Phonologie de l'irlandais

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Carte d'une île, avec des régions à l'ouest colorées en verte
Carte des zones de langue irlandaise en Irlande. Les lieux mentionnés dans cet article sont nommés sur la carte.

La phonologie de l'irlandais varie d'un dialecte à l'autre ; il n'y a pas de prononciation standard. Par conséquent, cet article se concentre sur les phénomènes qui sont partagés par plusieurs dialectes et sur les principales différences entre les dialectes. Les dialectes se divisent généralement en trois grandes groupes : l'irlandais d'Ulster, l'irlandais du Connacht et l'irlandais du Munster.

La phonologie de l'irlandais s'étudie comme discipline depuis la fin du XIXe siècle, et de nombreux linguistes ont publié des descriptions des dialectes de toutes les régions ou la langue est parlée. Plus récemment, des linguistes théoriques ont également porté leur attention sur la phonologie irlandaise, produisant un certain nombre de livres, d'articles et de thèses de doctorat sur ​​ce sujet.

L'un des aspects les plus importants de la phonologie irlandaise, c'est que presque toutes les consonnes viennent en couples. Les consonnes dites larges (« broad ») sont vélarisées, c'est-à-dire, l'arrière de la langue est tiré vers l'arrière et légèrement vers le haut en direction de la voile du palais. Les consonnes dites fines (« slender ») sont palatalisés, ce qui signifie que la langue est poussée vers le palais dur lors de l'articulation. Le contraste entre les consonnes larges et fines est crucial en irlandais, parce que le sens d'un mot peut changer si une consonne large est remplacée par une consonne fine ou vice-versa. Par exemple, la seule différence de prononciation entre les mots bo, « vache », et beo, « vivant », c'est que bo est prononcé avec un b large, tandis que beo est prononcé avec un b fin. Le contraste entre les consonnes larges et fines joue un rôle essentiel non seulement dans la distinction des consonnes individuelles, mais aussi dans la prononciation des voyelles environnantes, dans la détermination de quelles consonnes peuvent se trouver à côté d'autres consonnes et dans le comportement des mots qui commencent par une voyelle. Cette distinction large / fin est similaire à la distinction dur / mou de plusieurs langues slaves comme le russe.

La langue irlandaise partage un certain nombre de caractéristiques phonologiques avec ses plus proches parents linguistiques : le gaélique écossais et le mannois, ainsi qu'avec l'anglais irlandais, langue avec laquelle elle est le plus souvent en contact.

Histoire de la discipline[modifier | modifier le code]

Page de titre de Die araner mundart. Ein beitrag zur erforschung des westirischen (Le dialecte d'Aran : une contribution à l'étude de l'irlandais occidental)[1].

Jusqu'à la fin du XIXe siècle, les discussions linguistiques de l'irlandaise se sont concentrées soit sur ​​la grammaire traditionnelle de la langue (traitant par exemple de l'inflexion des noms, verbes et adjectifs) ou sur l'historique du développement des sons de l'indo-européen commun à travers le proto-celtique jusqu'au vieil irlandais. La première analyse descriptive de la phonologie d'un dialecte irlandais est celle de Franz Nikolaus Finck (1899), qui a fait du travail sur le terrain l'auteur sur le terrain dans les îles d'Aran. Il est suivi par Quiggin (1906), qui écrit une description phonétique du dialecte de Meenawannia près de Glenties, dans le comté de Donegal. Le travail de Pedersen (1909) est essentiellement un récit historique, mais il contient aussi des descriptions des dialectes modernes. Alf Sommerfelt est parmi les premiers à publier des descriptions de plusieurs dialectes d'Ulster et du Munster (1922, 1927, 1929 et 1965). Le dialecte de Dunquin sur la péninsule de Dingle est décrit par Sjoestedt (1931). De 1944 à 1968, l'Institut d'études avancées de Dublin publie une série de monographies, chacune décrivant la phonologie d'un dialecte local: Ó Cuív (1944) pour West Muskerry dans le comté de Cork, de Bhaldraithe (1945, 1966) pour Cois Fhairrge dans le Connemara, Breatnach (1947) pour Ring dans le comté de Waterford, de Búrca (1958) pour Tourmakeady] dans le comté de Mayo, Wagner (1959) pour Teelin dans le comté de Donegal et Mhac an Fhailigh (1968) pour Erris dans le comté de Mayo. Plus récemment, des descriptions de la phonologie sont publiés par Lucas (1979) pour Rosguill dans le nord de Donegal, Hughes (1986) pour Tangaveane et Commeen (près de Glenties), Ó Curnáin (1996) pour Iorras Aithneach dans le Connemara et Ó Sé (2000) pour la péninsule de Dingle dans le comté de Kerry.

La recherche sur la phonologie théorique de l'irlandais commence avec Ó Siadhail & Wigger (1975), qui suivent les principes et pratiques de « The Sound Pattern of English » de Noam Chomsky et Morris Halle. Ces principes constituent aussi la base des sections de la phonologie dans Ó Siadhail (1989). Des mémoires examinant la phonologie de l'irlandais d'un point de vue théorique comprennent notamment Ní Chiosáin (1991), Green (1997) utilisant la théorie de l'optimalité, et Cyran (1997) et Bloch-Rozmej (1998) utilisant la phonologie du gouvernement.

Consonnes[modifier | modifier le code]

La plupart des dialectes de l'irlandais contiennent au minimum les phonèmes consonantiques indiqués dans le tableau ci-dessous (pour une explication des symboles, voir l'alphabet phonétique international). La consonne /h/ n'est ni large ni fine.

Phonèmes consonantiques
Labiale Coronale Dorsale Glottale
large fine large fine large fine
Occlusive sourde t̪ˠ k c
voisée d̪ˠ g ɟ
Fricative/
Spirante
sourde ʃ x ç h
voisée w ɣ j
Nasale n̪ˠ ŋ ɲ
Battue ɾˠ ɾʲ
Latérale l̪ˠ

Semi-voyelles[modifier | modifier le code]

Les consonnes larges (vélaires ou vélarisées) sont suivies par une semi-voyelle vélaire (ou consonne spirante vélaire voisée) devant les voyelles antérieures, qui ressemble au son représenté par ou dans le mot français ouate, mais sans l'arrondissement des lèvres. Le symbole de l'API pour ce son est [ɰ]. Ainsi naoi /n̪ˠiː/ « neuf » et caoi /kiː/ « manière » se prononcent [n̪ˠɰiː] et [kɰiː][2]. Cette semi-voyelle vélaire est labialisée (prononcée avec les lèvres arrondies, comme dans ouate) après les consonnes labiales, de sorte que buí /bˠiː/ « jaune » se prononce [bˠwiː][3].

De même, les consonnes fines (palatales ou palatalisées) sont suivies d'une semi-voyelle palatale (comme l'y dans yaourt) devant les voyelles postérieures ; par exemple, tiubha /tʲuː/ "épais" se prononce [tʲjuː][4].

Quand une consonne large suit une voyelle antérieure, il y a une voyelle très courte [ə̯] juste devant la consonne ; par exemple, díol /dʲiːl̪ˠ/ « vendre » se prononce [dʲiːə̯l̪ˠ]. De même, quand une consonne fine suit par une voyelle postérieure, il y a une voyelle [i] devant la consonne ; par exemple, áit /aːtʲ/ « lieu » se prononce [aːi̯tʲ][5] ; óil /oːlʲ/, nom verbal au génitif du verbe ól « boire », se prononce [oːi̯lʲ][6] ; meabhair /mʲəuɾʲ/ « compréhension » est [mʲəui̯ɾʲ][7] et /d̪ˠuːn̠ʲ/ « à nous » est [d̪ˠuːi̯n̠ʲ][8].

Allophones[modifier | modifier le code]

Le phonème /w/ a deux allophones : la spirante labio-vélaire voisée [w] et la fricative labio-dentale voisée vélarisée [vˠ]. La distribution de ces allophones varie de dialecte en dialecte. Dans le Munster en général il n'y a que [vˠ][9], et dans l'Ulster en général il n'y a que [w][10]. Dans le Connacht [w] se trouve en début de mot devant les voyelles (par exemple bhfuil [wɪlʲ] « est », le verbe) et [vˠ] dans d'autres positions (par exemple naomh [n̪ˠiːvˠ] « saint », fómhar [ˈfˠuːvˠəɾˠ] « automne », bhrostaigh [ˈvˠɾˠɔsˠt̪ˠə] « pressé »[11].

