Peau d'âne (film, 1970)

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Peau d'âne

Réalisation Jacques Demy
Scénario Jacques Demy
Acteurs principaux
Sociétés de production Parc Film
Marianne Productions
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre Film musical
Conte de fées
Sortie 1970
Durée 89 minutes (1 h 29)

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Peau d'âne est un film musical français de Jacques Demy, sorti en 1970 et inspiré du conte éponyme de Charles Perrault, paru en 1694.

Le film reprend l'intrigue du conte : une princesse forcée d'épouser son père fuit son royaume en se dissimulant sous une peau d'âne. Rendue repoussante aux yeux de tous, elle conserve son secret jusqu'à sa rencontre fortuite avec le prince d'un château voisin. Une fois leur amour avoué et l'identité de la princesse révélée, les noces des deux jeunes gens sont célébrées dans l'harmonie retrouvée. À cette histoire merveilleuse, le réalisateur apporte une esthétique « pop » caractéristique des années 1970 mais encore inédite dans le cinéma français.

Cette troisième collaboration entre Jacques Demy et Catherine Deneuve permet au réalisateur de réaffirmer la force et la singularité de son univers cinématographique, ce « Demy-monde » qui mêle références féériques et poétiques, et à l'actrice de gagner avec la Princesse un nouveau rôle de beauté iconique.

Considéré comme un film culte grâce à l'audace de ses thèmes et de son parti pris visuel ainsi qu'à sa musique signée Michel Legrand, Peau d'âne constitue le plus grand succès au box-office de Jacques Demy.

Il a été restauré à plusieurs reprises, en 2003 et en 2014, sous la houlette de la cinéaste Agnès Varda, compagne du réalisateur.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Il était une fois... un roi (Jean Marais), qui jouit d'un grand prestige auprès de ses sujets et voisins, et est marié à la plus belle et vertueuse des reines. Tous deux vivent en harmonie avec leur unique fille (Catherine Deneuve), et la prospérité du royaume est continuellement assurée par l'âne fabuleux qui habite leurs écuries et dont les déjections surnaturelles délivrent pierres précieuses et pièces d'or. Mais la reine est frappée par la maladie et fait promettre à son mari, sur son lit de mort, de ne prendre comme nouvelle épouse (la raison d'État exigeant un descendant mâle) qu'une femme plus belle qu'elle. Les efforts des ministres pour trouver une princesse à la hauteur de la défunte reine restent vains, jusqu'à ce qu'ils admettent que seule la propre fille du couple royal peut se prévaloir d'une telle beauté. Bien qu'un tel projet constitue un inceste, le roi décide de l'épouser, encouragé en cela par ses conseillers.

Photographie couleur aérienne d'un complexe d'élégants bâtiments de style « ferme provinciale », et de bois alentours.
Les scènes de la forêt et de la chaumière de Peau d'âne sont tournées aux alentours du château de Neuville, dans les Yvelines.

La princesse s'effraie d'un tel dessein, mais conserve des hésitations, sensible à l'insistance de son père et à l'amour qu'elle-même lui porte. Elle rend alors visite à sa marraine, la Fée des Lilas (Delphine Seyrig). Celle-ci, malgré un comportement curieux laissant entendre que sa relation avec le Roi est tendue, lui apprend à distinguer les amours : si l'on aime ses parents, on ne les épouse pas. Conseillée par cette dernière, la princesse tente, sans le contredire, de dissuader son père de son projet, en lui demandant tour à tour des services apparemment irréalisables : la réalisation de trois robes d'une extrême complexité, l'une couleur du Temps, l'autre couleur de la Lune, et la dernière couleur du Soleil. En dépit du coût du défi et des brefs délais accordés, le roi accède à sa requête. La princesse se résout alors, toujours guidée par sa marraine, à demander à son père un ultime et immense sacrifice : la peau de l'âne banquier, celui-là même qui fait la richesse du royaume. Contre toute attente, et après avoir reproché à sa fille de faire trop de caprices de coquetterie, le Roi accepte. Effarée par la dépouille de l'animal et ne pouvant plus se dérober devant son père, la princesse désespérée s'enfuit du château familial, cachée sous la peau de l'âne et munie de la baguette magique que lui a prêtée sa marraine la fée. Lorsque les chevaux qui traînent son carrosse s'arrêtent d'eux-mêmes en pleine forêt, la jeune fille qui a désormais l'apparence d'une gueuse s'enfonce dans les bois. Logeant dans une misérable hutte au fond d'un bois et travaillant comme souillon pour une vieille femme, elle doit affronter l'hostilité et les moqueries des habitants d'une ferme à proximité.

Le royaume dans lequel l'héroïne s'est établie a un prince (Jacques Perrin), qui languit après un amour qu'il n'a pas encore trouvé. Alors qu'il erre dans les bois, il fait la rencontre d'une rose qui lui conseille de persévérer dans sa quête. Suivant ses conseils, il découvre non loin dans une clairière une cabane en piteux état, celle de Peau d'âne, et aperçoit la jeune fille qui, se croyant seule, a alors revêtu ses atours de princesse. Il en devient immédiatement amoureux et, de retour dans son château, tombe malade d'amour. Ses parents, alertés de son état, lui offrent de l'aider : le Roi rouge (Fernand Ledoux) comme la Reine rouge (Micheline Presle) ne souhaitent qu'aider leur fils dans sa quête d'amour. Il demande alors à sa mère que celle que tous dénomment « Peau d'âne » lui prépare un gâteau. La jeune fille accède à sa requête et lui confectionne un « cake d'amour », dans lequel elle glisse discrètement un présent : un anneau d'or digne des parures qu'elle avait revêtues le jour où le Prince l'avait aperçue. Mais celui-ci manque de s'étouffer sur la bague en dévorant le gâteau ; il la conserve cachée en attendant que ses proches soient rassurés et le laissent seul. Il ressort alors la bague, et dans un rêve fait enfin la rencontre de la Princesse. Tous deux s'avouent mutuellement leur amour et expriment leur désir de vivre ensemble, libérés de leurs parents et des contraintes du protocole.

Photographie couleur d'un grand escalier circulaire intérieur, en pierre blanche.
C'est avec, en fond, les somptueux escaliers à double-hélice de Chambord que sont tournées les scènes dans la chambre du Prince et de l'essayage de la bague.

Sorti de ce doux songe, le Prince fait annoncer au château qu'il épousera la fille du royaume au doigt de laquelle la bague ira parfaitement. Une séance d'essayage est organisée et toutes les femmes se présentent dans l'espoir de se révéler être l'élue. Défilant par rang social, toutes ont droit à un essai, mais la séance s'éternise et le Prince perd espoir. Lorsque la séance prend fin, l'anneau ne s'est glissé à aucun doigt. On pense alors à convoquer la dernière jeune fille du royaume, la souillon Peau d'âne, qui était reléguée aux cuisines ; à la stupéfaction générale, l'anneau s'ajuste parfaitement à son doigt. Elle quitte alors son déguisement et apparaît dans toute sa splendeur dans sa robe couleur du soleil, provoquant l'émerveillement de tous. Les noces s'ensuivent : la Princesse épouse le Prince sous l'œil bienveillant de leur famille, y compris du Roi bleu, qui se rend au mariage en hélicoptère en compagnie de la Fée des Lilas. Cette dernière révèle alors à sa filleule que « tout est arrangé » et qu'elle-même épousera le Roi. La cérémonie se poursuit, et alors que défilent les invités prestigieux accourus de toutes parts, la page du conte se referme.

Le film s'achève sur les derniers vers du conte original :

« Le conte de Peau d’âne est difficile à croire,
Mais tant que dans le monde on aura des enfants,
Des mères et des mères-grands,
On en gardera la mémoire. »

Fiche technique[modifier | modifier le code]

  • Titre : Peau d'âne
Photographie en noir et blanc d'un homme en complet, à l'air grave.
L'influence de Jean Cocteau (ici en 1923) est très présente dans les choix de réalisation de Jacques Demy.

Distribution[modifier | modifier le code]

Interprètes des chansons

Production[modifier | modifier le code]

Genèse : des racines profondes[modifier | modifier le code]

Après quelques années passées aux États-Unis, entre 1967 et 1969, le souhait de Jacques Demy est de faire un film inspiré de la culture française, et en particulier de ses contes de fées et de leur merveilleux, qui lui inspirent « une très grande joie[6] ». Dès les années 1950, il a établi le script d'un hypothétique film sur La Belle au bois dormant, qui ne donne pas de suite ; mais les films qu'il réalise au début des années 1960, Lola (1961) et Les Parapluies de Cherbourg (1964), font déjà référence aux contes de fées et jouent avec leur codes[7].

Parmi les œuvres du conteur français Perrault, c'est Peau d'âne que Demy sélectionne, pour son étrangeté. Sa compagne et collègue cinéaste Agnès Varda, qui était partie avec lui en Amérique et l'avait accompagné dans son projet de film américain, Model Shop, explique plus tard ce choix par l'originalité de l'histoire : « C’est très bizarre, ce père qui veut épouser sa fille, qui s’obstine comme ça et elle qui se cache dans une peau d’âne. Jacques aimait beaucoup ce conte[6]. » et sa complexité : « Nous convenions que Peau d’âne était de loin le conte le plus complexe[8]. » Demy appréciait ce conte de longue date et l'avait monté dès l'enfance dans son propre théâtre de marionnettes[9],[10], de même que Cendrillon ou des contes des Frères Grimm[7] : « Autrefois, avant, quand j'étais enfant, Peau d'âne me plaisait particulièrement. J'ai essayé de faire le film dans cette optique, par mes yeux, comme ça, quand j'avais sept ou huit ans. » Il le cite dès 1962 comme l'un des scripts sur lesquels il travaille ; il envisage alors Brigitte Bardot et Anthony Perkins dans les rôles-titres[11],[9].

