Philippe II d'Espagne

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Philippe II
Portrait de Philippe II d'Espagne, par Sofonisba Anguissola
Portrait de Philippe II d'Espagne,
par Sofonisba Anguissola
Titre
Roi de Portugal et des Algarves
12 septembre 1580[1]13 septembre 1598
(&&&&&&&&&&&0657518 ans, 0 mois et 1 jour)
Monarque Philippe Ier de Portugal
Prédécesseur Antoine
Successeur Philippe III
Roi des Espagnes
16 janvier 155613 septembre 1598
(&&&&&&&&&&01558142 ans, 7 mois et 27 jours)
Prédécesseur Charles Quint
Successeur Philippe III
Duc de Bourgogne, de Lothier, de Brabant, de Gueldre, de Limbourg et de Luxembourg, Comte de Flandre, d'Artois, de Bourgogne palatine, de Hainaut, de Hollande, de Zélande, de Namur et de Zutphen, marquis du Saint-Empire, Seigneur de Malines, de Frise et de Salins
25 octobre 15556 mai 1598
Prédécesseur Charles Quint
Successeur Albert et Isabelle
Roi de Naples et de Sicile
28 octobre 155413 septembre 1598
Prédécesseur Charles Quint
Successeur Philippe III
Roi jure uxoris d'Angleterre et d'Irlande
25 juillet 155417 novembre 1558
En tandem avec Marie Ire
Prédécesseur Marie Ire (seule)
Successeur Élisabeth Ire
Duc de Milan
11 octobre 155413 septembre 1598
Prédécesseur vacance de la principauté
Successeur Philippe III
Biographie
Dynastie Maison de Habsbourg
Date de naissance 21 mai 1527
Lieu de naissance Valladolid (Espagne)
Date de décès 13 septembre 1598 (à 71 ans)
Lieu de décès San Lorenzo de El Escorial (Espagne)
Père Charles Quint
Mère Isabelle de Portugal
Conjoint Marie Manuelle de Portugal
(1543-1545)
Marie Ire d'Angleterre
(1554-1558)
Élisabeth de France
(1559-1568)
Anne d'Autriche
(1570-1580)
Enfant(s) Charles d'Autriche,
prince des Espagnes
Isabelle d'Autriche
Catherine d'Autriche
Philippe III Red crown.png

Philippe II d'Espagne
Monarques d'Espagne

Philippe II d'Espagne, né le 21 mai 1527 à Valladolid et mort le 13 septembre 1598 au palais de l'Escurial, est roi des Espagnes, roi de Naples, roi de Sicile, roi du Portugal, roi consort d'Angleterre, duc de Milan, prince souverain des Pays-Bas, archiduc d'Autriche.

Prince espagnol de l'archi-Maison de Habsbourg, il est le fils aîné de l’empereur romain germanique et roi d'Espagne, de Naples et de Sicile, Charles Quint et de l'infante Isabelle de Portugal.

Son long règne, entaché par une légende noire largement due à la propagande de ses ennemis, marque l'apogée diplomatique de l'Espagne.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

L'enfance du prince[modifier | modifier le code]

Philippe naquit le 21 mai 1527 dans le palais du marquis de Tavara, à Valladolid (actuel siège du gouvernement de la province de Valladolid). Il fut titré "prince des Espagnes" (principe de las Españas). Sa naissance fut célébrée par plusieurs jours de fêtes et de joutes rapidement interrompues par l'arrivée de la nouvelle du sac de Rome par les armées impériales. Il fut porté sur les fonts par le comte de Nassau, le duc de Bejar, et par sa tante la reine Éléonore; selon la tradition, on lui donna comme nom de baptême le nom de son grand-père paternel, l'archiduc Philippe de Habsbourg.

