Philippe d'Orléans (1869-1926)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Philippe d'Orléans.

Philippe d’Orléans

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Philippe d’Orléans, « duc d’Orléans » portant, entre autres décorations, la plaque de chevalier de l’ordre du Saint-Esprit et, autour du cou, l’insigne de l’ordre de la Toison d’or.

Succession

Prétendant au trône de France

8 septembre 189428 mars 1926
(31 ans, 6 mois et 20 jours)

Nom revendiqué « Philippe VIII »
Prédécesseur Philippe d’Orléans
Successeur Jean d’Orléans
Biographie
Titulature « Duc d'Orléans »
Dynastie Maison d’Orléans
Nom de naissance Louis Philippe Robert d’Orléans
Naissance 6 février 1869
Richmond upon Thames (Royaume-Uni)
Décès 28 mars 1926 (à 57 ans)
Palerme (Italie)
Père Philippe d’Orléans,
comte de Paris
Mère Marie-Isabelle d’Orléans
Conjoint Marie-Dorothée d’Autriche
alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Prétendants au trône de France

Louis Philippe Robert d’Orléans, « duc d’Orléans[N 1] », est né le 6 février 1869 à York House, dans le district de Richmond upon Thames, au Royaume-Uni, et est décédé le 28 mars 1926 au palais d’Orléans (it), à Palerme, en Sicile. Il est prétendant orléaniste au trône de France sous le nom de « Philippe VIII » de 1894 à 1926. C’est également un explorateur, un naturaliste et un écrivain de langue française.

Famille[modifier | modifier le code]

Le comte de Paris, père du « duc d'Orléans ».

Le « duc d'Orléans » est le fils aîné de Philippe d'Orléans (1838-1894), comte de Paris, et de son épouse et cousine germaine l'infante franco-espagnole Marie-Isabelle d'Orléans (1848-1919).

Par chacun de ses parents, il est l'arrière-petit-fils du roi des Français Louis-Philippe Ier (1773-1850) et de son épouse la reine Marie-Amélie de Bourbon-Siciles (1782-1866), dont il descend à travers Ferdinand-Philippe d'Orléans (1810-1842), duc d'Orléans, et Antoine d'Orléans (1824-1890), duc de Montpensier. Philippe d'Orléans compte également parmi ses autres arrières-grands-parents le prince héréditaire Frédéric de Mecklembourg-Schwerin (1778-1819) et le roi Ferdinand VII d'Espagne (1784-1833).

Le 5 novembre 1896, le prince épouse à Vienne, en Autriche, l'archiduchesse Marie-Dorothée de Habsbourg-Lorraine (1867-1932), fille du comte palatin de Hongrie Joseph de Habsbourg-Lorraine (1833-1905) et de son épouse la princesse Clotilde de Saxe-Cobourg-Kohary (1846-1927), elle-même fille de la princesse Clémentine d'Orléans (1817-1907).

De cette union malheureuse, qui se termine par une séparation officielle, ne naît aucun enfant et la succession orléaniste passe à l'un des beau-frères du « duc d'Orléans », le prince Jean (1874-1940), « duc de Guise ».

D'après l'ouvrage du journaliste Vincent Meylan, Contre-enquête sur le comte et la comtesse de Paris, paru en 2007, le « duc d'Orléans » a néanmoins un fils naturel, prénommé Philippe[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Marie-Isabelle d'Orléans, comtesse de Paris et mère du « duc d'Orléans ».

Premières années[modifier | modifier le code]

Une naissance en exil[modifier | modifier le code]

Le prince Philippe voit le jour à Twickenham[2], au Royaume-Uni, à une époque où la France de Napoléon III connaît une très grande stabilité et où les membres de la Maison d'Orléans sont bannis du territoire national par la loi du 26 mai 1848. Dès sa naissance, la vie du prince est donc placée sous le signe de l'exil et tout semble indiquer qu'il en continuera longtemps ainsi. Pourtant, dès 1870, le Second Empire s'écroule et la première loi d'exil touchant les Orléans ne tarde pas à être abolie le 8 juin 1871. Le petit prince quitte alors l'Angleterre pour gagner la France en compagnie de ses parents et de sa sœur aînée Amélie[3].