À la date où Demy élabore ce projet, le conte n'a alors bénéficié que d'une seule adaptation sur grand écran, en 1908, réalisée par Albert Capellani. Ce film muet en noir et blanc reprend le canevas du vaudeville des années 1860 et 1870 qui fut un grand succès populaire, mais pour lequel les auteurs, Émile Vanderburch, Evrard Laurence et Charles Clairville[n 2], avaient modifié l'intrigue afin de ne pas y inclure la dimension de l'inceste : si la Princesse devait y porter une peau d'âne, c'était pour châtier sa coquetterie et non plus pour échapper aux yeux de son père. Le scénario de Demy est ainsi le premier à respecter la thématique problématique du conte original, que le réalisateur réutilisera par ailleurs dans son ultime film, Trois places pour le 26 (1988)[7].

Développement[modifier | modifier le code]

Photographie en noir et blanc d'une femme brune souriante, d'âge moyen, en manteau clair élégant.
La productrice Mag Bodard (ici en 1972) avait déjà collaboré aux précédents films musicaux de Demy, pour lesquels réunir des financements n'avait pas été aisé[12].

La réalisation du film devient possible en 1969 grâce à l'intérêt de l'actrice Catherine Deneuve, déjà une icône à l'époque : le prestige et le pouvoir du nom de l'actrice attachent à la productrice Mag Bodard[n 3] les soutiens financiers qui manquaient[13]. Deneuve collabore ainsi avec Demy pour la troisième fois en une seule décennie, les années 1970, et la préparation du film peut commencer. Elle va s'étaler sur « six à huit mois[14] ».

« Comme les autres filles, j’aimais les histoires de fées et de sorcières, de rois et de princesses, de perles et de crapauds[n 4]. Lorsque j’ai lu le scénario de Peau d’Âne j’ai retrouvé les émotions de ma lecture d’enfance, la même simplicité, le même humour, et, pourquoi ne pas le dire, une certaine cruauté qui sourd généralement sous la neige tranquille des contes les plus féériques. »

— Catherine Deneuve[15]

Les costumes (à l'exception de ceux des figurants qui sont loués[8]) sont imaginés par Agostino Pace, sous l'étroite supervision de Jacques Demy. À l'époque, l'artisan est très pris par ses engagements de costumier et de décorateur au théâtre, et ne peut se libérer qu'une quinzaine de jours, n'ayant le temps de réfléchir qu'aux costumes[16]. Tandis qu'il dessine, Demy l'interrompt tous les quarts d'heure pour évaluer son travail et le recentrer si besoin[17]. C'est de cette courte mais intense collaboration qu'émerge l'idée de scinder les deux royaumes en deux couleurs : « on va faire comme les enfants », propose Pace, profitant de la liberté enfantine que procure la conception d'un tel film[16]. Avec l'aide de la costumière Gitt Magrini, qui élabore les costumes depuis l'Italie[18] puisque lui-même ne peut assister au tournage[19], il s'inspire des modes du temps de Charlemagne et de la Renaissance[20]. La barbe du Roi rouge est d'ailleurs parsemée de fleurs, rappelant le surnom de Charlemagne, « l'empereur à la barbe fleurie »[18].

Les robes de la Princesse sont de style Louis XV avec quelques références à l'œuvre de Walt Disney[18] ; les quatre costumes du Prince sont de style Henri II ; les tenues de la Fée des Lilas mêlent glamour hollywoodien, avec un déshabillé vaporeux, et éléments plus classiques de la mode à la Cour, comme une collerette. Les trois robes (couleur du temps, couleur de Lune et couleur de Soleil) que la Princesse demande à son père, sur les conseils de la Fée, constituent le morceau de bravoure des costumiers. Particulièrement lourdes, elles rendent difficiles les déplacements de Catherine Deneuve dans les « escaliers interminables du château de Chambord[20] », si bien que pendant le tournage, des tabourets sont passés directement sous ses jupons pour qu'elle puisse se reposer[21]. Habituée des tournages avec Demy, l'actrice persévère : « Mais ces difficultés [l'inconfort des costumes] n'intéressaient pas Jacques [Demy]. Pour lui, c'était comme si un danseur était venu se plaindre de ses pieds en sang ou de son dos cassé. Ça n'avait pas de rapport avec le film lui-même, alors pourquoi en parler ?[20] »

Hector Pascual et son atelier sont responsables des costumes animaliers. Jacques Demy a en tête les travaux fantasmagoriques de l'artiste et décoratrice de théâtre Leonor Fini, une grande influence des surréalistes et de Jean Cocteau, pour les masques d'animaux du Bal des chats et des oiseaux[18]. La peau d'âne éponyme est, quant à elle, authentique, selon les souhaits du réalisateur[17]. La dépouille originale provient directement d'un abattoir et pose des problèmes de lourdeur et d'odeur. Elle est grandement nettoyée et retravaillée avant d'être portée par Catherine Deneuve, à qui est cachée sa provenance. L'intérieur est fait de papier de nylon recouvert de peinture. C'est encore Hector Pascual qui est chargé de sa retouche : « Il avait fallu retravailler la peau. Telle quelle, il y aurait eu des vers vivants. [...] Il fallait que je la réadapte. Quand on enlève la peau d’un animal, elle reste « vivante », organique. Je me souviens de l’avoir doublée quatre ou cinq fois. Jacques Demy m’avait dit : « Ne dis rien à Catherine [Deneuve] ! », sinon elle ne l’aurait jamais portée[18]. » C'est finalement la peau qui est choisie pour faire la promotion de Peau d'âne sur l'affiche française de Jim Leon, au lieu des robes somptueuses qui peuvent apparaître dans les affiches internationales du film[18].

Les maquettes de préparation pour les décors sont élaborées par l'artiste Jim Leon, « supporter inconditionnel de l'art onirique du XIXe siècle[8] ». Faute de moyens, Demy n'avait pas pu engager son collaborateur habituel, le décorateur Bernard Evein, et Agostino Pace n'a pas le temps de s'y consacrer. Jim Leon est engagé par le réalisateur après lui avoir montré comme travaux une sérigraphie de papillon et un dessin érotique (évoquant notamment Alice au pays des merveilles), et imagine en tout vingt-huit maquettes pour le film[8], ainsi que le paravent dans la salle du trône et l'affiche du film, fameuses représentations psychédéliques[18].

Tournage[modifier | modifier le code]

Le tournage débute le 1er juin 1970[22] et se prolonge dans l'été, pendant huit semaines, profitant de la lumière naturelle estivale. Jacques Demy préférant les prises de vue réelles aux reconstitutions en studio, l'équipe investit surtout le château de Chambord (où se déroulent les scènes du château rouge et du mariage), le château du Plessis-Bourré (pour les scènes du château bleu), le parc du château de Neuville (pour les scènes de la ferme et de la cabane dans la forêt)[6],[8], ainsi que le château de Pierrefonds[23].

Les directives que Demy donne à ses acteurs sont très précises et insistent sur les gestes pour mieux faire se dégager la dimension merveilleuse. Il demande notamment aux acteurs de surjouer, se souvient Catherine Deneuve : « Jacques [Demy] nous demandait de tout exagérer : nos regards au plafond, nos gestes surjouant l'accablement ou l'émotion, comme dans une image pieuse. Ce qui nous a valu des fous rires dont on peut détecter la trace dans quelques scènes du film. Mais c'était surtout en sous-main, une injonction à la surréalité au sens esthétique et littéraire[24]. »

Les difficultés d'un film fantasque[modifier | modifier le code]

La chambre de la Princesse diffère grandement dans le film ce qui était initialement prévu : la veille du tournage de scènes s'y déroulant, le lit imaginé ne répond pas du tout aux attentes des décorateurs :

« À sept heures du soir, le décorateur vient me dire : “C’est une catastrophe. Le lit de la Princesse est complètement raté ; on ne l’a pas fait faire là où il aurait fallu.” C’était une très grosse fleur très jolie, en velours floqué rose, qui s’ouvrait quand la Princesse approchait et se refermait lorsqu’elle était couchée dedans. Je vais voir l’engin en question et c’était une affreuse mécanique, qui marchait par saccades ; le flocage n’avait pas été fait ; ils avaient collé un tissu dessus et on voyait la colle. C’était horrible, inutilisable. On a viré ça et on a passé la nuit à essayer d’inventer un décor. J’avais aperçu deux cerfs, en bas, dans l’entrée de Chambord, on les a fait monter et on a fait le lit avec ça, en improvisant le reste »

— Jacques Demy[8]

Face à un budget précaire, l'équipe du film fait des concessions tant matérielles que pratiques. Jacques Demy et Catherine Deneuve acceptent ainsi tous deux de diminuer leur salaire[9]. Initialement prévu entre trois et quatre millions de francs, le budget connaît un dépassement d'un million[25],[26]. « La magie se paie très cher[18] », constate amèrement Demy, qui avait déjà dû restreindre ses ambitions une fois le financement trouvé par Mag Bodard : « J'ai dû supprimer un figurant sur deux, un décor sur deux, un costume sur deux[9]. »

Tourner à Chambord[modifier | modifier le code]

Lors de la séquence tournée à Chambord, Jean Marais fait quotidiennement l'aller-retour depuis Paris, où il doit être présent chaque soir sur la scène du Palais-Royal pour jouer L'Amour masqué. Les somptueux animaux qu'amènent avec eux les rois invités aux noces sont, quant à eux, recrutés parmi les pensionnaires du parc zoologique de Coucy-lès-Eppes, en Picardie[8]. Varda elle-même, épouse du réalisateur, vient souvent sur le tournage, de même que leur fille Rosalie, alors âgée de douze ans[9], qui obtient les faveurs des costumières et deux rôles de figuration, et la sœur de Demy, Hélène, qui effectue un stage de scripte aux côtés d'Annie Maurel[27]. Mais l'honneur de tourner dans un château aussi chargé d'Histoire est contrebalancé par les contraintes techniques que posent les visiteurs :