Son éducation fut soignée et complète. Le gouverneur de la maison du prince, son tuteur en somme, était don Juan de Zúñiga, grand commandeur de l'ordre de Saint-Jacques de l'épée, second fils du comte de Miranda del Castañar. Sa formation intellectuelle et morale fut confiée à plusieurs précepteurs de renom : le mathématicien Pedro Sanchez Ciruelo, l'humaniste Juan Ginés de Sepúlveda, le recteur de l'université de Salamanque, Fernán Pérez de Oliva, le futur archevêque Juan Martínez Silíceo… Charles-Quint proposa même ce poste à Érasme de Rotterdam, qui déclina l'invitation pour des motifs assez peu reluisants[Lesquels ?]. Le prince apprit les langues de son futur empire : le castillan, le latin, l'italien et le français, dans lequel il avait cependant des réticences à s'exprimer en raison de son fort accent. Globalement, sa formation fut avant tout espagnole, malgré les nombreux pages italiens et flamands de sa maison.

Son gouverneur prenait également soin de lui faire pratiquer les exercices considérés à l'époque comme nécessaires à un prince : la chasse, la joute, la musique et la danse. Philippe II aimait, semble-t-il, tout particulièrement la chasse et la joute, quoiqu'il ne brillât guère à cet exercice. Autre point essentiel : la pratique quotidienne du lourd cérémonial de cour importé des Flandres par Charles-Quint.

Les débuts dans le gouvernement[modifier | modifier le code]

La formation du prince impliquait bien entendu le maniement des affaires publiques. Philippe fit ses premières armes dans le gouvernement à seize ans en 1543.

Charles Quint avait pris l'habitude après la révolte des Comunidades de placer un membre de sa famille comme régent lors de ses absences. Jusqu'alors, c'est l'impératrice Isabelle qui se chargeait de cette tâche mais son décès en 1539 obligea l'empereur à attribuer cette fonction au prince Philippe qui n'avait que 12 ans et qu'il flanqua d'un conseil de régence à la tête duquel se trouvait le chancelier et inquisiteur général Juan Pardo de Tavera. L'empereur prépara en outre des instructions précises pour guider son fils dans cette première responsabilité.

Pour s'assurer le concours de son voisin et beau-frère, l'empereur fit épouser à son fils à peine âgé de 16 ans, sa cousine germaine, l'infante Marie Manuelle de Portugal qui mourut deux ans plus tard en donnant le jour à un héritier, le fameux Don Carlos.

A 18 ans, le futur Philippe II était veuf mais avait assuré la continuité de sa dynastie.

Le Duché de Milan, le Tour d'Europe, les Royaume de Naples et d'Angleterre[modifier | modifier le code]

Quelques années après, en 1546, le prince recevait officiellement son premier territoire : le duché de Milan.

Depuis la mort en 1535 de François II Sforza, le duché était en effet vacant et, comme fief impérial, avait fait retour à Charles-Quint qui devait nommer un nouveau duc. Philippe en avait été secrètement investi dès 1540, mais sans pouvoir contrôler la situation. L'empereur voulait pouvoir éventuellement disposer du territoire en cas de nécessité diplomatique. Après dix ans de temporisation, allant de projets d'investiture à l'un de ses neveux autrichiens, à la dotation de l'une de ses filles qui épouserait un fils du roi de France, l'Empereur choisit, à la surprise générale, d'investir officiellement son propre fils du précieux territoire.

Philippe vint visiter ce territoire deux ans plus tard, laissant la régence des Espagnes à sa sœur Jeanne.

Au cours de ce même voyage, il se rendit en Allemagne avant d'arriver, en 1549, dans les Dix-sept provinces bourguignonnes désormais affranchies de la juridiction du Saint-Empire et groupées en un bloc insécable que les géographes nommaient le Leo Belgicus.

Pour les cousins autrichiens de Philippe, qui avaient dû renoncer à leurs visées milanaises, ce fut une déconfiture de plus. Et l'archiduc Maximilien, fiancé à l'infante Marie, soeur de Philippe et qui s'était laissé promettre une possible dotation dans l'héritage bourguignon, se trouvait évincé de toute espérance à l'ouest de l'Europe.

Philippe était désormais prince des Espagnes, héritier des ducs de Bourgogne et duc de Milan, mais ce n'était qu'un prince mineur quand son père décida en 1553 de le marier avec la reine d'Angleterre Marie Tudor.

Pour que les deux époux fussent sur un pied d'égalité, Charles transmit à son fils le royaume de Naples, avec en accessoire le prestigieux titre de roi de Jérusalem en 1554.

