Petrus Vander Borcht

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Exemple d'un "Emblème" tiré du livre de Petrus Vander Borcht, Applausus chronographicus, Bruxelles, 1717, p. 7. On y lit les vers Quo Constantinus signo devicerat hostes // Hoc Carolus Constans auspice Caesar ovat qui rappellent : haec statuit pistor victricia signa trophæi // quo Carolus plena laude secundus ovat de la Grand-Place.
Le frère de Petrus Vander Borcht, Jean-Charles Vander Borcht (1668-1735), Conseiller et Maître Général des Monnaies, représenté dans sa Manufacture de fils d'or et d'argent rue de la Madeleine "au Chat". (gravure par Jacques Harrewyn, 1694.)

Petrus Vander Borcht (en latin Petrus à Castro) est un poète néolatin bruxellois de la fin du XVIIe siècle et du début du siècle des Lumières, à une époque où le latin vivant était encore langue de culture et de communication à travers toute l'Europe, même si le français commençait alors à le supplanter.

Biographie[modifier | modifier le code]

Petrus Vander Borcht naît à Bruxelles le 16 juillet 1676, fit sa profession le 16 octobre 1696, devint curé de Neigem en 1720 et meurt dans sa cure à Neigem[1], près de Ninove, le 6 avril 1739.

Il est le fils de Jacques Vander Borcht et de Dorothée de Witte (née en 1649, issue du lignage Sweerts, un des sept Lignages de Bruxelles), qui s'était remariée après son veuvage avec le sculpteur Pierre van Dievoet.

Il était le frère de Jean-Charles Vander Borcht, graveur, fabricant de fils d'or et d'argent et conseiller et maître général des Monnaies de Sa Majesté Impériale et Catholique, qui mit son talent de graveur dans la réalisation des très beaux livres de son poète de frère, les ornant de gravures en forme de médailles. Une belle gravure de Jacques Harrewyn datant de 1694, a conservé l'image de cette manufacture située rue de la Madeleine. Elle est d'autant plus intéressante qu'elle nous conserve une vue d'une fabrique bruxelloise d'avant le bombardement. L'on y voit Jean-Charles Vander Borcht, dans un décor de meubles massifs de style Louis XIV, s'entretenant avec un marchand.

Il était également le grand-oncle d'un autre écrivain néolatin bruxellois, l'historien Jean-Charles d'Abremes.

Il fut chanoine régulier de l'abbaye de Coudenberg à Bruxelles et curé de Neigem.

Son œuvre[modifier | modifier le code]

Petrus Vander Borcht, auquel l'empereur donna le titre envié de Poeta laureatus (titre qui avait jadis honoré des poètes éminents comme Conrad Celtes), consacra sa vie à la poésie latine et à l'élaboration d'une œuvre poétique de cour très sophistiquée et brillant par toutes sortes de finesses, telles que des chronogrammes et des allusions savantes.

Chronogrammes de la Grand-Place de Bruxelles[modifier | modifier le code]

Le fronton de la Maison de la Chaloupe d'Or, avec son distique élégiaque.
Le Theatrum Caesareum dessiné d'après nature et gravé par Jacques Harrewijn, reprenant les poèmes latins et les 46 chronogrammes de Petrus Vander Borcht, indiquant tous la date 1717 et destinés à décorer ce théâtre baroque.
Feu d'artifice d'hexamètres chronogrammes, par Petrus Vander Borcht, Applausus chronographicus, 1717, p. 12: "haeC doMUs aUstrIaCa....".

Petrus Vander Borcht est l'auteur de poèmes et chronogrammes latins qui ornent[2] plusieurs maisons de la Grand-Place de Bruxelles[3].

Ces chronogrammes sont des distiques élégiaques dont les grandes capitales indiquent l'année 1697, année de reconstruction de l'édifice après la destruction des maisons de la Grand-Place lors du bombardement de Bruxelles par les troupes françaises commandées par le maréchal de Villeroy en août 1695.