« Nous travaillions dans une partie du château interdite au public. Mais, comme Chambord est plutôt pauvre en meubles, le bruit des touristes passant et parlant derrière les portes était accru par la résonance de ces grandes salles à peu près vides. Nous devions alors interrompre le tournage. Un autre, à la place de Jacques Demy le réalisateur, se serait rongé d'impatience : lui non. Si Peau d'âne est un conte de fées, Jacques Demy a une patience d'ange : nous attendions tranquillement. »

— Catherine Deneuve, 1971, Jours de France[14]

Le reportage d'Agnès Varda[modifier | modifier le code]

Lors des visites d'Agnès Varda sur le tournage, la cinéaste prend soin de filmer les coulisses. C'est l'occasion d'immortaliser, pour les séquences dans le Val de Loire, la visite d'illustres amis de Jacques Demy et confrères de la scène parisienne, dont le cinéaste François Truffaut, qui connaît bien Catherine Deneuve pour l'avoir déjà dirigée l'année précédente dans La Sirène du Mississipi. Le chanteur Jim Morrison, icône des années 1960, se rend également à Chambord accompagné d'Alain Resnais, qu'il connaît pour avoir fait avec lui des études de cinéma. Il prend le train depuis Paris puis une voiture à Orléans afin de rejoindre son amie Varda. Se montrant discret sur le tournage, il signe néanmoins des autographes à la demande du jeune Duncan Youngerman, le fils de Delphine Seyrig. Rosalie Varda, qui n'avait que douze ans à l'époque, se souvient elle aussi des deux rôles de figurante qu'elle interprète : celui d'une prétendante parmi les princesses qui essaient la bague de Peau d'âne auprès du Prince, mais aussi celui d'une petite fermière dans la cour du château de Neuville. Elle observe de loin le personnage interprété par Catherine Deneuve trimer dans la cour de la ferme : une scène difficile à jouer, à cause de l'inconfort des costumes (les sabots, les lourds seaux à porter), de la forte chaleur et de la pestilence du fumier[4].

Trucages[modifier | modifier le code]

Dessin d'une femme en robe élégante flottant dans un halo de lumière et pénétrant dans une chambre devant l'air ébahi d'un personnage richement vêtu et alité.
L'arrivée providentielle de la Fée pour dispenser des conseils, un passage fameux des contes de fées, est mis en scène dans le film avec force ralentis.

Les différents trucages utilisés dans le film recréent l'atmosphère fantastique du conte. Préférant les tournages en décors naturels aux reconstitutions de studio, Demy est également favorable au caractère artisanal des effets visuels[18]. Ils ont été mis en valeur par les restaurations successives, comme la technique utilisée pour faire défiler les nuages sur la « robe couleur du temps » de la Princesse, dont les couleurs ont pu être rehaussées : un petit projecteur 16 mm est placé sur des rails et utilisé pour projeter les images sur la robe en travelling[18]. Fabriquée en tissu d'écran de cinéma, la robe devient alors le support à toutes les projections, celles du « temps », et celles du spectateur qui est mis en face d'un trucage[6],[19].

D'autres effets sont obtenus par l'agencement minutieux des images : le dédoublement de l'héroïne lors de la confection du « cake d'amour » (tantôt en princesse aux fourneaux, tantôt en souillon consultant le livre de cuisine) est réalisé par champ-contrechamp et découpage soignés. La déchéance progressive du carrosse qui éloigne la Princesse du Château bleu est, quant à elle, agencée par de simples raccords d'un plan à l'autre.

Demy joue aussi avec les potentialités de la pellicule : le défilement de celle-ci en marche arrière permet de donner l'impression que des bougies s'allument par la seule action de la baguette magique (alors qu'elles ont en réalité été préalablement filmées en train de s'éteindre), ou que la Fée des Lilas remonte par le plafond (le plan est en fait une répétition inversée et ralentie du plan précédent, qui la faisait descendre dans la pièce). Enfin, la rêverie des deux amoureux, qui commence dans la chambre du Prince, fait appel à un procédé de surimpression : Demy filme une première fois la version où le jeune homme est au lit, puis rembobine la pellicule avant de le filmer se levant pour rejoindre la princesse de son rêve[18].

La musique de Michel Legrand[modifier | modifier le code]

L'importance et la recherche d'une utilisation originale de la musique dans les projets à venir de Demy se précise dès 1963. Dans un entretien avec Denise Glaser, il fait part de son désir de réaliser un film « en chanté » (c'est-à-dire entièrement chanté)[28], ce qu'il accomplira l'année suivante avec Les Parapluies de Cherbourg, dont il écrit les paroles sur une musique de Michel Legrand, collaborateur attitré de Demy depuis son premier long-métrage (Lola, en 1961)[n 5]. Le duo récidive en 1967 avec un hommage à la comédie musicale américaine, Les Demoiselles de Rochefort.

Photographie couleur d'un homme vieillissant, au front dégarni et aux cheveux blanc, qui salue un public.
Michel Legrand (ici en 2008) a remporté trois Oscars au cours de sa carrière.

Peau d'âne est la première incursion du compositeur dans le genre du merveilleux, et Demy le conforte dans sa première idée de mélanger des styles volontairement contrastés (baroque, jazz et pop) « pour faire naître la féérie ». Pour le compositeur, « la convergence de toutes ces influences [les partis pris visuels et musicaux] aboutit à un temps imaginaire, à un entre-deux temporel[29]. »

En incorporant au motif classique de la fugue des rythmes et des instruments plus modernes (comme les instruments électroniques), Legrand souhaite en effet se démarquer des thèmes médiévaux utilisés précédemment par d'autres films, tels Les Visiteurs du soir de Marcel Carné (1942)[8].

« D’emblée, je donne à Peau d’âne une espèce de symétrie, en l’encadrant par deux grandes fugues, l’une en ouverture, l’autre en clôture : la première sur le motif de la recherche de l’amour (Amour, Amour), la seconde sur celui de l’amour trouvé (Rêves secrets). »

— Michel Legrand[29]

De même que dans les précédents films de Jacques Demy, les acteurs principaux sont doublés pour les chansons[n 6]. Catherine Deneuve et Jacques Perrin sont doublés, comme dans Les Demoiselles de Rochefort, par respectivement Anne Germain et Jacques Revaux, et Delphine Seyrig par Christiane Legrand[n 7], bien qu'elle ait également enregistré la chanson de la Fée des Lilas[30].

Lors d'une interview, Michel Legrand, qui a son brevet de pilote, évoquera une excursion en avion au-dessus du château de Chambord avec Jacques Demy, quelques semaines après la sortie du film, durant laquelle tous deux chantent à tue-tête les musiques imaginées pour Peau d'âne[29].

Chansons[modifier | modifier le code]

  • Amour, amour - la Princesse
    C'est la première chanson du film, et la seule à s'insérer dans le contenu diégétique : la Princesse interprète cette chanson dans la cour du château sous les yeux de ses parents. Un perroquet de compagnie reprend de temps à autre certains vers. Mais on apprend plus tard dans le film que le Prince connaît lui aussi cette chanson, et que les deux personnages étaient ainsi inévitablement liés[18].
  • Les Conseils de la Fée des Lilas - la Fée des Lilas
    Cette chanson, durant laquelle la marraine de Peau d'âne lui dit de fuir le royaume car « on n'épouse jamais ses parents », introduit l'idée de résistance à l'inceste, déjà présente dans le conte de Perrault. La Fée, dont c'est la première apparition dans le film, y apparaît comme un personnage résolument moderne (grâce à ses vêtements et ses velléités de rébellion face au pouvoir établi), mais non dénué d'arrières-pensées, puisqu'elle trahit un fort attachement pour le roi.
  • Les Insultes - la Princesse, paysans et paysannes
  • La Chanson du prince - le Prince
  • Recette du cake d'amour - la Princesse
    La scène de confection du cake est l'une des plus iconiques du film, notamment pour la chanson[29] et pour le moment où Peau d'âne, en cassant un œuf, libère un poussin[n 8]. Catherine Deneuve y est dédoublée et apparaît en même temps sous les traits de la Princesse et de la souillon, jouant ainsi avec les thèmes de la dualité et de l'indécision.
  • Rêves secrets d'un prince et d'une princesse - la Princesse, le Prince
    Cette chanson, subversive pour les deux personnages, a des résonances hippies (voir plus bas).
  • Le Massage des doigts - ensemble

Bande originale[modifier | modifier le code]

Un premier 33 tours sort en 1970 : Isabelle Aubret raconte Peau d'âne (disques Meys, réf. 30005), dont est extrait un 45 tours comportant deux chansons interprétées en duo par Isabelle Aubret et Michel Legrand, Les Rêves secrets d’un prince et d’une princesse et Conseils de la Fée des Lilas (disques Meys, réf. 10026)[31].

En 1994, Play Time / FGL sort pour la première fois en CD l'intégralité de la musique du film, chansons comprises [32]. Cet album est complété lors de sa ressortie de 1997 par 5 titres inédits en CD, dont les deux enregistrés par Isabelle Aubret en 1970.

