Peste d'Athènes

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La peste d'Athènes est le nom traditionnel sous lequel est désignée une épidémie ayant touché par vagues la Grèce antique de 430 à 426 av. J.-C. Elle a été notamment rapportée par Thucydide dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse et a causé plusieurs dizaines de milliers de morts, dont celle de Périclès qui marque la fin d'une époque privilégiée. Aujourd'hui la communauté médicale considère que c'est le typhus qui est le responsable le plus probable de cette épidémie qui tua peut-être un tiers de la population de la cité.

Arrivée[modifier | modifier le code]

Thucydide est contemporain de cette épidémie. Au livre II de son Histoire de la guerre du Péloponnèse, il relate que l'épidémie est née en Éthiopie et est ensuite passée en Égypte et en Libye avant d'atteindre le monde grec. Selon Thucydide, cette maladie fit une apparition soudaine dans le port du Pirée, au commencement de l'été, avant de s'étendre. Elle a ainsi gagné le cœur d'Athènes, densément peuplée, au cours de la deuxième année de la guerre du Péloponnèse.

Description de la maladie[modifier | modifier le code]

Thucydide tente de décrire les caractéristiques générales de cette épidémie. Il en parle ainsi (II, XLIX) :

« En général on était atteint sans indice précurseur, subitement en pleine santé. On éprouvait de violentes chaleurs à la tête ; les yeux étaient rouges et enflammés ; à l'intérieur, le pharynx et la langue devenaient sanguinolents, la respiration irrégulière, l'haleine fétide. À ces symptômes succédaient l'éternuement et l'enrouement ; peu de temps après la douleur gagnait la poitrine, s'accompagnant d'une toux violente ; quand le mal s'attaquait à l'estomac, il y provoquait des troubles et y déterminait, avec des souffrances aiguës, toutes les sortes d'évacuation de bile auxquelles les médecins ont donné des noms. Presque tous les malades étaient pris de hoquets non suivis de vomissements, mais accompagnés de convulsions ; chez les uns ce hoquet cessait immédiatement, chez d'autres il durait fort longtemps. Au toucher, la peau n'était pas très chaude ; elle n'était pas livide non plus, mais rougeâtre avec une éruption de phlyctènes et d'ulcères ; mais à l'intérieur le corps était si brûlant qu'il ne supportait pas le contact des vêtements et des tissus les plus légers ; les malades demeuraient nus et étaient tentés de se jeter dans l'eau froide ; c'est ce qui arriva à beaucoup, faute de surveillance ; en proie à une soif inextinguible, ils se précipitèrent dans des puits. On n'était pas plus soulagé, qu'on bût beaucoup ou peu. L'on souffrait constamment du manque de repos et de sommeil. Le corps, tant que la maladie était dans toute sa force, ne se flétrissait pas et résistait contre toute attente à la souffrance. La plupart mouraient au bout de neuf ou de sept jours, consumés par le feu intérieur, sans avoir perdu toutes leurs forces. Si l'on dépassait ce stade, le mal descendait dans l'intestin ; une violente ulcération s'y déclarait, accompagnée d'une diarrhée rebelle qui faisait périr de faiblesse beaucoup de malades. Le mal, qui commençait par la partie supérieure du corps et qui avait au début son siège dans la tête, gagnait ensuite le corps entier et ceux qui survivaient aux accidents les plus graves en gardaient aux extrémités les traces. Il attaquait les parties sexuelles, l'extrémité des mains et des pieds et l'on n'échappait souvent qu'en perdant une de ces parties ; quelques-uns même perdirent la vue. D'autres, aussitôt guéris, n'avaient plus dès lors souvenir de rien, oubliaient leur personnalité et ne reconnaissaient plus leurs proches. »

— Thucydide[1].

Plusieurs dizaines de milliers de morts[modifier | modifier le code]

Selon Thucydide (III, 87), 4 400 hoplites et 300 cavaliers sont morts durant cette épidémie. Il ne fournit pas de chiffre au niveau des civils, celui-ci étant trop important. Mais on peut en déduire qu'Athènes perdit le tiers de sa population[2].