En France[modifier | modifier le code]

Quelques mois plus tard, le 9 décembre, les décrets de confiscation des biens de l'ancienne famille royale signés par Napoléon III en 1852 sont abrogés, et le comte de Paris, père de Philippe, reprend notamment possession des châteaux d'Amboise, d'Eu et de Randan[4].

Le château d'Eu, en Normandie.

C'est donc entre ces domaines et l'Hôtel Galliera, à Paris, que Philippe d'Orléans passe son enfance. Lorsqu'il n'étudie pas au Collège Stanislas de Paris ou à l'Institut Stanislas de Cannes[5], l'enfant bat la campagne d'Eu et fréquente les bûcherons et les paysans. En compagnie de l'homme de lettres et voyageur Xavier Marmier, hôte habituel de son père, il s'initie cependant très tôt à la botanique et à la zoologie, sciences qui vont tenir plus tard une place primordiale dans son existence[6].

Suivant la tradition établie par le roi Louis-Philippe Ier en 1830, le comte de Paris confère à son fils, alors âgé de onze ans, le titre de « duc d'Orléans » en 1880[6]. Dans les milieux monarchistes, cet événement ne passe pas inaperçu. Le « comte de Chambord » n’ayant pas d’enfant, le jeune Philippe d’Orléans représente, pour les orléanistes et une grande partie des légitimistes d'alors, la continuité dynastique et nombreux sont ceux qui voient en lui le futur roi de France. Trois ans plus tard, en 1883, le prince est d’ailleurs reconnu comme le nouveau « dauphin » par ceux des royalistes qui font allégeance, à Goritz, au comte de Paris, après la mort du petit-fils de Charles X[7].

Nouvel exil[modifier | modifier le code]

Le mariage d'Amélie et ses conséquences[modifier | modifier le code]

Amélie d'Orléans, dernière reine de Portugal et sœur aînée du « duc d'Orléans ».

Le 6 mars 1886, le comte de Paris organise, dans sa résidence parisienne de l'hôtel Galliera (actuel hôtel Matignon), une somptueuse cérémonie à l'occasion des fiançailles de sa fille aînée, la princesse Amélie, avec dom Charles, prince héritier de Portugal. La réception est strictement privée et ni le corps diplomatique ni des représentants du pouvoir n'ont été invités. Cependant, l'événement donne lieu à un énorme battage médiatique qui scandalise les républicains[N 2]. Peu de temps après, des députés présentent un projet de loi d'exil devant l'Assemblée nationale et celui-ci reçoit clairement le soutien du gouvernement Freycinet. Le 23 juin 1886, après bien des débats, paraît donc, au Journal officiel, un nouveau texte qui bannit du territoire national les prétendants au trône de France et leur fils aîné et raye, en outre, tous les autres princes français des listes de l'armée. Avertis des résultats du vote alors qu'ils se trouvent au château d'Eu, le comte de Paris et le « duc d'Orléans » prennent la décision de quitter immédiatement la France. Avec le reste de leur famille, ils s'embarquent alors au Tréport et gagnent une nouvelle fois l'Angleterre[8].

Formation militaire[modifier | modifier le code]

Philippe d'Orléans adolescent.

Lorsqu'est votée la loi d'exil de 1886, le prince Philippe se prépare à entrer à Saint-Cyr[9]. Mais, chassé de France et ne pouvant plus suivre une carrière militaire dans son pays, le « duc d'Orléans » s'inscrit, quelque temps après son arrivée en Grande-Bretagne, à l'école militaire de Sandhurst[10]. Il entre à l'académie sans concours, par ordre personnel de la reine Victoria et au titre de fils aîné d'un chef de Maison royale. Bien qu'assez peu doué pour les études livresques (excepté en géographie, en topographie et en sciences naturelles), il y passe ses examens et obtient le grade de sous-lieutenant de l'armée britannique en 1887[11]. Une fois sa formation terminée, le prince s'enrôle dans l'armée coloniale anglaise et est incorporé dans un corps d'élite, les King Royal Rifles. Affecté dans l'Himalaya, sous les ordres de lord Frederick Roberts, il découvre l'Inde du Nord, le Sikkim et le Népal. Dans ces régions sauvages, il est rejoint par son cousin germain, le prince Henri d'Orléans, fils du duc de Chartres, et les deux princes développent une grande passion pour la chasse et la collection des trophées[12].