No Titre Interprète Durée
1. Générique 2:06
2. Il était une fois 3:26
3. Les Ministres, le Savant 3:20
4. Amour, Amour Anne Germain 2:28
5. Déclaration d'amour 2:07
6. Conseils de la Fée des Lilas Christiane Legrand 1:59
7. Les Trois Robes 4:35
8. Peau d'âne s'enfuit 1:31
9. Fugue du prince 1:09
10. Loin du château bleu 5:24
11. Peau d'âne arrive à la ferme 1:36
12. Les Insultes Anne Germain et divers[n 9] 2:38
13. Rigodon à la ferme 1:10
14. Le Temps arrêté 1:50
15. Chanson du Prince Jacques Revaux 2:03
16. Le Prince se meurt d'amour 2:50
17. Retour au château rouge 1:32
18. Recette pour un cake d'amour Anne Germain 2:56
19. Le Bal du chat et des oiseaux 1:47
20. Rêves secrets d'un prince et d'une princesse Anne Germain, Jacques Revaux 4:08
21. Idylle fuguée 1:14
22. Retour du prince au château 0:47
23. Le Massage des doigts Divers 2:09
24. Final 2:09
25. Amour, amour Pedro Paulo Castro Nevez 2:36
26. Conseils de la Fée des Lilas Delphine Seyrig 1:58
27. Chanson du Prince Jean-Pierre Savelli 2:12
28. Conseils de la Fée des Lilas Isabelle Aubret 2:06
29. Rêves secrets d'un prince et d'une princesse Isabelle Aubret, Michel Legrand 2:45
68'53

Source : [30]

Accueil[modifier | modifier le code]

Peau d'âne sort le 16 décembre 1970, respectant la volonté du réalisateur qui estime que, pour se replonger dans un récit d'enfance, les spectateurs sont davantage disponibles à Noël « que le trois février, au moment de la note d'impôts »[33].

Réception critique et publique[modifier | modifier le code]

Au contraire des précédents films de Demy, comme Les Parapluies de Cherbourg, qui obtient le prix Louis-Delluc et la Palme d'or, Peau d'âne ne reçoit guère de reconnaissance de la profession en dehors du prix du « meilleur film pour enfants » décerné en 1971 par le Círculo de Escritores Cinematográficos (Cercle des scénaristes de film) en Espagne[34].

Les critiques sont plus élogieuses : Andrée Tournès, du mensuel orienté vers les jeunes cinéphiles Jeune Cinéma, juge le film « précieux, mais pas mièvre : sans vulgarité, sans condescendance et recevant l’accueil qu’il mérite, attentif et un peu grave[35]. » Jean-Louis Bory, du Nouvel Observateur, démontre le lien du film de Demy avec La Belle et la Bête de Jean Cocteau et salue sa « naïveté », au sens de « foi poétique », et son authenticité : « Rien ne sent le studio, tout entretient la confusion entre le réel et le merveilleux, et entre ce réel merveilleux et le vrai, qui est l’essence de la féerie ». Bory conclut sur le parti pris visuel de Peau d'âne : « Il faut savoir gré aux costumiers et décorateurs : ils n’ont pas trop versé dans le style “vitrine de Noël pour faubourg Saint-Honoré”[n 10],[36]. » Dans Le Monde, Jean de Baroncelli rejoint cet avis : « Aux amateurs de divertissements somptueux, un cadeau royal est offert... La mise en scène est d'un raffinement extrême[37]... » Pour Robert Chazal, de France-Soir, « Le charme opère dès les premières images. Et l'enchantement - teinté parfois d'humour, pour les adultes - va croissant[38]... »

Michel Ciment, de Positif, se montre plus incisif et considère le film comme un « échec » d'adaptation, « une version littérale sans surprise et sans mystère » : il voit dans son parti pris esthétique, qu'il juge inexistant, de la laideur et des manques d'homogénéité de style et d'harmonie avec les décors naturels. La musique de Michel Legrand lui semble également trop peu originale par rapport à ses créations précédentes. « Les défauts de Peau d'âne, [...] sont sans doute ceux de projets caressés depuis trop longtemps et qui, entrepris sur le tard, n'offrent plus qu'un aspect fané », conclut-il avant de tirer un contraste avec les cinéastes américains, moins « <complaisants> à l'égard de leur propre univers », selon lui[39].

Avec 2 198 576 entrées en France[40], le film réalise un beau score commercial et se classe au 12e rang du box-office des films sortis en 1970[41]. Il reste le plus grand succès public de la carrière de Jacques Demy[42].

Postérité[modifier | modifier le code]

Peau d'âne demeure la seule incursion de Jacques Demy dans l'univers des contes. Quelques années plus tard, il monte le projet de moderniser Cendrillon, autre conte de Perrault, et d'en jucher l'héroïne sur des patins à roulette. Nastassja Kinski est pressentie dans les haillons de la princesse, et Demy parvient à intéresser le réalisateur et producteur américain Francis Ford Coppola, mais le projet n'aboutira jamais[43],[44].

Dans les années 1990-2000, la compagnie Disney, fameuse pour ses dessins animés inspirés des contes de fées, contacte les proches de Jacques Demy avec l'idée de se pencher à nouveau sur l'univers du conte ; mais cette nouvelle adaptation n'en reste qu'au stade de projet, probablement à cause du malaise que certains thèmes de l'œuvre, comme l'inceste ou l'animalité, provoqueraient auprès d'un public américain culturellement imprégné de puritanisme. En évoquant l'adaptation de son beau-père, Rosalie Varda juge que l'adaptation a « quelque chose de [...] culturellement européen, [...] aujourd'hui impossible à <refaire>[45]. »

Restaurations[modifier | modifier le code]

De par son discours intergénérationnel, le film acquiert au fur et à mesure des années un statut culte[45],[9].

Photographie d'une dame âgée, la coupe au bol, les cheveux mi-blanc mi-rouge, mouvant les mains pour répondre lors d'une entrevue.
Agnès Varda (ici en 2010), ainsi que sa famille, a été la principale instigatrice des restaurations successives à travers sa maison Ciné-Tamaris.

Le film a été restauré en 2003 et en 2014, sous la houlette de la réalisatrice Agnès Varda, compagne de Jacques Demy, et avec la participation de leurs enfants Mathieu et Rosalie[46]. Cette entreprise tient à la volonté d'Agnès Varda de restaurer les trois œuvres les plus iconiques du réalisateur, avec Les Parapluies de Cherbourg et Les Demoiselles de Rochefort[6]. Ces restaurations bénéficient notamment du soutien financier des régions dans lesquelles le tournage a pris place et qui ont été mises en valeur dans les décors du film : les Pays de la Loire (en particulier le Domaine national de Chambord) et l'Île-de-France[6], mais aussi les joaillers Van Cleef & Arpels, le Centre national du cinéma et de l'image animée et le site myskreen.com[8]. Le film était jusque-là presque introuvable sur le marché, et même les membres de la distribution avaient du mal à se le procurer :

« Souvent, des amis me demandaient si j'en avais une copie. Mais, pour moi aussi, le film avait disparu. Si bien que je suis la première enchantée de pouvoir le redécouvrir dans ses couleurs d'origine ! »

— Catherine Deneuve, 2003, Elle[47]

La version restaurée de 2003 sort officiellement dans les salles le 22 octobre 2003 et est présentée au Festival de Marrakech ainsi qu'à la Berlinale 2004[6]. Elle a permis essentiellement de stabiliser le vieillissement du son et de l'image, notamment en convertissant la musique de Michel Legrand en stéréo[8]. Dans Aden, le guide culturel du Monde, Philippe Piazzo salue alors « le film qu'on revoit pour la cent douzième fois. » « Le monde de Peau d’âne vu par Jacques Demy continue de nous transporter[48]. »

« J’ai passé plusieurs mois avec Mathieu et Rosalie Demy à restaurer Peau d’âne qui était abîmé. Les droits étaient tombés et depuis quatre ans le film était gelé, comme on dit. Alors on a fait tout ce qui fallait faire pour l’image et pour le son. Et ce sont des très gros travaux, très chers. Pour l’image, ça consiste à prendre les parties abîmées, les scanner en numérique, les filmer de nouveau avec une pellicule qui s’intègre avec l’ancienne, il faut retrouver les couleurs d’origine, spatialiser le son, … Enfin bref, il faut le faire attentivement, il faut le faire bien, il faut le faire avec amour parce qu’il faut que ce soit beau. »

— Agnès Varda, 2004, Arte[6]

D'avril à juillet 2013, la Cinémathèque française consacre une rétrospective à Jacques Demy avec l'exposition « Le Monde enchanté de Jacques Demy », où sont notamment exposées les trois robes de la Princesse, recréées pour l'occasion par Agostino Pace, les originales étant en trop mauvais état après quarante-cinq ans sans efforts de conservation[19]. Cette célébration permet de réunir de nouveaux financements pour se concentrer sur les œuvres majeures du réalisateur, au nombre desquelles Peau d'âne. Les images sont restaurées, le film passe au format numérique et le son est remastérisé[8]. La ressortie de l'œuvre restaurée, le 2 juillet 2014, et son exploitation vidéo subséquente à partir de novembre 2014 sont l'occasion de nouvelles diffusions dans les salles, notamment grâce à la maison de production Ciné-Tamaris, qui gère exclusivement les films de Jacques Demy et d'Agnès Varda. Un livre de souvenirs du tournage et de matériau inédit sur le film (esquisses, croquis), Il était une fois Peau d'âne, est également publié par Rosalie Varda-Demy, la fille du réalisateur. Le Domaine national de Chambord, qui a participé à cette nouvelle restauration de même que la maison Van Cleef & Arpels, propose une exposition sur le tournage du film en ses murs, tandis que la maison de joailliers crée une collection inédite, « Peau d'âne raconté par Van Cleef & Arpels »[8]. La version restaurée est également diffusée sur Arte le 24 décembre 2014 en première partie de soirée. Marine Landrot de Télérama le définit comme un « véritable enchantement[49] ».