Les autres fricatives labiales sont typiquement labio-dentales [fˠ, fʲ, vʲ], mais elles, ainsi que l'allophone fricative [vˠ] de /w/ ont des allophones bilabiales [ɸˠ, ɸʲ, βˠ, βʲ] dans plusieurs dialectes ; la distribution dépend en partie de l'environment (les bilabiales se trouvent plus fréquemment à côté des voyelles arrondies) et en partie du locuteur individuel[12].

Parmi les coronales, la plupart sont alvéolaires, mais les occlusives larges et latérales sont typiquement dentales [t̪ˠ, d̪ˠ, n̪ˠ, l̪ˠ], et la fricative coronale fine est typiquement post-alvéolaire [ʃ]. Les occlusives coronales fines /tʲ, dʲ/ peuvent se réaliser comme des affriquées alvéolo-palatales [tɕ, dʑ] dans un nombre de dialectes, y compris celui de Tourmakeady[13], Erris[14] et Teelin[15].

Les occlusives dorsales fines /c, ɟ, ɲ/ peuvent être articulées comme de vraies palatales [c, ɟ, ɲ] ou comme des palato-vélaires [k̟, ɡ˖, ŋ˖][16].

Le phonème /j/ a trois allophones dans la plupart des dialectes : une spirante palatale [j] devant les voyelles à part /iː/ et en fin de syllabe (par exemple, dheas [jasˠ] « agréable », beidh [bʲɛj] « sera ») ; une fricative (post-)palatale voisée [ʝ] devant les consonnes (par exemple, ghrian [ʝɾʲiən̪ˠ] « soleil ») ; et un son intermédiaire [j˔] (avec plus de frication que [j] mais moins de frication que [ʝ]) devant /iː/ (par exemple, dhírigh [j˔iːɾʲə] « redressé »[17].

Comme en anglais, les occlusives sourdes sont aspirées (articulées avec une bouffée d'air après l'émission de la consonne) en début de mot. Les occlusives voisées peuvent être incomplètement voisées mais ne sont jamais aspirées. Les occlusives sourdes ne sont pas aspirées après /sˠ/ et /ʃ/ (par exemple, scanradh [sˠkauɾˠə][18] « terreur ») ; cependant, les occlusives restent aspirées après la clitique is /sˠ/ (par exemple, is cam [sˠkʰaum] « c'est tordu »)[19]. Plusieurs chercheurs utilisent des transcriptions comme /sb sd sɡ xd/, etc., indiquant qu'ils considèrent les occlusives qui suivent des fricatives voisées comme des allophones dévoisés des occlusives voisées au lieu des allophones non-aspirés des occlusives sourdes, mais cela est une opinion minoritaire[20].

Sonantes fortis et lenis[modifier | modifier le code]

En vieil irlandais, les sonantes (orthographiées l n r m) étaient divisées non seulement dans les catégories de larges et fines, mais aussi dans des catégories de fortis et lenis. La définition précise de ces termes phonétiques est un peu vague, mais les sons fortis coronales (orthographiés l n r) étaient probablement plus longs et peut-être avec une plus grande surface de contact entre la langue et le toit de la bouche que les sons voisées. Le son de m fortis était probablement un [m] normal, tandis que l'm lenis est une semi-voyelle nasalisée [w̃], peut-être tendant vers une fricative nasalisé [ṽ] ou [β̃] lorsque palatalisée. Par convention, les coronales fortis sont transcrites avec des majuscules ⟨L N R⟩, les lenis avec des minuscules ⟨l n r[21]. Ainsi le vieil irlandais avait quatre phonèmes rhotiques /Rˠ, Rʲ, rˠ, rʲ/, quatre phonèmes latérales /Lˠ, Lʲ, lˠ, lʲ/ et quatre phonèmes coronales nasales /Nˠ, Nʲ, nˠ, nʲ/[22]. En vieil irlandais les sonantes fortis et lenis contrastait l'une avec l'autre entre les voyelles et en fin de mot après les voyelles, par exemple, berraid /bʲeRˠɨðʲ/ « il cisaille » vs beraid /bʲerˠɨðʲ/ « il peut porter » ; coll /koLˠ/ « noisette » vs col /kolˠ/ « péché » ; sonn /sˠoNˠ/ « pieu » vs son /sˠonˠ/ « son »[23]. En début de mot, seuls les sons fortis se trouvaient, mais ils devenaient lenis dans les environnements où il y avait de la lénition causée par le morphosyntaxe : rún /Rˠuːnˠ/ « mystère » vs a rún /a rˠuːnˠ/ « son mystère », lón /Lˠoːnˠ/ « provision » vs. a lón /a lˠoːnˠ/ « sa provision »[24].

Dans la langue moderne, les quatre rhotiques ont été réduites à deux dans tous les dialectes : /Rˠ, Rʲ, rˠ/ sont tous devenus /ɾˠ/. Quant aux latérales et aux nasales, certains dialectes ont conservé la distinction entre les quatre, tandis que d'autres les ont réduites à trois ou deux phonèmes distincts, comme on voit dans le tableau suivant.

Vieil irlandais Ulster Connacht Munster
Rosguill[25] Glenties[26] Mayo[27] Connemara[28] Aran[1] Péninsule de Dingle[29] West Muskerry[30]
ɾˠ
ɾʲ
l̪ˠ l̪ˠ l̪ˠ l̪ˠ l̪ˠ
l
l
l̠ʲ
n̪ˠ n̪ˠ n̪ˠ n̪ˠ n̪ˠ
n
n
n̠ʲ en début de mot
ɲ ailleurs
Note : l̠ʲ and n̠ʲ sont des consonnes alvéolo-palatales.

En ce qui concerne l'm fortis et lenis, avec le temps la version lenis (semi-voyelle nasalisée ou fricative labiale) ont fini par être prononcé comme une semi-voyelle ou consonne fricative régulière avec de la nasalisation de la voyelle précédente. La perte ultérieure de /w/ entre deux voyelles a donné lieu à des voyelles phonémiquement nasalisées dans certains dialectes modernes (voir ci-dessous), mais celles-ci ne sont solidement maintenues dans aucun dialecte ; la tendance forte est d'éliminer entièrement la nasalisation. Cependant, la semi-voyelle nasalisée originale se reflète encore dans l'orthographie comme ⟨mh⟩.

Voyelles[modifier | modifier le code]

Les phonèmes vocaliques de l'irlandais de Connacht [31]
Les phonèmes vocaliques de l'irlandais du Munster [32]

Les sons des voyelles varient de dialecte en dialecte, mais en général les dialectes du Connacht et du Munster s'accordent dans l'ensemble de voyelles, qui comprend les monophtongues /iː/, /ɪ/, /uː/, /ʊ/, /eː/, /ɛ/, /oː/, /ɔ/, /a/, /aː/ et le schwa (/ə/), qui ne se trouve qu'en syllabes non-accentués, et les diphtongues tombantes /əi/, /əu/, /iə/ et /uə/.

Profondeur des voyelles[modifier | modifier le code]

La profondeur du point d'articulation des voyelles (c'est-à-dire, la position horizontale du point le plus élevé de la langue) dépend dans une large mesure de la qualité (large ou fine) des consonnes adjacentes. Certains chercheurs soutiennent que [ɪ] et [ʊ] sont en fait des allophones du même phonème, comme le sont [ɛ] et [ɔ][33]. Selon ce point de vue, ces phonèmes seraient non-marqués au niveau abstrait comme voyelles antérieuress ou voyelle postérieures. Au contraire, elles acquiéraient une spécification pour antériorité ou postériorité des consonnes qui les entourent. Ici nous allons suivre l'interprétation plus traditionnelle, dans laquelle /ɪ, ʊ, ɛ, ɔ/ représentent quatre phonèmes distincts. Les descriptions des allophones dans cette section reflètent l'accent de la péninsule de Dingle dans le Munster, et sauf indication contraire, elles sont valables aussi pour d'autres accents du Munster et du Connacht[34].

