Petits Blancs

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Les Petits Blancs des Hauts[1] désigne les premiers habitants des Hauts de l'île de La Réunion dont la peau était claire et dont le statut social était peu élevé. Leur descendants, qui portent toujours cette appellation, ont aujourd'hui un statut social plus hétérogène. Cette communauté est principalement d'origine européenne, il est très probable que tous aient également des origines africaines, et certains d'entre eux ont également des origines chinoises voire indiennes. Le terme Gros Blancs désigne en revanche les grands propriétaires terriens souvent d'ascendance aristocratique.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le terme de Petit Blanc est souvent opposé à celui de Gros Blanc. Tout de même moins courant que lui, ce dernier sert à désigner les anciens grands propriétaires terriens de l'île, notamment les descendants des familles qui ont fait fortune dans la canne à sucre en recourant à l'esclavage et l'engagisme, comme les parents de Marie Anne Thérèse Ombline Desbassayns par exemple. Les descendants des douze familles qui se partagèrent l'île « du battant des lames au sommet des montagnes » sont les plus illustres des Gros Blancs.

Le terme Yab qui remplace parfois Petit Blanc peut être péjoratif selon la manière dont il est utilisé. Le mépris historique des populations des Bas envers des individus souvent pauvres et réfugiés dans la montagne a fait fleurir bon nombre de termes :

  • Gardien volcan pour désigner précisément les habitants du massif du Piton de la Fournaise et notamment les roux (surnommé localement coco rouge, la croyance populaire suppose que leurs cheveux ont été colorés par la lave),
  • Litone,
  • Pattes jaunes à cause de la couleur de leurs pieds (ils marchent souvent nu-pieds),
  • Pip la chaux (à cause de la couleur laiteuse de leur peau),
  • Youle ou Yole.
  • Maoul ou Mahoule

Histoire[modifier | modifier le code]

L'origine des petits Blancs des Hauts est à rechercher au XVIIIe siècle. À cette époque, la natalité est importante. On compte souvent huit à dix enfants dans les familles blanches descendant des premiers colons, et pour les premiers d'entre eux, de leur femmes malgaches. Cette démographie provoque un émiettement des terres inéluctable au fil des décès des parents. Ce mouvement est d'autant plus critique que le découpage de la terre s'effectue dans le sens de la longueur, du sommet des montagnes à la mer. Un tel découpage ne favorise pas l'exploitation agricole à cause de la pente.

Bientôt, un groupe de Blancs sans terre se constitue. Pour pouvoir survivre, ces Blancs, descendants d'Européens, s'engagent au cours du XIXe siècle dans un mouvement de colonisation des hauteurs, jusqu'ici considérées comme inaccessibles et laissées aux Noirs marrons. Ils y trouvent un climat agréable qui encourage leur fixation mais n'empêche pas une forme de misère.

Ce groupe sera rejoint à compter de 1849 par des petits propriétaires terriens dépossédés de leur main-d'œuvre par l'abolition de l'esclavage prononcée par Sarda Garriga l'année précédente.[réf. nécessaire]

Sociologie[modifier | modifier le code]

La paupérisation de certaines populations blanches à La Réunion distingue cette île des Antilles françaises, où une telle évolution n'a pas eu lieu. Alors que le Blanc, le « béké », reste aujourd'hui associé à l'esclavagisme dans l'imaginaire de l'archipel antillais, il est davantage considéré comme une composante neutre de la population dans le département d'outre-mer français de l'océan Indien. C'est d'autant plus vrai que des communautés comme celles que forment les Zarabes ou les personnes originaires de Chine ont par ailleurs pu s'enrichir rapidement grâce au commerce, ce qui a permis une forme d'égalité sociale. Cette dernière permet elle-même la dilution des identités communautaires dans un ensemble créole.[réf. nécessaire]

Aujourd'hui, les terres qu'habitent les petits Blancs des Hauts font l'objet d'une réhabilitation importante de la part des pouvoirs publics. L'élevage qu'ils pratiquent se développe rapidement. Ils restent tout de même frappés par un chômage très important, supérieur à 50 % dans certains îlets.

Les Petits Blancs ne constituent pas à proprement parler un groupe identitaire affirmé à la Réunion, même s'il existe une « culture » qui lui est propre, comme l'atteste le groupe musical "Pat' Jaunes".

Note[modifier | modifier le code]

  1. Quelquefois appelés « vieux blancs », cf. l'article BLANC du lexique figurant dans Michel Beniamino, Le français de La Réunion, EDICEF, coll. « Actualités linguistiques francophones » Vanves, 1996 (ISBN 2-84-129240-1) [lire en ligne]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dominique Aupiais, Vers un destin commun : Les Petits Blancs, les Noirs et les autres communautés de l'île de La Réunion, JFR/Grand Océan, coll. « Mor Braz », Saint-Paul, 2002, 175 p. (ISBN 978-2-911679-58-2).
  • Alexandre Bourquin, Histoire des Petits-Blancs de La Réunion : XIXe-début XXe siècle : aux confins de l'oubli, Karthala, coll. « Hommes et sociétés », Paris, 2005, 327 p. (ISBN 2-84586-646-1).

Liens externes[modifier | modifier le code]