Philippe Sireuil

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Philippe Sireuil est un metteur en scène et professeur belge né le 14 novembre 1952 à Léopoldville.

Il a cofondé, avec Marcel Delval et Michel Dezoteux, le Théâtre Varia en 1980.

Biographie[modifier | modifier le code]

Philippe Sireuil a trois ans lorsque ses parents décident de quitter le Congo belge pour la France où l'enfant passe une scolarité paisible, ne découvrant la Belgique que lors de vacances à La Panne ou chez ses grands-parents dans un milieu modeste de Thudinie qu'il est aussi pour lui le « pays de la mort (...) des régions sans horizon et sans lumière[1] » puisque la famille s’y rend à chaque décès.

Ses études secondaires au Lycée Hoche de Versailles sont interrompues par l’installation des parents à Bruxelles et se terminent, en section latin-mathématiques, à l’Athénée royal d’Ixelles où il a été forcé d’apprendre le néerlandais et où trois professeurs éveillent son sens civique et culturel : René Salme pour le dessin, Georges Weiss pour l’histoire et la géographie et Gaston Compère pour le français.

À 18 ans, il entre à l’INSAS (Institut national supérieur des arts du spectacle et des techniques de diffusion) et va en sortir diplômé en section théâtre-techniques de communications sociales et de diffusion de la culture (1970-1974). Il y suit les cours de René Hainaux, Paul Anrieu, Arlette Dupont et Gaston Jung ; il y découvre Jean Louvet en assistant aux répétitions de René Hainaux dans À bientôt Monsieur Lang au Théâtre du Parvis.

Après avoir joué brièvement à l’Ensemble Théâtral Mobile (1975) et avoir monté Le virage de Dorst et Haute Autriche de Kroetz — « entouré d'acteurs et de dramaturges qui sont tous, peu ou prou, liés au parti communiste[2] », il met en scène seul, sans aide dramaturgique, pour le Théâtre du Crépuscule qu’il a fondé, L’Entraînement du champion avant la course de Michel Deutsch, dans un refus des aprioris idéologiques comme des pratiques de subsidiation des pouvoirs publics[1].

Désireux, comme d’autres « jeunes » artistes de cette époque, de créer des modes de production nouveaux, de disposer de plus longues périodes de répétitions, de pouvoir salarier les acteurs, de disposer de budgets corrects pour les décorateurs et costumiers, etc., il est l’un des premiers à signer la première convention collective de travail du monde du théâtre belge, dite « convention du Jeune Théâtre ».

Au Crépuscule, il monte aussi August Strindberg, Marie-Luce Bonfanti, René Kalisky, Peter Handke et Louvet — retrouvé en 1975 au Festival d’Avignon où l’Ensemble Théâtral Mobile présentait une mise en espace de Le Train du Bon Dieu. Cinq ans plus tard, ayant davantage découvert l’histoire politique de la Belgique et, notamment l’assassinat de Julien Lahaut, Sireuil va commander L'homme qui avait le soleil dans sa poche à l’auteur wallon. Sa mise en scène va susciter la polémique et attirer davantage l’attention sur son travail ; Sireuil attribue à cela le fait qu’il va ensuite être invité par Gérard Mortier à monter pour la première fois un opéra (Katja Kabanova de Leoš Janáček)[1].

Les Créanciers de Strindberg est une coproduction avec le Groupe Animation Théâtre (ancien Théâtre Élémentaire) qui devient ensuite, par la volonté de Sireuil, Delval et Dezoteux, le Théâtre Varia.

Une nouvelle période s’ouvre pendant laquelle les trois artistes catégorisés « intellos videurs de salles[2] » veulent démontrer qu’il est « possible de faire « autrement », du théâtre entretenant avec les spectateurs un dialogue artistique et social[2] ». De 1981 à 1983, ils travaillent dans des conditions matérielles précaires ; l’achat du Théâtre Varia par la Communauté française les oblige à l’errance jusqu’en 1988 où, la rénovation étant achevée, ils peuvent réinvestir le lieu, y travailler, y accueillir d’autres artistes, y monter des expositions et y ouvrir des ateliers[3].

Au milieu des années 1990, Sireuil s’éloigne de la direction du Varia, tout en restant metteur en scène associé. Il travaille en d’autres lieux et aborde un théâtre d’intimité tout en travaillant sur de grandes scènes lorsqu’il met en scène des œuvres lyriques.

En 2003, après avoir été directeur artistique de l’Atelier-théâtre Jean Vilar à l’invitation expresse d’Armand Delcampe, il devient metteur en scène indépendant, artiste associé au Théâtre national de Belgique pour les saisons 2005 à 2010, compagnon du Théâtre de la Place des Martyrs depuis 2008.

Pendant près de vingt ans il enseigne à l’INSAS ; il donne également cours au Studio Hermann Teirlinck (Anvers) en 1985, au Conservatoire de musique de Genève en 1988, à l’École supérieure d'art dramatique de Strasbourg de 1985 à 1990, au Conservatoire de Lausanne en 2011, au Conservatoire royal de Mons en 2012 et à la Haute école de théâtre de Suisse romande en 2005.

Philippe Sireuil a élaboré « une écriture scénique spécifique, marquée par un certain gigantisme et un travail des atmosphères par le biais des éclairages[4] » ; il règle effectivement les lumières pour presque chacune de ses mises en scènes, en s’inspirant souvent de peintures. Ce talent d’éclairagiste, reconnu et apprécié, est mis au service d’autres artistes et metteurs en scène, comme pour L’annonce faite à Marie monté par le Groupov.

