Philippe de Harveng

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Philippe de Harveng ou Philippe de Bonne-Espérance (mort en 1183) est le deuxième abbé prémontré de l'abbaye de Bonne-Espérance (Hainaut) et un théologien du XIIe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Philippe de Bonne-Espérance (Philippus Bonae-Spei), dit Philippe de Harveng, est parfois appelé Philippe l'Aumônier (Eleemosynarius) ou de l'Aumône (ab Eleemosyna); sous ce nom, il ne doit pas être confondu avec un homonyme contemporain, Philippe de l'Aumône, archidiacre de Liège en 1146 puis moine de Clairvaux[1].

L'homme[modifier | modifier le code]

Philippe est probablement né à Harveng, près de Mons (Hainaut), sous le règne du comte de Flandre Charles le Bon, soit entre 1119 et 1127. On ignore où il fit ses études et quand il fut admis dans l'ordre des chanoines réguliers de Prémontré. Il devient prieur de l'abbaye de Bonne-Espérance, sous le gouvernement de l'abbé Odon (1130-1158), aux environs de 1130-1131. Vers 1145, Philippe se querelle avec le célèbre moine Bernard de Clairvaux au sujet du transfert d’un religieux de Bonne-Espérance, nommé Robert, vers l’abbaye de Clairvaux, comme en témoigne la Lettre X de sa correspondance. Trois ans plus tard, alors qu'il exerce depuis dix-huit ans la charge de prieur, une campagne de calomnies se déchaîne contre lui dans la communauté. Ses détracteurs le dénoncent aux supérieurs de l'ordre, à l'archevêque de Reims et à l'abbé de Clairvaux. Bien qu'il bénéficie du soutien de l'évêque de Cambrai, ses supérieurs le relèguent, en 1148, dans une autre abbaye, en compagnie de sept confrères. Comme la rumeur publique commence à s'émouvoir sur son sort, ses ennemis aggravent leurs calomnies et l'accusent d'un crime infâme, passible du bûcher[2]. Philippe proteste de son innocence et multiplie les démarches, adressant, entre autres, une nouvelle lettre de reproches à saint Bernard (Lettre XI). Deux ans plus tard, en 1150, son innocence est reconnue à l'occasion d'un chapitre général de l'ordre, mais il écrit au pape Eugène III car il entend être complètement réhabilité (Lettre XII). En 1152, Philippe de Harveng peut donc regagner Bonne-Espérance, dont il devient le deuxième prélat de 1157 à 1182[3]. Le calme revenu dans la communauté, il gouverne celle-ci avec sagesse, augmentant les revenus de l'abbaye et obtenant pour elle des privilèges de la part des papes et de l'empereur[4]. Il meurt en 1183, sans doute à l'abbaye.

L'œuvre[modifier | modifier le code]

À côté de la gestion quotidienne de Bonne-Espérance, Philippe de Harveng est un grand intellectuel. Ses œuvres, composées en latin, révèlent une connaissance approfondie de l'Ecriture Sainte et des Pères de l'Eglise, mais aussi des auteurs latins (Virgile, Horace ou Sénèque). Aux côtés de ses contemporains, un Bernard de Clairvaux, un Hugues de Saint-Victor ou un Rupert de Deutz, il apparaît comme un représentant de la haute culture monastique du XIIe siècle. Ses lettres à des étudiants (II et III à Héroard; IV à Engelbert; XVIII et XX à Richer) le montrent attentif à l'acquisition des connaissances, y compris à l'apprentissage du grec et de l'hébreu. Il a d'ailleurs composé des poésies en l'honneur de maîtres fameux comme Yves de Chartres ou Abélard, même s'il ne paraît pas avoir suivi l'évolution qui mènera à la scolastique. En effet, la théologie reste pour lui avant tout sapientielle : il s'agit d'une interprétation spirituelle de l'Ancien et du Nouveau Testaments, accompagnée des autorités, c'est-à-dire des opinions patristiques sur tel ou tel sujet. A ce type d'exégèse ressortissent les petits traités sur le songe de Nabuchodonosor, la damnation de Salomon ou le salut d'Adam. De plus, Philippe s'intéresse à la mystique, comme le prouvent ses deux ouvrages sur le Cantique des cantiques. Si l'on en croit la préface qu'il a écrite, il aurait été le premier à en proposer une lecture dans laquelle l'Epoux et l'Epouse préfigurent le Christ et Marie dans le mystère de l'Incarnation[5]. Ce genre de commentaire servait à l'accompagnement spirituel des religieux, tout comme le grand nombre d'hagiographies conservées (principalement des saints locaux de l'époque mérovingienne) devaient répondre aux besoins liturgiques de la communauté. A ce sujet, on pourra trouver des informations utiles à la compréhension de la vie religieuse durant XIIe siècle, notamment chez les Prémontrés, dans les six livres composant le De institutione clericorum. Ajoutons encore qu'en fin lettré, Philippe se pique de poésie : recherches stylistiques, considérations morales ou jeux d'esprit, ses poèmes sont essentiellement des énigmes, des logogryphes ou des épitaphes (certaines d'entre elles ayant été écrites en réalité par Hildebert de Lavardin)[6].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Correspondance[modifier | modifier le code]

