Peuple isolé

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Carte montrant les pays où se trouvent des peuples isolés.

Un peuple isolé, est un peuple qui vit en autarcie, sans échange d'aucune sorte avec d'autres peuples, d'autres civilisations, et - depuis son déploiement - avec la civilisation moderne. Des raisons historiques, voire environnementales (relief accidenté, montagneux, hostile ; difficulté de se déplacer dans la forêt primaire par exemple) sont des facteurs favorables à l'isolement, mais s'y ajoute généralement une volonté collective de préservation d'un mode de vie ou des coutumes.

La prise de contact est extrêmement difficile, voire dangereuse pour ceux qui la recherchent, mais aussi pour les individus du peuple en question qui peuvent n'avoir développé aucune immunité contre les germes pathogènes des explorateurs ou visiteurs.

Situation en ce début de XXIème siècle[modifier | modifier le code]

Au 21e siècle, la plupart des peuples isolés connus, car au moins entr'aperçus, se trouvent dans des zones densément boisées : en Amérique du Sud, dans la forêt amazonienne, et dans l'île de Nouvelle-Guinée, peuplée par les Papous, partagée entre les États d'Indonésie et de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Entre autres peuples humains particulièrement isolés, en terme sociologique, on compte les peuples andamanais des îles Andaman de l'océan Indien, qui sont aussi par ailleurs considérés comme des isolats génétiques.

L'Amazonie brésilienne abrite le plus grand nombre de tribus isolées au monde. Selon une étude de 2010 publiée par le Journal de la société des Américanistes, la Fondation des Affaires indigènes du Brésil (Funai) estime que de 600 à 1 000 Indiens isolés vivent dans l’État d’Acre, soit 77 groupes allant de cinq à une centaine d'individus. Les membres de ces tribus vivent dans des maisons communes. Ils se nourrissent de ce qu'ils chassent et ramassent, y compris d'oiseaux de la forêt, d'animaux, de poissons, de fruits et de noix.

Dans le monde, une centaine de peuples autochtones vivent actuellement dans l'isolement ou n'ont que des contacts sporadiques avec les communautés environnantes. Ils habitent les régions les plus inaccessibles de la forêt amazonienne et la forêt du Chaco au Paraguay. La majorité de ces peuples autochtones vivent dans la région amazonienne du Brésil, le Pérou et la Bolivie. Il ya aussi des peuples autochtones isolés en Équateur et en Colombie et un seul peuple, le Ayoreo, vivant au Paraguay. Au Venezuela, certains groupes n’ont que des contacts sporadiques avec la société environnante.

Ces peuples qui ont leur propre langage, leurs coutumes et leur culture, sont les plus vulnérables de la planète. Comme nos ancêtres préhistoriques, beaucoup sont nomades et vivent de chasse, de pêche et de cueillette, mais certains ont planté des cultures autour de leurs campements temporaires. Ils ont souvent parfois vu leurs proches mourir d'épidémies ou victimes de massacres perpétrés par leurs envahisseurs.

Pourquoi ces peuples s’isolent-ils ?[modifier | modifier le code]

Leur volonté de ne pas établir de contact - des groupes ont déjà été vus en train de viser avec des arcs et des flèches les avions s'approchant - avec les autres sociétés, y compris les autres tribus, résulte de rapports antérieurs désastreux avec le monde extérieur : invasion continue de leurs territoires et destruction de leur environnement forestier en tête, selon l'ONG Survival[1], qui œuvre pour la protection des tribus isolées. C’est en se cachant dans la forêt qu'ils ont pu échapper aux patrons du caoutchouc, les seringueiros et [aux] autres colonisateurs qui arrivèrent dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Il est probable que leurs ancêtres n’avaient jamais eu de contacts avec ces envahisseurs. Plusieurs groupes disparurent à cette époque ».

La plupart des peuples indigènes isolés qu’on dit “non-contactés” sont les survivants, ou les descendants de survivants d’actes génocidaires subis dans le passé. Leur refus du contact avec le monde extérieur résulte d’un instinct de conservation face aux violences et aux épidémies dont leur groupe a été victime, ancrées dans leur mémoire collective.

Ainsi beaucoup d’Indiens d’Amazonie occidentale sont les descendants des rares survivants du boom du caoutchouc qui eut pour conséquence, à la fin du XIXe siècle, l’extermination de 90% de la population indigène, en raison des mauvais traitements et de l’esclavage pour récolter le caoutchouc. D’autres Indiens sont les survivants de massacres plus récents, comme les Cinta Larga qui ont été victimes des patrons brésiliens du caoutchouc entre les années 1920 et 1960, avec leurs villages dynamités depuis le ciel.