On citera ainsi :

haeC statVIt pIstor VICtrICIa sIgna trophæI
qVo CaroLVs pLena LaVDe seCVnDVs oVat
Le boulanger a dressé ici les drapeaux victorieux du trophée
Par lequel Charles, en pleine gloire, triomphe, irrésistible[4].
qUas fUror hostILIs sUbVerterat IgnIbUs æDes
sartor restaUrat præsIDIbUsqUe DICat
Le tailleur restaure la maison qu'une fureur hostile avait anéantie par les flammes
Et il la dédie aux magistrats (de la cité)

On notera que son beau-père, le sculpteur et architecte Pierre van Dievoet, érigea la Maison du Heaume sur cette même Grand-Place, et en décora plusieurs autres.

Poèmes et chronogrammes ornant le Theatrum Caesareum[modifier | modifier le code]

Le 11 octobre 1717, Charles VI se fit inaugurer à Bruxelles comme duc de Brabant (en se faisant remplacer par le marquis de Prié). À cette occasion, un somptueux théâtre baroque à colonnades appelé « Theatrum Caesareum » (Théâtre Impérial) fut édifié dans les bailles de la cour pour le déroulement de cette cérémonie solennelle. On fit appel à Petrus Vander Borcht pour orner cet édifice provisoire de chronogrammes et de poèmes latins. Toutefois, vu l’exiguité du temps, seuls quelques chronogrammes purent y être placés[5].

Le graveur Jacques Harrewijn nous a transmis l’image de ce théâtre baroque et de cet instant de solennité éphémère dans une belle gravure où il a également retranscrit en marge les chronogrammes et les poésies latines de Petrus Vander Borcht non installées et qui furent reprises ensuite également dans son livre Applausus chronographicus.

Recueils de poésies et de chronogrammes latins[modifier | modifier le code]

  • 1717: En 1717, il avait publié chez Joseph t'Serstevens un recueil d'applaudissements pour l'inauguration de l'empereur Charles VI, Invictissimo Gloriosissimo, Potentissimoque, Romanorum Imperatori Carolo Sexto et Regi Hispaniae III. Duci Brabantiae IV. 11. octobris 1717. inaugurato Bruxellis. Applausus chronographicus Bruxellis, apud Josephum t'Serstevens, bibliopolam propè Templum D. Joannis.
  • 1725: Le recueil de poésies et de chronogrammes latins publié chez Eugène-Henri Fricx à Bruxelles en 1725 et intitulé Applausus Virico Philippo Laurentio de Daun Principi Thianensi Aurei Velleris Equiti Belgii gubernatori ac languentis patriae restauratori, dédié à Wirich, comte de Daun et prince de Thiano (1669-1741), qui succéda au peu aimé marquis de Prié comme gouverneur des Pays-Bas (1724-1725), est magnifiquement orné de gravures par son frère Jean-Charles Vander Borcht et porte la dédicace « Humillimi atque obsequentissimi Excellentiae Vestrae famuli Fratres Petrus Canonicus Frigidi Montis et Joannes Carolus vander Borcht, Brux. Caes. ac Cath. Majestatis à Monetis Praefectus Dedicant Consecrant ».
  • 1725: Il publia en 1725 à Bruxelles, chez Henri Fricx, ce livre d'applaudissements en faveur du prince de Daun, Applausus Virico Philippo Laurentio de Daun Principi Thianensi Aurei Velleris Equiti Belgii gubernatori ac languentis patriae restauratori Bruxellis, typis Eugenii Henrici Fricx, Typographi Caesarei, 1725.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • John Landwehr, Emblem and fable books printed in the Low Countries 1542-1813 : a biliography, Utrecht, Hes Publishers, 1988
  • John Landwehr, Emblem books in the Low Countries, 1554-1949 : a bibliography, Utrecht, Haentjens Dekker & Gumbert, 1970
  • Bibliotheca emblematica, Utrecht, Haentjens Dekker & Gumbert, 1972.
  • Marcus De Schepper, Emblemata voor de uldinge. Een zestigtal 'onbekende' Zuid-Nederlandse embleemdrukken in de Brusselse Koninklijke Bibliotheek', in Mark van Vaeck, Hugo Brems & Geert H.M. Claassens (eds.), De steen van Alciato. Literatuur en visuele cultuur in de Nederlanden. Opstellen voor prof. dr. Karel Porteman bij zijn emeritaat - The Stone of Alciato. Literature and Visual Culture in the in the Low Countries. Essays in Honour of Karel Porteman, Leuven: Peeters, 2003, pp. 1085-1118.
  • Claude Bruneel et Jean-Paul Hoyois, Les grands commis du gouvernement des Pays-Bas autrichiens : Dictionnaire biographique du personnel des institutions centrales, Bruxelles, Archives Générales du Royaume, coll. « Studia »,‎ 2001, 735 p.