Exploitation vidéo[modifier | modifier le code]

La réhabilitation de l'œuvre de Demy dans les années 2000, jusque-là plutôt négligée par le public[50], a poussé Ciné-Tamaris à lancer différentes éditions du film. Le découpage du film en lui-même n'a pas changé depuis 1970, mais les éditions s'agrémentent de différents « boni »[n 11] » inédits supervisés par Agnès Varda et ses enfants. On trouve ainsi :

  • un DVD simple contenant le film[51].
  • une édition avec 2 DVD. Elle comprend : la bande-annonce originale de 4 minutes ; un extrait du documentaire L'univers de Jacques Demy (8 minutes), qu'Agnès Varda a consacré à son mari ; « Peau d'âne raconté par les enfants » (8 minutes), qui donne la parole à des enfants après leur visionnage du film ; un documentaire « Habiller la princesse en chemise » ; un documentaire « Mag Bodard, une productrice passionnée » (4 minutes) ; un documentaire « Le Petit Peau d'âne illustré » (11 minutes), une rétrospective des différentes illustrations du conte de Perrault ; un documentaire « Peau d'âne et les penseurs » (17 minutes), dans lequel des psychanalystes se penchent sur la symbolique des contes de fées ; la vidéo « Peau de bique » de Claire Bretecher (2 minutes) ; le court-métrage Peau d'âne d'Albert Capellani (14 minutes), l'adaptation de 1908 ; et une brochure avec un album photos, les sept chansons du film, et un karaoké de trois d'entre elle[52],[53].
  • un coffret regroupant trois films de Demy : Peau d'âne, Les Demoiselles de Rochefort et Les Parapluies de Cherbourg. Concernant Peau d'âne, il contient un texte de Jean-Pierre Berthomé lu par Mathieu Demy, une vision du film par Rosalie Varda, « Peau d'âne raconté aux enfants », « La princesse en chemise », le documentaire sur Mag Bodard et la vidéo de Claire Brétecher déjà présents dans l'édition précédente, un « petit jeu de Peau d'âne illustré », ainsi que des chansons en karaoké[54].
  • une édition intégrale des œuvres de Demy, qui offre pour Peau d'âne une version alternative de la chanson Amour, amour de Michel Legrand et le texte de Jean-Pierre Berthomé déjà contenu dans l'édition précédente[55].

Pour la ressortie 2014, les exploitations vidéo en DVD et Blu-ray dans des coffrets Arte Éditions contiennent de nombreux compléments, parmi lesquels un film super 8 du tournage à Chambord permettant notamment d'apercevoir les visiteurs illustres venus soutenir l'équipe de Demy.

Analyse du film[modifier | modifier le code]

Une adaption fidèle du conte ?[modifier | modifier le code]

Pour plus d'informations sur le conte originel de Perrault, voir Peau d'âne.

L'œuvre de Jacques Demy est une libre adaptation du conte de Charles Perrault, Peau d'âne. Paru pour la première fois en 1694 dans une version en vers, il est republié en 1781 sur vélin à Paris chez Lamy, qui adjoint à la version classique une seconde, en prose, celle qui sera par la suite la plus reprise. Le film est une adaptation de cette dernière, dont l'auteur reste inconnu[56].

Jacques Demy et le genre du conte[modifier | modifier le code]

Gravure en noir et blanc où l'on voit une jeune fille descendre, la tête tournée derrière elle, l'escalier extérieur d'un château recouvert de lierre et aux tourelles sinistres.
Jacques Demy, tout comme Gustave Doré dans cette illustration du conte, choisit de représenter le château d'origine de Peau d'âne avec une végétation luxuriante, qui mêle les thèmes de la richesse et de l'oppression.

En plus de reprendre l'intrigue du Peau d'âne de Perrault, Demy emprunte aux autres histoires du conteur. L'arrivée de Peau d'âne à la ferme après de sa fuite, lorsque tous les personnages sont comme endormis, figés dans leur activité, rappelle La Belle au bois dormant. La « Vieille » qui accueille alors la jeune fille crache des crapauds, tout comme l'aînée des sœurs dans Les Fées, qui a été maudite par une fée pour son orgueil, et est condamnée à cracher des créatures répugnantes. Elle fait référence au Petit Chaperon rouge en s'adressant au prince. Plus tard, une fois Peau d'âne établie dans la vie quotidienne du village, deux valets de ferme se moquent d'elle en la surnommant « Cucendron », comme le fait l'aînée des demi-sœurs envers l'héroïne éponyme de Cendrillon. Enfin, le « bal des chats et des oiseaux », organisé par la reine rouge, doit accueillir le marquis de Carabas, personnage apparaissant dans Le Chat botté. D'autres références sont intertextuelles, car déjà présentes dans le conte original : l'épithète que Thibaud attribue à Peau d'âne, « la plus vilaine bête après le loup », est reprise du conte, et rappelle les vilenies commises par le loup dans Le Petit Chaperon rouge.

D'autres aspects du film peuvent être imputés à l'influence de contes : le cercueil de verre, destiné dans le film à la mère défunte de l'héroïne, fait référence à Blanche-Neige des frères Grimm, et à l'innocente jeune fille à qui est réservé le même sort après avoir consommé une pomme empoisonnée ; le miroir de Peau d'âne, qui lui révèle à distance la réaction de son père après sa fuite, fait référence au miroir magique de La Belle et la Bête, capable de révéler par l'image des vérités lointaines. L'aspect cyclique des saisons répond également au genre du conte et à la figure de style de la pathetic fallacy (en) : la maladie de la Reine bleue est révélée par le narrateur alors que l'orage gronde au-dehors du château, correspondant à l'automne ; sa mort survient en hiver, son cortège funèbre déambulant dans la neige ; et c'est dans le renouveau du printemps, dans une forêt verdoyante, que la Princesse et le Prince s'aperçoivent et tombent amoureux.

Fantaisies anachroniques[modifier | modifier le code]

Les éléments qui distinguent l'adaptation de Demy des autres adaptations de contes de fée tiennent pour beaucoup à l'audace du réalisateur qui parsème le script de références postérieures à l'époque de Perrault.

Ainsi met-il, entre les mains du Roi bleu, des auteurs de la littérature française moderne. Celui-ci, avant de lire dans un recueil qui lui a été offert par la Fée des Lilas certains de ces « poèmes des temps futurs », les présente à Peau d'âne de la manière suivante : « Les anciens ont écrit de fort belles choses, évidemment, mais... les poètes de demain devraient vous exalter davantage. » Il lui lit d'abord des vers extraits du second volume de l'Ode à Picasso, de Jean Cocteau (1889-1963)[n 12], qui évoquent les Muses de l'Antiquité utilisant des ustensiles de l'âge moderne (le « zinc », le « téléphone » ou des « becs de gaz »). Le deuxième poème lu est L'Amour, de Guillaume Apollinaire (1880-1918), extrait du Guetteur mélancolique. Mais la Princesse ne saisit pas l'amusement que son père tire de poèmes aussi incompréhensibles à l'époque du film, et est effarée de la déclaration d'amour qu'il lui fait alors, si bien qu'elle lui réplique : « La poésie vous égare, mon père ». La rencontre entre le Prince et la rose qu'il découvre au détour d'un chemin rappelle également le dialogue entre le Petit Prince éponyme du roman d'Antoine de Saint-Exupéry et sa rose.

D'autres anachronismes, tous liés à la Fée des Lilas, émaillent le film : celle-ci parle ainsi de « piles », ce qui surprend la Princesse, dispose chez elle d'un téléphone et adopte des accoutrements peu médiévaux, comme ses chaussures à hauts talons. De même, lors du mariage qui clôt le film, c'est à bord d'un hélicoptère Alouette II[57] que le Roi bleu et la Fée des Lilas arrivent au château du Roi rouge. Enfin, le nom même de la marraine, la « Fée des Lilas », est le nom de la dernière fée marraine commuant le sort de la fée Carabosse en sommeil de cent ans dans le ballet de Tchaïkovski, La Belle au bois dormant.

Une autre liberté que prend Demy est celle de faire mention dans le script de grandes figures des cours d'Europe, se pressant toutes tour à tour devant le Prince lors de la séance d'essayage de la bague. Le ministre Thibaud organise l'ordre de passage des prétendantes par rang social[n 13], et c'est l'occasion d'entendre les noms de ces grandes dames, qui ont toutes un lien avec la littérature. La plupart sont contemporaines de Charles Perrault (1628-1703) et du siècle de Louis XIV, surnommé le « Grand Siècle » pour la richesse de ses arts et de ses figures historiques. Le ministre appelle ainsi[56],[7] :

Les noms de « La Ségur », en référence à Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur (1799-1874, romancière fameuse pour ses livres pour enfants), et de « La Clèves » (le personnage principal du roman de Madame de Lafayette, citée plus haut) sont également évoqués plus tôt dans le film par Godefroy, l'ami du prince, qui l'avertit que ces dames ont cherché à le rencontrer. Quant à Madame de La Fayette et Madame de Sévigné, maîtresses de la littérature galante et mondaine du XVIIe siècle, proches de la préciosité, elles comptent parmi les nombreuses sources d'inspiration littéraires de Perrault.

