un régiment colonial. Par faiblesse de santé, il renonça à l’état militaire et acheva au collège d'Harcourt les études qu’il avait commencées à celui de Louis le-Grand. Les encouragements de l’abbé de L’Atteignant et de Saint-Foix contribuèrent à le lancer dans un genre littéraire de la parodie.

En 1776, il aborda le théâtre, dès l’âge de vingt et un ans, avec une parodie d’Alceste intitulée la Bonne femme, et qui fut bien accueillie. S’étant associé Barré, alors greffier du Châtelet, ils donnèrent ensemble à la Comédie Italienne une vingtaine de petites pièces, entièrement en vaudevilles, et dont le dialogue était remplacé par des couplets que l’on chantait sans accompagnement ; quelques-unes eurent une grande vogue, comme les Vendangeurs, le Sabot perdu et les Amours d’été, et se distinguaient par des vers charmants et des tableaux gracieux.

De 1781 à 1783, Barré et de Piis donnèrent à la foire Saint-Germain des pièces, dont les principales sont : Cassandre oculiste, Aristote amoureux, les Vendangeurs, Cassandre astrologue, les Étrennes de Mercure, la Matinée et la Veillée villageoises ; compliments prononcés à la clôture du Théâtre-Italien, le Printemps, les Deux porteurs de chaises, les Amours d'été, le Gâteau à deux fèves, le Mariage in extremis, comédie ; l'Oiseau perdu et retrouvé, les Voyages de Rosine, les Quatre coins[4].

La nature du talent de Piis lui concilia la faveur de la cour : en 1784, il fut nommé secrétaire interprète du comte d’Artois, sinécure qui lui fut rendue dès la première Restauration. En 1792, il prit part avec son ami Barré à la fondation du théâtre du Vaudeville, rue de Chartres-Saint-Honoré, spécialement consacré au genre qu’il avait restauré, et y fit représenter la plupart de ses anciens ouvrages ainsi que des pièces de circonstance.

Sous la Terreur, il fut obligé de se cacher dans le midi afin d’échapper à la tourmente révolutionnaire et, de retour à Paris, après la chute de Robespierre le 9 thermidor, il accepta des fonctions municipales dans le département de Seine-et-Oise. Il était, sous le Directoire, commissaire du Ier arrondissement de Paris lorsqu’à la suite du coup d'État du 18 brumaire il devint, le 20 brumaire an VIII, l’un des cinq administrateurs du bureau central.

Appelé, le 23 ventôse an VIII, au poste de Secrétaire général de la préfecture de police fondée en 1800, il conserva cette fonction sous trois Préfets de police successifs et jusqu’au 14 août 1815[5]. Les hautes fonctions dans la police de Piis lui permettront de protéger ce théâtre de la proscription voulue par Bonaparte et qui entraina la fermeture de nombreux théâtres[6]. Pendant les Cent-Jours, il fut employé par le comte Réal en qualité d’archiviste.

À la Restauration il fut reproché à Piis d’avoir souvent pratiqué une politique opportuniste lui ayant permis de traverser, pratiquement sans encombres, une période particulièrement mouvementée de l’Histoire de France. Le Dictionnaire des girouettes paru en 1815 a consacré une longue notice à ses nombreux changements d'orientations politiques correspondants à son intérêt personnel[7].

Piis était membre de la Légion d'honneur, mais se présenta trois fois sans succès aux élections de l’Académie française. Il fut l’un des fondateurs du Portique républicain, de la société des dîners du Vaudeville et de celle du Caveau moderne, qu’il présida après la mort de Laujon. Piis se fit remarquer par la facilité et le tour aimable de son esprit ; mais il montra dès lors la négligence de forme et la prolixité qui caractérisent toutes ses œuvres. Son talent comme vaudevilliste a été décrit comme fort inégal, et aucune de ses nombreuses compositions ne s’est maintenue au répertoire ; dans ses meilleures chansons, il s’est montré prolixe et bizarre. Il fit partie, avec Barré, Radet et Desfontaines-Lavallée, dont les noms sont restés plus connus que les écrits, du quatuor de vaudevillistes.

La consonance de son nom lui a attiré plusieurs épigrammes : « Di meliora Piis », disait l’un en parodiant Virgile ; Auge Piis ingenium, ripostait l’autre en parodiant le rituel. D’aucuns trouvaient aussi que, dans son bagage littéraire, il y avait « beaucoup à barrer » (i.e. « à Barré » avec qui il collabora fréquemment).

Piis paraît avoir été un actif protecteur du Carnaval de Paris et l’auteur probable du rétablissement du cortège de la Promenade du Bœuf Gras en 1805. Ainsi que l’auteur du tract anonyme annonçant ce défilé[8], qui lança en pleine vogue égyptienne à la suite de la campagne d'Égypte le mythe de l’origine égyptienne de cette fête[9].

