Opération Cobra

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Opération Cobra
Opération Cobra, 24-31 juillet 1944
Opération Cobra, 24-31 juillet 1944
Informations générales
Date 25 juillet - 30 juillet 1944
Lieu Cotentin, France
Issue Victoire Alliée
Belligérants
Drapeau des États-Unis États-Unis Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Commandants
Drapeau des États-Unis General Omar Bradley
Drapeau des États-Unis George S. Patton
Drapeau de l'Allemagne General SS Paul Hausser
Forces en présence
8 divisions d’infanterie,
4 divisions blindées
2 divisions d’infanterie,
11 bataillons d’infanterie,
2 divisions Panzer,
1 division Panzergrenadier
Pertes
1800 tués ou blessés 3200 tués,
12800 prisonniers de guerre
Seconde Guerre mondiale
Batailles
Bataille de Normandie
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Coordonnées 49° 06′ 55″ N 1° 05′ 25″ O / 49.115277, -1.090277 ()49° 06′ 55″ Nord 1° 05′ 25″ Ouest / 49.115277, -1.090277 ()  

L’opération Cobra est le nom de code de l'offensive américaine menée fin juillet 1944 dans le Cotentin pendant la bataille de Normandie afin de s'ouvrir la route de la Bretagne, et d'enfoncer les lignes de défense allemandes. La concentration de forces suivie d'une projection soudaine évoque l'image de la brusque détente d'un serpent cobra. La réussite de cette opération, par la percée d'Avranches puis le contournement des lignes allemandes, en fait le tournant majeur de l'offensive alliée en Normandie.

Contexte[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille des Haies.

Près d’un mois et demi après le débarquement du 6 juin, les Américains ont peine à avancer dans le bocage normand avec des pertes importantes pour un minimum de gains. Des centaines de milliers d'hommes commencent à saturer l'espace de la tête de pont. Il leur est impossible de lancer leurs chars à travers des champs barrés par de hautes haies et les chemins creux qui masquent des canons antichars allemands.

Le terrain est favorable aux actions défensives basées sur l'embuscade et le coup de main, dont les Allemands savent habilement tirer parti. Ils utilisent de façon judicieuse les haies, les chemins creux, les zones marécageuses : ils disposent aussi d'un armement adapté au combat rapproché ; plusieurs lignes de défense prennent appui sur les épaisses haies et brisent invariablement les attaques successives des forces américaines. Quelques haies prises à l'ennemi constituent une progression spectaculaire pour une journée de combat. Les pertes du côté des Américains sont très lourdes.

La progression américaine, entre La Haye-du-Puits et Lessay, leur coûte 1 000 morts au km et la seule capture du mont Castre, 5 000 hommes. Sur la commune de Montgardon, près de La Haye-du-Puits, trois mètres conquis coûtent un homme à la 79e division d'infanterie américaine. Les soldats sont épuisés, d'autant que pendant cette fin du mois de juillet des pluies continuelles finissent par user les troupes et retardent toute offensive.

Article détaillé : Bataille de La Haye-du-Puits.

Monter une attaque massive pour permettre à l'armée américaine de faire irruption plus au sud s'impose. Dans une région découverte, elle prouverait sa plus grande mobilité et sa supériorité numérique.

Les forces américaines[modifier | modifier le code]

Paysage typique de bocage de la région normande
Obusiers M114 de 155 mm vers Périers
Char américain dans Coutances
Ruines à Coutances

C'est au VIIe corps, commandé par le général Lawton Collins, qu'est dévolue la mission de percer le front allemand. Six divisions dont deux blindées sont massées sur un front de huit kilomètres.
La 9e division d'infanterie et la 30e division d'infanterie doivent passer la brèche, suivies par la 1re division d'infanterie. Les divisions blindées doivent s'engouffrer pour se ruer sur les arrières des Allemands.

George Patton est arrivé avec la IIIe armée américaine dans le Cotentin (pour l'anecdote, il connaît la région d'Avranches car son voyage de noces l'a conduit au Mont-Saint-Michel). Pour s'affranchir des obstacles formés par les haies, ses chars sont désormais équipés du dispositif « hedgecutter » que vient de mettre au point le sergent Curtis G. Culin : les blindés défoncent et traversent les haies avec une facilité dérisoire. Les chars ainsi équipés étaient surnommés « rhinocéros ».

Les unités allemandes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Ligne Mahlmann.

Ce sont des unités usées par des semaines de combat. Les renforts arrivent au compte-goutte. Un total de 8 000 hommes et d'une cinquantaine de chars devront s'opposer à la percée américaine. La Panzer Lehr, présente sur le front, a beaucoup souffert des derniers combats. La 2e Panzerdivision SS (Das Reich), la 17e Panzergrenadier SS, la 5e Fallschirmjäger-Division, bien qu'amoindries constituent encore une menace sérieuse.

La percée[modifier | modifier le code]

Le général Omar Bradley, commandant de la 1re armée, la conçoit ainsi : un bombardement aérien de saturation (tactique du « tapis de bombes ») sur un périmètre restreint doit annihiler toute défense et créer la brèche dans laquelle devraient s'engouffrer ses unités. Son choix s'est porté sur un quadrilatère entre les villages de La Chapelle-Enjuger et Hébécrevon, à quelques kilomètres au nord de la grande route joignant Saint-Lô à Périers.

Début juillet 1944, les Britanniques lancèrent l'opération Goodwood, une opération blindée à l'est du front, visant à dégager la ville de Caen. Les meilleures troupes allemandes restent devant les Anglo-Canadiens. La répartition des forces allemandes sur le front est déséquilibrée : 600 chars devant les Anglo-Canadiens contre 110 devant les Américains.

