Pesiqta de-Rav Kahana

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La Pessikta deRav Kahana (judéo-araméen : פסיקתא דרב כהנא Pesiqta de-Rav Kahana, « Sections de Rav Kahana ») est un recueil de midrashei aggada (homélies rabbiniques) sur les fêtes et sabbats spéciaux au cours de l’année. Compilé en Galilée vers le Ve siècle de l’ère commune, ce recueil est l’un des plus anciens midrashim connus.

Objet du midrash[modifier | modifier le code]

La Pessikta deRav Kahana consiste, dans l’édition critique Mandelbaum qui fait référence, en 28 sermons sur des versets plus divers appendices.

Une première section traite des sections de la Torah lues lors des chabbatot particuliers et des jours saints. L’auteur commence par le sermon du chabbat de Hanoucca car celui-ci revient le plus régulièrement dans le cycle triennal selon lequel les Juifs en terre d’Israël lisent la Torah. Une autre section prend pour point de départ les sections prophétiques lues à l’occasion des chabbatot de deuil et de consolation qui commencent le 17 tammouz et prennent fin à l’approche de Roch Hachana (cet ouvrage constitue d’ailleurs la première trace d’une telle institution). Trois sermons ont pour objet les sections pénitentielles Dirshou (chabbat précédant Roch Hachana), Selihot et Shouva (chabbat précédant Yom Kippour).

Manuscrits et questions de critique textuelle[modifier | modifier le code]

Il y a sept manuscrits principaux, auxquels s'ajoutent divers fragments en provenance de la gueniza du Caire. Aucun manuscrit n'a exactement le même plan, ce qu'il est important de noter car l'ordre des sections pose un singulier problème de critique historique.

Tableau des sections dans les sept manuscrits[modifier | modifier le code]

Pour le titre et le contenu des sections, se référer au plan détaillé ci-après.

א[1] צ[2] כ[3] פ[4] ק[5] א[6]1 א[7]2
1. (sabbat de) Hanukka 1 1 8 1 5 19
2. sabbat sheqalim 2 2 9 2 6 20
3. sabbat zakhor 3 add.[8], 3 10 3 7 21
4. sabbat parah 4 11 4 8 22
5. sabbat ha-hodesh 5 7 5 9 23
6. 1er sabbat de Nissan 6 12 6 10 28
7. Pâque (sa. interm. ?) 13 7[9] 11 ?
8. 2e jour de Pâque 7 14 8 12 25
9. 1er jour de Pâque 8 18 9 24
10. sa. inter. Pâ. + sukkôt 9 5 19 (10) 29
11. Dernier jour de Pâque 10 4 (déb. §2) 15 (11) 13 26
12. Shavuôt 11 6 16 (12)[10] 14 (déb. §2) 27
13. 3e sa. avant 9 av 12 7 x 15 1
14. 2e sabbat avant 9 av 13 8 x 16 2
15. sabbat avant 9 av 14 9 x 17 3
16. sabbat après 9 av 15 10 x 18 4
17. 2e sa. après 9 av 16 11 début §3 19 5 (déb. §3)
18. 3e sa. après 9 av 17 12 x 20 6
19. 4e sa. après 9 av 18 13 1[11] x 21 7
20. 5e sa. après 9 av 19 14 2 x 22 8
21. 6e sa. après 9 av 20 15 3 x 23 9
22. 7e sa. après 9 av 21 16 24 10
23. Rosh ha-Shana 22 17 1 (déb. §3) 11
24. shabat shuvah 23 18 6 x 2 12
25. Seliḥot (av. YK) 24 19 (x)[12] 3
26. Yôm Kippour 25 20 17 x
27. Sukkôt 26 21-22 27 x
28. shemini 'atsèrèt 27[13] 25 21[14] 4[15] 17
App. 1a-c (sim'hat Torah) 24 (b-c) 23 (a-c)[16] 25 (b) 18 (a, c)
App. 2 (sukkôt, 2e j.) 23
App. 3 x[17]
App. 4 26
App. 5 x[18] x[19]
App. 6 (= n°22) 4 x x
App. 7 (darshû) 5 x

Sections secondaires[modifier | modifier le code]

On sait qu'en Terre d'Israël, la Torah est divisée en un peu plus de 150 seder qui sont lus selon un cycle de trois ans et demi à peu près ; la dernière lecture de ce cycle donne lieu à une fête spéciale dans la diaspora, où on lit la Torah selon un cycle annuel de parashiyôt, la fête de sim'hat Torah. Cette section dans l'ouvrage est donc secondaire, de même que les sections pour un deuxième jour de fête que l'on trouve dans certains manuscrits.

Début du cycle des fêtes à Rosh ha-Shanâ ou à Hanukkâ ?[modifier | modifier le code]

Comme on le voit dans le tableau, 3 manuscrits (Oxford, Paris et Rome) commencent à Hanukkâ par le cycle des fêtes qui conduisent à Pâque, 3 manuscrits (Parme, Oxford 2 et sans doute Cambridge) commencent par le cycle des 10 sabbats qui conduisent à Rosh ha-Shanâ et 1 manuscrit (Oxford 1) commence par Rosh ha-Shanâ lui-même.

