Petite tortue

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Petite et Tortue (homonymie).

Aglais urticae

La Petite Tortue ou Vanesse de l'ortie, Aglais urticae L., ou Nymphalis urticae, est un papillon diurne de la famille des Nymphalidae, de la sous-famille des Nymphalinae et de la tribu des Nymphalini.

Le nom Aglais est un hommage à Aglaia, c'est-à-dire Aglaé. Il s'agissait de l'une des trois Charites (appelées les trois Grâces chez les Romains), celle de la beauté éblouissante, de la splendeur. Le terme urtica fait référence à la principale plante hôte de la chenille de ce papillon, Urtica dioica, la grande ortie[1].

Dénomination[modifier | modifier le code]

Aglais urticae Linné, 1758 ; Nymphalis urticae

Noms vernaculaires[modifier | modifier le code]

La Petite tortue se nomme Small Tortoiseshell en anglais, Kleiner Fuchs en allemand, Vanessa delle ortiche en italien, "krapivnitsa" en russe, Rusałka pokrzywnik en polonais.

Sous-espèces[modifier | modifier le code]

  • Aglais urticae urticae Linné, 1758 --- Petite tortue
  • Aglais urticae ichnusa Hübner, 1824 --- Vanesse de Tyrrhénide (Corse, Sardaigne).

Phylogenèse[modifier | modifier le code]

Il appartient, comme tous les Nymphalidae au sous-ordre des Ditrysia qui regroupe des papillons dont les femelles possèdent un organe sexuel d'accouplement différent de celui qui est utilisé pour la ponte. Il est phylogénétiquement proche d'espèces telles que le Robert-le-Diable, le Paon du jour, le Morio, ou encore de la Grande tortue qui lui ressemble mais est plus grande d'un centimètre.

Description[modifier | modifier le code]

Il n'existe pas de dimorphisme sexuel chez ce papillon : mâles et femelles ont une taille équivalente (de 40 à 55 mm d'envergure[1]).

Aglais urticae

Le dessus des ailes est caractérisé par une couleur dominante orangé et, sur le bord postérieur externe, des formes en demi-cercles bleus, entourées de noir, formant un feston. La partie des ailes proche du corps présente une zone brun terne. Le bord antérieur des ailes antérieures est orné de trois taches d'un brun presque noir, rectangulaires. Celle du centre est généralement plus marquée et bordée de part et d'autre d'une zone orangée très pâle, plus claire que la couleur de l'aile, d'une teinte proche du jaune d'or. La plus externe est bordée vers l'extérieure non pas de jaune d'or, mais de blanc. Trois autres taches brun-noir, dont la taille et le contour diffèrent selon le spécimen, ornent le centre de l'aile antérieure.

Le corps est brun foncé et poilu. Les yeux sont également foncés. Les antennes sont finement striées de blanc et leur extrémité est ornée d'un point blanc. Les ailes sont garnies de deux petites excroissances pointues : la plus petite se trouve près du bord antérieur des ailes antérieures, l'autre, en arrière du papillon, sur la bordure postérieure des ailes postérieures.

Le dessous des ailes est terne, orné d'un motif discret qui évoque la couleur d'une écorce ou de feuilles mortes, ce qui aide le papillon à rester camouflé lorsqu'il hiberne. S'il ouvre brutalement les ailes, les couleurs vives qui ornent leur face supérieure semblent contribuer à pouvoir effrayer certains de ses prédateurs (ceci a été expérimentalement confirmé au moins pour les oiseaux jeunes et/ou inexpérimentés[2])

Espèces proches[modifier | modifier le code]

D'autres espèces peuvent être confondues avec la petite tortue : la Grande tortue (Nymphalis polychloros), plus grande que la Petite tortue et de couleur plutôt fauve alors que la Petite tortue est rougeâtre.

La Tortue à pattes jaunes (Nymphalis xanthomelas) possède des ailes plus dentelées.

La Vanesse du peuplier (Nymphalis l-album) qui ne présente pas de feston au bord des ailes.

Sous-espèce[modifier | modifier le code]

La « Petite tortue corse » Aglais urticae ichnusa qui ressemble fortement à la Petite tortue, avec une tache au lieu de trois au centre de l'aile antérieure, pourrait être soit une sous-espèce, soit une espèce distincte, ce qui reste à déterminer.

Biologie[modifier | modifier le code]

Chenille[modifier | modifier le code]

Chenille

La chenille de la première génération éclot au mois de mai, environ dix jours après la ponte déposée par la femelle au revers des feuilles d'orties en mars-avril[1]. Les chenilles de la seconde génération naîtront au mois de juillet ou en août (au sud de l'Europe).
Les jeunes chenilles sont alors presque noires. Leur corps est orné d'excroissances ramifiées (scoli) qui évoquent des épines. À ce stade, elles se rassemblent instinctivement en un groupe dense et elles tissent une toile lâche faite de fils de soie qui les protègent[1].
Après environ un mois, les chenilles ont pris une couleur dominante plus claire (lignes noires sur fond constitué de 4 bandes jaune verdâtre longitudinales discontinues : deux sur le dos, et une sur chaque flanc). Elles entament un cycle de vie solitaire, dévorant des feuilles d'orties jusqu'à atteindre 22 millimètres de longueur.