Voyelles fermées[modifier | modifier le code]

Les quatre phonèmes de voyelles fermées en irlandais sont les voyelles fermées /iː/ et /uː/ et les voyelles pré-fermées /ɪ/ et /ʊ/. Leur prononciation exacte dépend de la qualité des consonnes adjacentes. Le phonème /iː/ est réalisé comme un [iː] antérieur entre deux consonnes fines (par exemple tír [tʲiːrʲ] « pays »). Entre une consonne fine et une consonne large, la langue se rétracte légèrement de cette position, produisant une voyelle symbolisée par [i̠ː] (par exemple díol [dʲi̠ːl̪ˠ] « vente », caoire [ki̠ːɾʲə] « baie » (génitif). Entre deux consonnes larges, la langue se rétracte encore plus, presque au point de produire une voyelle centrale, dans l'API [ïː] (par exemple caora [kïːɾˠə] « mouton »). Le phonème /uː/ est réalisé comme un [uː] antérieur entre des consonnes larges (par excemple dún [d̪ˠuːn̪ˠ] « fort »), mais entre une consonne large et une fine, la langue avance légèrement pour produire la voyelle [u̟ː] (par exemple triúr [tʲɾʲu̟ːɾˠ] « trois personnes », súil [sˠu̟ːlʲ] « œil »). Entre deux consonnes fines elle avance encore plus, devenant une voyelle centralisée [üː] (par exemple ciúin [cüːnʲ] « tranquille »).

Gammes approximatives des allophones des voyelles fermées

Les voyelles pré-fermées /ɪ/ et /ʊ/ montrent une tendance similaire. Le phonème /ɪ/ est réalisé entre des consonnes fines comme un [i̞] antérieur, par exemple tigh [tʲi̞ɟ] « maison » (datif). Après une consonne fine et devant une large il est un [ɪ] mi-antérieur (par exemple giota [ˈɟɪt̪ˠə] « morceau »). Après une consonne large et devant une fine, il est un [ɪ̈] plus rétracté (par exemple tuigeann [ˈt̪ˠɪ̈ɟən̪ˠ] « comprend »). Pour finir, entre deux consonnes larges il est un [ɨ̞] central (par exemple goirt [ɡɨ̞ɾˠtʲ])[35] « salé ». Le phonème /ʊ/ est un [ʊ] mi-postérieur quand toutes les consonnes adjacentes sont large (par exemple dubh [d̪ˠʊvˠ] « noir ») et un [ʊ̟] plus centralisé après une consonne fine (par exemple giobal [ˈɟʊ̟bˠəl̪ˠ] « chiffon »).

Voyelles moyennes[modifier | modifier le code]

Gammes approximatives des allophones des voyelles moyennes

La réalisation des voyelles mi-fermées longues /eː/ et /oː/ varie selon la qualité des consonnes environnantes. Le phonème /eː/ est un [eː] antérieur entre deux consonnes fines (par exemple béic [bʲeːc] « crier »), un [ëː] centralisé entre une consonne large et une fine (par exemple glaoigh [ɡl̪ˠëːɟ] "» appeler »), un [ɛ̝̈ː] centralisé plus ouvert entre deux consonnes larges (par exemple baol [bˠɛ̝̈ːl̪ˠ] « danger ». Le phonème /oː/ varie d'un [oː] postérieur entre deux consonnes larges (par exemple fód [fˠoːd̪ˠ] « gazon ») à un [o̟ː] avancé entre une consonne large et une fine (par exemple fóid [fˠo̟ːdʲ] « gazon », génitif) à un [öː] centralisé entre deux consonnes fines (par exemple ceoil [cöːlʲ] « musique », génitif).

Les voyelles mi-ouvertes courtes varient aussi selon leur environnement. Le phonème court /ɛ/ varie d'un [ɛ̝] antérieur entre des consonnes fines (par exemple beidh [bʲɛ̝ɟ] « sera ») à un [ɛ̝̈] rétracté entre une consonne large et une fine (par exemple bead [bʲɛ̝̈d̪ˠ] « serai », raibh [ɾˠɛ̝̈vʲ] « étais ») à un [ɘ̞] centralisé quand la seule consonne adjacente est large (par exemple croich [kɾˠɘ̞] « croix », datif). Le phonème court /ɔ/ entre deux consonnes larges est ordinairement un [ɔ̝] postérieur (par exemple cloch [kl̪ˠɔ̝x] « pierre »), mais il est un [ö] centralisé quand il se trouve à côté des consonnes nasales et des consonnes labiales (par exemple ansan [ən̪ˠˈsˠön̪ˠ] « là », bog [bˠöɡ] « mou »). Entre une consonne large et une fine il est un [ɔ̝̈] plus ouvert (par exemple scoil [skɔ̝̈lʲ] « école », deoch [dʲɔ̝̈x] « boire »).

Le phonème non-accentué /ə/ est réalisé comme un [ɪ] pré-fermé et pré-antérieur quand il est à côté des consonnes palatales (par exemple píce [ˈpʲiːcɪ] « pique »). À côté des autres consonnes fines, il est un [ɪ̽] mi-centralisé (par exemple sáile [ˈsˠaːlʲɪ̽] « eau salée »). À côté des consonnes largesil est ordinairement un [ə] mi-central (par exemple eolas [ˈoːl̪ˠəsˠ] « information »), mais quand le syllabe précédent contient l'une des voyelles fermées postérieures /uː, ʊ/, il est réalisé comme un [ʊ̽] postérieur mi-centralisé (par exemple dúnadh [ˈd̪ˠuːn̪ˠʊ̽] « fermant »), muca [ˈmˠʊkʊ̽] « cochons »).

Voyelles ouvertes[modifier | modifier le code]

Gammes approximatives des allophones des voyelles dans le Munster

La réalisation des voyelles ouvertes varie selon la qualité des consonnes environnantes ; il y a aussi une différence significative entre les dialectes du Munster et du Connacht. Dans le munster, /aː/ long et /a/ court ont approximativement la même gamme de réalisation : les deux voyelles sont postérieures en contact avec des consonnes larges et relativement antérieures en contact avec des consonnes fines. Spécifiquement, /aː/ long en début de mot et après des consonnes larges est un [a̠ː] antérieur rétracté (par exemple gearrfaidh [ˈɟa̠ːɾˠhəɟ] « coupera »), tandis qu'entre deux consonnes fines il est un [aː] complètement antérieur (par exemple a Sheáin [ə çaːnʲ] « Jean », vocatif). À Dingle, l'allophone postérieur est arrondi à [ɒː] après des labiales larges (par exemple bán [bˠɒːn̪ˠ] « blanc »), tandis qu'à Ring, [ɒː] arrondi est la réalisation usuelle de /aː/ dans tous les contextes sauf entre des consonnes fines, quand il est un [ɒ̈ː] centralisé[36]. Le phonème court /a/ entre deux consonnes fines est un [a] antérieur (par exemple gairid [ɟaɾʲədʲ][37] « court ». Entre une consonne large et une fine, il est dans la plupart des cas un [a̠] rétracté (par exemple fear [fʲa̠ɾˠ] « homme », caite [ˈka̠tʲə] « usé »), mais après des labiales larges et /l̪ˠ/ il est un [ä] antérieur centralisé (par exemple baile [bˠälʲə] « ville », loit [l̪ˠätʲ][38] « blesser ». Quand il est adjacent seulement à des consonnes larges, il est un [ɑ̈] postérieur centralisé (par exemple mac [mˠɑ̈k] « fils », abair [ɑ̈bˠəɾʲ] « dire ».