De retour en Europe en 1889, le « duc d'Orléans » est affecté en Angleterre mais la vie de garnison lui déplaît et son père, trouvant sa formation incomplète, lui demande d'intégrer l'Académie militaire suisse pour y suivre des cours sous la supervision de son mentor, le colonel Parseval[13].

Le « prince Gamelle »[modifier | modifier le code]

Le coup d'éclat du prince[modifier | modifier le code]

Le patron de presse monarchiste Arthur Meyer en 1914.

En 1889, l'effondrement du Boulangisme rejaillit sur le comte de Paris qui sort discrédité de son soutien au « général revanche ». Tandis que le prétendant s’enferme de plus en plus dans la tristesse, en France, certains royalistes cherchent donc à mettre en avant son fils aîné, dont la popularité n’a nullement été entamée par l’affaire Boulanger. Or, en 1890, le « duc d'Orléans » atteint l’âge de vingt et un ans, ce qui devrait théoriquement l’obliger à réaliser son service militaire en France, s’il n’était pas exilé. Arthur Meyer, directeur du journal conservateur Le Gaulois, et le duc de Luynes imaginent donc de le convaincre de rentrer illégalement en France afin d'y demander officiellement à la République la permission d’effectuer son service. Le jeune homme accepte immédiatement la proposition et cela sans en demander la permission à son père[14].

Le 2 février, il se rend donc à Paris et se présente au bureau du recrutement, à la mairie du VIIe arrondissement puis au Ministère de la Guerre, pour se faire incorporer mais, à chaque fois, il se heurte à une fin de non recevoir de la part de l’administration[15]. Enfin, le soir même, il est arrêté dans la résidence du duc de Luynes, rue Saint-Dominique. C’est seulement à ce moment que le comte de Paris est averti par télégramme de l’aventure de son fils. Le prétendant est alors ulcéré de ne pas avoir été prévenu de ce qui se tramait mais ne laisse pas transparaître publiquement son mécontentement. En attendant son jugement, le « duc d'Orléans » est incarcéré à la Conciergerie, où le duc de Luynes lui fait livrer de somptueux repas. Rapidement, la presse républicaine en reproduit les menus et, conscient de l'effet négatif qu'un tel traitement pourrait provoquer, le prince déclare publiquement qu'il « ne demande que la gamelle du soldat ». L'expression connaît immédiatement un grand succès et le prince en retire le surnom populaire de « Prince Gamelle », qui le suivra toute sa vie[16] et qui inspirera à Anatole France le sobriquet de « Trublion » à partir du grec ancien τρύβλιον, « écuelle ».

La danseuse de cabaret Émilienne d'Alençon, vers 1902.

« La prison, c'est encore la France »[modifier | modifier le code]

Le 12 février, le « duc d'Orléans » est finalement jugé et condamné à une peine de deux ans d'incarcération pour être revenu dans son pays malgré la loi d'exil. Il est donc conduit à la prison de Clairvaux le 25 février, mais il y reçoit un traitement spécial. L'administration lui fournit en effet un logement de deux pièces meublées et un gardien à son service. Il se fait par ailleurs livrer ses repas de l'extérieur et reçoit de nombreuses visites : celles de sa mère, la princesse Marie-Isabelle d'Orléans, mais également celles de diverses jeunes femmes (comme la danseuse Émilienne d'Alençon ou la chanteuse Nellie Melba) avec lesquelles il entretient des liaisons[N 3]. Cependant, après quatre mois de captivité, il est amnistié par le président de la République Sadi Carnot et reconduit à la frontière le 4 juin 1890. De ces événements, le parti royaliste sort quelque-peu renforcé, mais pas assez pour faire véritablement trembler la IIIe République. Quant au « duc d'Orléans », il ne revoit plus jamais la France, après cet événement[17], mais reste proche des milieux de la noblesse aristocratique qui viennent le voir, comme le comte de Gramont.