Quelles sont les menaces qui pèsent sur les peuples isolés ?[modifier | modifier le code]

Les tribus isolées sont les peuples les plus vulnérables de la planète. Une panoplie de forces puissantes joue contre elles. En voici quelques exemples :

  • Les éleveurs de bétail

De tous les peuples indigènes anéantis pour s'être trouvés sur la route du "progrès", peu ont connu un destin aussi tragique que les Akuntsu. Lorsque les agents du Funai les ont contactés en 1995, ils ont découvert que les éleveurs de bétail qui avaient fait main basse sur les terres de ces Indiens avaient massacré presque tous les membres de la tribu et détruit leurs habitations au bulldozer pour camoufler le massacre. Seuls six Akuntsu ont survécu.

  • Les maladies

Les maladies exogènes représentent la première cause de décès pour les tribus isolées qui n’ont pas développé de défenses immunitaires contre les virus de la grippe, de la rougeole ou de la varicelle comme l'ont fait la plupart des autres sociétés qui sont en contact avec le monde extérieur depuis des centaines d'années. Au Pérou, plus de la moitié de la tribu récemment contactée des Nahua a été anéantie suite à l'exploration pétrolière de ses terres au début des années 1980. Le même sort a touché les Murunahua au milieu des années 1990 après un contact imposé par des bûcherons qui abattaient illégalement les acajous. L'un des survivants de la tribu a raconté à un enquêteur de Survival que "la maladie est apparue lorsque les bûcherons ont pris contact avec nous alors que nous ne savions pas ce qu'était un rhume. La maladie nous a tués. La moitié des nôtres sont morts. Ma tante est morte, mon neveu est mort. La moitié de mon peuple est mort."

  • Les missionnaires

Depuis une demi millénaire, les missionnaires chrétiens sont à l’origine des contacts établis avec les tribus. Nombre d'entre eux pensent que ces peuples "primitifs" mènent une existence misérable "dans l'obscurité", et leur but est de les convertir au christianisme. Des membres de la New Tribes Mission, une organisation missionnaire basée aux États-Unis, ont entrepris une mission clandestine visant à entrer en contact avec les Zo'é du Brésil afin de les convertir au christianisme. Entre 1982 et 1985, ces missionnaires ont survolé les villages zo'é en lançant des cadeaux, puis ils ont bâti un poste missionnaire à quelques jours de marche seulement des villages. À la suite au premier vrai contact établi en 1987, 45 Zo'é sont morts d'épidémies de grippe, de paludisme et de maladies respiratoires transmises par le contact avec les missionnaires. De plus, la politique de sédentarisation des Zo’é autour de la mission a conduit à un manque de gibier et les Zo'é ont cessé d'être auto suffisants, dépendant de plus en plus étroitement des missionnaires, lesquels ont finalement été expulsé en 1991.

  • Les colons

Les Awá qui sont l'une des dernières tribus de chasseurs-cueilleurs nomades du Brésil, vivent dans la région déjà saccagée de l'Amazonie orientale et sont aujourd'hui encerclés par de vastes entreprises agro-industrielles, des ranches de bétail et des colonies de peuplement qui détruisent leur terre et leur mode de vie : « Depuis des années nous fuyons le long des cours d'eau avec les Blancs à nos trousses qui déboisent toute notre forêt ». Un nombre inconnu d'Indiens Ayoreo vivent isolés dans le Chaco paraguayen, vaste forêt broussailleuse du sud du bassin amazonien, aujourd’hui presque disparue, qu'ils considéraient comme leur territoire. Des propriétaires terriens ont acheté leur forêt et l’ont déboisée au bulldozer violant ainsi les lois nationales et internationales.

Les régions habitées par les peuples isolés sont envahies illégalement par des bûcherons. La situation est particulièrement préoccupante au Pérou où les régions habitées par des Indiens non contactés abritent les derniers massifs d'acajou encore commercialement exploitables. Les Murunahua ont été décimés suite au contact avec des bûcherons et le même sort attend les Mashco-Piro. "Les bûcheronss sont arrivés et ont chassé les Mascho-Piro plus haut en amont de la rivière enn direction des sources". Comme les Mashco-Piro, treize autres peuples de la jungle péruvienne vivent coupés du monde depuis le début du XXe siècle. "Au moment du boom du caoutchouc, les hommes se sont mal comportés vis-à-vis des indigènes. Beaucoup sont morts et certains ont fui dans la forêt".

