Petit Appartement de la reine

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48° 48′ 16″ N 2° 07′ 14″ E / 48.80444, 2.12056

Image illustrative de l'article Petit Appartement de la reine
Plan du petit appartement de la reine vers 1740
1 escalier
2 service de la reine
3 valet du roi
4 passage
5 cabinet de la chaise
6 oratoire
7 petite galerie
8 pièce des bains
9 grand cabinet intérieur
10 arrière cabinet
11 terrasse
12 escalier de la reine
A-F grand appartement de la reine
a ancien appartement de la marquise de Maintenon
b appartement du roi
I cour de Monseigneur
II cour de Monsieur
Image illustrative de l'article Petit Appartement de la reine
Plan du petit appartement de la reine vers 1789 (1er étage)
1 escalier
2 service de la reine
3 escalier à l’appartement de la reine au rez-de-chaussée
4 passage
5 cabinet de la chaise
6 cabinet de la Méridienne
7 bibliothèque
8 supplément de la bibliothèque
9 grand cabinet intérieur
10 arrière cabinet
11 pièce des bains
12 chambre des bains
13 antichambres
14 escalier de la reine
A-F grand appartement de la reine
a appartement du duc de Duras
b appartement du roi
I cour de Monseigneur
II cour de Monsieur

Le petit appartement de la reine est un ensemble de plusieurs pièces sur trois étages, situés dans le corps principal du château de Versailles. Ces pièces, situées derrière le grand appartement de la Reine, sont éclairées par deux cours intérieures. Elles furent le domaine particulier des reines de France, Marie-Thérèse, Marie Leszczyńska et Marie-Antoinette aussi bien que la duchesse de Bourgogne en tant que dauphine. Les pièces ont été restaurées à leur état d'origine, lorsque Marie-Antoinette les quitta le 6 octobre 1789.

Marie-Thérèse[modifier | modifier le code]

A la réalisation du projet initial de Le Vau, l’appartement se composa d’une enfilade de cinq pièces éclairées par des fenêtres sur le côté méridional de la cour de marbre et sur le côté septentrional de la cour de la reine. Après la mort de Marie-Thérèse en 1683, les pièces donnant sur la cour de marbre furent rattachées à l’appartement du roi. À l’époque de Marie-Thérèse ces pièces particulières furent consacrées à la vie privée et familiale de la reine. En raison de la mort prématurée de la reine, peu de renseignements nous sont parvenus quant au décor ou à l’aménagement de cet appartement à cette époque[1].

Peu après l’installation de la nouvelle dauphine, Marie-Adélaïde de Savoie, duchesse de Bourgogne, en 1697, le petit appartement de la reine subit des modifications importantes. À partir de 1699, un appartement à trois pièces fut construit et fut connu comme l’appartement de nuit du duc de Bourgogne[2]. Louis XIV fit construire cet appartement afin de faciliter les visites conjugales du duc à sa femme. L’appartement, se compose d’une chambre, d’un cabinet et d’une garde-robe. Lorsqu'il fut achevé, il divisa la cour de la reine en deux parties, la cour de Monseigneur à l’ouest et la cour de Monsieur à l’est. Ces pièces communiquèrent avec l’appartement du roi et furent utilisées par la dauphine, jusqu’à sa mort en 1712[3].

Marie Leszczyńska[modifier | modifier le code]

Sous Marie Leszczyńska, le petit appartement de la reine subit trois phases d’aménagement distinct : la première, de 1728 à 1731 ; la deuxième, de 1737 à 1739 ; la troisième de 1746 à 1748.

La première phase de 1728 à 1731 aboutit à la construction d’une pièce de bains (numéro 8, plan de 1740), de la petite galerie (numéro 7, plan de 1740) et d’un oratoire (numéro 6, plan de 1740)[4].

La deuxième phase fut témoin des réaménagements importants dans la petite galerie avec l’installation de boiseries en vernis Martin. À cette époque, l’appartement de nuit du duc de Bourgogne fut réaménagé avec la construction du grand cabinet intérieur (numéro 9, plan de 1740) et de l’arrière cabinet (numéro 10, plan de 1740) ; les deux pièces présentèrent des boiseries finement sculptées et peintes. À partir de cette époque, un bon nombre d’œuvres par François Boucher et Charles Antoine Coypel furent exposées dans le petit appartement de la reine[5].