Accession au trône[modifier | modifier le code]

Royaume de Philippe II en 1598 :

Le 25 octobre 1555, Charles Quint abdique solennellement, dans la grande salle du palais du Coudenberg à Bruxelles de sa souveraineté sur le domaine héréditaire des ducs de Bourgogne. Philippe obtient ainsi la souveraineté sur les Pays-Bas et le comté de Bourgogne. Trois jours auparavant, Charles Quint lui avait également transmis la place de chef et souverain de l'ordre de la Toison d'or.

Quelques mois plus tard, le 16 janvier 1556, Philippe devient également roi des Espagnes et de leurs dépendances en Méditerranée et aux Amériques.

Son père conserva la couronne impériale jusqu'à sa mort en 1558, quoiqu'il ait envoyé une lettre au roi de Germanie et aux électeurs de considérer Ferdinand comme l'empereur lui-même et plus seulement son lieutenant. Ces autres territoires furent dévolus sans la moindre cérémonie. Selon le pacte de famille, Ferdinand devait faire élire Philippe roi de Germanie quand lui-même serait empereur. Mais les vexations que Charles Quint avait fait subir à ses neveux autrichiens en les privant de Milan et des Flandres entraînèrent l'hostilité des grands électeurs du Saint-Empire et Philippe fut poliment éconduit au profit de son cousin le roi de Bohème.

Dès avant son avènement sur le trône d'Espagne en 1556, Philippe II avait vécu quelque temps aux Pays-Bas, à cause du conflit contre la France qui lui barrait la route du retour vers l'Espagne. Après la signature du traité du Cateau-Cambrésis et son mariage avec Élisabeth de France durant le printemps et l'été 1559, il put enfin s'embarquer pour l'Espagne et ne revint jamais dans ses États du nord.

A la mort de Charles-Quint et lorsque Ferdinand fut devenu Empereur, Philippe II, qui lui devait hommage pour les principautés belges dépendantes de l'Empire, demanda un délai de huit mois pour s'acquitter de ce devoir... Un délai fut accordé par le diplôme du 24 août 1559 et Ferdinand donna l'investiture requise à Philippe, représenté par don Claudio Fernandez de Quinones, comte de Luna, son ambassadeur à la cour de Vienne, le 13 mai 1560[2].

Politique extérieure[modifier | modifier le code]

La défense de la catholicité[modifier | modifier le code]

Prince élevé dans la ferveur de la cour espagnole d'Isabelle de Portugal, fils et héritier des prétentions de l'empereur Charles-Quint à réconcilier la chrétienté autour de l'Église romaine, Philippe II est un prince de la Contre-Réforme. La défense sourcilleuse de la foi catholique est une véritable clef de voute de sa politique. Il est ainsi un ardent promoteur de la reprise des discussions au concile de Trente, suspendu depuis 1553. Dans ses États, il recevra l'œuvre du concile comme des lois fondamentales et pressera l'Église espagnole à mettre en application les réformes tridentines. Sa diplomatie est profondément infuse de cette volonté de contre-réforme et cherche souvent à endiguer la progression du protestantisme, comme ce sera le cas en France et dans les Flandres. Il hérite également du rêve de croisade impérial et espagnol et promeut une politique de défiance en Méditerranée vis-à-vis des Turcs et des Barbaresques. C'est à cette fin qu'il forgera avec Venise et Rome une Sainte Ligue qui aboutira à la victoire de Lépante. Néanmoins, Tunis est perdue lors du siège de 1574.

Le roi prudent, ainsi qu'on le surnomme, n'est cependant pas un intégriste oublieux de toute réalité pour faire aboutir son rêve de reconquête catholique. Lors de son règne en Angleterre, il se fait remarquer par sa modération face au zèle de son épouse Marie "la sanglante". Dès la mort de celle-ci, il préfère demander la main de sa sœur Elisabeth, pourtant notoirement protestante plutôt que de perdre l'alliance anglaise. Dans les années 1560, il se brouille même avec le pape Pie IV, notamment à propos du devenir de l'archevêque Bartholomée Carranza. C'est seulement dans les années 1580, avec l'implosion du royaume de France et la conquête du Portugal que Philippe II perd cette modération et se lance dans des conflits en dépit de tout sens politique et qui s'avérèrent d'ailleurs bien souvent désastreux.

