Peau d'âne (film, 1970)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Peau d'âne (homonymie).

Peau d'âne

Réalisation Jacques Demy
Scénario Jacques Demy
Acteurs principaux
Sociétés de production Parc Film
Marianne Productions
Pays d’origine France
Genre Film musical
Sortie 1970
Durée 85 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Peau d'âne est un film musical français de Jacques Demy, sorti en 1970 et inspiré du conte éponyme de Charles Perrault, paru en 1694.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Un roi, jouissant d'un grand prestige auprès de ses sujets et voisins, est marié à la plus belle et vertueuse des reines. Celle-ci, frappée par la maladie, lui fait promettre sur son lit de mort de ne prendre comme nouvelle épouse qu'une femme plus belle qu'elle, la raison d'État exigeant un descendant mâle.

Les efforts des ministres pour trouver une princesse à la hauteur de la défunte reine restent vains, et seule la propre fille du couple royal peut se prévaloir d'une telle beauté. Malgré le risque d'inceste que comporte ce projet, le roi décide de l'épouser, encouragé en cela par ses ministres et conseillers.

La princesse s'effraie d'un tel dessein, mais hésite en même temps, sensible à l'insistance de son père et l'amour qu'elle lui porte. Sa marraine, la fée des Lilas, lui apprend à distinguer les amours : si on aime ses parents, on ne les épouse pas. Conseillée par cette dernière, la princesse tente de dissuader son père sans le contredire, en lui demandant tour à tour la réalisation de trois robes d'une extrême complexité : l'une couleur du temps, l'autre couleur de lune, la dernière couleur du soleil. En dépit du coût du défi et des brefs délais accordés, le roi accède à sa requête. La princesse se résout alors à demander à son père un immense sacrifice : la peau de son âne « banquier » dont les déjections surnaturelles procurent au roi pierres précieuses et pièces d'or. Le roi accepte.

Ne pouvant plus se dérober, la princesse désespérée s'enfuit du château familial, cachée sous la peau de l'âne, et munie de la baguette prêtée par sa marraine la fée. Elle trouve refuge dans une ferme, logeant dans une misérable hutte au fond d'un bois, travaillant comme souillon pour une vieille femme et devant affronter l'hostilité et moqueries des habitants. Un prince traversant le pays la remarque et en tombe amoureux. De retour dans son château, il tombe malade d'amour. Ses parents alertés par son état lui offrent de l'aider. Il demande alors que la dénommée « Peau d'âne » lui fasse un gâteau. Celle-ci accède à sa requête et confectionne un « cake d'amour », dans lequel elle glisse un présent : un anneau d'or. Le prince manque de s'étouffer en mangeant le gâteau, et décide qu'il épousera celle à qui la bague ira, le doigt devant être bien fin. Une séance d'essayage est organisée, toutes les filles du royaume, par rang social, se présentant dans l'espoir d'être l'élue. La séance prend fin, l'anneau ne s'est glissé à aucun doigt. Se présente alors Peau d'âne, à qui l'anneau s'ajuste parfaitement. Elle quitte alors son déguisement et apparaît dans toute sa splendeur dans sa robe couleur du soleil. Le mariage s'ensuit, elle épouse le prince et le roi son père épouse la fée des Lilas.

Le film s'achève sur les derniers vers du conte original :

« Le conte de Peau d’âne est difficile à croire,
Mais tant que dans le monde on aura des enfants,
Des mères et des mères-grands,
On en gardera la mémoire. »

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Chansons du film[modifier | modifier le code]

  • Amour, amour - la princesse
  • Les Conseils de la fée des Lilas - la fée des Lilas
  • Les Insultes - la princesse, paysans et paysannes
  • La Chanson du prince - le prince
  • Recette du cake d'amour - la princesse
  • Rêves secrets d'un prince et d'une princesse - la princesse, le prince
  • Le Massage des doigts - ensemble

Production[modifier | modifier le code]

Tournage[modifier | modifier le code]

Le tournage débute le 1er juin 1970 et se prolonge en juillet. Il se tient sur différents sites : château de Chambord (château rouge), château du Plessis-Bourré (château bleu), château de Neuville, Gasny et Senlis.