Inscription dans le « Demy-monde »[modifier | modifier le code]

Au-delà de la seule relecture d'un conte de fées, Peau d'âne constitue un chaînon à part entière dans la filmographie de Jacques Demy, et se voit relié à toutes les autres œuvres du cinéaste par des procédés extradiégétiques ou techniques. Le premier élément qui cimente le film au monde surnommé par les critiques « Demy-monde » tient dans les retrouvailles avec des acteurs bien connus de Demy : Catherine Deneuve apparaît dans son univers pour la troisième fois[n 15], au point d'être considérée comme une muse et une amie proche du réalisateur, et Jacques Perrin a déjà joué sous sa direction dans Les Demoiselles de Rochefort. Des évènements dans la diégèse rappellent de plus des passages bien connus d'autres films de Demy, comme l'épisode de la bague cachée sciemment par la Princesse dans le « cake d'amour », qui rappelle la tradition des fèves dans les galettes des rois, exploitée par les personnages de Deneuve et de sa mère à l'écran, Danielle Darrieux, dans Les Parapluies de Cherbourg[58]. La technique de transition qu'utilise Demy pour passer d'une scène à une autre, le « Irish shot », que l'on peut voir dans Les Demoiselles lorsque le convoi traverse le pont transbordeur puis s'éloigne de la ville[58], achevant ainsi le film, est employé dans Peau d'âne à plusieurs reprises : lorsque la jeune fille en fuite regarde dans le miroir ce qu'il advient du Roi bleu, qui ordonne à ses conseillers de la retrouver (la lentille se concentre sur le visage troublé de Jean Marais puis l'écran fond en bleu sans enchaînement), puis lorsque la Reine rouge demande des informations sur la jeune fille « qui doit être fine pâtissière » et à qui son fils a demandé la confection d'un gâteau (l'écran devient rouge à l'exception de la lentille, qui se concentre sur le visage intrigué de Micheline Presle, puis par un fondu enchaîné cède le pas au carrosse qui se dirige vers la masure de Peau d'âne).

Parti pris visuel[modifier | modifier le code]

Si le parti pris visuel du film est l'une des composantes qui lui a permis d'acquérir un statut culte, il ne fut pas toujours aussi éclatant et joyeux. Une première version du scénario consistait en effet pour Demy à peupler le royaume de Peau d'âne de pendus, de squelettes et de pestiférés[18].

Esthétique[modifier | modifier le code]

L'esthétique très colorée du film, nouvelle pour l'époque, s'inspire des mouvements pop art et peace and love, que Jacques Demy avait découverts aux États-Unis où il venait de passer deux ans pour tourner son film Model Shop[59]. Il garde aussi le souvenir des Renaissance fairs (fêtes médiévales) chères aux Américains, qui reconstituent les temps d'autrefois en respectant le folklore, les costumes[9]... Il emprunte des éléments aux films de Walt Disney (en particulier à Blanche-Neige et les Sept Nains) et à Andy Warhol[60] ainsi qu'à Gustave Doré et Leonor Fini[11]. L'affiche dessinée par Jim Léon en est l'exemple.

Photographie couleur prise dans un musée d'une mosaïque aux couleurs vives, voire criardes, et aux formes psychédéliques.
Le style d'Andy Warhol et le pop art en général ont profondément influencé Jacques Demy après son séjour aux États-Unis.

Les couleurs, qui imprègnent bien plus d'éléments que les décors cinématographiques traditionnels, des chevaux jusqu'à la peau des gardes, sont à rattacher au style d'Andy Warhol. Le bleu du château d'où provient Peau d'âne rappelle le « sang bleu », c'est-à-dire le sang de la nobilité, qui régnait dans les temps féodaux, de même que la consanguinité dans les familles nobles, que ne renie pas le Roi bleu lorsqu'il propose à sa fille de l'épouser. Le rouge du royaume où Peau d'âne se réfugie évoque au contraire une dimension révolutionnaire : c'est là que la jeune Princesse peut échapper à la volonté de son géniteur et de son roi, et là que le Prince daigne quitter sa réserve pour s'enquérir d'elle bien qu'elle ne soit plus princesse, mais souillon. Le blanc de l'innocence et de l'harmonie, qui sacre la résolution de tous les conflits, nimbe tous les personnages à la fin : la Princesse et le Prince, unis dans le mariage, le Roi rouge et la Reine rouge, qui se réjouissent de voir leur fils guéri, et le Roi bleu et la Fée des Lilas, nouvellement fiancés et au sujet desquels on devine que la tension amoureuse a été résolue. Il est la couleur de transition et d'unification qui fait le lien entre les personnages, à l'image du carrosse argenté tiré par des chevaux blancs et rempli de plumes, qui mène la Princesse du royaume bleu au royaume rouge[9].

L'influence de Jean Cocteau[modifier | modifier le code]

Pour plus d'informations sur le film de Cocteau qui a le plus inspiré Demy, voir La Belle et la Bête.

Demy est profondément influencé par l'univers du cinéma de Cocteau, notamment par son adaptation de conte La Belle et la Bête, sorti en 1946[18]Les deux auteurs se connaissaient depuis 1957 et le plateau de S.O.S. Noronha où Demy était assistant, et le rapprochement entre les deux artistes est souvent fait par les critiques[61].

Le choix de Jean Marais pour le rôle du Roi bleu, lui qui incarnait la Bête chez Cocteau, est d'ailleurs lié à cette référence[59]. Les deux rôles tenus par l'acteur présentent des similitudes vestimentaires, avec des manteaux aux manches bouffantes[43],[7], et incarnent l'objet du désir transgressif de l'héroïne : chez Cocteau, Belle ne voit la bête se transformer en homme qu'à regret, et chez Demy la Princesse présente une moue de désappointement en apprenant que son père a des projets de remariage avec la Fée[7]. Sur le plan esthétique, la végétation qui envahit l'intérieur du château du Roi bleu n'est pas anodine ; de même, les statues animées ainsi que les gardes immobiles et comme fondus dans les murs (comme des cariatides) rappellent dans la Belle et la Bête les objets vivants à apparence humanoïde[9]. La chambre de la Princesse ressemble également à celle de Belle dans le château de la Bête[7], et l'idée des bougies qui s'allument toutes seules est empruntée à Cocteau[18]. Ailleurs, le plan qui montre au spectateur le Prince s'approchant de face de la masure de Peau d'âne et se heurtant à une paroi invisible est très similaire au plan extrait du film Orphée (1950) dans lequel le poète, également joué par Jean Marais, se trouve incapable de traverser un miroir magique[7]. La rose que le Prince a rencontré sur son chemin peut certes évoquer la Rose du Petit Prince, qui engage un dialogue philosophique avec le petit garçon tout comme procède celle de Demy avec le Prince, mais surtout rappeler la main du film Le Sang d'un poète (1930), qui elle aussi présente une bouche par laquelle elle s'exprime[7]. Enfin, l'hélicoptère nuptial de la Fée des Lilas paraît faire écho dans le domaine anachronique aux motos funèbres du film Orphée[61].

Personnages principaux[modifier | modifier le code]

Photographie en noir et blanc du visage d'une jeune femme blonde aux traits fins.
Catherine Deneuve (ici en 1969), qui interprète Peau d'âne, a été essentielle pour réunir les fonds nécessaires à la mise en chantier du film.

Fille du Roi bleu et désormais orpheline de mère, la Princesse est la seule à correspondre aux critères que respecte son père pour trouver une nouvelle épouse. Mais, par une mise en abyme des principes des contes de fée, Peau d'âne décide de ne pas attendre le secours d'un prince charmant et choisit de prendre sa destinée en main : « Si un prince charmant ne vient pas m'enlever, je fais ici serment que j'irai le trouver moi-même[18]. » Ce n'est d'ailleurs que lors de son départ du château qu'elle obtient enfin un véritable nom, « Peau d'âne », elle qui auparavant n'était désignée que par son titre et son lien avec son père.

Marraine de la Princesse, c'est elle qui lui souffle des subterfuges pour échapper à l'inceste. Au contraire du stéréotype de la fée marraine, qui est souvent la plus haute instance morale dans un conte, la Fée des Lilas a beau distiller des bons conseils, elle n'est pas exempte d'arrières-pensées, voire n'agit que pour parvenir à ses propres fins[26] : on apprend à la fin du film qu'elle a fini par épouser elle-même le roi, et que ses stratagèmes visaient donc à éloigner une rivale de l'homme désiré[48]. Elle constitue le personnage le plus subversif du film, par rapport à son équivalent dans le conte : c'est elle qui introduit les anachronismes (en plus de ceux présents dans son foyer, c'est elle qui donne le recueil de « poèmes des temps futurs » au Roi bleu, qui se rend au mariage en hélicoptère, qui porte une coiffure du style des années 1930[7]), et elle trahit le modèle de moralité qu'elle est supposée incarner. Elle semble en fait mêler les caractéristiques de plusieurs femmes merveilleuses : à la fois fée marraine et prophétesse, puisque le Roi bleu loue sa « connaissance du futur ». Sa vivacité et surtout sa coquetterie semblent en partie héritées de l'adaptation du conte en vaudeville dans les années 1860 et 1870 : dans les deux œuvres, la Fée se plaint d'être surprise par sa filleule alors qu'elle n'a pas encore achevé sa toilette, puis lui conseille d'éviter les larmes pour préserver sa beauté[7]. Jacques Demy avait d'abord envisagé de proposer le rôle à Anouk Aimée, qu'il avait déjà dirigée dans Lola quelques années plus tôt[9], mais le rôle échoit finalement à Delphine Seyrig. Celle-ci est d'ailleurs une figure important de l'émancipation féminine en France, et paraît ainsi faire écho au personnage de la Fée, très indépendante et en avance sur son temps.

Désormais veuf, le Roi bleu doit trouver une nouvelle épouse pour assurer un héritier au royaume. Ignorant de l'amour que lui porte en secret la Fée des Lilas, il se rend compte que la seule femme du royaume qui réponde aux critères de sa défunte épouse n'est autre que sa propre fille. Généreux et bon, il ne refuse aucun cadeau à sa fille, même lorsqu'elle lui demande la peau de l'âne qui rend son pays si prospère. Lui-même paraît profiter du complexe d'Électre de sa fille : jusqu'à ce que la Princesse reçoive les conseils de sa marraine, elle ne semble pas totalement opposée à l'idée d'un mariage, et lors de leurs retrouvailles à la fin du film, la nouvelle que son père prévoit d'épouser la Fée paraît provoquer chez la jeune file une moue de déception[9],[7].

Photographie couleur d'un jeune homme blond et d'un homme brun d'âge plus mûr, tous deux en manteaux épais style « film noir » et à l'air préoccupé.
Jacques Perrin (ici à gauche en 1962) interprète le Prince.