Voyages et découvertes[modifier | modifier le code]

Après ce coup d'éclat, Philippe d'Orléans reprend ses voyages. Avec son père, le comte de Paris, il se rend aux États-Unis pour visiter les champs de bataille sur lesquels le chef de la Maison d'Orléans a combattu lors de la guerre de Sécession. Puis, les deux princes se rendent dans la province de Québec pour découvrir la Nouvelle-France[9].

Un éléphant de savane (Loxodonta africana).

À peine rentré en Angleterre, le « duc d'Orléans » repart chasser dans le Caucase, à la frontière persane[17]. En 1892-1893, il explore la Somalie et l'Éthiopie. De passage à Djibouti, alors colonie naissante, le prince s'amuse de l'embarras du fonctionnaire en place qui, pour avertir la République de sa présence en terre française, doit demander au jeune homme de poster lui-même la missive dans le port anglais le plus proche parce qu'il n'y a pas encore de poste à Obock. Le « duc d'Orléans » se rend ensuite dans le Harrar, le Choa et l'Ogaden puis gagne les environs des lacs Rodolphe et Stéphanie. Dans ces régions, il chasse et amasse quantité de dépouilles d'animaux, qu'il collectionne dans l'espoir de fonder ensuite un musée. Mais le prince réalise également d'importantes découvertes scientifiques : en Éthiopie, il visite des contrées encore inconnues des Européens et identifie une sous-espèce d'éléphant baptisée en son honneur Loxodonta africana Orleansi[N 4],[18].

À chaque retour en Europe, le « duc d'Orléans » se rend sur les terres de sa mère, à Villamanrique de la Condesa, en Andalousie. Là, il partage son temps entre les liaisons qu'il entretient avec les villageoises de la région et des chasses qu'il organise avec son père dans les marais du Guadalquivir. Il se livre par ailleurs à des observations ornithologiques qui lui seront ensuite très utiles lors de ses expéditions en Afrique et en Arctique[19].

Prétendant au trône[modifier | modifier le code]

L'archiduchesse Marie-Dorothée de Habsbourg-Lorraine, épouse du « duc d'Orléans ».

Chef de la Maison d'Orléans[modifier | modifier le code]

Le comte de Paris trouve la mort le 8 septembre 1894 et son fils, alors âgé de vingt-cinq ans, lui succède comme Chef de la Maison d'Orléans. Le prince hérite alors de l'immense fortune de sa famille, ce qui va lui permettre de financer plus facilement les expéditions qu'il organise à travers le monde[20]. Mais, conscient de ses devoirs de prétendant, le « duc d'Orléans » décide de se marier afin d'assurer un héritier à la dynastie qu'il représente. En 1896, il épouse donc, à Vienne, une petite-fille de la princesse Clémentine d'Orléans, l'archiduchesse Marie-Dorothée de Habsbourg-Lorraine. On apprend cependant plus tard que la princesse est stérile et que le couple ne peut donc concevoir d'enfant[21].

L'union de Philippe et de Marie-Dorothée sonne, pour un temps, l'arrêt des grandes expéditions du prince, mais pas de ses voyages. À bord du yacht Maroussia, le prétendant et son épouse visitent, à partir de 1897 et pendant plusieurs années, le pourtour de la Méditerranée. Ils séjournent ainsi régulièrement en Sicile, dans le palais d’Orléans (it) de Palerme, où ils reçoivent de nombreuses visites, comme celle du kaiser Guillaume II et de sa femme. Cependant, les années passant et la perspéctive d'être parents s'éloignant, les relations du couple princier se dégradent. Fatigué de sa condition d'exilé, le « duc d'Orléans » décide de reprendre ses expéditions lointaines[22] tandis que son épouse retourne progressivement vivre avec sa famille, au château d'Alcsuth, en Hongrie[23].