Exégèse[modifier | modifier le code]

  • Commentaria in Cantica canticorum (exégèse typologique du Cantique des Cantiques, avec une interprétation mariale).
  • In cantica canticorum moralitates (commentaires sur le Cantique des Cantiques).
  • De somnio regis Nabuchodonosor (Le songe de Nabuchodonosor).
  • Responsio de salute primi hominis (Le salut du premier homme).
  • Responsio de damnatione Salomonis (La damnation de Salomon).

Ecclésiologie[modifier | modifier le code]

  • De institutione clericorum tractatus VI (six petits traités sur les devoirs des clercs : 1) la dignité; 2) la science; 3) la justice; 4) la continence; 5) l'obéissance; 6) le silence[7].

Hagiographie[modifier | modifier le code]

  • Vita sancti Augustini, Hipponensis episcopi (Vie de saint Augustin, évêque d'Hippone).
  • Vita sancti Amandi abbatis et episcopi Trajectensis (Vie de saint Amand, abbé et évêque de Maastricht).
  • Passio sanctorum Cyrici et Jullitae (Martyre des saints Cyr et Jullite).
  • Passio sancti Salvi martyris (Martyre de saint Saulve).
  • Vita sancti Foillani (Vie de saint Feuillen).
  • Vita sancti Gileni confessoris et abbatis (Vie de saint Ghislain, confesseur et abbé).
  • Vita sancti Landelini, abbatis Crispinensis in Hannonia (Vie de saint Landelin, abbé de Crespin en Hainaut).
  • Vita sanctae Odae virginis (Vie de sainte Oda[8], vierge).
  • Vita sanctae Waldetrudis virginis (Vie de sainte Waudru, vierge).
  • Passio sanctae Agnetis virginis et martyris, carmine elegiaco (Élégie sur le martyre de sainte Agnès, vierge).

Poésie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Sevestre, Dictionnaire de patrologie, p. 551.
  2. Sevestre, op. cit., p. 552.
  3. Pêtre et Peeters 2005, p. 35.
  4. Sevestre, op. cit., p. 554.
  5. En réalité, il semble se trouver ici en concurrence avec Rupert de Deutz.
  6. Berlière 1923, p. 13-14.
  7. D'après les éditions de Migne (1855) et de Chamart (1621), cf. Weyns 1977, p. 72-73.
  8. Oda, prieure de Rivreulle, éphémère couvent situé sur le territoire de Vellereille-les-Brayeux, non loin de l'abbaye de Bonne-Espérance (Berlière 1923, p. 10).

Sources[modifier | modifier le code]

  • Patrologie latine, 203 lire en ligne
  • Ursmer Berlière, Philippe de Harvengt, abbé de Bonne-Espérance, Bruges, Desclée De Brouwer,‎ 1892, 46 p.
  • Ursmer Berlière, Philippe de Harvengt : Abbé de Bonne-Espérance c. 1157-1183. Conférence faite à la réunion des Anciens Élèves de Bonne-Espérance le 20 septembre 1923, Charleroi, Éditions de la Terre wallonne,‎ 1923, 14 p.
  • G. P. Sijen, « Philippe de Harveng, abbé de Bonne-Espérance : Sa biographie », Analecta Praemonstratensia, vol. 14,‎ 1938, p. 37-52
  • G. P. Sijen, « Les oeuvres de Philippe de Harvengt, abbé de Bonne-Espérance », Analecta Praemonstratensia, vol. 15,‎ 1939, p. 129-166
  • N. J. Weyns, « À propos des Institutions pour les clercs (De Institutione Clericorum) de Philippe de Harvengt », Analecta Praemonstratensia, vol. 53,‎ 1977, p. 71-79
  • Philippe Pêtre et Pierre Peeters, L'Abbaye de Bonne-Espérance : 1130-2005, Tournai, Incipit,‎ 2005, 160 p.