Le début de l'année à Rosh ha-Shana est logique si l'on considère que le "premier jour du septième mois" est, effectivement, le début de l'année. Mais le texte biblique, qui situe plutôt le début de l'an au premier mois, le mois de la fête de Pâque, ne dit rien de tel et cette question a posé problème aux Tannaïm puisque la mishnâ va jusqu'à dire qu'il y a quatre débuts de l'an: le 1er nisan "pour les rois et les fêtes de pèlerinage", le 1er élul pour la dîme du bétail (opinion discutée), le 1er tishré "pour les années, les années sabbatiques (shmitâ), les jubilés, les plantations et les légumes", et le 1er shevat pour les arbres (opinion discutée)[20]. Du moins elle ne mentionne pas de début de l'an à Hanukkâ ni à la période qui précède le 9 av. C'est pourtant ce que l'on constate dans certains manuscrits et cela mérite d'être discuté.

On peut expliquer le début de l'ouvrage au sabbat de Hanukkâ par le fait que l'intention première de l'ouvrage aurait été de donner les commentaires pour les lectures des sabbats spéciaux, et non pour les fêtes de pèlerinage, Pessa'h (Pâque), Chavouot (Pentecôte), Souccot (Cabanes), auquel cas, selon la mishnâ, l'ouvrage aurait dû commencer par Pâque (ou au moins les sabbats qui la précèdent); or le sabbat de Hanukkâ est le premier sabbat spécial qui tombe après le 1er tishré. C'est dans un second temps que l'on aurait ajouté aussi des sections pour les fêtes de pèlerinage.

La fête de Rosh ha-Shanâ peut bien avoir lieu chaque année le premier jour du septième mois, son thème est avant tout l' "acclamation" (yôm teruâ dit le texte biblique) et non pas le début de l'année, même si l'expression est utilisée au début de la pisqâ et si, par ailleurs, on trouve à cet endroit, comme premier rabbin cité, le nom de Rav Kahana, par lequel est désigné l'ouvrage au moins depuis le Moyen Âge. Mais il en résulte une certaine contradiction avec la mishnâ que l'on a citée, puisque c'est la fête des Cabanes (section 27) qui constituerait la première fête au lieu de Pâque.

On voit que les des deux débuts habituellement présentés comme originels (à Rosh ha-Shanâ par Zunz, Mandelbaum, etc.; à Hanukkâ par Buber, Goldberg, etc.) ne vont pas sans poser des problèmes. Peut-être sont-ils tous les deux "originels", au sens où ils témoigneraient de deux traditions. On peut en effet considérer qu'il y a une autre bonne raison de commencer le cycle à Hanukkâ, c'est sa coïncidence approximative avec le début de l'an de l'année civile romaine, le 1er janvier. Cela ne devait pas aller de soi pour un courant attaché strictement à la tradition des Sages d'Israël. De ce fait serait apparue une autre tradition, reculant le début de l'an à Rosh ha-Shanâ, qui est le début logique d'un cycle annuel. En faveur de ce point de vue, on pourrait invoquer le fait que le début de la section de Hanukkâ, fait plusieurs allusions polémiques au christianisme[21] et que dans un recueil chrétien d'homélies contemporain, conservé en géorgien, l'année liturgique commence par une fête mariale située avant la fête des Théophanies le 6 janvier[22]. Or il y a précisément une polémique contre Marie Théotokos dans ce début de section (PRK I 3).

Plan de l'ouvrage[modifier | modifier le code]

Jacob Neusner[23] a observé que les différentes sections de l'ouvrage ont été composées selon le même plan : d'abord une partie comprenant des petihôt, c'est-à-dire des ouvertures, une citation d'un verset biblique dont le commentaire conduit pas à pas au premier verset de la parashâ du jour, et ensuite une partie comprenant simplement des interprétations (aggadiques ou parfois halakhiques) sur la parashâ du jour, c'est-à-dire des derashôt. La première a son milieu d'origine dans la prédication synagogale (bêt knesset), la seconde dans l'étude et le commentaire midrashique (bêt midrash). Il a nommé la première partie, par allusion à une méthode musicale bien connue, « commentaire contrapunctique », et la seconde, « commentaire analytique ».

La polémique anti-christianisante[modifier | modifier le code]

Sans vouloir majorer l'importance de la polémique contre le christianisme dans l'ouvrage primitif, plusieurs auteurs se sont évertués à y trouver des allusions, avec plus ou moins de bonheur. Outre le travail de Leo Baeck cité plus haut, on peut relever au moins les passages suivants :