Un prince antidreyfusard[modifier | modifier le code]

Mais ces voyages n'empêchent pas le prince d'accomplir ses devoirs politiques de prétendant, même s'il y prend lui-même peu d'intérêt personnel. À la fin du XIXe siècle, les Français se passionnent pour l'« affaire Dreyfus », qui provoque une grave fracture dans la société. Profondément conservateur, le « duc d'Orléans » se range, dès 1898, parmi les antidreyfusards convaincus et s'aliène ainsi davantage l'opinion publique libérale[24]. Vers la même période, le prince fonde la Jeunesse Royaliste, dont la présidence est confiée au journaliste Paul Bézine. Dans ce climat électrique, le prince pense un moment pouvoir monter sur le trône lors de la tentative de coup d'État organisée par Paul Déroulède, pendant les funérailles du président de la République Félix Faure, en 1899. Cependant, les espoirs du prétendant sont vite déçus et ses interventions politiques ne sont pas écoutées. Son opposition au vote de la loi sur les congrégations de 1901 n'a ainsi aucune conséquence[25].

Le choix de L'Action française[modifier | modifier le code]

Article détaillé : L'Action française.

En réalité, c'est certainement la rencontre du « duc d'Orléans » avec Charles Maurras, en 1908, qui constitue l'événement politique le plus important dans la vie du prétendant. De fait, c'est Maurras, père de L'Action française et des Camelots du roi, qui va s'emparer du mouvement monarchiste français pendant trente ans et réduire à néant les courants royalistes antérieurs. Le prétendant abandonne en effet à l'auteur de L'Enquête sur la monarchie la réalité de la direction politique du mouvement royaliste pour se consacrer entièrement à ses expéditions[26].

Nouveaux voyages[modifier | modifier le code]

Au Grand Nord[modifier | modifier le code]

Diorama du Musée d'Histoire naturelle de Milan qui rappelle les collections du « duc d'Orléans » à Wood Norton.

En 1904, le « duc d'Orléans » part visiter la Norvège et le Spitzberg à bord du Maroussia. Puis, désirant poursuivre ses expéditions dans l'Océan Arctique, il acquiert un vaisseau plus important, le Belgica, avec lequel il mène trois campagnes polaires entre 1905 et 1909. En compagnie du docteur Joseph Récamier fils, du dessinateur animalier Édouard Mérite et d'un océanographe, il visite la côte est du Groenland et a alors la joie de découvrir des terres encore inconnues qu'il nomme Île-de-France et Terre de France[N 5]. Le prétendant rallie ensuite l'Islande, où il visite le site du parlement traditionnel, l'Althing[27].

Grâce au récit de cette expédition, qui donne lieu à plusieurs publications, le prince obtient les médailles d'or des Sociétés de géographie belge et française. Surtout, il ramène à York House quantité d'autres trophées de chasse qu'il décide d'entreposer dans un musée. En 1907, il transfère donc ses collections taxidermiques dans une nouvelle demeure, à Wood Norton, dans le Worcestershire[28]. La même année, il repart pour le Grand Nord avec le projet de longer la côte nord de la Sibérie, de la mer de Kara au détroit de Béring. Mais cette nouvelle expédition, racontée dans La Revanche de la banquise, est un échec et le prince ne parvient pas plus loin que la Nouvelle-Zemble[29]. En 1911, le « duc d'Orléans » repart une dernière fois vers les régions australes. Des îles Féroé, il ramène alors d'autres dépouilles animales, qui l'obligent à agrandir son musée de Norton Wood[26].

De l'Asie centrale à Bruxelles[modifier | modifier le code]

Le « duc d'Orléans » en 1910.

À partir de 1912, Philippe reprend ses expéditions terrestres, mais cette fois plus pour la chasse que pour la science. Il part alors pour le Turkestan, la Russie et le Caucase. L'année suivante, il se rend en Argentine et au Chili. À son retour en Europe, il décide de quitter l'Angleterre et de s'établir en Belgique. Près de Bruxelles, il s'installe dans la résidence de Putdaël[N 6], qu'il renomme manoir d'Anjou, et y fait bâtir une vaste annexe destinée à accueillir ses collections cynégétiques[30],[31].