Gammes approximatives des allophones des voyelles dans le Connacht

Dans les variétés du Connacht[39] les allophones de /a/ court sont systématiquement plus avancés que les allophones de /aː/ long. À Erris, par exemple, /a/ court varie d'un Voyelle pré-ouverte antérieure [æ] devant les consonnes fines (par exemple sail [sˠælʲ] « cérumen ») à un [a] ouvert après les consonnes fines (par exemple geal [ɟalˠ] « brillant ») à un [ɑ̈] postérieur centralisé entre des consonnes larges (par exemple capall [ˈkɑ̈pəl̪ˠ] « cheval »). Le phonème /aː/ long, de l'autre côté, varie d'un [ɑː] postérieur entre des consonnes larges (par exemple bád [bˠɑːd̪ˠ] « bateau ») à un [ɑ̟ː] postérieur avancé devant des consonnes fines (par exemple fáil [fˠɑ̟ːlʲ] « obtenir ») à un [ɑ̈ː] postérieur centralisé après des consonnes fines (par exemple breá [bʲɾʲɑ̈ː] « excellent »). À Tourmakeady[40], l'allophone postérieur est arrondi à [ɒː] après des labiales larges (par exemple bán [bˠɒːn̪ˠ] « blanc »). Dans le Connemara, les allophones de /a/ sont allongés, de sorte que seulement la qualité vocalique différentie les allophones de /a/ et ceux de /aː/[41].

Diphtongues[modifier | modifier le code]

Gammes approximatives des allophones de /əi/ et /əu/

Le point de départ de /əi/ varie d'un [ɐ] pré-ouvert central après des consonnes larges à un [ɛ̈] mi-ouvert antérieur centralisé après des consonnes fines, et son point final varie d'un [ɪ] pré-fermée pré-antérieur devant des consonnes fines à un [ɪ̈] centralisé devant des consonnes larges (par exemple cladhaire [kl̪ˠɐɪɾʲə] « coquin », gadhar [ɡɐɪ̈ɾˠ] « chien », cill [cɛ̈ɪlʲ] « église » et leigheas [lʲɛ̈ɪ̈sˠ] « remède »)[42].

Le point de départ de /əu/ varie d'un [ɐ] pré-ouvert central après des consonnes larges à un [ɜ̟] mi-ouvert central avancé après des consonnes fines, et son point final varie d'un [ʊ] pre-fermée pré-postérieur devant des consonnes larges à un [ʊ̈] centralisé devant des consonnes fines[43] (par exemple, bodhar [bˠɐʊɾˠ] « sourd », feabhas [fʲɜ̟ʊsˠ] « amélioration », labhairt [l̪ˠɐʊ̈ɾʲtʲ] « parler », meabhair [mʲɜ̟ʊ̈ɾʲ] « mémoire ». Cependant, dans le West Muskerry et la péninsule de Dingle, le point de départ de /əu/ est arrondi et plus postérieur après des consonnes larges[44] (par exemple gabhar [ɡɔʊɾˠ] « chèvre ».

Gammes approximatives des allophones de /iə/ et /uə/

Le point de départ de /iə/ varie d'un [i] fermé antérieur après des consonnes fines à un [i̠] rétracté après /ɾˠ/ en début de mot (le seul contexte dans lequel il apparaît après une consonne large). Son point final varie d'un [ə] mi-central devant des consonnes larges à un [ë] mi-fermé antérieur centralisé devant des consonnes fines[45] (par exemple, ciall [ciəl̪ˠ] « sens », riamh [ɾˠi̠əvˠ] « jamais », diabhail [dʲiëlʲ] « diables »).

Le point de départ de /uə/ est systématiquement un [u] fermé postérieur, tandis que le point final varie de [ɐ] à [ɪ̽][46] (par exemple thuas [huɐsˠ] « au-dessus », uan [uən̪ˠ] « agneau », buail [bˠuɪ̽lʲ] « battre »).

Voyelles nasalisées[modifier | modifier le code]

En général, les voyelles en irlandais sont nasalisées quand elles sont adjacentes à des consonnes nasales. Pour certains locuteurs, il y a apparemment des paires minimales entre des voyelles nasales et des voyelles orales, ce qui indique que les voyelles nasales sont aussi des phonèmes séparés ; ceux-ci résultent en général d'une semi-voyelle nasalisée ultérieure [w̃] (historiquement la version lénifiée de /m/), qui a depuis été perdu. Cependant, le contraste n'est robuste dans aucun dialecte ; la plupart des descriptions rapportent que des voyelles qui ont un contraste oral-nasal ne sont présentes que dans la prononciation de quelques locuteurs (généralement âgés). Les paires minimales potentielles incluent celles qui sont marquées dans le tableau suivant[47].

Voyelle nasale Voyelle orale
Orthographe Prononciation Traduction Orthographe Prononciation Traduction
amhras [ˈə̃ũɾˠəsˠ] "doubt" abhras [ˈəuɾˠəsˠ] « fil »
áth [ãː] « gué » ádh [aː] « chance »
comhair [kõːɾʲ] (dans la phrase os comhair « devant, en face ») cóir [koːɾʲ] « juste »
cumha [kũː] « tristesse » [kuː] « chien de chasse »
deimhis [dʲĩːʃ] « paires de ciseaux » dís [dʲiːʃ] « deux personnes »
fómhair [fˠõːɾʲ] « automne » (génitif) fóir [fˠoːɾʲ] « borne »
lámha [l̪ˠãː] « mains » [l̪ˠaː] « jour »
lámhach [l̪ˠãːx] « tir » lách [l̪ˠaːx] « généreux »
nimhe [nʲĩː] « poison » (génitif) [nʲiː] « lavage »
rámha [ɾˠãː] « rame » (génitif) [ɾˠaː] « diction »

De plus, quand une voyelle est nasalisée parce qu'elle est adjacente à une consonne nasale, elle retient souvent sa nasalisation dans de formes connexes où la consonne n'est plus nasale. Par exemple, le /m/ nasal de máthair [ˈmãːhəɾʲ] « mère » est remplacé par le /w/ non-nasal dans la phrase a mháthair [ə ˈwãːhəɾʲ] « sa mère », mais la voyelle reste nasalisée[48]. De façon similaire, dans sneachta [ˈʃnʲãxt̪ˠə] « neige » la voyelle après le /nʲ/ est nasalisée, tandis que dans an tsneachta [ə ˈtʲɾʲãxt̪ˠə] « la neige » (génitif), le /nʲ/ est remplacé par /ɾʲ/ dans certains dialectes du nord, mais la voyelle nasalisée reste[49].

Phonotactique[modifier | modifier le code]

Les aspects les plus intéressants de la phonotactique irlandaise tournent autour du fonctionnement des groupes consonantiques. Ici il est important de distinguer entre les groupes qui se trouvent en début des mots et ceux qui se trouvent après les voyelles, bien qu'il y les deux groupes se chevauchent.

Groupes consonantiques en début de mot[modifier | modifier le code]

Résumé des groupes de deux consonnes disponibles dans les environnements sans mutation
Résumé des groupes de deux consonnes disponibles dans les environnements avec mutation

Les mots irlandais peuvent commencer avec des groupes de deux ou trois consonnes. En général, toutes les consonnes dans un groupe s'accordent quant à leur qualité, c'est-à-dire, elles sont toutes soit larges, soit fines. Les groupes de deux consonnes consistent en une consonne constrictive suivie d'une liquide ou d'une consonne nasale (pourtant, les constrictives nasales ne peuvent pas être suivies par une nasale). Les exemples incluent bleán /bʲlʲaːn/ « traite (du bétail) », breá /bʲɾʲaː/ « agréable », cnaipe /ˈkn̪ˠapʲə/ « bouton », dlí /dʲlʲiː/ « loi », gnáth /ɡn̪ˠaː/ « usuel », pleidhce /ˈpʲlʲəicə/ « idiot », slios /ʃlʲɪsˠ/ « tranche », sneachta /ˈʃnʲaxt̪ˠə/ « neige », tlúth /t̪ˠl̪ˠuː/ « tisonnier » et tnúth /t̪ˠn̪ˠuː/ « désirer ardemment »[50]. En outre, /sˠ/ et /ʃ/ peuvent être suivis d'une occlusive sourde, comme dans sparán /ˈsˠpˠaɾˠaːn̪ˠ/ « bourse » et scéal /ʃceːl̪ˠ/ « histoire ». De plus, le groupe /mˠn̪ˠ/ se trouve dans le mot mná /mˠn̪ˠaː/ « femmes » et dans quelques formes liées. Les groupes de trois consonnes consistent en /sˠ/ ou /ʃ/ plus une occlusive sourde plus une liquide. Les exemples incluent scliúchas /ˈʃclʲuːxəsˠ/ « chahut », scread /ʃcɾʲad̪ˠ/ « cri », splanc /sˠpˠl̪ˠaŋk/ « éclat », spraoi /sˠpˠɾˠiː/ « amusement » et stríoc /ʃtʲɾʲiːk/ « raie ».