La phase de 1746 à 1748 fut témoin du réaménagement de la petite galerie lorsque la pièce fut surnommée soit cabinet chinois – en raison de huit panneaux à la chinoise peints par Marie Leszczyńska[6] – soit laboratoire, où la reine pratiquait ses loisirs. L’ancien oratoire fut converti en tant que cabinet de la Méridienne avec des nouvelles boiseries par Jacques Verberckt. La pièce des bains reçut des nouvelles boiseries par les frères Rousseau et des peintures par Charles-Joseph Natoire ; le grand cabinet intérieur reçut de nouvelles boiseries également par Verberckt[7]. Cependant, les boiseries en vernis Martin qu'on peut encore voir dans l'arrière du cabinet datent des années 1750 et proviennent d'une autre pièce du château[8],[9].

Marie-Antoinette[modifier | modifier le code]

La renommée du petit appartement de la reine est due à la dernière reine de France de l'Ancien Régime, Marie-Antoinette. L’état restauré de ces pièces actuelles à Versailles se rapproche étroitement du petit appartement de la reine à l’époque de Marie-Antoinette. À partir de 1779, le petit appartement de la reine fut réaménagé pour la nouvelle reine[10].

Les cabinets intérieurs du premier étage[modifier | modifier le code]

En cette année, vraisemblablement afin de donner une cohésion décorative à son appartement, Marie-Antoinette demanda à son architecte préféré, Richard Mique, de faire tapisser les murs de son petit appartement d’une tenture de satin blanc brocheté avec des guirlandes. Les tentures qui coûtèrent 100 000 livres furent remplacées par des boiseries en 1783[11].

En 1781, pour fêter la naissance du premier dauphin, Louis XVI chargea Richard Mique de réaménager le cabinet de la Méridienne (numéro 6, plan de 1789) [11]. C'est dans cette pièce octogonale que Marie-Antoinette pouvait se reposer dans la journée. Les portes en pans coupés préservaient la tranquillité de la reine, en permettant aux femmes de chambre de circuler de la chambre à la bibliothèque sans la déranger[12]. Un décor conçu par Richard Mique remplace l'ancien décor rocaille. Les motifs des boiseries, dues aux frères Rousseau, et les bronzes autour des portes vitrées évoquent la reine (l'aigle d'Autriche) et le roi (l'aigle, symbole de Jupiter) mais également l'amour, par des tiges de rosier et des cœurs, le mariage, par des paons, attributs de Junon, ainsi que la maternité, par des dauphins[13]. Un sofa est placé dans une niche de glaces. Il est tendu du même tissu que les deux fauteuils de Georges Jacob meublant la pièce. L'étoffe d'origine, en 1781, était une soierie bleue satinée à relief de points. Marie-Antoinette fit par la suite remplacer cette grenadine bleue. De nos jours, les sièges sont présentés avec une restitution de cette première étoffe, retissée d'après le modèle d'origine[12]. Un guéridon au plateau en bois pétrifié, monté sur un pied d'acier orné de bronzes dorés, complète l'ameublement de la pièce. C'est sa mère, Marie-Thérèse, qui offrit à Marie-Antoinette ce meuble[12] réalisé en 1770 à Vienne par Anton Mathias Domanock (1713-1779)[14].

1781 fut également témoin de l'aménagement de la bibliothèque – sur l’emplacement auparavant occupé par la petite galerie de Marie Leszczyńska (numéro 7, plan de 1789) – et le supplément de la bibliothèque – l’ancienne pièce des bains de Marie Leszczyńska (numéro 8, plan de 1789) ; de plus, une toilette à l’anglaise, une pièce des bains et une salle des bains furent aménagées donnant sur la cour de Monsieur[15].

La dernière modification importante au premier étage du petit appartement de la reine s’acheva en 1783 où Marie-Antoinette fit réaménager le grand cabinet intérieur. Les tentures précieuses de 1779 furent remplacées par des boiseries dorées et la pièce fut rebaptisée le cabinet doré[11]. Les boiseries des frères Rousseau montrent un décor de sphinx et de trépieds antiques. Les sièges, œuvre de Georges Jacob, forment un ensemble composé de quatre fauteuils, d’une bergère, de quatre chaises, de deux tabourets, auxquels s'ajoutent un écran de cheminée et un paravent. Ces meubles avaient avaient été vendus à la Révolution ; le Garde-Meuble impérial les avait rachetés en 1810 pour le palais de Fontainebleau. Identifiés, recouverts d’un velours de soie vert anglais galonné à la Bourgogne, ils ont été réinstallés dans le cabinet doré en 2010[16]. Cette pièce contient aussi le bureau de Marie-Antoinette, réalisé par Jean-Henri Riesener en 1783. Ce bureau a regagné Versailles après avoir été acquis par l'État français en mars 2011[17]. Destiné à l'origine au salon de la maison de la Reine au Hameau, il est désormais présenté dans le cabinet doré.