Dernières années[modifier | modifier le code]

Échec matrimonial[modifier | modifier le code]

Pendant la réalisation de ces travaux, le prétendant se rend chez les Habsbourgs de Hongrie afin d'y retrouver son épouse, avec laquelle il souhaite se réconcilier et reprendre la vie commune. Mais la « duchesse d'Orléans » refuse catégoriquement de suivre son mari. Quelque temps après, lorsqu'éclate le premier conflit mondial, elle décide même de rester vivre en Autriche-Hongrie, pays pourtant en guerre avec la nation dont elle est, pour les orléanistes, la reine titulaire. Le prétendant est meurtri par cette attitude qu'il considère comme une trahison et ne pardonnera jamais à sa femme son comportement[30]. Finalement, après la guerre et bien des péripéties judiciaires, les époux se séparent[32].

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Lors de la Première Guerre mondiale, le « duc d'Orléans » cherche à participer au combat aux côtés de la Triple-Entente mais ni la France, ni le Royaume-Uni, ni la Russie ou, plus tard, les États-Unis ne lui permettent de s'engager dans leur armée[33]. En France, Charles Maurras qui s'impliqua personnellement pour aider le duc d'Orléans dans sa démarche et fera l'amer constat de son échec : « Et comme disait la pauvre reine Amélie, quel roi il nous eût fait ! Les Français ont passé à côté d'un roi bien-aimé, ils en eussent fait des folies. [...] Il fallait le voir en 1914 et 1915 quand il voulait servir dans les armées françaises[34]. »

Seule l'Italie semble, en 1915, vouloir lui ouvrir ses portes. Cependant, une fracture du fémur empêche alors le prétendant de se joindre aux combattants de ce pays[35] et l'opportunité ne lui est pas redonnée par la suite. Déçu par ces rejets, le prétendant retourne s'installer en Angleterre, où il passe toute la guerre[36]. Pendant ces années, sa seule satisfaction est de pouvoir mettre le Belgica à disposition de la Grande-Bretagne afin de ravitailler son allié russe à travers les fleuves sibériens[33].

Dernières explorations[modifier | modifier le code]

Une fois la paix revenue, Philippe d'Orléans retourne vivre en Belgique, où il a le plaisir de retrouver intactes les collections animalières qu'il y a laissées. Pendant l'occupation allemande, l'un de ses cousins éloignés, le grand-duc de Mecklembourg-Schwerin, est en effet intervenu auprès du haut-commandement militaire pour les préserver. N'ayant plus ni espoir de donner vie à un héritier, ni réelle possibilité de rentrer un jour dans son pays, le prétendant décide alors d'organiser ses collections afin de les offrir un jour à la France. Il met ainsi en place de nombreux dioramas qui représentent les paysages qu'il a parcourus tout au long de sa vie[33]. Puis, le prince reprend ses voyages dans le but de compléter ses collections. En 1921, il repart en Argentine et au Chili puis fait le tour de l'Afrique à bord du navire anglais le Saxon[37]. En janvier 1925, il retourne en Haute-Égypte pour y chasser des oiseaux puis retourne en Europe en passant par Jérusalem. Enfin, en janvier 1926, il se rend une dernière fois en Éthiopie et en Somalie, où il récolte quantité de plantes et d'arbustes destinés à être exposés dans de nouveaux dioramas[38].

La Grande Galerie de l'Evolution du Museum d'Histoire naturelle de Paris.

À la suite de ce dernier voyage, le prince se rend en Italie et s'installe au palais d’Orléans (it) de Palerme. Après une syncope, le prince est atteint d'une congestion pulmonaire, aggravée par une variole probablement contractée en Égypte. Il meurt quelques jours plus tard, le 27 mars, en compagnie de sa sœur aînée, la reine Amélie de Portugal[39].

Héritage[modifier | modifier le code]

Tout au long de ses voyages, le « duc d'Orléans » a amassé quantité de trophées de chasse qu'il a consciencieusement faits naturaliser et exposer dans ses châteaux, d'abord en Angleterre puis en Belgique. Mais le souhait du prétendant était de léguer ces dépouilles à la France afin de constituer un musée d'histoire naturelle ouvert au public.