Une exception à la règle de l'accord de qualité est que le /sˠ/ large se trouve devant les labiales fines (et pour certains locuteurs dans le Connemara et Dingle devant /c/ aussi)[51]. Les exemples incluent : sméara /sˠmʲeːɾˠə/ « baies », speal /sˠpʲal/ « faux (outil) », spleách /sˠpʲlʲaːx/ « dépendant », spreag /sˠpʲɾʲaɡ/ « inspirer » et scéal /ʃceːl̪ˠ/ ~ /sˠceːl̪ˠ/ « histoire ».

Dans un environnement de mutation consonantique initiale, il existe une gamme beaucoup plus large de groupes consonantiques possibles en début de mot[52] ; par exemple, dans un environnement de lénition, on retrouve les mots suivants : bhlas /wl̪ˠasˠ/ « goûta », bhris /vʲɾʲɪʃ/ « cassa », chleacht /çlʲaxt̪ˠ/ « exerça », chrom /xɾˠɔmˠ/ « courba », ghreamaigh /ˈjɾʲamˠə/ « colla », ghníomhaigh /ˈjnʲiːwə/ « agit », shleamhnaigh /hlʲəun̪ˠə/ « glissa », shnámh /hn̪ˠaːw/ « nagea », shroich /hɾˠɪç/ « atteignit ». Dans un environnement d'eclipsis on retrouve : mbláth /mˠl̪ˠaː/ « fleur », mbliana /ˈmʲlʲiən̪ˠə/ « ans », mbrisfeá /ˈmʲɾʲɪʃaː/ « tu casserais », ndlúth /n̪ˠl̪ˠuː/ « déformer », ndroichead /ˈn̪ˠɾˠɔhəd̪ˠ/ « pont », ndréimire /ˈnʲɾʲeːmʲəɾʲə/ « échelle », ngléasfá /ˈɲlʲeːsˠaː/ « tu habillerais », ngreadfá /ˈɲɾʲat̪ˠaː/ « tu partirais », ngníomhófá /ˈɲnʲiːwoːhaː/ « tu agirais ».

Dans les dialectes du Donegal, du Mayo et du Connemara (mais pas ordinairement sur les îles d'Aran), les nasales coronales /nˠ, nʲ/ peuvent suivre seulement /sˠ, ʃ/ respectivement dans un groupe en début de mot. Après d'autres consonnes, ils sont remplacés par /ɾˠ, ɾʲ/[53] : cnoc /kɾˠʊk/ « colline », mná /mˠɾˠaː/ « femmes », gnaoi /ɡɾˠiː/ « affection », tnúth /t̪ˠɾˠuː/ « désirer ardemment ».

Avec la lénition, /sˠn̪ˠ, ʃnʲ/ deviennent /hn̪ˠ, hnʲ/, comme anticipé dans ces dialectes, mais après l'article défini an ils deviennent /t̪ˠɾˠ, tʲɾʲ/ : sneachta /ʃnʲaxt̪ˠə/ « neige », shneachta /hnʲaxt̪ˠə/ « neige » (forme lénifiée), an tsneachta /ə tʲɾʲaxt̪ˠə/ « la neige » (génitif).

Groupes consonantiques post-vocaliques et épenthèse[modifier | modifier le code]

Groupes sujets à l'épenthèse

Comme les groupes consonantiques en début de mot, les groupes consonantiques post-vocaliques s'accordent généralement dans leur qualité large ou fine. La seule exception ici est que le /ɾˠ/ large, et non pas le /ɾʲ/ fin, apparaît devant les coronales fines /tʲ, dʲ, ʃ, nʲ, lʲ/[54] : beirt /bʲɛɾˠtʲ/ « deux personnes », ceird /ceːɾˠdʲ/ « commerce », doirse /ˈd̪ˠoːɾˠʃə/ « portes », doirnín /d̪ˠuːɾˠˈnʲiːnʲ/ « poignet », comhairle /ˈkuːɾˠlʲə/ « conseil ».

Un groupe de /ɾˠ, ɾʲ/, /l̪ˠ, lʲ/ ou /n̪ˠ, nʲ/ suivi d'une consonne labiale ou dorsale (sauf les occlusives sourdes /pˠ, pʲ/, /k, c/) est divisé par une voyelle épenthétique /ə/[55] : borb /ˈbˠɔɾˠəbˠ/ « brusque », gorm /ˈɡɔɾˠəmˠ/ « bleu », dearmad /ˈdʲaɾˠəmˠəd̪ˠ/ « faute », dearfa /ˈdʲaɾˠəfˠə/ « certain », seirbhís /ˈʃɛɾʲəvʲiːʃ/ « service », fearg /ˈfʲaɾˠəɡ/ « colère », dorcha /ˈd̪ˠɔɾˠəxə/ « sombre », dalba /ˈd̪ˠal̪ˠəbˠə/ « audacieux », colm /ˈkɔl̪ˠəmˠ/ « colombe », soilbhir /ˈsˠɪlʲəvʲəɾʲ/ « agréable », gealbhan /ˈɟal̪ˠəwən̪ˠ/ « moineau », binb /ˈbʲɪnʲəbʲ/ « venin », Banba, /ˈbˠan̪ˠəbə/ (un nom pour l'Irlande), ainm /ˈanʲəmʲ/ « nom », meanma /ˈmʲan̪ˠəmˠə/ « esprit », ainmhí /ˈanʲəvʲiː/ « animal ».

Cependant, il n'y a pas d'épenthèse quand la voyelle qui précède le groupe est longue ou une diphthongue : fáirbre /ˈfˠaːɾʲbʲɾʲə/ « ride », téarma /ˈtʲeːɾˠmˠə/ « terme », léargas /ˈlʲeːɾˠɡəsˠ/ « perspicacité », dualgas /ˈd̪ˠuəl̪ˠɡəsˠ/ « devoir ». Il n'y a pas d'épenthèse non plus dans les mots d'au moins trois syllabes : firmimint /ˈfʲɪɾʲmʲəmʲənʲtʲ/ « firmament », smiolgadán /ˈsˠmʲɔl̪ˠɡəd̪ˠaːn̪ˠ/ « gorge », caisearbhán /ˈkaʃəɾˠwaːn̪ˠ/ « pissenlit », Cairmilíteach /ˈkaɾʲmʲəlʲiːtʲəx/ « Carmélite ».

Processus phonologiques[modifier | modifier le code]

Mots commençant par une voyelle[modifier | modifier le code]

En irlandais, les mots commençant par une voyelle présentent un comportement qui a amené les linguistes à suggérer que le son vocalique par lequel ils semblent commencer n'est pas en fait le premier son dans le mot à un niveau plus abstrait. Plus précisément, quand un clitique terminant par une consonne précède un mot commençant par une voyelle, la consonne du clitique se manifeste soit comme large, soit comme fine, selon le mot en question. Par exemple, l'n de l'article défini an « le » est fin devant le mot iontais « merveille » mais large devant le mot aois « âge »[56] : an iontais /ənʲ ˈiːn̪ˠt̪ˠəʃ/ « la merveille » (génitif) vs an aois /ən̪ˠ ˈiːʃ/ « l'âge ».

Selon une interprétation de ces faits[57], les mots commençant par une voyelle commencent en fait, à un niveau abstrait de représentation, par une sorte de consonne « vide » qui ne consiste que de l'information « large » ou « fine ». Selon une autre analyse[58], les mots commençant par une voyelle, aussi à un niveau abstrait, commencent tous par une des deux semi-voyelles, l'une qui déclenche la palatalisation et l'autre qui déclenche la vélarisation d'une consonne précédente.