Prince d'un royaume voisin à celui du château bleu, le Prince cherche l'amour véritable. Cette quête apparaît pourtant à certains égards comme un caprice d'enfant[18] : il feint une maladie que les médecins ne reconnaissent pas afin de pouvoir rester au lit en permanence, et rêver à la Princesse qu'il a furtivement aperçue dans les bois. Il n'hésite pas à user de la bonne volonté de ses parents, prêts à tout pour rétablir sa santé inquiétante, en exigeant de Peau d'âne qu'elle lui cuisine un cake, et en exigeant que soit organisée une séance d'essayage de la bague pour toutes les jeunes filles du royaume, y compris les domestiques qui, pour certaines, sont encore en train de travailler[n 16]. La rêverie qu'il partage avec la Princesse est d'ailleurs de l'ordre du rêve enfantin : alors même qu'ils sont émancipés de toute surveillance des adultes et de toute responsabilité liée à leur rang dans leur royaume respectif, les deux jeunes gens choisissent de poursuivre leurs jeux d'enfants, en roulant dans l'herbe ou en se gavant de pâtisseries[26]. Jacques Demy a d'ailleurs fait supprimer certaines répliques au sous-entendu érotique, initialement prévues dans les paroles de la chanson Rêves secrets d'un prince et d'une princesse, qui donnaient aux rêves des deux jeunes gens une dimension plus adulte : « Nous ferons ce qui est interdit / Jusqu'à la fatigue, jusqu'à l'ennui[18] ».

Thèmes[modifier | modifier le code]

Le but de Demy est « juste [de] réaliser un film dérangeant contre l'ordre établi et l'éducation judéo-chrétienne[9] », selon Rosalie Varda. Mais le réalisateur se réclame avant tout d'un « conte de fées réaliste », avec des personnages aux réactions crédibles, pour que le merveilleux intervenant dans ce contexte soit plus étonnant[62].

Amours troubles[modifier | modifier le code]

Le thème de l'inceste, qui fait l'originalité du conte de Perrault, est préservé dans la relecture plus moderne de Demy, qui reconnaît son aspect « obscène, presque pornographique », ce pourquoi « le sujet est formidablement intéressant[63] ». Mais au contraire du conte, si ici le Roi prend, seul, la décision d'épouser sa fille, celle-ci n'y répugne pas et oppose aux arguments de sa marraine son propre amour pour son père, poussant ainsi les psychanalystes à évoquer le complexe d'Électre au sujet l'attirance d'une fille pour son père. Anne E. Duggan voit dans ce personnage une distanciation des princesses des contes de fées classiques, qui n'existent que par rapport à leur prince et font preuve de passivité : la Peau d'âne de Demy, au contraire, n'hésite pas à faire valoir ses sentiments pour son père, et semble manipuler magiquement le Prince pour qu'il lui apparaisse plus facilement, lors de la scène de la masure. Elle est en position de force par rapport aux héroïnes classiques, et apparaît comme une figure de la transgression. L'inceste même n'apparaît pas condamnable : les deux personnages concernés sont favorables au mariage et, si la Fée des Lilas décourage sa filleule, c'est au nom de « questions de culture et de législature », pas au nom de la décence[7].

Le Prince, quant à lui, est à la recherche du grand amour et se voit guider par une rose aux lèvres charnues et érotisées, qui lui indique le chemin pour trouver la Princesse. Pourtant, les interactions entre la Princesse et le Prince eux-mêmes sont peu sensuelles et semblent davantage relever d'un amour fraternel, en partie incestueux[9]. À la fin de l'histoire, au contraire de Perrault, qui laisse les deux personnages se réjouir seuls du mariage de Peau d'âne, Jacques Demy fait du Roi bleu et de la Fée des Lilas des amants. Les paroles ambigües de la Fée, au moment où elle conseille à sa filleule de fuir le Roi, prennent alors tout leur sens : sa motivation à aider sa filleule tenait aussi d'un empressement à éloigner une rivale prétendant aux affections du Roi, et la Fée apparaît alors pourvue d'immoralité, déjouant le stéréotype établi dans les contes. La moue qu'adopte la Princesse à la nouvelle de ce mariage paraît alors exprimer sa déception générale, déception identique dans d'autres films de Demy (Lola ou Les Parapluies de Cherbourg) : selon Anne E. Duggan, par ce mariage par considérations sociales avec un homme ayant une bonne situation, la fin de l'histoire ne satisfait pas nécessairement les désirs non conventionnels de l'héroïne[7].

Dimension hippie[modifier | modifier le code]

La rêverie des deux amoureux, au son de la chanson Rêves secrets d'un prince et d'une princesse, sembler dissimuler un manifeste hippie dans ses paroles équivoques, faisant écho au précédent film de Demy, Model Shop (1969) : « Nous irons ensemble à la buvette / Nous fumerons la pipe en cachette / Nous nous gaverons de pâtisseries ». Nombreux sont les critiques, et même Rosalie Varda, la fille de Demy, qui voient derrière cette « pipe » des « substances prohibées »[9],[48], alors en vogue dans les milieux que fréquentaient Demy et Agnès Varda pendant leur séjour américain. En effet, l'expérience hippie du réalisateur imprègne le film[45], et en particulier cette rêverie : les champs sont parsemées de curieuses fleurs colorées, la boisson coule à flots sur la table de banquet[18], les deux jeunes gens font vœu de rébellion (« Nous ferons ce qui est interdit[45] ») ... Même la barbe du Roi rouge, homme peu bavard mais à l'apparence bonhomme, évoque le Flower Power (le pouvoir des fleurs) du mouvement hippie[18]. Le cake que réclame le prince, utilisant le terme anglais désignant un gâteau, est l'un des nombreux exemples d'ambiguïté : certains choisissent d'y voir un space cake[45], pâtisserie contenant du cannabis que la famille Demy-Varda avait eu l'occasion d'expérimenter aux États-Unis[9].

La princesse et la souillon[modifier | modifier le code]

Deux types d'apparences priment dans le film : le noble et le vulgaire, ou le beau et le laid. Dès le début du conte, le vulgaire se mêle au noble : c'est grâce à l'âne qui pond de l'or que le Roi bleu est prospère en son royaume, ce qui évoque la scatophilie. Et si la richesse du royaume bleu et du royaume rouge est bien transmise par l'opulence des décors et des costumes, Peau d'âne la souillon fréquente un monde de laideur, obéissant à une femme qui crache des crapauds et s'occupant des auges des cochons. Ce sont d'ailleurs des blanchisseuses qui sont les premières à se moquer de l'apparence de la jeune fille. Et pourtant, le monde ne semble exister que pour le beau : les déjections de l'âne sont valorisées pour ce qu'elles représentent aux yeux du roi, la robe « couleur de temps » demandée sans davantage de précision est confectionnée de sorte à représenter le beau temps, et la première action de Peau d'âne en entrant dans son nouveau logis est de faire le ménage[18]. Cette dualité est à son paroxysme pendant la scène du « cake d'amour », lorsque la caméra présente aux fourneaux une Peau d'âne dédoublée, à la fois princesse et souillon, mélangeant l'or de sa robe à la crasse de sa peau d'âne[26]. C'est en fait le lieu même de la masure qui incarne la liminarité, où se côtoient indifféremment le propre et le sale, à travers les objets que l'héroïne a fait apparaître avec sa baguette magique. La scène du cake, qui fait coexister la princesse et la souillon, marque également le milieu du voyage de la jeune fille, momentanément bloquée entre les deux châteaux qui lui sont tous deux inaccessibles[18].

Vérité et véracité[modifier | modifier le code]