À sa mort, la reine Amélie de Portugal fait donc en sorte de réaliser cette volonté et le Muséum national d'histoire naturelle de Paris accueille, dans une de ses annexes, ses précieuses collections. Cependant, le bâtiment, édifié par l'architecte Weber et décoré par Maxime Real del Sarte, est mal conçu et les dépouilles sont rapidement abîmées par le temps. En 1960, les autorités doivent donc se résoudre à démolir le monument et les rares dépouilles encore indemnes sont reléguées à la Grande galerie de l'évolution, où l'on peut encore les admirer aujourd'hui[40].

Titulature et controverse[modifier | modifier le code]

Louis-Philippe Ier, arrière-grand-père de Philippe d'Orléans.

Comme prétendant orléaniste au trône de France et chef de la Maison d'Orléans, le prince Philippe pouvait porter chaque titre lié à un apanage traditionnel de la Maison Royale, ou puiser dans les nombreux titres traditionnels de sa branche : duc d'Orléans, duc de Chartres, duc de Valois, duc de Nemours, duc de Montpensier, dauphin d'Auvergne, prince de Joinville, sénéchal héréditaire de Champagne, marquis de Coucy, marquis de Folembray, comte de Soissons, comte de Dourdan, comte de Romorantin et baron de Beaujolais.

Pour ses partisans, les orléanistes, et particulièrement les militants d'Action française, Philippe d'Orléans était l'héritier du trône de France sous le nom de « Philippe VIII ». Il était en effet l'aîné des descendants du roi Louis XIII de France, à l'exclusion des descendants de Philippe V d'Espagne, partis régner de l'autre côté des Pyrénées en vertu du traité d'Utrecht, signé en 1713.

Mais, pour ses adversaires légitimistes, pour qui les véritables héritiers du trône étaient ses lointains parents, les princes Charles et Jacques de Bourbon, Philippe d'Orléans n'était « que » duc d'Orléans.

Annexes[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Sous le nom de « Duc d'Orléans », le prince Philippe a publié plusieurs livres de voyages :

  • Une expédition de chasse au Népaul, C. Lévy, Paris, 1892.
  • Une Croisière au Spitzberg, yacht Maroussia, 1904, Imprimerie de Chaix, Paris, 1904.
  • Croisière océanographique accomplie à bord de la Belgica dans la Mer du Grönland, 1905 C. Bulens, Bruxelles, 1907.
  • La Revanche de la banquise : un été de dérive dans la mer de Kara, juin-septembre 1907, Plon-Nourrit, Paris, 1909.
  • Campagne Arctique de 1907, C. Bulens, Bruxelles, 1910-1912.
  • Chasses et chasseurs arctiques, Librairie Plon, Paris, 1929. (Ouvrage disponible en anglais sur Internet Archive)