Le conflit avec les Valois[modifier | modifier le code]

Philippe II poursuit le conflit entamé par son père Charles Quint contre la France. Il s'agit foncièrement d'une rivalité dynastique ancienne de plus d'un siècle et alimentée par trois points de discorde : l'héritage bourguignon des Habsbourg, la domination en Italie et surtout, à la fin du règne, la succession des derniers Valois.

Son règne commence visiblement bien, puisque l'écrasante victoire de Saint-Quentin, en 1557 traumatise profondément la France : un nombre impressionnant de grands seigneurs et de princes est pris, tandis que les troupes des Pays-Bas espagnols sont aux portes de Paris. Après une trêve et deux années supplémentaires de conflit, la France, exsangue, accepte de traiter. La Monarchie catholique, de son côté, n'a qu'un avantage léger et doit procéder à une banqueroute, mais cela suffit à emporter la guerre. La paix est scellée au Cateau-Cambrésis : Philippe II obtient le champ libre en Italie et le statu quo ante est proclamé en Picardie. En outre il impose au roi de France la rétrocession de ses états au duc de Savoie, cousin de Philippe. Un mariage complète le dispositif : Philippe II épouse Élisabeth de Valois, fille d'Henri II.

La mort d'Henri II lors des festivités entourant le mariage oriente durablement la suite des relations que Philippe entretient avec la France : il laisse quatre fils mineurs et en mauvaise santé. Leur faiblesse attise le conflit religieux interne à la France et provoque l'effondrement du royaume sur l'échiquier international. Pendant près de vingt ans, la France ne sera qu'un enjeu secondaire pour Philippe. Si son désir de promouvoir la catholicité explique une partie de ses intervention dans le conflit français, c'est surtout la guerre dans les Flandres qui l'entraîne sur ce terrain: une partie des rebelles sous la direction de Guillaume d'Orange utilise le royaume de France, mais aussi les états rhénans, comme bases arrières et y possèdent des appuis parfois très haut placés. Le duc d'Alençon est ainsi régulièrement sollicité par les rebelles et les Malcontents, tandis que les frères de Guillaume d'Orange, retranché dans les états familiaux de Nassau fournissent de l'argent et des mercenaires, participant même aux combats. Le problème pour Philippe II n'est pas seulement territorial, ses possessions des Pays-Bas menaçant de lui échapper, mais aussi religieux car il voit d'un très mauvais œil les progrès du calvinisme en France et dans les états du Saint-Empire Romain Germanique.

Philippe a cependant conscience que les guerres de Religion peuvent jouer en sa faveur sur le plan géopolitique : une France affaiblie est une rivale de moins pour la monarchie espagnole, situation qui permet à celle-ci d'employer des ressources importantes dans ses conflits en Flandres et en Méditerranée. Par contre, si le royaume de France bascule tout entier dans l'hérésie, ce serait fatalement le début d'une guerre de religion avec la France et, surtout, il ne pourrait qu'en résulter un développement du calvinisme dans les Flandres et en Franche-Comté. Aussi, Philippe soutient-il le parti catholique français de la faction des princes lorrains.

Sous le règne d'Henri III on assiste au retour d'une certaine paix intérieure en France mais d'autre part à une recrudescence des tensions avec l'Espagne. Pour des raisons assez obscures, la reine mère Catherine de Médicis conçoit secrètement le projet d'envoyer une flotte française dans les Açores pour tenter d'entraver le commerce espagnol vers le Nouveau Monde. Elle en confie le commandement à son neveu, Philippe Strozzi. À peine débarqués sur l'île Terceira, une importante escadre espagnole se présente. Toute résistance semble dérisoire et de nombreux capitaines suggèrent à Philippe d'éviter le combat. Il s'entête et décide d'affronter les Espagnols avec les quelques navires qui lui sont restés fidèles. Ils seront tous détruits et les matelots, considérés comme pirates et non corsaires, pendus (26 juillet 1582). Philippe Strozzi capturé, ne pouvant se prévaloir d'agir au nom du roi de France, dès lors qualifié de pirate, sera condamné à être attaché à la proue d'un navire et de mourir par noyade. Cette bataille marquait la suprématie de l'Espagne sur la France dans sa colonisation du Nouveau Monde.