Des industries extractives empiètent sur les territoires des peuples isolés. Certains gisements de pétrole et de gaz les plus prometteurs du monde se trouvent en profondeur dans les forêts tropicales, là où ces peuples isolés vivent. L'extraction de ressources naturelles se traduit par de vastes clairières en forêt, des fouilles, des explosions, des constructions de sites d'atterrissage d’hélicoptères de pipelines et de champs de pétrole. Inévitablement, l'Amazonie est endommagé et pollué par l'extraction de ressources naturelles. Du mercure provenant de l'extraction de l'or est lavé dans les affluents du fleuve Amazone contaminant ainsi l'une des réserves mondiales d'eau douce la plus importante. Lorsque les industries ont pris ce qu'elles veulent, les peuples autochtones sont laissés à la contamination et aux dommages environnementaux de leurs terres et de la faune dont ils dépendent pour leur subsistance.

  • Les routes

En 1970, le peuple Panará du Brésil comptait entre 350 et 400 membres et vivait dans cinq villages entourés de vastes jardins. Une grande route a été tracée au bulldozer à travers leurs terres au début des années 1970, avec des conséquences désastreuses. Des vagues d'épidémies s'en sont suivies, ravageant la tribu Panará et causant la mort de 186 d'entre eux. Il ne resta bientôt plus que 69 Panará. Plus du 80% des membres du groupe avaient été tués en 8 ans à peine.

La tribu Jarawa[2] des îles Andaman a vu son territoire coupé en deux par une route. C’est maintenant l’artère principale de l'archipel, qui non seulement voit passer un flux de colons se déplaçant en bus et en taxi mais qui constitue également une voie de pénétration pour les touristes aussi bien que pour les braconniers opérant sur la réserve des Jarawa. À la suite d'une longue bataille juridique, la Cour suprême indienne a ordonné - en vain - au gouvernement de fermer la route, jugeant que sa construction avait été illégale et qu'elle mettait en danger la vie des Jarawa.

  • L'énergie verte pour le monde occidental

La forêt amazonienne est sacrifiée pour produire l'énergie verte pour le monde occidental. De grandes parties de la forêt amazonienne sont défrichées pour la production d'huile de palme et de soja pour alimenter les voitures et les centrales électriques d’Europe et d’Amérique du Nord. Par ailleurs la construction de barrages hydroélectriques conduit à la perte de forêt tropicale par les inondations des lacs de retenue. Les barrages détruisent les habitats de la faune aquatique déplaçant les peuples indigènes isolés de leurs terres et endommageant leur environnement.

  • La consanguinité

La consanguinité est définie comme étant le résultat d’une reproduction sexuée entre deux individus apparentés, c’est-à-dire ayant un ou plusieurs ancêtres communs. Pour un descendant donné, elle est d’autant plus importante que le lien de parenté entre les géniteurs est étroit. Ce concept d'abord empirique et approximatif a été précisé par la génétique avec la découverte des supports matériels de l'hérédité. L' endogamie géographique obligatoire d'un peuple isolé de faible effectif ne favorise pas le brassage génétique et la variation aléatoire des fréquences alléliques d'une génération à l'autre, appelée dérive génétique et qui est un des moteurs de la spéciation. La formation d'une nouvelle population à partir d'un faible nombre d'individus a pour effet d'augmenter la consanguinité dans la population et augmente le pourcentage d'homozygotie, ce qui la fragilise. Ce phénomène a bien été étudié dans le règne animal chez les lions et guépards du cratère Ngorongoro en Tanzanie.

Le peuple le plus isolé du monde ?[modifier | modifier le code]

Lors du tsunami de décembre 2004, la survie des tribus indigènes des îles Andaman demeura un mystère. En particulier, il semblait inconcevable que les insulaires de Sentinelle aient pu survivre dans leur île située sur le passage du tsunami. Lorsqu’un hélicoptère survola l’île, un Sentinele se précipita sur la plage, intimant de son doigt pointé au pilote un message clair : « Nous ne voulons pas de vous ici ». Les Sentinele étaient les seuls parmi les millions de personnes affectées par le désastre à n’avoir besoin d’aide de quiconque. Ils avaient survécu en suivant le mouvement des oiseaux et en se réfugiant dans les hauteurs de l’île, dès que la mer s’est retiré en prélude au tsunami.

