Pectinatella magnifica

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Pectinatella magnifica, appelée « Pectinatelle » en français, est un bryozoaire d'eau douce plutôt thermophile, habitant les eaux stagnantes ou à faible courant, et formant des colonies massives, gélatineuses, visqueuses au toucher, mais de consistance ferme. La colonie est appelée zoarium (pluriel: zoaria).

Zoarium[modifier | modifier le code]

La masse principale du zoarium est formée par une gelée commune, autour de laquelle se distribuent les individus de la colonie appelés zoïdes. Chaque zoïde comprend une partie antérieure, le polypide, caractérisé par une couronne en U de 40-80 tentacules (lophophore) et une partie postérieure, le cystide, correspondant à la paroi du corps. Les zoïdes sont regroupés en des sortes de rosettes de 12 à 18 individus. La région entourant la bouche du polypide contient des pigments rouges bien visibles. À l'extrémité distale de chaque bras du lophophore et du côté anal du col du cystide, se trouvent des taches blanches (« white spots ») caractéristiques. En extension, le polypide mesure de l'ordre de 3 mm de la base de l'estomac jusqu'au lophophore étendu[1].

Les colonies sont fixées sur des substrats variés, des pierres, des branches mortes ou des racines partiellement ou entièrement immergées dans l'eau. Si elles se développent sur l'axe de la branche, elles sont souvent fusiformes, au ventre plus ou moins élargi, alors que celles fixées aux extrémités de la branche ont tendance à devenir globuleuses, en forme de massue ou de boule. Sur un substrat plat, elles forment des coussinets. En vieillissant elles peuvent se détacher du substrat et flotter à la surface de l'eau.

Ces colonies peuvent devenir très volumineuses, atteignant la taille d'un ballon de football ou même d'un pneu d'automobile.

Alimentation[modifier | modifier le code]

Comme tous les bryozoaires, P. magnifica est microphage. Elle filtre l'eau grâce aux tentacules du lophophore qui amènent ensuite les particules retenues vers la bouche. P. magnifica peut ainsi contribuer à l'autoépuration des eaux.

Reproduction[modifier | modifier le code]

P. magnifica produit des statoblastes, éléments de reproduction asexuée qui, chez cette espèce, sont de grande taille, de l'ordre d'un millimètre, légèrement incurvés, au contour plutôt circulaire. Ces statoblastes sont formés par une capsule renfermant du matériel germinatif et enchâssée dans un anneau pneumatique périphérique (flotteur) qui leur permet de flotter et de se disperser dans l'eau ; ce sont des flottoblastes. L'anneau est constitué de deux valves, l'une dorsale, l'autre ventrale, réunies par la suture. L'anneau porte des épines en forme d'ancre, à hampe aplatie pourvue de deux crochets qui servent aux flottoblastes à s'accrocher entre eux et/ou à un support dans l'eau, mais aussi au corps d'animaux aquatiques (poils ou plumes surtout) qui peuvent ainsi assurer leur dissémination bien au-delà de leur milieu aquatique d'origine. Le nombre des épines se situe entre 10 et 27.

Les statoblastes formés en été peuvent être libérés par la désagrégation accidentelle partielle ou totale de la colonie. Au cours de l'automne, les colonies de P. magnifica se décomposent toutes et libèrent les très nombreux statoblastes dont elles sont bourrées. Ces statoblastes passent l'hiver en quiescence et germent dès que la température de l'eau se rapproche de 18°-20°C (mai/juin en Ohio, USA)[2]. Les colonies qui se développent alors libèrent des larves (juillet, août) qui après avoir d'abord nagé librement dans l'eau, se fixent après métamorphose pour former de nouvelles colonies (reproduction sexuée). Ces colonies, tout comme les colonies parentales, qui persistent et s'accroissent[3], produisent des statoblastes qui assureront la reproduction asexuée de l'espèce.

Les très jeunes colonies de P. magnifica sont capables de se déplacer en glissant sur le substrat; lors de ce mouvement, elles peuvent s'étrangler pour former des colonies-filles qui se séparent lentement[4]. C'est là un moyen supplémentaire de multiplication.

Une espèce originaire de l'Amérique du Nord[modifier | modifier le code]

P. magnifica est une espèce invasive originaire de l'Amérique du Nord, découverte en 1851 dans les environs de Philadelphie (Pennsylvanie, USA) par Joseph Leidy (1823-1891) qui l'a décrite en septembre 1851 sous le nom inadapté de Cristatella magnifica [1]; reconnaissant vite son erreur, il en a fait deux mois plus tard Pectinatella magnifica [5].

Pour s'installer en Europe, P. magnifica a dû traverser l'océan, probablement dans l'eau de ballast d'un navire. C'est ainsi qu'elle est arrivée dans la région de Hambourg, sa première station européenne, où elle a été découverte par le zoologiste allemand Karl Kraepelin (1848-1915) en automne 1883 dans la Bille, une rivière tributaire de l'Elbe[6]. Elle s'est ensuite étendue vers le sud-est atteignant la région de Berlin (1902), la Pologne (1905) et la Tchécoslovaquie (1928), puis la Roumanie, au début des années 1960, et enfin la Turquie où elle a été signalée en 1957[7].

En 1972, P. magnifica a été rencontrée pour la première fois au Japon, dans le lac Kawaguchi au nord du mont Fuji[8]. En 1996, P. magnifica a été trouvée en Corée du Sud[9].

En France, P. magnifica a été découverte en 1995 dans l'étang de la Héronnière près de Nomexy (département des Vosges) dans la vallée de la Moselle. Cette découverte a été signalée en 1996[10]. Auparavant, elle avait déjà été trouvée en 1994 sur le canal de la Haute-Saône, à la hauteur de Bermont (Territoire de Belfort, région Franche-Comté); cette observation non publiée à l'époque, n'a été signalée qu'en 2002[11]. Actuellement, P. magnifica est connue de nombreuses régions de France dont la Corse (2006) et la Bretagne (2007). Elle a été observée dans l'Allier (en 2011 dans l'étang de Saint-Bonnet en forêt de Tronçais), et dans la région Midi-Pyrénées[12] notamment dans le Tarn à Albi et dans son affluent l'Agout à Ambres (2012). Elle a également été observée dans l'Yonne au déversoir de l'étang de Guédelon et en Moselle dans l'étang de Haspelschiedt (2013).

En Autriche, P. magnifica a été découverte en 1999 en Basse-Autriche près de la frontière avec la République tchèque. Dans les Pays-Bas. des statoblastes de P. magnifica ont été trouvés en avril 2003[13] et des colonies en septembre 2005[14]. En Suisse, la Pectinatelle a été vue pour la première fois en 2010[15].

Au Grand-Duché de Luxembourg, de très nombreuses colonies de P. magnifica ont été signalées en 2012 dans le lac de barrage de la Haute-Sûre dans le nord du pays[16]. Des statoblastes avaient été recueillis en septembre 2001 à quelques dizaines de mètres de la frontière germano-luxembourgeoise, du côté allemand, à Nennig (Saarland) dans un étang situé près de la Moselle et dans un diverticule de la Moselle[17].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • C. Bauer, J. Mildner, I. Šetlíková, « Das Moostierchen Pectinatella magnifica in Österreich », Österreichs Fischerei 63, 2010, p. 262-264.
  • B. Chanet, V. Maliet, G. Geimer, J. Massard, S. Sohier, « Pectinatella magnifica (Leidy, 1851) », DORIS, 29/5/2013, online [1].
  • J.L. d'Hondt, B. Condé, « Une espèce de Bryozoaire d’eau douce (Phylactolaemates) nouvelle pour la faune française : Pectinatella magnifica (Leidy, 1851) », Bulletin mensuel de la Société Linnéenne de Lyon 65, 1996, p. 322-326.
  • J.L. d'Hondt, J.P. Mignot, « À propos de l’introduction du bryozoaire phylactolaemate Pectinatella magnifica (Leidy, 1851) dans le lac de Vassivière en Limousin », Bulletin de la Société zoologique de France 135(1-2), 2010, p. 63-78.
  • K. Kraepelin, « Die Deutschen Süsswasser-Bryozoen. I. Anatomisch-systematischer Teil », Abhandlungen des Naturwissenschaftlichen Vereins in Hamburg 10, 1887, 168 p.
  • A. W. Lacourt, « A monograph of the freshwater Bryozoa : Phylactolaemata », Zoologische Verhandelingen 93, 1968, p. 1-159.
  • J. Leidy, « Cristatella magnifica, n. s. », Proceedings of the Academy of Natural Sciences of Philadelphia 5 (1850-1851), p. 265-266 [Issue Sept.-Oct. 1851].
  • J. Leidy, « On some American fresh-water Polyzoa », Proceedings of the Academy of Natural Sciences of Philadelphia 5 (1850-1851), p. 320-322 [Issue Nov./Dec. 1851].
  • J.A. Massard, G. Geimer, « Occurrence of Pectinatella magnifica (Leidy, 1851) (Bryozoa, Phylactolaemata) in the German-Luxembourg border region near Bech-Kleinmacher (Luxembourg) and Nennig (Germany) », Archives de l’Institut grand-ducal, section des sciences naturelles, physiques et mathématiques NS 44, 2002, p. 107-120. PDF
  • J.A. Massard, G. Geimer, « Die Süßwasserbryozoen in der Fauna Europaea 2004: Karten und Kommentare », Denisia 16, 2005, p. 167-174 [Fig. 5: ≠ Pectinatella magnifica = Plumatella geimermassardi, cf. Fig. 3]. Corrigendum.
  • J.A. Massard, G. Geimer, « Le bryozoaire d’eau douce Pectinatella magnifica, une espèce invasive nouvellement installée dans le lac de barrage d’Esch-sur-Sûre (Luxembourg) », In: 30e réunion annuelle des collaborateurs scientifiques du Musée national d’histoire naturelle, samedi 16 mars 2013, Centre culturel de rencontre Abbaye de Neumünster, Luxembourg-Grund, Luxembourg, Gouvernement du Grand-Duché de Luxembourg, Ministère de la culture, 2013, p. 6-7. [2] Diaporama [3]
  • J.A. Massard, G. Geimer, E. Wille, « Apparition de Pectinatella magnifica (Leidy, 1851) (Bryozoa, Phylactolaemata) dans le lac de barrage d'Esch-sur-Sûre (Luxembourg) », Bulletin de la Société des naturalistes luxembourgeois 114, 2013, p. 131-148. PDF
  • S. Mawatari, S., 1973. New occurrence of Pectinatella magnifica (Leidy) in a Japanese lake. Proceedings of the Japanese Society of Systematic Zoology 9, 1973, p. 41-43.
  • P. Notteghem, « Pectinatella magnifica (Leidy, 1851) : une nouvelle espèce de Bryozoaires pour la Bourgogne », Revue périodique de la Physiophile 74 (131), 1999: 12-25.
  • P. Notteghem, « Évolution de la distribution de la Pectinatelle, Pectinatella magnifica (Leidy, 1851), Bryozoaire d’eau douce, en France et en Europe », Revue scientifique Bourgogne-Nature 9/10, 2009, p. 188-197.
  • S. Oda, « Life cycle of Pectinatella magnifica, a freshwater Bryozoan », In: M. Hoshi & O. Yamashita (eds): Advances in invertebrate reproduction, 5, Elsevier Science Publishers B.V. (Biomedical Division), 1990, p. 43-48.
  • M. Prenant, G. Bobin, « Bryozoaires. Première partie. Entoproctes, Phylactolèmes, Cténostomes », Faune de France 60, 1956, 398 p.
  • J. E. Seo, « Taxonomy of the freshwater bryozoans from Korea », The Korean Journal of Systematic Zoology 14(4), 1998, p. 371-381.
  • M. van der Waaij, Dutch freshwater bryozoans (moss animals), online [4].
  • T.S. Wood, « Ectoproct Bryozoans of Ohio», Bulletin of the Ohio Biological Survey N.S. 8(2), 1989, p. I-X, 1-70.
  • T.S. Wood, « Bryozoans », In: J. Thorp & A. Covich (eds): Ecology and classification of North American freshwater invertebrates, 3rd ed., Academic Press, London, 2010, p. 437-451.
  • T.S. Wood, B. Okamura, « A new key to the freshwater bryozoans of Britain, Ireland and Continental Europe, with notes on their ecology », Freshwater biological Association Scientific Publication 63, 2005, p. 1-113.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Leidy 1851, Cristatella magnifica, n. s.
  2. Wood 1989, p.52.
  3. Oda 1990.
  4. Prenant & Bobin 1956, p. 164, Wood 2010, p. 442.
  5. Leidy 1851, On some American fresh-water Polyzoa.
  6. Kraepelin 1887, p. 133.
  7. Lacourt 1968, p. 100; Massard & Geimer 2002; Massard et al., sous presse.
  8. Mawatari 1973.
  9. Seo 1998.
  10. d'Hondt & Condé 1996.
  11. Rodriguez & Vergon 2002.
  12. Chanet et al. 2013.
  13. Massard & Geimer 2005, p. 170.
  14. van der Waaij, online.
  15. Massard et al., sous presse.
  16. Massard & Geimer 2013; Massard et al. (sous presse).
  17. Massard & Geimer 2002