Dans les années 1580, quand il devient clair que la maison protestante des Bourbons est en position d'hériter sous peu de la couronne, Philippe II devient plus actif. Il soutient ouvertement la Ligue, les partisans du cardinal de Bourbon et du Duc de Montpensier. Il réclame le duché de Bretagne pour sa fille Isabelle au nom des droits qu'y avait sa femme Élisabeth de Valois. Il ira même jusqu'à réclamer la couronne de France pour celle-ci pour éviter l'avènement d'un roi huguenot. Les victoires d'Henri IV contre la Ligue et les troupes espagnoles, sa conversion au catholicisme ainsi qu'une troisième banqueroute de la Monarchie catholique amèneront Philippe II à une trêve.

La Guerre de Quatre-Vingts Ans|révolte des Pays-Bas[modifier | modifier le code]

Les provinces des Pays-Bas est une véritable épine dans le pied de Philippe II. Ces riches provinces constituaient le moteur de l'empire de Charles Quint, mais Philippe II, élevé en Espagne, s'en est vite éloigné. Après la victoire sur la France à la bataille de Saint-Quentin en 1557 et le traité du Cateau-Cambrésis en 1559, Philippe II quitte les Pays-Bas pour ne jamais y revenir. Une certaine incompréhension émaille ses relations avec ses sujets septentrionaux, qui ne le considèrent pas comme l'un des leurs. Philippe II a été élevé en Espagne, il connaît le français et les réalités de l'héritage Bourguignon (comme le collier de la Toison d'or) mais culturellement il ne comprend pas ses sujets des Pays-Bas.[réf. nécessaire] Une fronde apparaît en 1566 et 1567. C'est le compromis des Nobles né à Bruxelles et soutenu par le peuple pour des motifs liés aux tentatives de Philippe II de supprimer les droits acquis au cours des siècles au profit d'une gouvernance directe de l'Espagne. La rébellion prend le titre de Gueux qui lui avait été décerné par ses adversaires. Philippe II réagit par l'envoi d'une armée et la nomination du duc d'Albe comme gouverneur. La répression commence par l'exécution capitale à Bruxelles de deux des chefs principaux, les comtes d'Egmont et de Hornes, ce qui déclenche un soulèvement qui engendre une guerre civile, la noblesse se divisant en adversaires et partisans de l'Espagne soutenus ou combattus par des factions populaires. Cette situation est favorisée par la conversion au calvinisme d'une partie de la population. Ce qui fait qu'aux revendications politiques de défense des libertés issues des vieilles chartes s'ajoute une opposition religieuse contre le catholicisme défendu avec intransigeance par l'Espagne. La guerre de Quatre-Vingts Ans qui va s'en suivre finira lorsque Philippe reconnaîtra l'indépendance de la partie nord des Pays-Bas en 1581 sous le nom de Provinces-Unies. Les exploits d'Alexandre Farnèse et de capitaines aussi valeureux que Valentin de Pardieu en face des armées commandées par Guillaume d'Orange et son fils n'ont pu suffire à vaincre la rébellion[3]. C'est l'échec de la politique de Philippe II vouée à maintenir l'unité de l'ancien cercle de Bourgogne, seul le sud de celui-ci, la Belgica Regia, restant soumise à l'Espagne dans un état chronique de rébellion qui va durer jusqu'au début du XVIIIe siècle.

La guerre avec l’Angleterre[modifier | modifier le code]

En 1558, Marie Ire d'Angleterre décède sans descendance ; c'est sa demi-sœur, Élisabeth Ire, hostile à l'Espagne, qui lui succède sur le trône d'Angleterre et restaure l'anglicanisme instauré par son père Henri VIII.

Dans un premier temps, Philippe II choisit de la soutenir, préférant avoir une protestante sur le trône anglais plutôt qu'une reine française, Marie Stuart qui mettrait les Iles Britanniques à la disposition des Français[4]. De ce fait, malgré des politiques divergentes dans le domaine religieux, le roi d'Espagne a longtemps maintenu l'alliance avec l'Angleterre. Il devait même inciter le pape à ne pas excommunier sa reine.