Arnold Wycombe Gomme, commentateur de Thucydide, évalue le nombre de victimes entre 70 000 et 80 000[3].

Un désordre moral croissant[modifier | modifier le code]

Thucydide s'inquiète des conséquences liées à un désastre de cette nature. En effet, les morts se comptant en milliers, des bouleversements sociaux voient le jour.

Thucydide rapporte et s'inquiète d'un « désordre moral croissant » : les lieux sacrés ne sont plus respectés, on ne respecte plus les coutumes relatives à l'ensevelissement des défunts, la crainte des lois diminue, des bouleversements dans la hiérarchie sociale s'opèrent. Thucydide décrit ainsi l'attitude de ses compatriotes : « crainte des dieux ou loi des hommes, rien ne les arrêtait. »

Grâce à la découverte d'une fosse commune contenant peu de vaisselle et de faible valeur, des archéologues grecs ont confirmé, en 1994-1995, un état de panique, probablement lié à cette épidémie[4].

Une catégorisation encore incertaine[modifier | modifier le code]

Malgré son nom, la peste d'Athènes n'est pas identifiée avec certitude. Les symptômes décrits précisément ont d'abord fait penser aux médecins à une peste bubonique. Toutefois, une fois la peste mieux connue, d'autres explications ont été avancées parmi lesquelles la rougeole, la variole, la dengue[5] ou le virus Ebola.

Le typhus a été avancé comme hypothèse probable par D. Durack et R. Littman[6]. Mais une autre explication, la fièvre typhoïde, a été avancée en 2006[7],[8],[9], et aussitôt contestée[10]. À la différence des hypothèses précédentes qui partaient de l'analyse de la description de Thucydide, l'hypothèse de la fièvre typhoïde repose sur l'analyse de l'ADN de la pulpe dentaire de cadavres retrouvés dans une sépulture de masse contemporaine de l'épidémie.

Évocations dans les arts après Thucydide[modifier | modifier le code]

Parce qu'elle est une des causes de la fin du siècle de Périclès, la peste d'Athènes marque les esprits antiques et humanistes, qui se réfèrent au récit de Thucydide. L'exemple le plus célèbre se trouve chez Lucrèce : le De rerum natura, resté sûrement inachevé, se termine de façon abrupte par une évocation de cette épidémie (VI, 1138-1286).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [1]
  2. Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, édition de Denis Roussel, Folio classique, p. 736, note 2, 2000
  3. Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, édition de Denis Roussel, Folio classique, p. 759, note 4, 2000
  4. [2]
  5. Dr. J. P. Béteau, La Peste d'Athènes, 1934.
  6. [3]
  7. Papagrigorakis, Manolis J., Christos Yapijakis, Philippos N. Synodinos, and Effie Baziotopoulou-Valavani. "DNA examination of ancient dental pulp incriminates typhoid fever as a probable cause of the Plague of Athens," International Journal of Infectious Diseases 10 (2006): 206-214. (ISSN 1201-9712).
  8. M.J. Papagrigorakis, C. Yapijakis, P.N. Synodinos, E. Baziotopoulou-Valavani, « Insufficient phylogenetic analysis may not exclude candidacy of typhoid fever as a probable cause of the Plague of Athens (reply to Shapiro et al.)»,International Journal of Infectious Diseases 10-4, 2006, p.  335-336
  9. M.J. Papagrigorakis, C. Ypijakis, P. N. Synodinos, « Typhoid Fever Epidemic in Ancient Athens » dans D. Raoult et M. Drancourt éd., Paleomicrobiology : Past Human Infections, Springer, Berlin - Heidelberg, 2008, p. 161-173
  10. Beth Shapiro, Andrew Rambaut and M. Thomas P. Gilbert. "No proof that typhoid caused the Plague of Athens (a reply to Papagrigorakis et al.)", International Journal of Infectious Diseases 10 (2006): 334-335. (ISSN 1201-9712)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gomme, A. W., édité par A. Andrewes et K. J. Dover, An Historical Commentary on Thucydides, Volume 5. Book VIII, Oxford University Press, 1981. (ISBN 0-19-814198-X)

Articles connexes[modifier | modifier le code]