Allongement vocalique devant les consonnes fortis[modifier | modifier le code]

Là où les descendants des sonantes fortis du vieil irlandais apparaissent en fin de syllabe (dans certains cas, seulement en fin de mot), ils déclenchent un allongement ou une diphtongaison de la voyelle précédente dans la plupart des dialectes de l'irlandais[59]. Les détails varient de dialecte en dialecte.

Dans le Donegal and le Mayo, l'allongement ne se trouve que devant rd, rl, rn, devant rr (sauf quand une voyelle suit), et dans quelques mots aussi devant ll en fin de mot[60], par exemple, barr /bˠaːɾˠ/ « dessus, sommet », ard /aːɾˠd̪ˠ/ « haut », orlach /ˈoːɾˠl̪ˠax/ « pouce », tuirne /ˈt̪uːɾˠn̠ʲə/ « rouet », thall /haːl̪ˠ/ « là-bas ».

Dans le Connemara[61], les îles d'Aran[1], et le Munster[62], l'allongement se trouve généralement non pas seulement dans les environnements énumérés ci-dessus, mais aussi devant nn (sauf quand une voyelle suit) et devant m et ng à la fin d'un mot. Par exemple, le mot poll « trou » se prononce /pˠəul̪ˠ/ dans toutes ces régions, tandis que greim « poigne » se prononce /ɟɾʲiːmʲ/ dans le Connemara et l'Aran et /ɟɾʲəimʲ/ dans le Munster.

Parce que les voyelles se comportent de façon différente devant les sonantes larges que devant les sonantes fines dans plusieurs cas, et parce qu'il n'y a pas généralement d'allongement (sauf par analogie) quand les sonantes sont suivies d'une voyelle, il y a une variété d'alternances entre les formes du mot connexes. Par exemple, dans le Dingle[63], ceann « tête » se prononce /cəun̪ˠ/ avec une diphtongue, mais cinn (le génitif singulier du même mot) se prononce /ciːnʲ/ avec une voyelle longue, tandis que ceanna (le pluriel, « têtes ») se prononce /ˈcan̪ˠə/ with a short vowel.

Cet allongement a reçu un nombre d'explications différentes dans le contexte de la phonologie théorétique. Toutes les analyses sont d'accord qu'une certaine propriété de la sonante fortis est transmise à la voyelle précédente, mais l'identification de la propriété en question varie selon le chercheur. Ó Siadhail et Wigger[64] soutiennent que la sonante fortis est tendue (terme ne défini que vaguement phonétiquement) et que cette tension est transférée à la voyelle, où elle est réalisée phonétiquement comme une longueur de voyelle et/ou comme une diphtongaison. Ní Chiosáin[65] soutient que la consonne déclenchante est associée de façon sous-jacente à une unité de poids syllabique, appelée une more ; cette more se transfère alors à la voyelle, créant une voyelle longue ou une diphtongue. Carnie[66] développe cette analyse en soutenant que les sonantes fortis ont un avancement de la racine de la langue (c'est-à-dire, le dessous de la langue est poussé vers le haut pendant l'articulation de la consonne) et que la diphtongaison est un effet articulatoire de ce mouvement de la langue.

Dévoisement[modifier | modifier le code]

Là où une constrictive voisée ou /w/ entre en contact avec /h/, le /h/ est absorbé dans l'autre son, qui alors devient sourd (dans le cas de /w/, il devient /fˠ/). Le dévoisement se trouve le plus en évidence dans le futur des verbes de la première conjugaison (où le son de /h/ est représenté par la lettre f) et dans la formation des adjectifs verbaux (où le son est écrit th). Par exemple, le verbe scuab /sˠkuəbˠ/ « balayer » se termine par la consonne voisée /bˠ/, mais son futur scuabfaidh /ˈsˠkuəpˠəɟ/ « balaiera » et son adjectif verbal scuabtha /ˈsˠkuəpˠə/ « balayé » ont la consonne sourde /pˠ/[67].

Sandhi[modifier | modifier le code]

L'irlandais exhibe un nombre d'effets de sandhi externe, c'est-à-dire, des changements phonologiques à travers les limites de mots, particulièrement dans le discours rapide. Le type de sandhi le plus commun en irlandais est l'assimilation, qui veut dire qu'un son change de prononciation rassembler un son adjacent. Un type d'assimilation en irlandais se trouve quand une consonne coronale (d, l, n, r, s, ou t) change d'une consonne large à une fine devant un mot qui commence par une consonne coronale fine, ou d'une fine à une large devant un mot qui commence par une consonne coronale large. Par exemple, feall /fʲal̪ˠ/ « décevoir » termine par un ll large, mais dans la phrase d'fheall sé orm [dʲal̠ʲ ʃə ɔɾˠəmˠ] "il m'a déçu", le ll devient fin car le mot suivant, , commence par une consonne coronale fine[68].

La consonne n peut assimiler aussi au point d'articulation d'une consonne suivante : elle devient labiale devant une consonne labiale, palatale devant une palatale et vélaire devant une vélaire[69]. Par exemple, le nn de ceann /can̪ˠ/ « un » becomes [mˠ] in ceann bacach [camˠ ˈbˠakəx] « un boiteux » et [ŋ] dans ceann carrach [caŋ ˈkaɾˠəx] « un scabieux ». Une consonne voisée en fin de mot peut devenir sourde quand le mot préceedent commence par une consonne sourde[70], comme dans lúb sé [l̪ˠuːpˠ ʃeː] « il a tordu », où le son b de lúb /l̪ˠuːbˠ/ « a tordu » devient un son p devant le s sourd de .

Accent tonique[modifier | modifier le code]

Placement de l'accent[modifier | modifier le code]

Un mot irlandais n'a normalement qu'une syllabe qui reçoit l'accent tonique, à savoir la première syllabe du mot. Dans la transcription de l'API, une syllabe accentuée est marquée avec le symbole [ ˈ ] à gauche de la syllabe. Des exemples sont : d'imigh /ˈdʲɪmʲiː/ « est parti » et easonóir /ˈasˠən̪ˠoːɾʲ/ « déshonorer »[71]. Cependant, certains mots, en particulier les adverbes et les emprunts lexicaux, ont un accent tonique sur une syllabe non-initiale, par exemple amháin /əˈwaːnʲ/ « seulement », tobac /təˈbak/ « tabac ».

Dans la plupart des mots composés, l'accent tonique primaire tombe sur le premier membre et un accent secondaire (marqué avec [ ˌ ]) tombe sur le second membre, par exemple lagphórtach /ˈl̪ˠaɡˌfˠɔɾˠt̪ˠəx/ « tourbière usée ». Cependant, quelques mots composés ont deux accents primaires, sur le premier et le second membre, par exemple deargbhréag /ˈdʲaɾˠəɡˈvʲɾʲeːɡ/ « un terrible mensonge ».

Dans le Munster, l'accent est attiré à une voyelle longue ou diphtongue dans la deuxième ou troisième syllabe, par exemple cailín /kaˈlʲiːnʲ/ « fille », achainí /axəˈnʲiː/ « demande »[72]. Dans le dialecte aujourd'hui disparu de l'est du Mayo, l'accent était attiré à une voyelle longue ou une diphtongue de la même façon que dans le Munster ; de plus, l'accent était attiré à une voyelle courte devant ll, m ou nn en fin de mot quand ce mot se trouvait en fin d'une énonciation[73]. Par exemple, capall « cheval » se prononçait [kaˈpˠɞl̪ˠ] isolément ou en fin d'une énonciation, mais comme [ˈkapˠəl̪ˠ] au milieu d'une phrase.

Nature des syllabes non-accentuées[modifier | modifier le code]

En général, les voyelles courtes sont toutes réduites à un schwa ([ə]) dans les syllabes non-accentuées, mais il y a des exceptions. Dans le Munster, si la troisième syllabe est accentuée et les deux syllabes précédentes sont courtes, la première des deux syllabes non-accentuées n'est pas réduite à un schwa ; à la place elle reçoit un accent secondaire, par exemple spealadóir /ˌsˠpʲal̪ˠəˈd̪ˠoːɾʲ/ « homme avec un faux »[74]. Aussi dans le Munster, une voyelle courte non-accentuée n'est pas réduite à un schwa si la syllabe suivante contient un /iː/ ou /uː/ accentué, par exemple ealaí /aˈl̪ˠiː/ « art », bailiú /bˠaˈlʲuː/ « recueillir »[75]. Dans l'Ulster, les voyelles longues dans les syllabes non-accentuées sont raccourcies mais non pas réduites à schwa, par exemple cailín /ˈkalʲinʲ/ « fille », galún /ˈɡalˠunˠ/ « gallon »[76].

