Phénomène Tanguy

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Le phénomène Tanguy désigne un phénomène social selon lequel les jeunes adultes tardent à se séparer du domicile familial ou y reviennent après l’avoir précédemment quitté. Cette dénomination vient du film Tanguy, d'Étienne Chatiliez, dont le personnage éponyme s'enferme dans ce type de situation. Une nouvelle expression est ainsi apparue pour désigner la classe d'âge de ces jeunes gens : la génération Tanguy.

Le phénomène Tanguy autour du monde[modifier | modifier le code]

Au Japon, le terme célibataire parasite est utilisé pour définir les adultes célibataires restant chez leurs parents pour profiter du confort et de l’hospitalité de ceux-ci.

Dans les pays anglo-saxons, le terme Boomerang Generation est utilisé pour décrire l'habitude de la génération des jeunes adultes actuelle (boomerang babies) de quitter leurs parents, puis de revenir au domicile familial [1], parfois à plusieurs reprises - à l'instar du boomerang qui revient toujours à son point de départ.

En ce qui concerne le Canada, le phénomène Tanguy, qui se rapproche des célibataires parasites, est apparu dans la société vers le début des années 1980, en pleine période de récession économique.

Les Tanguy au Canada[modifier | modifier le code]

Le phénomène Tanguy est le résultat d’un changement dans la structure sociale du pays. Au Canada, comme l’explique François Louis-Seize, le mariage est de plus en plus reporté, les enfants quittent la maison beaucoup plus tard et rallongent la durée de leurs études[2]. Ces comportements, basés sur des valeurs plus modernes, reflètent une des conséquences de ce bouleversement structural. En effet, les jeunes adultes s’incrustent plus longtemps pour tirer avantage du confort et de la sécurité, autant physique et financière que le domaine familial leur procure.

C’est vers le début des années 1980 qu’est identifié le commencement de ce phénomène au Canada. La génération des Baby boomers est entrée en masse sur le marché du travail, ne laissant pas beaucoup de place pour une nouvelle main d’œuvre. Les jeunes adultes, pour une grande partie, continuent donc leurs études plus longtemps, dans le but d’obtenir un poste éventuel, ou attendent une opportunité de travail. Dans les deux cas, ils demeurent généralement, pendant ce temps, chez leurs parents. Malgré leur statut, ces adultes ont des projets et ne comptent pas rester indéfiniment dans la maison des parents. Il existe cependant une seconde catégorie de Tanguy. Ces derniers n’ont pas atteint une pleine autonomie, ils dépendent encore, en plus d’un hébergement, de l’argent des parents, parfois même de la voiture. Ils n’ont généralement pas d’emploi ou ne travaillent qu’une quinzaine d’heures par semaine, pour se payer des sorties. Au contraire du premier type de Tanguy, ces derniers n’ont pas de projets à court ou à long terme. Ils ne quitteront donc pas la maison avant longtemps.

Les chiffres s’accentuent avec les années, selon Statistiques Canada, atteignant les 43,5 % d’un total de quatre millions de jeunes adultes canadiens âgés de 20 à 29 ans, vivant toujours chez leurs parents, en 2006[3]. Même si ce phénomène touche une plus grande partie de garçons que de filles, ces dernières ne restent exclues des faits ; depuis 1981 à 2001, le pourcentage des filles âgées de 25 à 29 ans qui restaient encore chez leurs parents est passé de 8 % à 19 %, plus du double[4].

Les causes[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs causes associées à la montée ou à la naissance du phénomène Tanguy. La taille de la famille, la situation familiale, la géographie, le travail ou la religion peuvent tous avoir des effets sur la décision du jeune adulte de rester ou non dans la maison de ses parents. Cependant, au Canada, les Tanguy résultent surtout de deux causes spécifiques.

Babyboom[modifier | modifier le code]

À la suite de la Seconde Guerre mondiale, le Canada est entré dans un boum économique qui s’est reflété par un boum démographique. Ce grand nombre d’individus s’est rapidement accaparé le monopole du travail, rendant difficile pour les générations suivantes l’accès à un emploi. Pour obtenir un poste bien payé, il était donc primordial pour les successeurs des baby boomers d’effectuer des études supérieures, en vue d’un travail spécialisé. Ceci explique en partie l’apparition du phénomène Tanguy, puisque les jeunes adultes poursuivent leurs études en demeurant, pour une période indéterminée, chez leurs parents.