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Chrysalide[modifier | modifier le code]

Chenille prête à passer au stade chrysalide


La chrysalide est verdâtre puis dorée[1] et enfin brune.

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Papillon[modifier | modifier le code]

L'adulte (imago) émerge de sa chrysalide de début juin à août[1] (plus tôt, dès février dans les régions très chaudes). Il y a une, deux ou trois générations annuelles. Au sud de l'Europe (sud de la Loire en France), le papillon produit deux, voire trois générations par an, la seconde ou troisième hivernant dans les anfractuosités d'arbres morts, dans les rochers voire dans les maisons, les greniers.

Hivernation[modifier | modifier le code]

La Petite tortue hiverne dans les granges et dans les habitations, une partie des hivernants sont mangés par les araignées[1]. Les survivants se réveillent vers mars-avril[1].

Période de vol[modifier | modifier le code]

Après avoir hiverné, le papillon vole dès février et on en rencontre jusqu'en octobre.

En Poitou-Charentes, l’imago est visible pour la première génération de juin à juillet puis pour la seconde d'août à octobre[3]

Plantes hôtes[modifier | modifier le code]

La chenille se nourrit sur la grande ortie (Urtica dioica).

Parasitisme[modifier | modifier le code]

Une ou des parasitoses pourraient être en cause dans sa régression.

Écologie et distribution[modifier | modifier le code]

Autrefois parmi les papillons les plus communs, dans toute l'Europe et toute l'Asie tempétée, ce papillon est en très fort et très rapide déclin, au moins en Europe de l'Ouest. Cette régression ne peut être expliquée par le recul de sa plante hôte, car cette dernière (l'ortie) est au contraire très présente et profite même de l'eutrophisation générale de l'environnement. La chrysalide est parfois mangée par des guêpes, mais ces dernières sont aussi en forte régression.

D'autres phénomènes sont encore mal compris (dégradation de l'environnement, pollution de l'air, pluies contaminées par les pesticides qui auraient pu entraîner une forte déplétion immunitaire chez les individus de cette espèce). Des preuves scientifiques montrent que la sécheresse estivale est une cause de régression des populations, car les larves se développent normalement sur les feuilles gorgées d'une sève riche en nitrate, mais les Petites tortues ont été encore plus rares les étés humides de 2007 et 2008. Néanmoins, avant l'an 2000, selon les données issues d'un programme anglais de surveillance des papillons, il y a une bonne corrélation entre le succès reproductif, l'abondance des populations de cette espèce et le stress hydrique de la plante hôte; de 1976 à 1995, la reproduction a eu plus de succès les étés qui ont été frais et humides en début d'été que quand il a fait chaud et sec[4]. Ce papillon pourrait donc aussi être sensible au réchauffement climatique.

Biotope[modifier | modifier le code]

Tous les milieux naturels et semi-naturels (jardins, parcs urbains, bocages) - hors forêt dense - dans toute l'Europe et l'Asie tempérée; de l'Europe de l'Ouest au Japon, du niveau de la mer jusqu’à plus de 3 000 m.

Répartition[modifier | modifier le code]

Pour des raisons mal comprises, la Petite tortue a décliné dans les années 2000 de presque toute son aire de répartition en Europe de l'Ouest.

La sous-espèce nominative serait présente dans tous les départements de France métropolitaine (sauf en Corse où est présente sa sous-espèce ichnusa), mais l'INPN manque de données pour de nombreux départements[5].

En Belgique, malgré une forte régression, elle n'est pas considérée comme menacée[6].

Quelques spécimens ont été observés à New York où ils ont probablement été introduits par l'homme (volontairement ou involontairement).

Menaces et protections[modifier | modifier le code]

Les modifications des pratiques agricoles, l'utilisation des pesticides et la destruction de l'ortie contribuent à sa disparition[1]. Malgré ses fortes régressions la Petite tortue ne possède pas de statut de protection particulier.

Philatélie[modifier | modifier le code]

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h et i Dourlot S. Petite collection d'insectes de nos régions, Ed Larousse 2008, Paris ISBN 978-2-03-583816-2
  2. Martin Stevens ; The role of eyespots as anti-predator mechanisms, principally demonstrated in the Lepidoptera. Biol. Rev. 80(4): 573–588. DOI:10.1017/S1464793105006810(résumé HTML)
  3. Papillons de Poitou-Charentes
  4. E. Pollard, J.N. Greatorex-Davies & J.A. Thomas, « Drought reduces breeding success of the butterfly Aglais urticae »
  5. INPN
  6. Stéphane Claerebout, Clé de détermination photographique des papillons de jour de Belgique, 2008, Cercles des Naturalistes de Belgique ASBL, éditeur responsable: Léon Woué D/2008/3152/224 ISSN 0773-9419

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • P. LERAUT, Liste systématique et synonymique des lépidoptères de France, Belgique et Corse 1997, (deuxième édition) - Alexanor - Paris, 526 p. ISBN 2-903273-06-5
  • Tom Tolman et Richard Lewington, Guide des papillons d'Europe et d'Afrique du Nord, Paris, Delachaux et Niestlé,‎ 1999 (ISBN 978-2-603-01649-7) p. 172-174