Il a également publié une série de documents de son père, le comte de Paris, et du « comte de Chambord » :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Comte de Gramont, L'Ami du prince: Journal (1892-1915), présenté par Éric Mension-Rigau, Paris, Fayard, 2011
  • Marie-Françoise Lafon, Philippe, duc d'Orléans 1869-1926, explorateur, navigateur, naturaliste, Boubee, 2000. (ISBN 2850041017)
  • Charles Maurras, Le Tombeau du Prince (recueil d'articles publiés à l'occasion de la mort de Philippe d'Orléans), 1927.
  • Jean-Marie Mayeur, La Vie politique sous la Troisième République 1870-1940, Points, Paris, 2001 (ISBN 2020067773)
  • Dominique Paoli, « Philippe VIII - Le Roi qui a manqué » dans Politique magazine, novembre 2004
  • Georges Poisson, Les Orléans, une famille en quête d'un trône, Perrin, Paris, 1999. (ISBN 226201583X)
  • Docteur Joseph Récamier, L'Âme de l'Exilé, souvenirs des voyages de monseigneur le duc d'Orléans, Gngl, 2005 (ISBN 2913623115)[N 7]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ce titre n’ayant pas été conféré pas une autorité souveraine, il est placé entre guillemets comme tous les autres titres de courtoisie.
  2. Le Figaro publie ainsi un texte lourd de sous-entendus où il est écrit que le comte de Paris « saurait passer du silence à l'action quand le moment serait venu ». Georges Poisson, op. cit., p. 316-317.
  3. Rendues publiques, ces relations valent d'ailleurs au prince de voir ses fiançailles avec sa cousine Marguerite d'Orléans (1869-1940), fille du duc duc de Chartres, brisées.
  4. Georges Poisson nomme la variété découverte par le « duc d'Orléans » Elephas Orleansi mais il s'agit là d'une erreur puisque le genre Elephas correspond exclusivement aux éléphants d'Asie. Le Loxodonta africana Orleansi est aujourd'hui extrêmement menacé : on ne le trouve plus que dans la région de Babille, en Éthiopie. Voir Division of International Conservation African Elephant Conservation Fund.
  5. Peu de temps après, le Danemark renomme la Terre de France en Terre du duc d'Orléans. Il nomme également le cap qui avoisine ce territoire Cap Philippe en l'honneur du « duc d'Orléans ». Voir le site des Manants du Roi.
  6. En néerlandais, Putdaël signifie « vallon du puits » et non « mare aux grenouilles », comme l'affirme Georges Poisson.
  7. Réédition de la publication originale de 1927 chez Plon.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Vincent Meylan, Contre-enquête sur le comte et la comtesse de Paris, Pygmalion, 2007, p. ?.
  2. Georges Poisson, Les Orléans, une famille en quête d'un trône, Perrin, Paris, 1999, p. 300.
  3. Georges Poisson, op. cit., p. 302.
  4. Georges Poisson, op. cit., p. 304-305.
  5. Claude Marro, Si Stanislas m'était conté, Association des Anciens Élèves de l'Institut Stanislas, Cannes, 2005.
  6. a et b Georges Poisson, op. cit., p. 314.
  7. Georges Poisson, op. cit., p. 315.
  8. Georges Poisson, op. cit., p. 316-318.
  9. a et b « The Duke of Orleans - Head of the House of France » dans The Times du 29 mars 1926.
  10. Georges Poisson, op. cit., p. 318.
  11. Georges Poisson, op. cit., p. 318 et 320.
  12. Georges Poisson, op. cit., p. 320-321.
  13. Georges Poisson, op. cit., p. 321.
  14. Georges Poisson, op. cit., p. 322-323.
  15. Georges Poisson, op. cit., p. 324.
  16. Georges Poisson, op. cit., p. 325.
  17. a et b Georges Poisson, op. cit., p. 326.
  18. Georges Poisson, op. cit., p. 328.
  19. Georges Poisson, op. cit., p. 328-329.
  20. Georges Poisson, op. cit., p. 329 et 333.
  21. Georges Poisson, op. cit., p. 334.
  22. Georges Poisson, op. cit., p. 334-335.
  23. Georges Poisson, op. cit., p. 337-338.
  24. Georges Poisson, op. cit., p. 336 et 342.
  25. Georges Poisson, op. cit., p. 336.
  26. a et b Georges Poisson, op. cit., p. 339.
  27. Georges Poisson, op. cit., p. 336-337.
  28. Georges Poisson, op. cit., p. 337.
  29. Georges Poisson, op. cit., p. 338.
  30. a et b Georges Poisson, op. cit., p. 340.
  31. Dominique Paoli, Fortunes et infortunes des Orléans, Artena, 2006, p. 347.
  32. Georges Poisson, op. cit., 343.
  33. a, b et c Georges Poisson, op. cit., p. 342.
  34. Charles Maurras, Lettres passe-Murailles, éd. La Table ronde, 1965, p. 187-188.
  35. « Accident to the duke of Orleans » dans The Times du 8 juillet 1915.
  36. Georges Poisson, op. cit., p. 340-341.
  37. Georges Poisson, op. cit., p. 343.
  38. Georges Poisson, op. cit., p. 344.
  39. Georges Poisson, op. cit., p. 344-345.
  40. Georges Poisson, op. cit., p. 350.