Processus relatifs à /x/[modifier | modifier le code]

La fricative vélaire sourde /x/, écrite ch manifeste quelques particularités dans plusieurs dialectes de l'irlandais. Tout d'abord, sa présence après la voyelle /a/ déclenche un comportement atypique des voyelles courtes. De plus, /x/ et son homologue fin /ç/ échange avec la fricative glottale sourde /h/ de diverses façons et peut quelquefois être supprimé entièrement.

Comportement de /ax/[modifier | modifier le code]

Dans le Munster, l'accent tonique est attiré à /a/ en deuxième syllabe d'un mot si elle est suivie de /x/, à condition que la première syllabe (et la troisième syllabe, si elle existe) contient une voyelle courte[77]. Des exemples sont bacach /bˠəˈkax/ « boîteux » et slisneacha /ʃlʲəˈʃnʲaxə/ « copeaux ». Cependant, si la première ou la troisième syllabe contient une voyelle longue ou une diphtongue, l'accent est plutôt attiré à cette syllabe, et le /a/ devant /x/ est réduit à /ə/ comme d'habitude, par exemple éisteacht /ˈeːʃtʲəxt̪ˠ/ « écouter », moltachán /ˌmˠɔl̪ˠhəˈxaːn̪ˠ/[78] « bélier châtré »[77].

Dans l'Ulster, /a/ non-accentué devant /x/ n'est pas réduit à schwa, par exemple eallach /ˈal̪ˠax/ « bétail »[79].

Interaction de /x/ et /ç/ avec /h/[modifier | modifier le code]

Dans plusieurs dialectes de l'irlandais, les fricatives dorsales sourdes /x/ et /ç/ alternent avec /h/ dans une variété de circonstances. Par exemple, comme la lénition de /tʲ/ et /ʃ/, /h/, est remplacé par /ç/ devant les voyelles postérieures, par exemple thabharfainn /ˈçuːɾˠhən̠ʲ/[80] « je donnerais », sheoil /çoːlʲ/ « a conduit »[81]. Dans le Munster, /ç/ devient /h/ après une voyelle, par exemple fiche /ˈfʲɪhə/ « vingt »[82]. À Ring, /h/ devient /x/ en fin d'un mot monosyllabique, par exemple scáth /sˠkaːx/ « crainte »[83]. Dans plusieurs dialectes de l'Ulster, comme ceux de l'Île de Toraigh, /x/ peut être remplacé par /h/, par exemple cha /ha/ « non pas », et peut même être supprimé en fin de mot, comme dans santach /ˈsˠan̪ˠt̪ˠah ~ ˈsˠan̪ˠt̪ˠa/ « avide »[84]. Dans d'autres dialectes de l'Ulster, /x/ peut être supprimé devant /t̪ˠ/ aussi, par exemple seacht /ʃat̪ˠ/ « sept »[85].

Exemples[modifier | modifier le code]

Le tableau suivant montre quelques exemples de phrases dans le dialecte d'Aran[86].

vʲiː ʃeː əɟ ˈafˠəɾˠk əˈmˠax asˠ ə ˈwɪn̠ʲoːɡ nuəɾʲ ə vʲiː ˈmʲɪʃə ɡɔl haɾˠt̪ˠ Bhí sé ag amharc[87] amach as an bhfuinneog nuair a bhí mise ag dul thart. Il regardait par la fenêtre quand je suis passé.
n̠ʲiː ˈɛcətʲ ʃeː pˠəul̪ˠ hɾʲiː ˈdʲɾʲeːmʲɾʲə Ní fheicfeadh sé poll thrí dréimire. Il ne verrait pas pas un trou dans une échelle (c'est-à-dire qu'il est très myope).
t̪ˠaː mʲeː fʲlɔx hɾʲiːdʲ əsˠ hɾʲiːdʲ Tá mé fliuch thríd is thríd. Je suis complètement mouillé.
hʊɡ ʃeː klɔx woːɾ ˈaɡəsˠ xa ʃeː lɛʃ ə ˈwɪn̠ʲoːɡ iː Thug sé cloch mhór agus chaith sé leis an bhfuinneog í. Il a pris une grosse pierre et l'a jetée contre la fenêtre.
ˈhaːnəɟ ʃeː əʃˈtʲax aɡəsˠ kuːx əɾʲ Tháinig sé isteach agus cuthach air. Il est venu en colère.
əɾˠ iːk ʃɪbʲ ˈmˠoːɾˠaːn əɾʲ ə mˠuːn
ɡə ˈdʲɪvʲən dʲiːk sˠə ˈl̪ˠəiəd̪ˠ ə wɪl aːn̪ˠ jɪ
―Ar íoc sibh[88] mórán ar an móin?
―Go deimhin d'íoc is an laghad a bhfuil ann dhi.
— Avez-vous payé beaucoup pour le gazon?
— Certainement, étant donné le peu qu'il y en a.
ˈtʲaɡəmʲ aːn̪ˠ xɪlə l̪ˠaː sˠəsˠ ˈmʲɪnəc n̪ˠax mʲiən̪ˠ ˈmˠoːɾˠaːn ˈfˠaːl̠ʲtʲə ɾˠuːmˠ Tagaim[89] ann chuile lá is is minic nach mbíonn mórán fáilte romham. J'y viens tous les jours, mais souvent je ne suis pas le bienvenu.
t̪ˠaː mʲeː ˈklɪʃtʲaːl ə ɡɔl haɾˠəmˠ ɡə mʲəi ˈsˠavˠɾˠə fʲlɔx sˠə ˈmʲliənə aɡən̠ʲ aɡəsˠ ˈçiːt̪ˠəɾˠ ɣɔmˠ pʲeːn ɡəɾˠ ˈaʃtʲəx ə ʃceːl eː ʃɪn Tá mé ag cloisteáil ag dul tharam go mbeidh samhradh fliuch sa mbliana againn, agus chítear[90] dhom féin[91] gur aisteach an scéal é sin. J'ai entendu dire que nous aurons un été humide cette année, mais il me semble que cette histoire est étrange.
wɪl nə ˈfˠat̪ˠiː xoː mˠasˠ d̪ˠuːɾʲtʲ ʃeː An bhfuil na fataí chomh maith is dúirt sé? Est-ce que les pommes de terre sont aussi bonnes qu'il a dit?
ə ˈɣeːlɟə ˈl̪ˠəuɾˠiːɾˠ ə ˈɡuːɟə mˠuːn n̠ʲiː ˈhɔnən̪ˠ iː sˠə ˈɣeːlɟə ˈʃaɡən̠ʲə An Ghaeilge a labhraítear[92] i gCúige Mumhan, ní hionann í is an Ghaeilge seo againne. L'irlandais parlé dans le Munster n'est pas le même que notre irlandais.

Les premiers huit chapitres de l'autobiographie de Peadar Ua Laoghaire Mo Sgéal Féin sur Wikisource incluent des enregistrements du texte, parlé par un locuteur natif de Muskerry (dans le Munster).

Comparaison avec d'autres langues[modifier | modifier le code]

Le gaélique écossais et le mannois[modifier | modifier le code]

La plupart des processus phonologiques trouvés en irlandais se retrouvent aussi dans ses plus proches parents, le gaélique écossais et le mannois. Par exemple, les deux langues contrastent les consonnes « larges » et « fines », mais seulement dans les lieux d'articulation coronaux et dorsaux ; et le gaélique écossais et le mannois ont perdu la distinction dans les consonnes labiales. Le changement de /kn̪ˠ ɡn̪ˠ mn̪ˠ/ etc. en /kɾˠ ɡɾˠ mɾˠ/ etc. se trouve en mannois et dans la plupart des dialectes écossais. Les preuves dans les manuscrits donnent à penser qu'il avait commencé en gaélique écossais dès le XVIe siècle et était bien établi en gaélique écossais et en mannois avant le début du XVIIIe siècle[93]. L'allongement ou la diphtongaison des voyelles devant les sonantes fortis se retrouvent également dans les deux langues[94]. La répartition des accents toniques en gaélique écossais est la même qu'en irlandais du Connacht et d'Ulster, tandis qu'en mannois l'accent est attiré par les voyelles longues et les diphtongues dans les syllabes non-initiales, mais dans des conditions plus restreintes qu'en irlandais du Munster[95].