Dans l'arrière cabinet, Marie-Antoinette fit remonter des boiseries en vernis Martin datant des années 1750 et provenant de l'appartement de sa belle-mère, Marie-Josèphe de Saxe[18],[9],[19].

Les cabinets intérieurs du second étage[modifier | modifier le code]

La reine dispose également de cabinets intérieurs au second étage. Ils comportent notamment un boudoir, une salle à manger et un salle de billard.

Dans la salle à manger, sont exposées des pièces du service en porcelaine de Sèvres dit « à frise riche en couleurs et riche en or » commandé par Marie-Antoinette et livré par la manufacture de Sèvres en 1784. Il existe en fait deux jeux de ce service. En juin 1784, Louis XVI offrit le premier, qui avait été commandé par Marie-Antoinette, au roi de Suède Gustave III alors en visite en France. La manufacture de Sèvres diligenta un second service de même décor pour la reine Marie-Antoinette et le livra en août 1784. Ces deux services au décor identique sont difficiles à différencier ; les marques des peintres et des doreurs peuvent y aider[20].

Le cabinet de Billard de Marie-Antoinette a été restauré en 1994[21]. Les soieries en ont été restituées : il s'agit d'un lampas à fond satin, en soie et chenille sur fond blanc, décoré de fleurs, de rinceaux et de six médaillons différents[22]. Cette étoffe, dessinée par Jacques Gondoin, avait été tissée à l'origine en 1779 pour le meuble d'hiver du cabinet intérieur de Marie-Antoinette à Versailles ; elle a été retissée pour la salle de billard des cabinets intérieurs de la reine par la manufacture de soieries lyonnaises Tassinari et Chatel[23].
Le mobilier du cabinet de billard comprend deux canapés que Georges Jacob livra en 1784[12].

Galerie des images[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Verlet 1985, p. 253
  2. Verlet 1985, p. 210
  3. Verlet 1985, p. 256
  4. Verlet 1985, p. 401
  5. Verlet 1985, p. 402
  6. JALLUT, 1969
  7. PONS, 1992 ; Verlet 1985, p. 402-403
  8. Lemoine 1991, p. 99-100
  9. a et b RMN, cliché n°88-004102.
  10. Verlet 1985, p. 585
  11. a, b et c Verlet 1985, p. 586
  12. a, b, c et d Lemoine 1991, p. 102
  13. Établissement public du musée et du domaine national du Château de Versailles
  14. RMN, cliché n°78-000933.
  15. Verlet 1985, p. 403
  16. Établissement public du musée et du domaine national de Versailles (2010), p. 22
  17. Ministère de la Culture et de Communication (2011)
  18. Lemoine 1991, p. 100
  19. Établissement public du musée et du domaine national du Château de Versailles, « Appartements de Marie-Antoinette »
  20. Musée du Louvre; pour plus de renseignements, voir Babelon, Versailles et les tables royales d'Europe-XVIIe-XIXe siècles (catalogue de l'exposition du même nom tenue à Versailles en 1993-1994).
  21. Insecula
  22. Europeana
  23. Tassinari et Chatel (2011).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Livres