D'après plusieurs sources[4], les comédiens Rufus et Myriam Boyer auraient participé au film mais ils ne sont pas identifiables.

Le budget initial du film, entre 3 et 4 millions de francs, a connu un dépassement d'un million[5].

Aspect visuel[modifier | modifier le code]

L'esthétique très colorée du film, nouvelle pour l'époque, s'inspire des mouvements pop art et peace and love, que Jacques Demy avait découvert aux États-Unis où il venait de passer deux ans pour tourner son film Model Shop[6]. L'affiche dessinée par Jim Léon en est un parfait exemple[7].

Pour l'univers du château bleu, où le végétal envahit l'architecture et où les statues sont vivantes, le réalisateur puise son influence dans l'univers du cinéma de Cocteau, notamment La Belle et la Bête (1946). Le choix de Jean Marais pour le rôle du roi bleu est d'ailleurs lié à cette référence[6].

Musique[modifier | modifier le code]

La musique et les chansons ont été composées par Michel Legrand, collaborateur attitré de Jacques Demy depuis ses débuts (sauf pour Model Shop) sur des paroles de Jacques Demy. Ce dernier conforte le compositeur dans sa première réaction d’aller vers des styles très variés, volontairement en contraste (« Démarre sur une fugue, m’a confirmé Jacques, mais ajoute ensuite de la guitare électrique et des rythmes modernes[réf. nécessaire]. »)

Les comédiens principaux sont doublés pour les chansons comme dans les précédents films de Jacques Demy. Ainsi Catherine Deneuve, qui avait été doublée par Danièle Licari dans Les Parapluies de Cherbourg (son premier film musical avec Jacques Demy), l'est ici par Anne Germain, comme dans Les Demoiselles de Rochefort (1967)[8]. Jacques Perrin est quant à lui doublé par Jacques Revaux, comme dans Les Demoiselles de Rochefort, et Delphine Seyrig par Christiane Legrand[9], bien qu'elle ait enregistré la chanson de la fée des Lilas[10].

Réception[modifier | modifier le code]

Avec 2 198 576 entrées, le film se classe au 13e rang du box-office des films français sortis en 1970.

Analyse du film[modifier | modifier le code]

Sources et références[modifier | modifier le code]

L'œuvre de Jacques Demy est une libre adaptation du conte de Charles Perrault, Peau d'âne. Paru pour la première fois en 1694 dans une version en vers, il est republié en 1781 sur vélin à Paris chez Lamy qui adjoint à la version classique, une seconde, en prose, qui sera par la suite la plus reprise. Le film est une adaptation de cette dernière, dont l'auteur reste inconnu[11].

Le film contient également de nombreuses références :

Autres contes de Perrault 
  • Lorsque Peau d'âne arrive à la ferme lors de sa fuite, tous les personnages sont comme endormis, figés dans leur activité, comme dans La Belle au bois dormant ;
  • La « Vieille » qui accueille Peau d'âne crache des crapauds, tout comme l'aînée dans Les Fées. Elle fait référence au Petit Chaperon rouge en s'adressant au prince ;
  • Deux valets de ferme se moquent de Peau d'âne en la surnommant « Cucendron », comme le fait l'aînée des demi-sœurs de Cendrillon ;
  • Le « bal des chats et des oiseaux », organisé par la reine rouge, doit accueillir le marquis de Carabas, personnage apparaissant dans Le Chat botté, mais cité dans le conte ;
  • Thibaud dit de Peau d'âne que c'est la plus vilaine bête après le loup.
Autres contes
  • Le cercueil de verre, destiné dans le film à la mère défunte de l'héroïne, est une référence à Blanche-Neige des frères Grimm
  • Le miroir de Peau d'âne, qui lui révèle à distance la réaction de son père après sa fuite, est une référence au miroir magique de la Belle et la Bête, capable de révéler par l'image des vérités lointaines.
Littérature moderne
  • Le roi bleu lit à sa fille des vers écrits par les poètes des temps futurs, dans un recueil qui lui a été offert par les fée des Lilas :
  • Le dialogue entre le prince et la rose est une évocation du dialogue entre le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry et sa rose.
Tradition populaire
  • Intitulée Recette d'un cake d'amour, une des chansons du film reprend l'analogie entre la fève de la galette des rois et la marque d'amour (bague) laissée par Peau d'âne dans le gâteau pour le prince.
  • La barbe du roi rouge est fleurie, référence à Charlemagne, « l'empereur à la barbe fleurie »
Musique

La fée des Lilas, marraine de Peau d'âne, est le nom de la dernière fée marraine commuant le sort de la fée Carabosse en sommeil de cent ans dans le ballet de Piotr Ilitch Tchaïkovski, La Belle au bois dormant.