Les Sentinelle qui ne sont plus qu’environ 200, pense t’on, sont les descendants de la première population humaine à avoir quitté l’Afrique et vivent dans les îles Andaman depuis probablement 60 000 ans. Le fait que leur langue soit si différente de celles des autres habitants des îles Andaman suggère qu’ils n’ont pas établi de contact avec d’autres peuples depuis des milliers d’années.

Ils sont souvent décrits comme des hommes de l’« âge de pierre », mais sont capables de fabriquer des outils et des armes en métal récupéré sur les épaves de bateaux échoués sur les récifs de leur île.

Ils sont visiblement en bonne santé, alertes et vigoureux, contrastant fortement avec les deux autres peuples Andaman ayant été au contact de la civilisation occidentale, les Onge et les Grands Andamanais (dont la population est passée d’environ 5 000 lors de la conquête britannique de l’Inde à 53 de nos jours) dont un grand nombre a été exterminé et qui sont largement dépendants des aides de l’État pour assurer leur survie.

Les Sentinele continuent de rejeter tout contact avec l’extérieur et tirent des flèches sur quiconque s’approche de leur île.

Les Tasadays : peuple isolé ou canular scientifique ?[modifier | modifier le code]

En 1971, la "découverte" des 26 membres du peuple isolé des Tasaday présentés comme les survivants d'un peuple autochtone et isolé de l'île de Mindanao de l'archipel des Philippines, a attiré l'attention des médias (couverture du National Geographic, documentaire télévisé sur NBC, etc.). Ils furent décrits comme vivant avec un niveau technologique proche de celui de l'Âge de la pierre et comme ayant été complètement isolés du reste de la société philippine. L'instauration de la loi martiale aux Philippines en 1974 arrêta les recherches jusqu'en 1986, date de la chute du dictateur Ferdinand Marcos. Aucune trace de ce peuple ne fut alors retrouvée. Pour la plupart des scientifiques, l'existence des Tasaday est considérée comme un canular scientifique[3].

Quelle législation pour les peuples isolés ?[modifier | modifier le code]

  • La Convention 169 de l’Organisation internationale du travail relative aux peuples indigènes et tribaux [4]dans les pays indépendants a été adoptée en 1989 par l’Organisation internationale du travail, une agence des Nations unies. Il s’agit d’un instrument international légalement contraignant ouvert à ratification, qui traite spécifiquement des droits des peuples indigènes et tribaux. La convention reconnaît un ensemble de droits fondamentaux essentiels à la survie des peuples indigènes, notamment leurs droits à la terre et à disposer d’eux-mêmes. C’est à ce jour le seul instrument contraignant de protection des droits des peuples indigènes. En ratifiant cette Convention, les Etats s’engagent à garantir de manière effective l’intégrité physique et spirituelle des peuples autochtones vivant sur leurs territoires et à lutter contre toute discrimination à leur égard. À ce jour, elle a été ratifiée par 20 pays, mais pas par la France (2014). Après avoir ratifié la convention, un pays dispose d’un an pour adapter sa législation, ses politiques et ses programmes à la convention avant qu’elle ne devienne légalement contraignante. Les pays qui ont ratifié la convention sont soumis à un contrôle quant à sa mise en œuvre. La convention ne définit pas qui sont les peuples indigènes et tribaux. Elle utilise une approche pratique et fournit uniquement des critères pour décrire les peuples qu’elle vise à protéger. L’auto-identification est considérée comme un critère fondamental pour l’identification des peuples indigènes et tribaux, ainsi que les critères indiqués ci-dessous.
  • Le respect de leurs droits territoriaux est de loin la meilleure garantie du bien-être des peuples isolés.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « ONG Survival », sur www.survivalfrance.org (consulté le 2/08/2014)
  2. « Les Jarawa », sur http://www.survivalfrance.org/peuples/jarawa,‎ 11/08/2014
  3. « Les scandales scientifiques », sur http://www.sciencepresse.qc.ca,‎ 8 août 2014 (consulté le 8 août 2014)
  4. « Convention n°169 », sur Organisation internationale du travail http://www.ilo.org,‎ 3/08/2014 (consulté le 3/08/2014)

Notes et bibliographie[modifier | modifier le code]