Économie[modifier | modifier le code]

John Anderson, directeur de la recherche au Conseil canadien du développement social, s’est penché sur la hausse du nombre de ces jeunes adultes dépendant de la maison familiale. Ainsi, comme plusieurs experts s’entendent pour le dire, il existe une cause économique à cette situation sociale et Anderson en fait mention : « Il est beaucoup plus difficile pour les jeunes de trouver un emploi qui paie bien. Une personne qui a un emploi au salaire minimum peut difficilement se payer un logement, à moins de le partager avec trois ou quatre colocataires[5]. » Les cycles économiques expliquent donc une part importante dans cette hausse marquée des Tanguy.

Les conséquences[modifier | modifier le code]

Ce séjour prolongé dans la résidence familiale amène certains impacts positifs et négatifs pour la vie du Tanguy comme pour celle de ses parents.

Pour le Tanguy[modifier | modifier le code]

Le fait d'être entretenu par les parents alors qu'on est en mesure de subvenir à ses besoins est très mal vu par les recruteurs, qui n'hésitent pas à écarter d'office les candidatures émanant de telles personnes (beaucoup de recruteurs vérifient si le candidat a une adresse indépendante).

En outre, le Tanguy s'expose à l'article 851 du Code Civil qui stipule que tout avantage en nature ou en espèce qui sort du cadre de l'obligation alimentaire constitue une donation soumise à déclaration et à impôt (elle doit être rapportée à la succession). S'agissant d'un revenu imposable, le calcul du RSA en est directement affecté. De nombreux conseils généraux (celui des Hautes-Pyrénées entre autres) pratiquent un abattement d'office d'environ 320 euros mensuels sur le RSA versé à une personne vivant chez ses parents.

Un candidat d'extrême-droite (information à confirmer) a proposé que « toute personne en âge de travailler et vivant chez ses parents doit être considérée comme mineure. Elle ne peut pas voter ni souscrire un emprunt ni être titularisée dans la fonction publique ni bénéficier des dispositifs d'aide sociale. Ce statut de « ressortissant » et non de citoyen ne cesse que lorsque la personne a un logement indépendant ».

Pour les parents[modifier | modifier le code]

Comme l’effet Tanguy est un phénomène plutôt récent, il ne fait pas partie des valeurs de la plupart des individus et cela peut apporter des conséquences psychologiques pour le parent. Il est fréquent de voir les parents se culpabiliser de la situation ou d’en avoir honte. Même s’ils ne peuvent être totalement blâmés de la situation, le phénomène Tanguy touche majoritairement les familles à revenus respectables. Le confort financier ainsi que l’incapacité des parents à refuser cette situation peuvent encourager leurs enfants à rester[6]. Économiquement parlant, il coûte cher aux parents de garder leur enfant plus longtemps à la maison. Le simple fait de nourrir un adulte pendant une semaine peut engendrer de grandes dépenses[7]. De plus, c’est rarement la seule dépense dont doivent s’acquitter les parents dans une telle situation.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. voir aussi COHEN, Roger: « La "génération boomerang" »
  2. LALONDE, Denis, L'effet Tanguy se propage au Canada, adresse: http://www.lesaffaires.com/article/0/economie/2008-04-29/476955/leffet-tanguy-se-propage-au-canada.fr.html, page consultée le 6 mai 2009.
  3. Ibid.
  4. THÉBERGE, Sylvain, Ces enfants qui ne partent pas Guide ressources, Vol. 20, no. 7, mars 2005, p.54-57.
  5. DUCAS, Isabelle, Ces Tanguy qui ne décollent pas, Affaires plus, Vol. 26, no. 2, février 2003, p.44-48.
  6. CROTEAU, Isabelle, Le phénomène des « Tanguy », L'Œil Régional, 5 juillet 2008, section divers.
  7. MCKENZIE, Ronald, Quand nos grands enfants restent à la maison..., adresse: http://www.lebelage.ca/sante_et_mieux_etre/mieux_etre/quand_nos_grands_enfants_restent_a_la_maison-complet.php, page consultée le 5 mai 2009.

Voir aussi[modifier | modifier le code]