Histoire

Lors de la séance d'essayage de la bague à la fin du film, Thibaud organise l'ordre de passage des prétendantes au mariage avec le prince, par rang social[12]. Les noms des « grandes dames » se présentant tour à tour devant le prince ont tous un lien avec la littérature, la plupart étant contemporains de Charles Perrault (1628-1703) :

Les noms de « La Ségur » et de « La Clèves » sont évoqués plus tôt par Godefroy, l'ami du prince, qui l'avertit que ces dames ont cherché à le rencontrer. Quant à Madame de La Fayette et Madame de Sévigné, maîtresses de la littérature galante et mondaine du XVIIe siècle, proches de la préciosité, comptent parmi les nombreuses sources d'inspiration littéraires de Perrault.

Anachronismes[modifier | modifier le code]

Le réalisateur a émaillé son œuvre de quelques anachronismes volontaires :

  • La fée des Lilas parle de « piles », ce qui surprend la princesse. Elle a également un téléphone sur son lieu de vie, visible quand la princesse lui rend visite pour lui demander conseil ;
  • Le roi bleu cite des vers des poètes des temps futurs (cf. #Sources et références) et il arrive à son mariage en hélicoptère, au bras de sa promise, la fée des Lilas.
  • A la fin du film, lors du mariage des jeunes amoureux, un hélicoptère se pose devant le château.

Autour du film[modifier | modifier le code]

Le chanteur Jim Morrison, qui vit alors en France, vient sur le tournage à Chambord pour y voir son amie la cinéaste Agnès Varda, épouse de Jacques Demy[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Photographie faite sur le plateau du tournage.
  2. Pierre, star du 7e art.
  3. Témoignage d'Annie Maurel, scripte du film dans le documentaire d'Agnès Varda, L'Univers de Jacques Demy (1993).
  4. Dont Jacques Demy de Jean-Pierre Berthomé
  5. Une productrice passionnée, supplément du DVD Peau d'âne (Ciné-Tamaris / Arte Vidéo).
  6. a et b Le Film vu par Rosalie Varda, supplément du DVD Peau d'âne (Ciné-Tamaris / Arte Vidéo).
  7. Affiche du film sur Ecranlarge.com
  8. Anne Germain est, entre autres, connue comme interprète du générique de l'émission L'Île aux enfants (1974) et des Visiteurs du Mercredi (1975)
  9. Sœur de Michel Legrand, Christiane Legrand avait été membre du groupe vocal de jazz Les Double Six aux côtés, entre autres, de Claude Germain, mari d'Anne Germain.
  10. Bande-originale du film, publiée en CD par Play-Time/FGL en 1994 et 1997.
  11. a et b Le Petit Peau d'âne illustré, supplément du DVD Peau d'âne (Ciné-Tamaris / Arte Vidéo).
  12. « Les princesses d'abord, les duchesses ensuite, et les marquises, les comtesses et les baronnes derrière, les femmes de chambre avant les cuisinières, les marmitonnes et les dindonnières à la fin ».
  13. Voir Jean-Baptiste de Montyon (1733-1820), économiste français créateur du prix littéraire homonyme
  14. Voir Marc-Antoine Girard de Saint-Amant (1594-1661), poète français.
  15. Voir François Le Métel de Boisrobert (1592-1662), poète et dramaturge français.
  16. Voir Bernard Le Bouyer de Fontenelle (1657-1757)
  17. Voir Jean Vauquelin de La Fresnaye (1536-1606)
  18. Jim Morrison venu sur le tournage de "Peau d'âne", Allociné, consulté le 12 mai 2013.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :