Peinture râjput

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Courtisane mélancolique. Bundi ou Kota, 1610. Or, encre et couleurs sur papier, 32.7 × 27.3 cm. Metropolitan Museum of Art

L'expression « peinture râjput »  désigne diverses écoles de peinture indienne qui sont apparues au XVIe siècle ou au début du XVIIe siècle et se sont épanouies au cours du XVIIIe siècle dans les cours royales du Râjputâna en Inde.

Histoire et thématiques[modifier | modifier le code]

Du XVIe siècle au XIXe siècle dans les royaumes du Râjasthan, ces écoles (à proprement parler : « râjput »), héritent de traditions variées. Certaines sont issues de la peinture moghole qui provient elle-même du métissage de l'art des miniatures persanes, du naturalisme indien et des miniatures et gravures occidentales. Mais beaucoup conservent l'efficacité du trait elliptique et de l'à-plat qui caractérise la miniature pré-moghole et les arts populaires du Râjasthan[1]. Quant aux vallées situées sur les contreforts de l'Hymâlaya, dans les collines du Panjab et anciens royaumes rajputs, étant plus éloignées des grands centres de culture moghole, elles ont vu fleurir un art très individualisé : la peinture pahârî, assilimée elle aussi à l'ensemble des peintures râjput. Cette peinture pahâri ne subit une influence moghole qu'à partir de 1739, à la suite du sac de Delhi par Nâdir Shâh[2]. Des peintres formés à l'école moghole viennent alors se réfugier dans ces collines, dans les cours de Guler, de Kangrâ, de Chambâ et de Nûrpur. Leur style effectue la synthèse des deux formes, et apporte le raffinement à des motifs qui gardent certains traits esssentiels des styles locaux ainsi que leurs thèmatiques.

En effet, à la différence de l'art moghol qui reflète une culture islamique, la peinture râjput est d'abord d'essence religieuse dans un contexte hindou et manifeste le mouvement dévotionnel de la bhakti ainsi que la renaissance des cultes rendus aux deux principaux avatâra de Vishnu : Râma et Krishna. Elles illustrent en particulier des épopées comme le Rāmāyana : « le parcours de Rāma », et le Mahābhārata : la vie de Krishna. Mais évoquent des thémes profanes, l'amour profane et le sentiment amoureux [3].

Écoles[modifier | modifier le code]

Sur une période d'environ 300 ans, débutant au XVIe siècle, les plus célèbres écoles de peinture râjput sont les écoles de Mewar, Bûndî - Kota, Jaipur, Bîkâner, Kishangârh et Jodhpur, dans l'État de Mârwar ou Mârvar, toutes au Râjasthan auxquelles il convient[N 1] d'adjoindre l'école Pahari (en), des anciens royaumes rajputs situés sur les contreforts de l'Himalaya. Chaque "école" concerne plusieurs lieux de production :

Pari (ou Peri) conduisant un animal composite d'inspiration persane. Peinture Rajput. XIXe siècle ? Bhopal Archaeological Museum

Pratiques picturales[modifier | modifier le code]

Chaque royaume râjput développe son propre style, ce qui donne naissance à plusieurs « écoles », mais avec certaines caractéristiques communes à tous ces styles. Il existe ainsi peu de peintures sur panneau de bois. Les miniatures râjput sont essentiellement sur papier, sous forme de miniatures dans des manuscrits .

Par contre de nombreuses peintures murales ont également été réalisées dans les palais, à l'intérieur des forteresses et des havelîs, en particulier celles de la région du Shekhawati.

Les pigments, plus ou moins opaques ou utilisés en lavis, sont extraits de certains minéraux, comme les terres d'ocre et le lapis-lazuli ou proviennent de sources végétales comme le noir de fumée, la gomme arabique servant de liant. On utilise parfois l'or et l'argent. Les miniatures sont réalisées sur divers papiers, la peinture à l'aquarelle, plus ou moins opaque, n'est appliquée qu'après un dessin précis sous forme d'esquisse. Ce dessin est parfois composé sur une feuille différente et transféré sur le vasli définitif après perforation de l'esquisse avec un tampon de poudre noire[5].

Caractères stylistiques généraux à la peinture râjasthâni[modifier | modifier le code]

  • Le trait est rapide et simplificateur. Il s'autorise un certain schématisme et une forte stylisation qui harmonise les différents effets graphiques. Ainsi pour les corps des dieux, des humains ou animaux, la courbe souple évoque les formes et respecte les proportions sans jamais entrer dans le détail comme le fait la peinture moghole, à l'exception de Kishanghar au XVIIIe siècle[6].
  • Les villes et autres constructions sont évoquées par des vues frontales, tracées à la règle. Certaines terrasses et bassins pouvant apparaître en perspective cavalière.
  • Les volumes des corps sont évoqués par un léger passage de teinte, du sombre au clair ou de l'intense au pâle, mais l'usage de l'à-plat reste courant dans toutes les écoles Râjput[7].
  • Les drapés et les motifs décoratifs qui les couvrent privilégient la répétition méticuleuse et la parfaite régularité des espacements.
  • Les végétaux, feuillages et fleurs, sont l'occasion de motifs composés où la nature est stylisée et souvent ré-inventée[8].

Galeries de peinture du Râjasthan[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Mewar[modifier | modifier le code]

Bûndî - Kotah[modifier | modifier le code]

Amber - Jaipur[modifier | modifier le code]

Mâlva[modifier | modifier le code]

(Mârvar de) Kishangarh[modifier | modifier le code]

(Mârvar de) Bikaner[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il convient de faire cette extension à l'école Pahari en s'appuyant sur : Ahluwalia, Roda 2008 et Goswamy, BN and Fischer, Eberhard 2009

Références[modifier | modifier le code]

  1. Chakraverty, Anjan 2005, pages 21 sq., 31, 76.
  2. Édith Parlier-Renault, 2010, p. 205
  3. Édith Parlier-Renault, 2010, p. 203
  4. Avec une peinture bien caractérisée : voir l'article : Nathdwara Painting (en)
  5. Chakraverty, Anjan 2005, pages 28-29.
  6. Voir dans la galerie la joueuse de tanpura, vers 1735.
  7. Chakraverty, Anjan 2005, page 77 : Ananda Coomaraswamy, History of Indian and Indonesian Art , 1927, p. 128.
  8. Chakraverty, Anjan 2005, page 97.
  9. Bréviaire amoureux.
  10. Kossak, Steven 1997, page 96.
  11. Barrett, Douglas et Gray, Basil 1963, page 157.
  12. Chakraverty, Anjan 2005. Page 29.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Aitken, Molly Emma, The intelligence of tradition in Rajput court painting, New Haven, Yale University Press,‎ 2010, 340 p. (ISBN 978-0-300-14229-7)
  • (en) Ahluwalia, Roda, Rajput painting  : romantic, divine and courtly art from India, London, British museum press,‎ 2008, 176 p. (ISBN 978-0-7141-2435-3)
    Bonne synthèse, bien illustrée.
  • Barrett, Douglas et Gray, Basil, La peinture indienne, Suisse, Skira,‎ 1963, 211 p.
    Par les conservateurs du British Museum. Sur la peinture Rajput : pages 131 - 159.
  • Chakraverty, Anjan, La miniature indienne, Paris, Charles Moreau/ROLI,‎ 2005, 140 p. (ISBN 2-909458-29-6)
    Synthèse rapide, illustrée. Sur la peinture Rajput : pages 75 - 102.
  • Goswamy, Brijindra Nath : catalogue. Photographies: Jean-Louis Nou, Rasa, les neuf visages de l'art indien  : Galeries nationales du Grand Palais, 13 mars-16 juin 1986, France, Association française d'action artistique,‎ 1986, 333 p. (ISBN 2-86545-043-0)
    Approche thèmatique, études œuvre par œuvre.
  • Édith Parlier-Renault (sous la direction de), L'art indien : Inde, Sri Lanka, Népal, Asie du Sud-Est, Paris, PUPS : Presses de l'Université Paris-Sorbonne,‎ 2010, 419 p. (ISBN 978-2-84050-702-4)
  • (en) Goswamy, BN and Fischer, Eberhard, Pahari Masters : Court Painters of Northern India, New Delhi, Niyogi Books, by arrangement with Museum Rietberg Zurich, Artibus Asiae,‎ 2009, 391 p. (ISBN 978-8189738-46-4). Format : 30 × 23,5 cm. Première édition 1992.
  • (en) Kossak, Steven, Indian court painting  : 16 th - 19 th century, London, Thames and Hudson,‎ 1997, 142 p. (ISBN 0-500-23736-0)
    Catalogue, bien illustré, études œuvre par œuvre.

Articles connexes[modifier | modifier le code]