Les relations entre les deux pays se détériorent dès la fin des années 1560. La chute de Marie Stuart et la guerre civile en France avaient renforcé le poids de l'Angleterre sur l'échiquier international. Il existait plusieurs sujets de frictions entre les deux pays. La reine d'Angleterre accueillait les réfugiés flamands et hollandais persécutés par les troupes espagnoles et fermait les yeux sur les actes de piraterie anglais contre les vaisseaux espagnols.

En 1588, en lutte contre l'Angleterre d'Élisabeth Ire, qui soutient la révolte des provinces des Pays-Bas, il envoie contre elle toutes ses forces embarquées sur une très grande flotte, l'Invincible Armada mais est contraint à abandonner le projet de débarquement après la bataille de Gravelines (1588), même si les Espagnols n'ont perdu aucun navire lourd durant le combat. Malgré tout, cette bataille est la seule grande victoire anglaise d'une guerre qui tourne rapidement à l'avantage des Espagnols.

Roi de Portugal[modifier | modifier le code]

Palais de l'Escurial

En 1580, après la mort du roi Henri Ier (1512-1580), dit Henri le Cardinal, Philippe II d'Espagne devient à son tour roi de Portugal (1580-1598) sous le nom de Philippe Ier.

Empire colonial[modifier | modifier le code]

Sous le règne de Philippe II, les Philippines (nommées en son honneur) sont conquises et des colonies sont établies en Amérique du Nord (Floride). Le commerce transpacifique entre l’Asie et l’Amérique (voir le galion de Manille, qui en est le vecteur durant trois siècles) commence en 1565.

Politique intérieure[modifier | modifier le code]

Philippe II instaure un système bureaucratique complexe, célèbre par sa lenteur, qui lui vaut les surnoms de rey Papelero et de rey Prudente.

La répression des morisques[modifier | modifier le code]

En 1568, de grandes révoltes éclatent en Espagne, les morisques (musulmans) se manifestent contre la loi leur interdisant l'usage de leur culture et de leur langue. L'aide portée par les Ottomans ne suffit pas, et ils sont obligés de se réfugier à Alpujarras. Ce soulèvement est maté en 1571, et se termine par une déportation massive vers le nord de l'Espagne.

Les difficultés économiques[modifier | modifier le code]

En effet, à plusieurs reprises, la monarchie espagnole se place dans des situations économiques de crises dues aux banqueroutes. L'assainissement financier traduit la première banqueroute en 1557 puisque Philippe II refuse de payer les dettes de son père. D'autres banqueroutes auront lieu en 1575 et en 1597.

Apogée et Légende noire[modifier | modifier le code]

Deux constructions historiques ont été faites du règne de Philippe II. Quoique totalement contradictoires, il faut bien les considérer comme les deux facettes d'une même réalité. C'est la puissance même de l'Espagne qui a nourri sa légende noire, en attisant une guerre idéologique avec ses nombreux ennemis.

Le siècle d’or[modifier | modifier le code]

Son règne représente alors le sommet de la puissance de l'Espagne, pour laquelle on parle de Siècle d’or. Les richesses affluent d'Amérique.

En 1571, la flotte espagnole, avec ses alliés vénitiens, écrase la flotte turque à Lépante mettant fin à la domination turque en Méditerranée.

En Espagne, Philippe défend très fermement le catholicisme, empêchant l'apparition de protestants, forçant la conversion des maures (celle des juifs avait déjà été imposée en 1492). L'Inquisition resta puissante dans la société espagnole et le fut encore après lui.

Il meurt le 13 septembre 1598 au palais de l'Escurial et son fils Philippe de Habsbourg lui succède sous le nom de Philippe III (1578-1621)

La légende noire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : légende noire espagnole.

Philippe II et son règne ont été durablement considérés comme de parfaites illustrations d'un obscurantisme ou d'un retard typiquement espagnols. Cette vision est en fait largement reconstruite[réf. nécessaire]. Il est indéniable que le règne de Philippe II a été marqué par une grande rigueur en matière religieuse, politique et sociale. La fin du concile de Trente marque également la fin des discussions sur l'orthodoxie catholique : le concile arrête une doctrine claire et des moyens pour l'imposer sans contestation possible. Avec Philippe II on entrait donc dans une nouvelle période de la contre-réforme, marquée par une attitude plus ferme face aux protestants et aux morisques. Dans le même temps, les progrès de l'absolutisme et l'augmentation de la charge fiscale pour financer les guerres favorisaient la perception d'un durcissement politique du régime.

