Philippe Baumard

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Philippe Baumard est professeur des universités, chercheur au sein de la chaire Innovation & Régulation des services numériques de l'École polytechnique[1]. Agrégé des facultés de l'université Paul Cézanne (Aix-Marseille III), notamment à l'Institut de management public et de gouvernance territoriale (IMPGT). Ses thèmes de recherche sont la coopétition, l'apprentissage en situations adverses[2], la connaissance tacite, l'innovation et les façades organisationnelles[3], l'échec et le désapprentissage au cours de crises organisationnelles. Il a été professeur visitant à la Haas School of Business, université de Californie à Berkeley, de 2004 à 2007, puis visiting professor à l'université Stanford (2008-2010). Il est conseiller à la recherche du groupe ESLSCA et président du conseil scientifique du conseil supérieur de la formation et la recherche stratégiques[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

Ancien enfant de troupes (AET), ancien élève des lycées militaires de Saint-Cyr-l'École et d'Aix-en-Provence, il débute ses études en sciences économiques à l'université d'Aix-Marseille II, où il est l'élève de Bernard Rosier. Son mémoire d'études de 1989 analyse le parallélisme entre la montée de l'intermédiation électronique (mise en réseaux de la société) avec le panoptique de Jeremy Bentham. Il y décrit la croissance d'un phénomène "néopanoptique" dans les sociétés contemporaines, où la fonction de dissociation entre le couple « voir » et « être vu », chère à Michel Foucault est entretenue par des technologies de l'information synchrones et asynchrones. Cette première recherche fait l'objet d'une publication sous le titre de Stratégie et surveillance des environnements concurrentiels aux Éditions Masson en 1991[5].

Il rejoint l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), où, sous la direction du directeur d’études Patrick Fridenson, il fait un DEA sur l'histoire de la recherche d'information minière de Pechiney en Guinée[6]. Durant ses études en recherche historique, il se lie d'amitié avec le professeur Steven Dedijer à l'Université de Lund. Il travaille dans le cadre d'une thèse de doctorat à l'étude des logiques d'échec, de défaillance et de crises, et il étudie le rôle joué par les défauts de connaissance dans ses dernières[7]. Il obtient en 1991 la Bourse Paris-Oxford, attribuée par les chanceliers des universités de Paris et d'Oxford, et entame un travail de recherche qui le conduira au Nuffield College (Oxford), à l'université technologique de Sydney (Australie) et l'université de New York pour étudier les dynamiques de la connaissance tacite en situations de crises[8]. Il rencontre à New York le professeur William H. Starbuck (en), dont il devient l'assistant de recherche et avec lequel il débutera une longue collaboration intellectuelle. Invité par W. Schwartau à publier dans le premier ouvrage collectif américain sur la « guerre de l'information » en 1994, il écrit une critique argumentée sur l'incapacité d'une approche infrastructurelle à produire une connaissance utile et prédit que les erreurs du passé en matière de défaillance de renseignement se reproduiront selon cette même logique. Publié en 1994, cet article est adopté par la National Defense University (en) pour ses enseignements d’information warfare dès sa publication.

En 1996, il décrit la prospective non pas comme une technique prévisionniste mais comme un travail de transformation et d'investigation de la connaissance humaine. On y retrouve les concepts chers à l'école du "self-designing" (l'auto-conception) et un plaidoyer pour la malléabilité cognitive des individus et des systèmes, rejetant ainsi la conception traditionnelle d'étude systémique des avenirs possibles. La dialectique entre défaillance de la cognition humaine et systèmes techniques se retrouve également dans l'ouvrage publié avec le Colonel Jean-André Benvenuti qui développe une analyse critique du rôle des systèmes d'information dans la compétitivité des organisations, et consacre une large part à l'étude de leurs défaillances. L'ouvrage qu'il publie sur l'analyse stratégique critique également la notion de plans et de formalisme pour lui préférer la notion de mouvements stratégiques et de développement d'une pensée stratégique malléable et aiguisée. Cette provocation est exacerbée dans le travail collectif réalisé à l'Université de Stockholm avec le Professeur Bo Hedberg sur les "organisations imaginaires". Les deux chercheurs y envisagent la naissance d'organisations artificielles, substituant les ressources fonctionnelles par des technologies agents et des systèmes communicants. Enrôlant une quinzaine de jeunes chercheurs suédois sur des recherches empiriques entre 1994 et 2000, Baumard, Hedberg et Yakhlef ont consacré cette étude à montrer la possibilité et l'existence de telles organisations. Le fruit de leur collaboration a été publié au sein d'un ouvrage intitulé "Managing Imaginary Organizations"[9] aux Editions Pergamon Press en 2002. Avec William H. Starbuck, il publie en 2005 dans "Longe Range Planning" un article provocateur où les deux auteurs dissèquent les raisons pour lesquelles les organisations humaines n'apprennent ni des petits ni des grands échecs[10].