Mais l'influence est à double sens, en quelque sorte, puisque le cycle des lectures des 3 sabbats de châtiment et 7 sabbats de consolation a influencé le lectionnaire chrétien de Jérusalem, sans doute par l'intermédiaire d'une source judéo-chrétienne[38]. Et c'est vraisemblablement contre ce courant christianisant interne au judaïsme palestinien de cette époque, que s'est exercée la polémique qui affleure dans l'ouvrage.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Oxford, Bodléenne, Catalogue Neubauer, 151 (1), XIIIe s. Origine: Ashkénaze. Base de l'édition de référence (Mandelbaum). Utilisé dans l' editio princeps (Buber).
  2. Paris, Bibl. de l'Alliance israélite, XVIe s. Origine: Safed. Base de l'édition de Buber.
  3. Cambridge, add. 1479, XVe-XVIe s. Origine: Carmoly/Afrique du Nord. Utilisé par Buber.
  4. Parme, Catalogue De Rossi, 261, XIIIe-XIVe s. Utilisé par Buber.
  5. Rome, Casanatense, 3324, XVIIe s. Origine italo-espagnole.
  6. Oxford, Bodléenne, Catalogue Neubauer, 2334-11, XVIe s. Origine espagnole.
  7. Oxford, Bodléenne, Catalogue Neubauer 152, anno 1474. Origine espagnole.
  8. Addition au début de la pisqa
  9. Sert de base à l'édition de cette pisqa.
  10. Bien que les sections 10-12 soient indiquées par Mandelbaum dans sa description du ms. (p. 10 héb.), le sigle n'apparaît pas dans l'édition de ces sections, sans doute parce qu'elles sont empruntées à d'autres midrashim. Le ms. contient sept autres sections (13-19), qui ne sont pas non plus éditées par Mandelbaum; 17 et 19 sont pour Rosh ha-Hashanâ (tradition babylonienne d'un second jour de fête).
  11. Mutilé au début; le ms. commence au §3.
  12. Inséré en raccourci dans la pisqa 24
  13. Précédé d'une section propre, ce qui porte à 28 le nombre de pesiqtôt dans ce ms.
  14. Le ms. insère comme n°22, une section intitulée hilkhôt nisûkh ha-mayîm.
  15. Commence dans le §5.
  16. Le ms. insère comme n°24 et 25 des sections en usage hors de la Terre d'Israël: une section intitulée parashat we-h' paqad et sarah (= Gn. 21, 2e jour de Rosh ha-Shanâ ?) et une section parashat yôm b wa-yehi ahar ha-devarîm ha-elê (Gn. 22, 2e jour de Pâque ?).
  17. Inséré dans la pisqa 5 (= 7 du ms.).
  18. Après la pisqa 21
  19. Après la pisqa 20
  20. mishna Rosh ha-Shanâ, I 1
  21. Voir spécialement L. BAECK, “Zwei Beispiele midraschischer Predigt”, MGWJ 69 (1925) 258-271 et “Haggadah and Christian Doctrine”, Hebrew Union College Annual, 23 (1950-51), 549-560.
  22. Voir La fête de Marie au début de l'année et le 25 mars
  23. Voir bibliographie.
  24. Midrash we-aggadâ, Tel Aviv, 5753 (tableau des sections selon l'ordre annuel)
  25. conjoncture Bible de Jérusalem : à Adam, lieu-dit.
  26. Comparer II Chr. 24, 20-22
  27. Leçon des manuscrits OS (vol. II, p. 334)
  28. Neusner ajoute par erreur « XII »
  29. Neusner place par erreur cette derasha avec A.1-5
  30. R.T. HERFORD, Christianity in Talmud and Midrach, 1903, réimpr. 1975, p. 336 et O. IRSHAY, « Yaaqov ish Kfar Nevuria — hakham shenikhshal beminut », Mehqarei Yerushalaim bemahshevet Israel, 2 (5743), 153-168.
  31. MANDELBAUM, o.c., p. XXVII
  32. L.M. BARTH, « Reading Rabbinic Bible Exegesis », Approaches to Ancient Judaism 4 (1983), 81-93, p. 90-91
  33. S. VERHELST, « Trois remarques sur la Pesiqta de-Rav Kahana et le christianisme », Le judéo-christianisme dans tous ses états (colloque de Jérusalem juil. 1998, Lectio divina-hors série), Paris, 2001, 366-380, p. 378.
  34. HERFORD, ibid., p. 152 ; aussi F. MANNS, « La polémique contre les judéo-chrétiens en Pesiqta de Rav Kahana 15 », Liber Annuus, 40 (1990), 211-226.
  35. L.M. BARTH, « The “three Rebuke” and the “seven Consolation” Sermons in Pesikta de Rav Kahana », Journal of Jewish Studies, 33 (1982), 503-515.
  36. VERHELST, ibid., p. 379.
  37. L. H. SILBERMAN, « Challenge and Response. Pesiqta de Rab Kahana Chapter 26 as an Oblique Reply to Christian Claims », Harvard Theological Review, 79 (1986), 247-253.
  38. VERHELST, ibid., p. 376-378

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • B. MANDELBAUM, Pesiqta de-Rav Kahana according to an Oxford Manuscript with Variants from all Known Manuscripts and Genizoth Fragments and Parallel Passages with Commentary and Introduction, 2 vol., 1re éd., New York, 1962
  • A. GOLDBERG, recension de Mandelbaum dans Qiriat sefer, 43 (5728), 68-79
  • J. NEUSNER, From tradition to imitation: the plan and program of Pesiqta Rabbati and Pesiqta deRab Kahana (Brown Judaic studies , 80), Atlanta, 1987

Liens externes[modifier | modifier le code]