La réalité, certes dure, a cependant été largement assombrie par la propagande des ennemis de la monarchie. C'est la puissance même de l'Espagne et ses nombreuses guerres qui ont nourri cette légende noire. C'est surtout le conflit acharné dans les Flandres qui a construit celle-ci. Affrontement religieux et politique, il donna lieu à une intense propagande anti-espagnole : face aux États généraux et au royaume d'Angleterre son allié, l'Espagne aurait été un régime tyrannique, fanatique, agissant contre Dieu et la loi de nature. Philippe II était ainsi présenté comme un prince polygame et pervers, heureux d'exécuter son fils et de se marier avec sa jeune promise (Isabelle de Valois). L'inquisition espagnole était décrite comme une machine de mort et de torture, en dépit des règles très strictes entourant l'usage de la torture et du nombre finalement assez faible d'exécutions comparativement à ce qui se pratiquait dans la justice civile dans la seconde moitié du XVIe siècle : d'après le médiéviste Patrick Henriet, « Il ne fait aucun doute qu'au XIIIe siècle, comme encore par la suite, la justice inquisitoriale s'est montrée beaucoup moins expéditive que celle des cours civiles »[5].

La plupart des arguments qui ont alimenté cette légende noire furent fournis par l'ancien conseiller de Philippe II[réf. nécessaire], Antonio Pérez, passé en France après la découverte de ses malversations.

Mariages et descendance[modifier | modifier le code]

Mausolée de Philippe II dans la basilique de l'Escurial.

En 1543, il se marie une première fois avec sa cousine paternelle et maternelle Marie Manuelle de Portugal, qui meurt peu après la naissance de leur fils Charles d'Autriche (1545-1568).

En 1554, il épouse en secondes noces une autre de ses cousines paternelles, Marie Ire d'Angleterre (1516-1558), fille d'Henri VIII et reine d'Angleterre de 1553 à 1558, mais ce n'est pas un mariage populaire auprès des Anglais. Avec l'aide des Espagnols, la reine tente de restaurer le catholicisme, religion de sa mère Catherine d'Aragon, abolie par son père Henri VIII qui a instauré l'anglicanisme.

Il se remarie une troisième fois, le 22 juin 1559, avec Élisabeth de France, fille d'Henri II et de Catherine de Médicis, à la suite du traité du Cateau-Cambrésis entre l'Espagne et la France. C'est durant les festivités de ce mariage que meurt tragiquement Henri II.

Élisabeth devient reine d'Espagne et met au monde deux enfants :

Philippe II se remarie pour la quatrième fois en 1570 avec sa nièce, l'archiduchesse Anne d'Autriche (1549-1580) avec qui il a cinq enfants :

  • Ferdinand (1571-1578), prince des Asturies ;
  • Charles (1573-1575) ;
  • Diego Félix (1575-1582), prince des Asturies ;
  • Philippe (1578-1621), prince des Asturies (succédera à son père) ;
  • Marie (1580-1582).

À son décès en 1580, le roi restera veuf pendant dix-huit ans jusqu'à son propre décès en 1598.

Emblématique[modifier | modifier le code]

En raison de sa grande longévité, Philippe II a utilisé une emblématique qui évolue dans le temps. Dans sa jeunesse, et notamment lors du voyage flamand, il utilise deux grands thèmes emblématiques qui le construisent en doublet de son père, l'Empereur : la figure herculéenne et celle du roi Salomon. La seconde perdure tout au long de son règne et est notamment utilisée dans la conception de l'Escurial. Cette image en fait, comme Salomon pour David, le fils pacifique et juste du preux et guerrier Charles-Quint. L'emblématique bourguignonne conserve une certaine place, étant notamment employée dans la décoration des galères de l'expédition de Lépante. Les devises les plus célèbres qu'on lui connaît sont les suivantes :

  • un soleil levant associé à la phrase jam illustrabit omnia (bientôt, il éclairera tout)
  • un Hercule enlevant à Atlas le poids du monde, avec le mot Ut quiescat Atlas (pour qu'Atlas puisse se reposer)
  • un temple avec les mots nec spe, nec metu (sans espoir de récompense ni sans crainte).