Décidé initialement pour le 20 juillet, le bombardement est repoussé de quelques jours pour cause de mauvais temps. Une première tentative, le 24 juillet, tourne au désastre à cause d'une gaffe dans les communications. De nombreux avions alliés bombardent une partie des premières lignes américaines, tuant 25 soldats américains et blessant 131 hommes. « Certaines unités américaines, folles de rage, ouvrirent le feu sur leur propre aviation »"[1].

Le lendemain, 25 juillet, à partir de 9 h 40 et durant une heure, 1 500 B-17 et B-24 labourent leurs cibles, appuyés de 1 000 autres bombardiers moyens et chasseurs-bombardiers : le plus grand bombardement en tapis de la Seconde Guerre mondiale est en cours, 4 000 tonnes de bombes seront lâchées ce jour-là, 60 000 bombes pour 12 km2 de bocage, soit 5 000 bombes incendiaires au km². Un pilonnage de la zone sera suivi par 1 100 pièces d'artillerie, transformant le bocage en paysage lunaire. La commune de La Chapelle-Enjuger est rayée de la carte. Le front américain fut secrètement reculé de plusieurs kilomètres afin de ne pas risquer de le voir pilonner une seconde fois. Malheureusement ce ne fut pas assez. Il y eut 111 tués dans les rangs américains dont le Lieutenant général Lesley McNair — le plus haut gradé américain mort au combat sur le théâtre des opérations européen — et 490 blessés. Des hommes furent déchiquetés, des chars projetés en l'air comme des jouets, des soldats perdirent la raison. Après ce désastre le général Bradley se souvient, qu'Eisenhower, complètement abattu, décida de ne plus appuyer les offensives au sol par des bombardements lourds[2],[3].

En revanche, la Panzer Lehr Division du lieutenant-général Fritz Bayerlein est pulvérisée. Des chars Panther de 45 tonnes sont détruits par le souffle des déflagrations, des fantassins sont enterrés vivants dans leurs abris. En quelques heures, 1 500 hommes sont hors de combat, tués, blessés, et la plupart des chars détruits. En tant qu'unité opérationnelle, la Panzer Lehr n'existe plus. L'après-midi, les 9e et 30e divisions américaines attaquent la zone et se heurtent, malgré tout, à des petits îlots de résistance, des groupes de combat, un canon et quelques fantassins, constituent les principaux noyaux allemands de résistance. Mais dès le lendemain, les troupes américaines occupent les objectifs désignés et le général Collins lance trois colonnes de blindés dans un étroit goulot au travers du front allemand : première colonne vers Coutances, deuxième et troisième colonnes dans une mission de flanc-garde ou protection.

Entre Marigny et Saint-Gilles, les Américains s'engouffrent dans la brèche et foncent vers le sud. Le 26 juillet, le VIIe corps américain du général Collins progresse d'une dizaine de kilomètres, enlevant Saint-Gilles puis Canisy après avoir franchi la route allant de Coutances à Saint-Lô. Devant la menace d'encerclement qui se précise, les Allemands décrochent dans la nuit du 27 au 28 juillet 1944. Vingt mille hommes du 84e corps échappent à l'encerclement. Les divisions blindées américaines déferlent irrémédiablement vers le sud et l'ouest. Lessay et Périers sont enlevées dans la journée. Coutances est libérée le 28 par la 4e division blindée américaine du général Wood. Cette avance foudroyante a encerclé des éléments en retraite du 84e corps allemand autour de la localité de Roncey. Des éléments de diverses unités, malgré une tentative de percée des lignes américaines, sont capturés, désarmés et le plus souvent laissés sur place, faute de temps pour les conduire vers un camp. Ces unités laisseront derrière elle d'énormes quantités de matériels : pièces d'artillerie, canons automoteurs, camions, etc. Choltitz, commandant du 84e corps allemand, tente vainement de reconstituer de nouvelles lignes de défense, devenues caduques avant même d'avoir pu être édifiées. Rien désormais ne peut plus stopper les Américains.

Le 30 juillet, la 6e division blindée américaine du général Grow traverse Bréhal et Granville sans s'arrêter. Le soir même, Wood, fonçant toujours en pointe, s'empare d'Avranches. Dès le lendemain, il réussit à prendre intact le pont de Pontaubault, sur la Sélune, voie de passage du plus haut intérêt stratégique vers la Bretagne qu'envahit le VIIIe corps d'armée américain du général Troy Middleton. L'offensive détruisit l'effectif de 8 divisions allemandes : 28 000 hommes furent faits prisonniers en juillet 1944 dont 20 000 au cours des six premiers jours de l’opération Cobra, 12 000 hommes furent tués. Cependant, de 15 000 à 20 000 hommes réussiront à se replier au sud est de la Sienne. En moins d'une semaine, les troupes de Bradley ont réalisé une percée de 60 kilomètres.

La bataille vient brutalement de changer de visage. La rupture est faite et la guerre d'usure cède alors la place à une guerre de mouvement.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Paul Fussell, "A la guerre. Psychologie et comportements pendant la seconde guerre mondiale", Paris, Seuil, collection Points, 2003, p.27
  2. Paul Fussell "A la guerre. Psychologie et comportements pendant la seconde guerre mondiale", Paris, Seuil, collection Points, 2003, p.28
  3. Omar N. Bradley et Clay Blair, A General's Life, New York, 1983, p.280

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]