Le mannois et de nombreux dialectes de gaélique écossais partagent avec l'irlandais d'Ulster la propriété de ne pas réduire les /a/ non-accentués devant /x/ en /ə/[96].

L'anglais d'Irlande[modifier | modifier le code]

La phonologie de l'irlandais a exercé une influence significative sur la phonologie de l'anglais d'Irlande[97]. Par exemple, la plupart des voyelles de l'anglais d'Irlande (à l'exception de /ɔɪ/) correspondent aux phones vocaliques (des phonèmes ou des allophones) de l'irlandais. Les occlusives irlandaises [t̪ˠ d̪ˠ] ont été adoptées (mais sans vélarisation distinctive) en anglais d'Irlande comme des réalisations usuelles des phonèmes /θ ð/ de l'anglais d'Angleterre. L'anglais d'Irlande permet également l'apparition de /h/ dans des positions où il est permis en irlandais mais exclus dans d'autres dialectes de l'anglais, comme devant une voyelle non accentuée (par exemple Haughey /ˈhɑhi/) et en fin de mot (par exemple McGrath /məˈɡɹæh/). Une autre caractéristique phonétique de l'anglais d'Irlande reprise de l'irlandais est l'épenthèse dans des mots comme film [ˈfɪləm] and form [ˈfɒːɹəm].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Finck 1899
  2. Sjoestedt 1931 p. 19, Sutton 1993
  3. Sutton 1993, Quiggin 1906 p. 76
  4. Ó Sé 2000 p. 11
  5. Ó Sé 2000 p. 11, de Bhaldraithe 1966 p. 43
  6. de Búrca 1958 p. 59
  7. Mhac an Fhailigh 1968 p. 46
  8. Sommerfelt 1922 p. 150
  9. Sjoestedt 1931 pp. 28–29
  10. Quiggin 1906 pp. 74–76
  11. Finck 1899 pp. 64–67, de Bhaldraithe 1966 pp. 30–31
  12. de Bhaldraithe 1966 pp. 31–32
  13. de Búrca 1958 pp. 24–25
  14. Mhac an Fhailigh 1968 pp. 36–37
  15. Wagner 1959 pp. 9–10
  16. Ó Sé 2000 pp. 14–15, 18
  17. Breatnach 1947 pp. 39–40, Ó Cuív 1944 pp. 42–43, de Bhaldraithe 1966 p. 34, Mhac an Fhailigh 1968 pp. 34–35
  18. Prononcé comme si l'orthographe était scamhradh ; voir Orthographie de l'irlandais
  19. Breatnach 1947 pp. 33, 76
  20. Ó Cuív 1944, Wagner 1959, de Bhaldraithe 1966, Mhac an Fhailigh 1968, Ó Sé 2000
  21. Toutefois, certains auteurs, tels que Stifter 2006 use les lettres latines ⟨l n r m⟩ pour fortis and les lettres grecques ⟨λ ν ρ μ⟩ pour lenis.
  22. McCone 1994 p. 90
  23. Quin 1975 pp. 4–5
  24. Quin 1975 p. 8
  25. Lucas 1979
  26. Quiggin 1906
  27. Mhac an Fhailigh 1968
  28. de Bhaldraithe 1966
  29. Ó Sé 2000
  30. Ó Cuív 1944
  31. de Búrca 1958 p. 7
  32. Ó Cuív 1944 p. 13
  33. Ó Siadhail Wigger 1975 pp. 80–82, Ó Siadhail 1989 pp. 35–37, Ní Chiosáin 1994
  34. Ó Sé 2000 pp. 20–24
  35. Prononcé si comme c'était écrit guirt
  36. Breatnach 1947 pp. 12–13
  37. Prononcé si comme c'était écrit geairid
  38. Prononcé comme si c'était écrit lait
  39. de Bhaldraithe 1966 pp. 12–14, de Búrca 1958 pp. 13–14, Mhac an Fhailigh 1968 pp. 13–16
  40. de Búrca 1958 p. 13
  41. de Bhaldraithe 1966 pp. 12–13
  42. Breatnach 1947 pp. 23–24
  43. Breatnach 1947 pp. 24–25
  44. Ó Cuív 1944 p. 29, Ó Sé 2000 p. 24
  45. Ó Sé 2000 p. 24
  46. Ó Sé 2000 p. 25
  47. Quiggin 1906 p. 65}, Sjoestedt 1931 p. 68, Ó Cuív 1944 p. 54, Ó Sé 2000 p. 25
  48. Quiggin 1906 p. 65
  49. de Bhaldraithe 1966 p. 46
  50. Ní Chiosáin 1999
  51. de Bhaldraithe 1966 p. 106 ; Ó Sé 2000 p. 31
  52. Ní Chiosáin 1999, Ó Sé 2000 p. 33
  53. Ó Siadhail & Wigger 1975 pp. 116–17, Ó Siadhail 1989 p. 95
  54. Ó Sé 2000 pp. 34–36
  55. Ní Chiosáin|1999
  56. Ní Chiosáin 1991, pp. 80–82
  57. Ní Chiosáin 1991, p. 83
  58. Ó Siadhail et Wigger 1975, pp. 98–99 ; Ó Siadhail 1989 pp. 64–65
  59. O'Rahilly 1932 pp. 49–52 ; Ó Siadhail & Wigger 1975, pp. 89–94 ; Ó Siadhail 1989, pp. 49–50 ; Carnie 2002
  60. de Búrca 1958, pp. 132–34 ; Mhac an Fhailigh 1968, pp. 163–64 ; Evans 1969, p. 127 ; Ó Baoill 1996, p. 16
  61. de Bhaldraithe 1966, pp. 109–12
  62. Breatnach 1947, pp. 142–44 ; Ó Cuív 1944, pp. 121–23
  63. Ó Sé 2000, pp. 40–42
  64. Ó Siadhail et Wigger 1975, pp. 89–90 ; (répété dans Ó Siadhail 1989 pp. 48–50
  65. Ní Chiosáin 1991 pp. 188–95
  66. Carnie 2002
  67. Breatnach 1947, pp. 137–38
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  70. Finck 1899, pp. 123–24
  71. de Búrca 1958, pp. 74–75
  72. Ó Sé 2000, pp. 46–47
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  75. Ó Cuív 1944, p. 105
  76. Ó Dochartaigh 1987, pp. 19 ss. ; Hughes 1994 pp. 626–27
  77. a et b Ó Cuív 1944, p. 66
  78. Prononcé si comme c'était écrit molthachán
  79. Quiggin 1906, p. 9
  80. Prononcé comme si c'était écrit thiúrfainn
  81. de Búrca 1958, pp. 129–30
  82. Ó Cuív 1944, pp. 117–18
  83. Breatnach 1947, p. 137
  84. Hamilton 1974, p. 152
  85. Ó Searcaigh 1925, p. 136
  86. Finck 1899 pp. II.1–2
  87. Pronounced as if spelled afarc
  88. Prononcé comme si c'était écrit sib
  89. Prononcé comme si c'était écrit teagaim
  90. Prononcé comme si c'était écrit chíotar
  91. Prononcé comme si c'était écrit péin
  92. Prononcé comme si c'était écrit labhraíthear
  93. O'Rahilly 1932 p. 22-23
  94. O'Rahilly 1932 pp. 49-52
  95. O'Rahilly 1932 pp. 113-115, Green 1997 pp. 90-93
  96. O'Rahilly 1932 pp. 110-12
  97. Wells 1982 pp. 417–50

Bibliographie[modifier | modifier le code]

En français[modifier | modifier le code]

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En anglais, irlandais et allemand[modifier | modifier le code]

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