Comme jeune prince, il a porté le grand écartelé utilisé par son père et son grand-père comme rois des Espagnes. On les retrouve par exemple dans la dédicace de l'Arte de navegar, de Pedro de Medina. À la fin des années 1540, cependant, il simplifie ces armes en utilisant la version réduite introduite par Charles-Quint pour les armes impériales, brisées d'un lambel d'argent ou d'azur. Cette décision est sans doute liée à une volonté d'identification à son père, en préparation du voyage flamand de 1548 : elles figurent sur toutes les armures de la commande qui précède ce voyage. Ce modèle au coupé dominera, dans diverses déclinaisons son règne. Lors de son mariage avec Marie Tudor en 1554, il partit ces armes, sans le lambel, avec celles de sa femme, en signe de son nouveau statut de roi consort. La mort de cette princesse quatre ans plus tard met fin à cet usage. Il retrouve alors les armes coupées qu'il portera jusqu'en 1580. Cette année, pour marquer son avènement comme roi de Portugal, il fait ajouter un écu de ce royaume au point d'honneur de ses armes, c'est-à-dire sur le parti des possessions espagnoles.

Ascendance[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  1. http://es.wikipedia.org/wiki/Anexo:Monarcas_de_Portugal
  2. Eddy de Borchgrave, « Histoire de droit public qui existèrent entre les Provinces Belges et l'Empire d'Allemagne », 1871, p. 213.
  3. Annales De Comité flamand de France, Conservatoire national des arts et métiers (France) page 223
  4. Liliane Crété, Coligny, Paris, Fayard, 1985, p. 151.
  5. Patrick Henriet (Maître de conférence d'histoire médiévale à l'Université Paris IV Sorbonne) in Histoire de la papauté, sous la direction d'Yves-Marie Hilaire, « Le contrôle du monde chrétien », coll. Histoire, Points Seuil, 2003, p. 225-226

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Emile de Borchgrave, Histoire de droit public qui existèrent entre les Provinces Belges et l'Empire d'Allemagne,‎ 1871, 422 p. (lire en ligne).
  • David Loth (aussi connu sous le nom de David Goldsmith Loth), Philippe II, Paris, Payot, collection « Bibliothèque historique », 1933. 348 p. Réédition en collection de poche, sous le même titre, Paris, Payot, 1981. 343 p. ISBN 2-228-70430-X
  • Ludwig Pfandl, Philippe II : 1527-1598, une époque, un homme, un roi, Hachette, Paris, 1942, 542 p. Traduit de l'allemand par M. E. Lepointe. Réédition en 1981, sous le titre Philippe II d'Espagne, Tallandier, collection « Figures de proue », Paris, 1981. 621 p. + 16 p. d'illustrations. ISBN 2-235-01077-6
  • Fernand Braudel, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II, 1949. Dernière réédition en 1993, LGF-Livre de Poche, collection « Livre de Poche », 3 tomes.
  • Orestes Ferrara, Philippe II, Paris, Albin Michel, 1961. 451 p. Traduit de l'espagnol par Francis de Momiandre et André-Daniel Tolédano.
  • Ivan Cloulas, Philippe II, Paris, Fayard, 1992. 706 p. + 16 p. d'illustrations. ISBN 2-213-02842-7
  • Ignasi Fernández Terricabras, Philippe II et la Contre-Réforme. L'église espagnole à l'heure du concile de Trente, Publisud, 1994.
  • Raphaël Carrasco et Alain Milhou (s.d.), La « Monarchie catholique » de Philippe II et les Espagnols, Paris, Éditions du Temps, 1998.
  • Joseph Pérez, L'Espagne de Philippe II, Paris, Fayard, 1999.
  • Anne Molinié et Jean-Paul Duviols (s.d.), Philippe II et l'Espagne, Paris, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, collection Iberica, 2000.
  • Sylvène Édouard, L'Empire imaginaire de Philippe II. Pouvoir des images et discours du pouvoir sous les Habsbourg d'Espagne au XVIe siècle, Paris, Honoré Champion, 2005. 416 p.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Annexe[modifier | modifier le code]