Phoneutria nigriventer

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Phoneutria nigriventer

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Phoneutria nigriventer

Classification
Règne Animalia
Embranchement Arthropoda
Sous-embr. Chelicerata
Classe Arachnida
Ordre Araneae
Sous-ordre Araneomorphae
Famille Ctenidae
Genre Phoneutria

Nom binominal

Phoneutria nigriventer
(Keyserling, 1891)

Synonymes

  • Ctenus nigriventer Keyserling, 1891 (protonyme)
  • Ctenus rufichelis Mello-Leitão, 1917
  • Ctenus paca Mello-Leitão, 1922
  • Ctenus luederwaldti Mello-Leitão, 1927 (mais voir texte)

Phoneutria nigriventer est une espèce d'araignées aranéomorphes de la famille des Ctenidae. Cette araignée est aussi surnommée « araignée-banane » comme d'autres araignées peuplant les bananeraies et parfois retrouvées dans les transports de marchandises. Contrairement à la rumeur, cette espèce présente rarement un danger pour un humain adulte même si sa morsure est douloureuse. De plus, elle est fréquemment confondue dans les arrivages de bananes avec des araignées nettement moins venimeuses encore[1].

Description[modifier | modifier le code]

Elle a des pattes grandes de 130 à 150 mm pour un corps de 17 à 48 mm[2].

Venin[modifier | modifier le code]

Effet de la morsure sur l'homme : Bien que parfois douloureuse, la morsure est rarement mortelle pour les humains, car c'est une morsure défensive et non une dose de venin destinée à tuer sa proie. Phoneutria nigriventer est toutefois l'espèce du genre Phoneutria pour laquelle on recense le plus de morsures. Le Brésil est le pays le plus touché, avec des milliers de morsures par an, qui ont surtout lieu entre mars et avril, qui doivent correspondre à la période de reproduction des araignées, époque où elles se trouvent alors davantage dans les habitations[3]. La dangerosité de ces araignées est cependant souvent présentée avec peu de nuances par les médias[4]. Sur 422 envenimations de Phoneutria au Brésil, seuls deux jeunes enfants sont morts, alors que 90 % des 10-70 ans et 80 % des moins de 10 ou plus de70 ans n'avaient que de légers symptômes ou aucune réaction[5]. Les envenimations sévères, pouvant s'avérer fatales, représentent moins d'un cas sur cent et concernent principalement les enfants[5],[3].

Analyse et composition : Phoneutria nigriventer est réputée comme étant la plus venimeuse de toutes les araignées[6] : une dose de 0,05 mg de venin peut tuer un homme de 80 kilogrammes. Le venin de cette araignée comprend plusieurs fractions toxiques, puissantes, ciblant une « myriade de canaux ioniques trouvés dans les cellules[7] ». L'une d'elle est appelée « PhTx3 » (pour Phoneutria nigriventer toxin 3) et provoque une paralysie flasque chez les souris injectées[8]. PhTx3 est un bloqueur des canaux calcium (Ca2+) à large spectre, et comprend plusieurs peptides neurotoxiques, nommés de Tx3-1 à Tx3-6. Tx3-3 semble bloquer les canaux calcium servant à la libération par exocytose du glutamate[8], et Tx3-4 a diminue aussi la libération du glutamate[9]. PhTx3 inhibe également l'absorption du calcium et celle du glutamate dans les synaptosomes[10]. Une autre fraction toxique, PhTx2, agit sur les canaux sodium (Na+) en facilitant leur activation[11] et provoque une paralysie spastique et la mort par ses composés Tx2-1, Tx2-5 et Tx2-6[12]. Tx2-6 engendre une forte stimulation nerveuse et en augmentant le taux d'oxyde nitrique dans le sang provoque de longues et pénibles érections[13]. Chez les souris, Tx2-9 provoque l'érection de la queue et un grattage[12].

Écologie et comportement[modifier | modifier le code]

Phoneutria nigriventer a la réputation de se cacher dans les régimes de bananes[14], d'où le surnoms d'araignée-banane ou « araignée des bananes » (traduit de l'appellation anglaise banana spider).

Distribution[modifier | modifier le code]

Cette espèce se rencontre au Brésil, en Guyane, au Paraguay, en Uruguay, en Argentine.

Importations ponctuelles[modifier | modifier le code]

Elle peut se retrouver dans des marchandises importées depuis ces pays, comme en 2014 à Londres[14].

Cette dangereuse araignée est la cause de certaines psychoses collectives, parfois injustifiées. En France, le 3 janvier 2015, à Passy en Haute-Savoie, une araignée trouvée par un commerçant dans un régime de bananes provenant de République dominicaine (où Phoneutria nigriventer n'est pas présente) est d'abord signalée comme appartenant à cette espèce[15], mais Christine Rollard, aranéologue, explique deux jours plus tard sur France Inter qu'il s'agit en fait d'une babouk (Heteropoda venatoria), espèce d'une famille différente et dont la morsure est beaucoup plus anodine pour les humains[16].

Taxonomie[modifier | modifier le code]

Phoneutria nigriventer est décrite en 1891 par l'arachnologiste Eugen Von Keyserling sous le protonyme Ctenus nigriventer et d'après un holotype femelle collecté dans le Rio Grande do Sul. On recense les synonymes suivants[2] :

  • Ctenus rufichelis Mello-Leitão, 1917, décrit d'après un mâle trouvé à São João del-Rei, mais l'holotype est présumé perdu ;
  • Ctenus paca Mello-Leitão, 1922, décrit d'après une femelle immature provenant de São Paulo.