Œuvres[modifier | modifier le code]

On citera parmi les pièces de Piis : la Bonne Femme, parodie d’Alceste (1776) ; l’Opéra de province, parodie d’Armide (1777) ; Aristote amoureux, ou le Philosophe bridé, avec Barré (1780) ; les Amours d’été, avec le même (1781 ; le Mariage in extremis, avec le même (1782) ; les Solitaires de Normandie (1788) ; le Savetier et le Financier (1793) ; Santeul et Dominique, avec Barré (1796) ; la Vallée de Montmorency, avec Barré, Radet et Desfontaines (1798) ; Voltaire ou une journée à Ferney, avec les mêmes (1799), etc.

Outre ses vaudevilles, qui, à part le plus petit nombre, ont tous été écrits en collaboration avec Barré, on a de lui : les Augustins, contes nouveaux en vers, et Poésies fugitives, Londres [Paris], 1779, in-16 ; la Carlo-Robertiade, ou épitre badine au sujet des ballons, Paris, 1784, in-8° ; Chansons nouvelles, Paris, 1785-1788, in-12, dédiées au comte d’Artois ; l’Harmonie imitative de la langue française, poème en quatre chants, Paris, 1785, 1788, in-8°[10] ; les Œufs de Pâques de mes critiques, dialogues mêlés de vaudevilles, Paris, 1786, in-8°, satire dirigée contre les journalistes qui avaient attaqué l’Harmonie imitative ; Opuscules divers, Paris, 1791, in-12 ; Chansons patriotiques, Paris, 1794, in-18 ; les Diners du Vaudeville, 1802, in-8° ; Chansons choisies, Paris, 1808, 2 vol. in-18, avec portrait ; À quelques poètes très-spirituels, matérialisme à part; stances familières, Paris, 1818, in-8° ; les Craintes d’un fou du roi ; Paris, 1855, in-8° ; le Cantique du pauvre d’esprit ; Paris, 1825, in-8°, à l’occasion du sacre de Charles X.

On a encore de Piis : les Augustins, contes nouveaux en vers (Londres [Paris], 1779, in-16) ; l’Harmonie imitative de la langue française, poème en quatre chants (Paris, 1785, in-8° ; Chansons nouvelles (Paris, 1785, in-12) ; Opuscules divers (Paris, 1791, in-12) ; Chansons patriotiques (Paris, 1794, in-18) ; Chansons choisies (Paris, 1806, 2 vol. in-18) ; etc.

Piis a édité lui-même une partie de ses pièces sous le titre de Théâtre (1781, 2 vol. in-18) ; il a donné aussi ses Œuvres choisies (Paris, 1811, 4. vol. in-8°). On a le Théâtre de Piis et Barré (1784, 2 vol. in-8°).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Illustration extraite des Œuvres choisies d'Antoine Pierre Augustin de Piis publiées par Brasseur en 1810.
  2. On le trouve quelquefois à tort mentionné avec un ordre de prénoms différent : « Antoine-Pierre-Augustin de Piis ».
  3. De Piis n'est pas le seul à avoir cumulé les qualités de haut fonctionnaire de police et homme de lettres français. Le Préfet Louis Amade, par exemple, fut parolier de Gilbert Bécaud. C'est à lui que l'on doit notamment les paroles de la célèbre chanson « L'important c'est la rose ».
  4. Émile de Labédollière, Le Nouveau Paris, Gustave Barba Libraire-Éditeur, Paris 1860, page 148.
  5. Le Secrétaire général de la Préfecture de police occupe la place la plus importante à la Préfecture de police, immédiatement après le Préfet de police.
  6. Par un décret en date du 8 juin 1806 l'Empereur Napoléon Ier donna une semaine à tous les théâtres parisiens pour fermer, exceptées huit salles : l'Opéra, la Comédie-Française, l'Opéra-Comique, le Théâtre de l'Impératrice, la Gaîté, l'Ambigu, le Théâtre des Variétés et le Théâtre du Vaudeville. Au côté de celles-ci subsista aussi le Cirque-Olympique, salle vouée à la gloire des armées et où avaient lieu parades équestres et concerts de cuivres.
  7. César de Proisy d'Eppe, Alexis Eymery, Pierre-Joseph Charrin, René Perin et Tastu, Dictionnaire des girouettes, ou Nos contemporains peints d'après eux-mêmes… par une société de girouettes…, Alexis Eymery éditeur, Paris 1815, pages 348-353.
  8. 1805, ni illustré, ni daté mais datable par le contenu du texte, conservé dans la collection Le Senne, à la Bibliothèque nationale de France, côte : L¹19-17.
  9. Une très truculente ordonnance du préfet de police Dubois détaillant le contenu et l’ordre précis du cortège et paru l'avant-veille de celui-ci serait également à lui attribuer.
  10. Ce poème, qui a été l’objet de sévères critiques contient dans le premier chant l’analyse des lettres de l’alphabet en vers souvent baroques, tels que :
    Le Q traînant sa queue et querellant tout bas…
    L’X excitant la rise, etc.
    En beaucoup d’endroits pourtant l’auteur s’est tiré avec adresse des tours de force qu’il a osé entreprendre.

Sources[modifier | modifier le code]

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