Mises en scène[modifier | modifier le code]

Parmi ses nombreuses mises en scène, on note particulièrement :

Liste non exhaustive des mises en scènes
Année de création Titre Auteur Lieu de création et divers
1976 L’Entraînement du champion avant la course Michel Deutsch Studio Levie, Bruxelles.
1980 Créanciers August Strindberg Ciné Rio, Bruxelles
1980 L’Homme qui avait le soleil dans sa poche Jean Louvet Théâtre communal de La Louvière
1980 Ni vous ni moi n’étions conviées Marie-Luce Bonfanti Ciné Rio, Bruxelles
1981 Sur les ruines de Carthage René Kalisky Ciné Rio, Bruxelles
1981 Bienvenue au conseil d’administration Peter Handke Ciné Marignan, Bruxelles
1985 Minetti Thomas Bernhard Théâtre Varia
1986 Les Pupilles du tigre Paul Emond Théâtre de la Place, Liège, + éclairage
1990 Les Caprices de Marianne Alfred de Musset Théâtre Varia + lumières
1991 Commerce gourmand Jean-Marie Piemme Théâtre Varia + éclairage
1990 L’Échange Paul Claudel Théâtre Varia
1992 Le Badge de Lénine Jean-Marie Piemme La Rose des vents + décor et lumières
1991 La Mouette Anton Tchékhov Théâtre Varia
1993 Histoire du soldat Igor Stravinski Théâtre de la Place + lumières
1992 Oncle Vania Anton Tchékhov Théâtre Varia
1994 Dans la solitude des champs de coton Bernard-Marie Koltès Théâtre de Sète
1994 Peines d’amour perdues William Shakespeare Théâtre de la Place + éclairages
1994 Scandaleuses Jean-Marie Piemme Théâtre Varia
1994 Don Giovanni Mozart Opéra royal de Wallonie, Liège
1995 On ne badine pas avec l’amour Alfred de Musset Théâtre de la Place + scénographie et éclairages
1996 La Provinciale Ivan Tourgueniev Théâtre Le Public + éclairages
1997 Chronique de ces années-là II : Tango/Tangage Jean-Marie Piemme Théâtre de la Balsamine, Bruxelles
1996 Le nozze di Figaro Mozart Opéra royal de Wallonie
1997 Les Petits Bénéfices Jean-Marie Piemme Théâtre de la Balsamine
1997 Récit de ma naissance Jean-Marie Piemme Théâtre de la Balsamine
1997 La serveuse qui n’a pas froid Jean-Marie Piemme Théâtre de la Balsamine
1997 La Stellidaura vendicante Francesco Provenzale Théâtre de la Place
1997 Zoo de nuit Michel Azama Théâtre Varia + éclairages
1998 Café des patriotes Jean-Marie Piemme Théâtre Varia + décor et lumières
1998 J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne Jean-Luc Lagarce Théâtre de l’Ancre, Charleroi, + éclairages
1997 La Musica deuxième Marguerite Duras Théâtre Le Public + scénographie
1998 Partage de midi Paul Claudel Théâtre Varia + lumières
1999 Toréadors Jean-Marie Piemme Théâtre Le Public
1999 Les Guerriers Philippe Minyana Théâtre de l’Ancre + lumières
1999 Lulu Alban Berg Opéra royal de Wallonie + lumières
2000 Nous, les héros Jean-Luc Lagarce Théâtre Varia + décor et éclairages
2000 Devant le mur élevé Jean Louvet Théâtre Varia
2001 L'Enfant et les Sortilèges Maurice Ravel Théâtre royal de la Monnaie + éclairages
2002 Hedda Gabler Henrik Ibsen Théâtre Jean Vilar (Louvain-la-Neuve) + éclairages
2001 L'Heure espagnole Maurice Ravel Théâtre royal de la Monnaie + éclairages
2002 Le Triomphe de l'amour Marivaux Aula Magna, Louvain-la-Neuve + éclairages
2004 Des couteaux dans les poules David Harrower Les Arbalestriers, Mons + éclairages
2004 Récit de la servante Zerline Hermann Broch Comédie Claude Volter + éclairages
2004 Tartuffe ou l'Imposteur Molière Théâtre national de la Communauté française + éclairages
2006 Mesure pour mesure William Shakespeare Théâtre national de la Communauté française + éclairages
2006 La Forêt Alexandre Ostrovski Théâtre national de la Communauté française + lumières
2007 Pelléas et Mélisande Claude Debussy Théâtre royal de Liège + lumières
2007 Dialogue d’un chien avec son maître sur la nécessité de mordre ses amis Jean-Marie Piemme Théâtre national de la Communauté française + scénographie
2008 Haydn Amore Joseph Haydn Théâtre royal de la Monnaie + décors
2008 La Lumière Antigone Pierre Bartholomée Théâtre royal de la Monnaie + éclairages
2008 Le Misanthrope Molière Théâtre national de la Communauté française
2009 Bérénice Jean Racine Théâtre de la Place des Martyrs, Bruxelles, + lumières
2009 Mort de chien Hugo Claus Auditorium Paul Willems (Palais des Beaux-Arts), Bruxelles + éclairages
2009 Shakespeare is dead, get over it ! Paul Pourveur Théâtre national de la Communauté française + scénographie et lumières

Distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Histoire(s) belge(s). Entretien avec Bernard debroux et Jean-Marie Piemme, Alternatives Théâtrales, no 107, 2011.
  2. a, b et c Gilles Robic, Entretien avec la revue Scènes, 2000.
  3. Catherine Degand, « Trois hommes dans un même Varia : l’heure du couronnement, rue du sceptre » dans Le Soir, quotidien belge, 15 septembre 1988, article en ligne, consulté le 29 juillet 2011.
  4. Nancy Delhalle, Changer de théâtre, changer de monde. Les pratiques théâtrales des années 1970 dans le théâtre belge francophone, CHTP-BEG, no 18, 2007, pdf en ligne, consulté le 29 juillet 2011.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]