Écrits[modifier | modifier le code]

  • Le vide stratégique, Paris: CNRS Éditions, janvier 2012.
  • (en) Bo Hedberg, Philippe Baumard et Ali Yakhlef, Managing imaginary organizations: a new perspective on business, Oxford, UK, Pergamon,‎ 2002 (1re éd. 2002) (lien OCLC?, lire en ligne).
  • "Analyse stratégique: mouvements, signaux concurrentiels et interdépendance", Paris: Dunod, 2001.
  • (en) Tacit Knowledge in Organizations, Londres: Sage, juin 1999.
  • Compétitivité et systèmes d’information, avec Colonel J.A. Benvenuti, Paris: InterEditions, 1998.
  • Organisations déconcertées. La gestion stratégique de la connaissance, Paris: Masson, mars 1996.
  • Prospective à l’usage des managers, Paris: Litec, Collection « Les Essentiels de Gestion », Paris: Litec, 1996.
  • Philippe Baumard, Stratégie et surveillance des environnements concurrentiels, Paris, France, Masson,‎ 1991 (1re éd. 1991) (lien OCLC?, lire en ligne) 192 pages.
  • (en) Can Organizations Really Unlean?, avec E. Turc in: Ron Day & Claire McInerney (Eds), Rethinking KM: From Knowledge Management to Knowledge Processes. Dordrecht, The Netherlands, 2006.
  • (en) avec W.H. Starbuck (2005, juin), « Learning From Failures: Why It May Not Happen », "Long Range Planning", 38, pp. 281-298.
  • (en) « From Information Warfare to Knowledge Warfare: Preparing for the Paradigm Shift », in Col. Alan D. Campen, USAF, Douglas H. Dearth and R. Thomas Goodden (Eds.), Cyberwar: Security, Strategy and Conflict in the Information Age, Fairfax, Virginia: Armed Forces Communications and Electronics Association (AFCEA). Précédemment publié dans W. Schwartau (Ed.) (1994), Information warfare, New York : Thunder’s Mouth Press, p. 611-626

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. site du Centre en Recherche en Gestion de l'École Polytechnique.
  2. [cf. [PDF]"Learning Strategies in Coopetitive Environments", 2008.
  3. E. Abrahamson & P. Baumard (2008), "What Lies Behind Organizational Façades and How Organizational Façades Lie: An Untold Story of Organizational Decision Making", in: G. Hodgkinson, W.H. Starbuck (Eds), The Oxford Handbook of Organizational Decision Making, Oxford University PressEric Abrahamson et Philippe Baumard, What Lies Behind Organizational Façades and How Organizational Façades Lie: An Untold Story of Organizational Decision Making,‎ mars 2008 (lien DOI?).
  4. High Council for Strategic Education & Research page.
  5. Philippe Baumard, Stratégie et surveillance des environnements concurrentiels, Paris, France, Masson,‎ 1991 (1re éd. 1991) (lien OCLC?, lire en ligne)
  6. Titré Pechiney, un demi-siècle d'intelligences, 1940-1990 ; cf. la banque de données de l'Institut pour l'Histoire de l'Aluminium.
  7. Baumard P. (1999), Tacit Knowledge in Organizations, London : Sage Publications
  8. Baumard P. (1996), “Organizations in the Fog: An Investigation into the Dynamics of Knowledge”, pp. 74-91 in: B. Moingeon, A. Edmondson (Eds.), Organizational Learning and Competitive Advantage, London: Sage Publications.
  9. (en) Bo Hedberg, Philippe Baumard et Ali Yakhlef, Managing imaginary organizations: a new perspective on business, Oxford, UK, Pergamon,‎ 2002 (1re éd. 2002) (lien OCLC?, lire en ligne)
  10. [PDF] See UK Advanced Institute of Management Research Executive Briefing
  11. Patent number: 7251640, Filing date: Sep 14, 2004, Issue date: Jul 31, 2007 [1]