Le taxon Ctenus luederwaldti Mello-Leitão, 1927 est considéré dès 1981 comme synonyme de P. nigriventer avant d'être déclaré nomen dubium en 2007. En effet, le juvénile de Blumenau servant d'holotype est inexploitable, ses motifs ventraux étant passés, et peut tout aussi bien représenter P. nigriventer que P. keyserlingi[2].

Publication originale[modifier | modifier le code]

  • Keyserling, 1891 : Die Spinnen Amerikas. Brasilianische Spinnen. Nürnberg, vol. 3, p. 1-278.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) "Deadly" Banana Spider...Or Not, sur le site de University of California, Riverside
  2. a, b et c (en) R. Martins et R. Bertani, « The non-Amazonian species of the Brazilian wandering spiders of the genus Phoneutria Perty, 1833 (Araneae: Ctenidae), with the description of a new species », Zootaxa,‎ 2007, p. 1-36
  3. a et b (en) Geoffrey K. Isbister et Hui Wen Fan, « Spider bite », Lancet, vol. 378, no 9808,‎ décembre 2011, p. 2039-2047
  4. (en) Richard S. Vetter, Rodney L. Crawford et Donald J. Buckle, « Spiders (Araneae) Found in Bananas and Other International Cargo Submitted to North American Arachnologists for Identification », Journal of Medical Entomology,‎ septembre 2014 (DOI 10.1603/ME14037)
  5. a et b (en) F. Bucaretchi, C. R. Deus Reinaldo, S. Hyslop, P. R. Madureira, E. M. De Capitani et R. J. Vieira, « A clinico-epidemiological study of bites by spiders of the genus Phoneutria », Revista do Instituto de Medicina Tropical de São Paulo, vol. 42,‎ 2000, p. 17-21
  6. Herzig, Ward, Ferreira dos Santos, 2002 : Intersexual variations in the venom of the Brazilian armed spider Phoneutria nigriventer (Keyserling, 1891). Toxicon, vol. 40, n. 10, p. 1399–1406 (texte intégral).
  7. (en) Marcus V. Gomez, Evanguedes Kalapothakis, Cristina Guatimosim et Marco A. M. Prado, « Phoneutria nigriventer Venom: A Cocktail of Toxins That Affect Ion Channels », Cellular and Molecular Neurobiology, vol. 22, no 5-6,‎ 2002, p. 579-588 (DOI 10.1023/A:1021836403433)
  8. a et b (en) Marco A. M. Prado, Cristina Guatimosim, Marcus V. Gomez, Carlos R. Diniz, Marta N. Cordeiro et Marco A. Romano-Silva, « A novel tool for the investigation of glutamate release from rat cerebrocortical synaptosomes: the toxin Tx3-3 from the venom of the spider Phoneutria nigriventer », Biochemical Journal, vol. 314,‎ 1996, p. 145-150 (lire en ligne)
  9. (en) H.J. Reis, M.A. Prado, E. Kalapothakis, M.N. Cordeiro, C.R. Diniz, L.A. DeMarco, M.V. Gomez et M.A. Romano-Silva, « Inhibition of glutamate uptake by a polypeptide toxin (phoneutriatoxin 3-4) from the spider Phoneutria nigriventer », Biochemical Journal, vol. 343,‎ 1999, p. 413-418
  10. (en) Ana C.N. Pinheiro, Rodrigo S. Gomez, Andre R. Massensini, Marta N. Cordeiro, Michael Richardson, Marco A. Romano-Silva, Marco Antonio M. Prado, Luiz De Marco et Marcus V. Gomez, « Neuroprotective effect on brain injury by neurotoxins from the spider Phoneutria nigriventer », Neurochemistry International, vol. 49, no 5,‎ octobre 2006, p. 543-547 (DOI 10.1016/j.neuint.2006.04.009)
  11. (en) D.M. Araujo, M.N. Cordeiro, C.R. Diniz, et P.S.L. Beirao, « Effects of a toxic fraction, PhTx2, from the spider Phoneutria nigriventer on the sodium current », Naunyn-Schmiedeberg's Archives of Pharmacology, vol. 347,‎ 1993, p. 205-208
  12. a et b (en) Marta do Nascimento Cordeiro, Carlos Ribeiro Diniz, Ana do Carmo Valentim, Vera Regina D. von Eickstedt, John Gilroy et Michael Richardson, « The purification and amino acid sequences of four Tx2 neurotoxins from the venom of the Brazilian ‘armed’ spider Phoneutria nigriventer (Keys) », FEBS Letters, vol. 310, no 2,‎ 28 juillet 1992, p. 153-156 (DOI 10.1016/0014-5793(92)81318-G, lire en ligne)
  13. (en) Spider venom may provide impotence solution sur ABCNews Online
  14. a et b (en) « Web used to trace deadly spider », sur BBC News (consulté le 5 janvier 2015)
  15. (fr) « Haute-Savoie : Il trouve une araignée mortelle dans ses bananes », sur 20minutes.fr,‎ 4 janvier 2015 (consulté le 5 janvier 2015)
  16. (fr) Lumière visible et invisible, émission La tête au carré du 5 janvier 2015, sur France Inter.