Sub verbo: Borcht (François -sic- Charles van der) (au lieu de Jean-Charles), p. 111: Pierre van der Borcht, religieux de l'abbaye de Coudenberg à Bruxelles et curé de la paroisse de Neigem (doyenné de Grammont), réclame en 1737 les quinze mois de gages dus à son frère Jean-Charles van der Borcht, Conseiller et Maître Général des Monnaies. Il a été obligé d'entretenir celui-ci depuis deux ans pour « la nourriture et alimens nécessaire pour la subsistance mais aussi l'entretien des habillemens et linges. » Il aurait ainsi déboursé plus de 1 000 fl. Jean-Charles van der Borcht lui aurait fait cession de ses gages.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Bijdragen tot de geschiedenis bijzonderlijk van het aloude hertogdom Brabant, volume 8, J. Vermeiren, 1909: "Petrus vander Borcht, Bruxellensis, aetatis suae anno 19°. Fecit professionem 1696 die decima sexta Octobris. Cantavit primitias die… anno 1705. Anno 1720 admissus est ad pastoratum in Nyghem. Obiit in domo pastorali anno 1739 die sexta Aprilis."
  2. comme le fit à la même époque Santeul pour les fontaines de Paris
  3. Alain Van Dievoet, De inscriptionibus latinis Fori Maximi Bruxellensis, dans Melissa, Bruxelles, février 1993, n°52, pp.14 à 16
  4. « Secundus » en un habile jeu de mots désigne à la fois ici Charles « II » mais, séparé du nom qu'il qualifie, il a également le sens de "heureux" "prospère" (exemple: "secundissima proelia" ou "omnia secundissima nobis"). On pourrait traduire en rendant le double sens: "Charles Second, secondé par la chance" et rempli de gloire est ovationné (par le peuple bruxellois). Ce jeu de mots se rencontre couramment, voir par exemple dans les devises latines des receveurs de Bruxelles étudiés par Édouard Vanden Broeck, « Les jetons des seigneurs trésoriers de Bruxelles. au XVIIe s. », in, Revue belge de numismatique, 1905, pp. 47-62, 181-192, 318-331 ; 1906, 47-63, 156-185, 233-244, 339-370.
  5. Petrus Vander Borcht, Applausus chronographicus, Bruxelles, 1717, p. 4: « Precipuè cum duo Emblemata mea et in Nummis Ducalibus et in Theatro illo Caesareo per Excellentissimam Dominationem sciam admissa. Haec verò Chronica mea et Emblemata omnia cum versibus praeparata Theatro affigi non poterant, nam temporis ad Inaugurationem praefixi exiguitas, quo tanti Theatri moles vix erigi posse credebatur, aliqua tantum Chronica adscribi permittebat. », ainsi que Alexandre Henne et Alphonse Wauters, Histoire de la Ville de Bruxelles, Bruxelles, tome II, 1969, p. 178 et p. 179 où est publiée cette gravure de Jacques Harrewijn reprenant le dessin de ce théâtre baroque et les poésies de Petrus Vander Borcht.