Le miroir, instrument du reflet et du doute, est un motif qui revient à plusieurs reprises tout au long du film, comme pour interroger l'exactitude des personnages. La sincérité des sentiments est en effet un thème central du film : Peau d'âne se demande si son amour pour son père est suffisant pour l'épouser, le Prince se désespère de ne pas trouver le véritable amour, la Fée masque derrière son souci de protection de sa filleule un amour jaloux pour le Roi bleu, et ces recherches de la vérité se heurtent au parti pris de Demy, qui joue avec la fausseté assumée[26] des décors et des anachronismes. Le perroquet lui-même, qui reprend les refrains de la chanson Amour, amour, risquerait de déformer la réalité par effet de psittacisme, et la constante confrontation entre le merveilleux et l'anachronique n'aide pas à la compréhension[7] La fin du film semble néanmoins proposer une résolution positive : lorsque l'héroïne retire sa peau puis marche avec le Prince vers le trône, face à la caméra, la scène suivante les observe de dos s'éloignant vers leurs témoins, comme s'ils avaient enfin franchi le miroir et achevé leur métamorphose[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Sur le plateau de Peau d'âne, Annie Maurel est avant tout la scripte, comme sur tous les films de Demy.
  2. Charles Clairville, de son vrai nom Charles-Victor Nicolaïe, est le neveu du prolifique dramaturge Clairville.
  3. Mag Bodard a déjà soutenu les précédents films de Demy ainsi que des œuvres de Varda, Robert Bresson ou Jean-Luc Godard.
  4. Catherine Deneuve retrouve d'ailleurs l'univers des contes de fées pour le Petit Poucet d'Olivier Dahan (2001), près de 40 ans après Peau d'âne, et cette fois-ci dans le rôle de la Reine.
  5. Legrand composera les musiques de tous les films de Demy à l'exception de Model Shop (1968), Le Joueur de flûte (1972) et Une chambre en ville (1982).
  6. Catherine Deneuve avait ainsi été doublée par Danièle Licari dans Les Parapluies de Cherbourg, son premier film musical avec Jacques Demy.
  7. Christiane Legrand est la sœur de Michel Legrand. Elle a également été membre du groupe vocal de jazz Les Double Six, tout comme Claude Germain, mari d'Anne Germain.
  8. Catherine Deneuve citée dans L'Univers de Jacques Demy : « Quand on évoque Peau d'âne, on me parle toujours de la recette de cuisine, de la princesse en train de faire sa tarte avec le petit poussin qui sort de l'œuf. La souillon qui est en train de balayer pendant ce temps-là, je suis comme le public, je ne la vois pas ».
  9. Dont Jacques Demy et Michel Legrand.
  10. La rue du Faubourg-Saint-Honoré, à Paris, est notamment réputée pour les magasins de luxe qui la bordent.
  11. Agnès Varda préfère l'emploi du pluriel latin « boni » au singulier et pluriel francisé « bonus ».
  12. L'influence de Jean Cocteau sur le film en général est, à bien des égards, très perceptible. Voir plus bas.
  13. « Les princesses d'abord, les duchesses ensuite, et les marquises, les comtesses et les baronnes derrière. » « Les servantes et les femmes de chambre avant les cuisinières, les marmitonnes et les dindonnières à la fin. »
  14. Également orthographié « Le Bovier de Fontenelle ».
  15. Catherine Deneuve aura en tout joué dans quatre films de Demy : Les Parapluies de Cherbourg (1964), Les Demoiselles de Rochefort (1967, avec sa sœur Françoise Dorléac), Peau d'âne et L'Événement le plus important depuis que l'homme a marché sur la Lune (1972, avec son compagnon Marcello Mastroianni). Elle avait également été pressentie pour le rôle principal d'Une chambre en ville.
  16. À l'image de Peau d'âne, présente dans les cuisines, qui est appelée en dernier recours lorsque toutes les autres femmes ont épuisé leur chance.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Photographie faite sur le plateau du tournage sur le site de l'agence Corbis.
  2. Photographie faite sur le plateau, sur le site actualites.bellesdemeures.com.
  3. (en) Peau d'âne (film, 1970) sur l’Internet Movie Database.
  4. a, b et c [vidéo] « Vidéo du tournage de Peau d'âne réalisée par Agnès Varda », sur cinematheque.fr (consulté le 25 janvier 2014).
  5. Témoignage d'Annie Maurel dans le documentaire d'Agnès Varda : L'Univers de Jacques Demy (1993).
  6. a, b, c, d, e, f, g et h « Peau d'âne : entretien avec Agnès Varda », sur gaminsdulux.fr (consulté le 2 janvier 2015).
  7. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o (en) Anne E. Duggan, « Donkey Skin: Demy's Fairy-Tale Worlds », sur criterion.com (consulté le 22 janvier 2015).
  8. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Dossier de presse de la version 2014
  9. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o Sophie Grassin, « Peau d'âne, féerie pop », sur teleobs.nouvelobs.com,‎ 24 décembre 2014 (consulté le 4 janvier 2014).
  10. Patrick Sért, « Interview de Jacques Demy », Le Monde,‎ 17 décembre 1970 (lire en ligne).
  11. a et b « Il était une foi », Le Nouvel Observateur,‎ 20 décembre 1997 (lire en ligne).
  12. Interview de Mag Bodard sur le site de l'INA.
  13. (en) « Donkey Skin (Peau d'âne) », Film Quarterly, vol. 59, no 2,‎ Hiver 2005-2006, p. 40-44 (lire en ligne).
  14. a et b Léon Zitrone, « Les dames du temps présent », Jours de France,‎ 1971 (lire en ligne).
  15. Livret de l'édition DVD de 2003.
  16. a et b [vidéo] « Jacques Demy & Agostino Pace : rencontre et collaboration », sur cinematheque.fr (consulté le 25 janvier 2014).
  17. a et b [vidéo] « Interview d'Agostino Pace : des croquis aux costumes », sur cinematheque.fr (consulté le 25 janvier 2014).
  18. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v et w « Demy et le Merveilleux » sur le site de la Cinémathèque française.
  19. a, b et c [vidéo] « Agostino Pace et Rosalie Varda : la recréation des robes », sur cinematheque.fr (consulté le 25 janvier 2014).
  20. a, b et c Zoom sur Peau d'âne, Jacques Demy et le Merveilleux, web-documentaire pour le CNC.
  21. Rosalie Varda-Demy et Emmanuel Pierrat, Il était une fois “Peau d'âne”, Éditions de La Martinière,‎ 2014.
  22. Fiche du film sur Ciné-ressources.
  23. Clarisse Fabre, « À Chambord, Peau d'âne pond encore de l'or », sur lemonde.fr,‎ 24 décembre 2014 (consulté le 4 janvier 2014).
  24. Gérard Lefort, « Un film-papillon », Libération,‎ 24 octobre 2003 (lire en ligne).
  25. Une productrice passionnée, supplément du DVD Peau d'âne (Ciné-Tamaris / Arte Vidéo).
  26. a, b, c, d et e Jean-Gavril Stuka, « Critique du film », sur dvdclassik.com,‎ 1er juillet 2014 (consulté le 4 janvier 2015).
  27. Yves Alion, « Entretien avec Rosalie Varda », Positif, no 602,‎ avril 2013, p. 38.
  28. [vidéo] « Jacques Demy sur un film qui serait “en chanté” », Discorama, 10 mars 1963, sur le site de l'INA.
  29. a, b, c et d Michel Legrand, Rien n'est grave dans les aigus, Paris, Le Cherche-Midi,‎ 2013
  30. a et b Bande-originale du film, Play-Time/FGL, 1997.
  31. Encyclopédisque
  32. Peau d'âne (Original Cinema Soundtrack) sur iTunes.
  33. Interview de Jacques Demy (23 décembre 1970) sur le site de l'INA.
  34. (es) Palmarès du CEC en 1971.
  35. Andrée Tournès, « Critique du film », Jeune Cinéma, no 53,‎ mars 1971 (lire en ligne)
  36. Jean-Louis Bory, « Critique du film », Le Nouvel Observateur,‎ 4 janvier 1971 (lire en ligne).
  37. Jean de Baroncelli, « Critique du film », Aden/Le Monde,‎ décembre 1970 (lire en ligne).
  38. Robert Chazal, « Critique du film », France-Soir,‎ décembre 1970 (lire en ligne).
  39. Michel Ciment, « Critiques de A à Z : « Peau d'âne » », Positif, no 126,‎ avril 1971, p. 76.
  40. Peau d'âne sur jpbox-office.com
  41. Classement 1970 sur jpbox-office.com
  42. Voir la section « Box-office » de l'article sur Jacques Demy
  43. a et b Jean-Pierre Berthomé, Jacques Demy et les Racines du rêve, Atalante,‎ 1998, 478 p. (ISBN 284172042X).
  44. Frédéric Bonnaud, « Livre : Jacques Demy et les Racines du rêve », Les Inrocks,‎ 30 novembre 1995 (lire en ligne).
  45. a, b, c, d et e [vidéo] Marc Voinchet, « Amour, amour, je t’aime tant ! », France Culture, vol. Les Matins,‎ 19 décembre 2014 (lire en ligne).
  46. « Peau d'âne fait peau neuve »,‎ 2 juillet 2014 (consulté le 2 janvier 2015).
  47. Interview pour Anne Diatkine de Elle en 2003.
  48. a, b et c Philippe Piazzo, « Critique du film », Aden/Le Monde,‎ octobre 2003 (lire en ligne).
  49. Critique du film dans Télérama.
  50. « Entretien avec Rosalie Varda », L'Avant-scène Cinéma,‎ avril 2013, c. 35.
  51. « Notice bibliographique », sur catalogue.bnf.fr (consulté le 25 janvier 2015).
  52. « Notice bibliographique », sur catalogue.bnf.fr (consulté le 25 janvier 2015).
  53. « DVD : Peau d'âne », L'Avant-scène Cinéma, no 529,‎ février 2004, p. 80
  54. « Notice bibliographique », sur catalogue.bnf.fr (consulté le 25 janvier 2015).
  55. « Notice bibliographique », sur catalogue.bnf.fr (consulté le 25 janvier 2015).
  56. a et b Le Petit Peau d'âne illustré, supplément du DVD Peau d'âne (Ciné-Tamaris / Arte Vidéo).
  57. Pierre Gillard, « Alouette & Lama », sur www.alouettelama.com,‎ 2015 (consulté le 24 janvier 2015)
  58. a et b (en) James Quandt, « Jacques Demy, A to Z — E: The Eternal Return », sur criterion.com.
  59. a et b Le Film vu par Rosalie Varda, supplément du DVD Peau d'âne (Ciné-Tamaris / Arte Vidéo).
  60. Présentation du film sur cine-tamaris.com.
  61. a et b René Marx, « Peau d'âne », L'Avant-scène Cinéma, no 610,‎ février 2014, p. 62.
  62. [vidéo] « Interview de Jacques Demy : conte réaliste » (consulté le 25 janvier 2014).
  63. [vidéo] « Jacques Demy : Peau d'âne et les contes », sur cinematheque.fr (consulté le 25 janvier 2014).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Ouvrages
  • Jean-Pierre Berthomé, Jacques Demy et les racines du rêve, Nantes, L'Atalante,‎ 2014, 3e éd., 508 p. (ISBN 978-2-84172-678-3)
  • Alain Philippon, Cahier de notes sur... “Peau d'âne”, Paris, Les Enfants de cinéma,‎ 2001, 24 p..
  • Carole Desbarats, “Peau d'âne” : Jacques Demy, Paris, CNC / Films de l'Estran.
  • Rosalie Varda-Demy et Emmanuel Pierrat, Il était une fois “Peau d'âne”, Éditions de La Martinière,‎ 2014, 243 p. (ISBN 978-2-7324-6486-2).
Multimédia
Documentaires vidéos
  • Recueil sur Peau d'âne, Demy et le merveilleux, site de la Cinémathèque française, 2013. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]