  • Jean-Pierre Babelon, Versailles et les tables royales d'Europe-XVIIe-XIXe siècles, Paris, Réunion des Musée Nationaux,‎ 1993.
  • Jacques-François Blondel, Architecture françoise, ou Recueil des plans, élévations, coupes et profils des églises, maisons royales, palais, hôtels & édifices les plus considérables de Paris, vol. 4 volumes, Paris, Charles-Antoine Jombert,‎ 1752-1756.
  • François Bluche, Dictionnaire du Grand Siècle, Paris, Arthème Fayard,‎ 1991.
  • François Bluche, Louis XV, Paris, Perrin,‎ 2000.
  • Jeanne-Louise-Henriette Campan, Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette, Paris, Baudouin frères,‎ 1823.
  • Vincent Cronin, Louis and Antoinette, New York, William Morrow and Company, Inc.,‎ 1975.
  • Emmanuel de Croÿ-Solre, Journal inédit du duc de Croÿ, Paris, E. Flammarion,‎ 1906-1921.
  • France d'Hézecques, Félix comte de, Souvenirs d'un page de la cour de Louis XVI, Paris, Didier,‎ 1873.
  • (en) Fiske Kimball, The Creation of the Rococo, Philadelphie, Philadelphia Museum of Art,‎ 1943.
  • Gabriel de La Rochefoucauld, Marie Leczinska femme de Louis XV, Paris, Éditions de France,‎ 1943.
  • Pierre Lemoine, Guide du Musée et Domaine national de Versailles et Trianon, Paris, Seuil/RMN,‎ 1991, 740 p. (ISBN 2-7118-4485-4)
  • Edward Lighthart, Archétype et symbole dans le style Louis XIV versailles : réflexions sur l’imago rex et l’imago patriae au début de l'époque moderne., Thèse doctorale,‎ 1997.
  • Charles-Philippe d'Albert, duc de Luynes, Mémoires sur la cour de Louis XV (1735-1758), Paris, Firmin-Didot frères,‎ 1860-1865.
  • Alfred Marie et Jeanne Marie, Versailles au temps de Louis XV, Paris, Imprimerie nationale,‎ 1984.
  • Charles Mauricheau-Beaupré, Versailles, Paris, Draeger et Veive,‎ 1949.
  • Jean-Baptiste de Monicart, Versailles immortalisé, Paris, E. Ganeau,‎ 1720.
  • Pierre de Nolhac, Le Château de Versailles au temps de Marie-Antoinette, Versailles, Aubert,‎ 1889.
  • Pierre de Nolhac, La Dauphine Marie-Antoinette, Paris, Boussod: Valadon,‎ 1896.
  • Pierre de Nolhac, Louis XV et Marie Leczinska, Paris, Manzi, Joyant et Cie,‎ 1900.
  • Pierre de Nolhac, La Reine Marie-Antoinette, Paris, Calmann-Lévy,‎ ca. 1908.
  • Pierre de Nolhac, Versailles au XVIIIe siècle, Paris, Louis Conard,‎ 1926.
  • Pierre de Nolhac, Versailles, Paris, A. Morancé,‎ 1929.
  • Pierre de Nolhac, Versailles et la Cour de France : L'Art à Versailles, Paris, Louis Conard,‎ 1930.
  • Pierre de Nolhac, La Résurrection de Versailles, souvenirs d'un conservateur, 1887-1920, Paris, Plon,‎ 1937.
  • Isabelle, comtesse de Paris, Moi, Marie-Antoinette, Paris, R. Laffont,‎ 1992.
  • Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, Paris, Perrin,‎ 2005.
  • Pierre Verlet, Le château de Versailles, Paris, Librairie Arthème Fayard,‎ 1985.
  • (en) Stefan Zweig (trad. Eden Paul et Cedar Paul), Marie Antoinette: The Portrait of an average Woman, New York, Garden City Publishing Company, Inc.,‎ 1933.

Revues, articles et divers

  • Établissement public du musée et du domaine national du Château de Versailles, « L’agencement des appartements », Conférence de presse du 9 février 2010,‎ 2010, p. 22 (lire en ligne)
  • Établissement public du musée et du domaine national du Château de Versailles, « Appartements de Marie-Antoinette » (consulté le 22 juin 2011)
  • Établissement public du musée et du domaine national du Château de Versailles, « Cabinet de la Méridienne : Le Raffinement intime », Soutenir Versailles : Les projets en recherche de financement,‎ 2011 (lire en ligne)
  • Europeana, « Vue intérieure : cabinets intérieurs de la Reine : cabinet du billard de Marie-Antoinette », Europeana en ligne,‎ 2011 (lire en ligne)
  • Fromageot, P., « Le château de Versailles en 1795 d'après le journal de Hugues Lagarde », Revue de l'Histoire de Versailles,‎ 1903, p. 224–240.
  • Jallut, Marguerite, « Château de Versailles : cabinets intérieurs et petits appartements de Marie-Antoinette », Gazette des Beaux-Arts, vol. 63 (pér. 6),‎ 1964, p. 289–354.
  • Insecula, « Le château de Versailles aujourd'hui », Insecula en ligne,‎ 2011 (lire en ligne)
  • Ministère de la Culture et de Communication, « Le bureau de Marie-Antoinette de retour à Versailles », Ministère de la Culture et de la Communication : actualités,‎ 2011 (lire en ligne)
  • Musée du Louvre, « Pot à oille « ordinaire » et son plateau », Collections & Département : Objets d'art : Œuvres choisies,‎ 2011 (lire en ligne)
  • Müntz de Raissac, Muriel, « Richard Mique et les appartements de Marie-Antoinette à Versailles », Eighteenth Century Life, vol. 17, n.s., 2,‎ mai 1993, p. 207–219.
  • Pons, Bruno, « Jacques Verberckt (1704-1771), Sculpteur des Bâtiments du Roi », Gazette des Beaux-Arts, vol. 119 (pér. 6),‎ avril 1992, p. 173–188.
  • Tassinari et Chatel, « Sélection d'Archives : Billard de Marie-Antoinette »,‎ 2011 (consulté en 03.06.2011)

Annexes[modifier | modifier le code]

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