Paysage dans l'art

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
La peinture romantique exalte les paysages sauvages et souvent montagneux - tableau d'Eugene von Guérard de 1863.

La notion de paysage dans l'art englobe la représentation des paysages par les différents arts : peinture, le dessin, la photographie, etc.

La représentation du paysage joue un rôle important dans les arts graphiques. Elle peut, entre autres, s'opposer parfois à la représentation des êtres, ou bien peut être utilisée pour les symboliser (peinture religieuse). En peinture, le paysage est un genre aux côtés de la peinture d'histoire, du portrait, de la peinture de genre et de la nature morte et de la peinture figurative.

La sensibilité paysagère et l'« invention du paysage »[modifier | modifier le code]

Le regard paysager s'est formé dans le monde occidental au contact de l'art pictural et de ses évolutions au début de l'époque moderne[1]. La naissance du paysage est lié ainsi à une médiation par l'art, à un processus d'« artialisation » qui peut être double, in situ et c'est l'attention du paysagiste, et in visu, par le regard du peintre[2]. Cette médiation par l'art permet de passer du « degré zéro du paysage », le « pays », au paysage lui-même ; « elle est lente, diffuse, complexe, souvent difficile à reconstituer, mais toujours indispensable. Cela soit dit à l’intention de ceux qui s’obstinent à prôner l’idée [...] d’une beauté naturelle. » Ainsi, si un espace n’est ni contemplé, ni apprécié, sa présence matérielle ne suffit pas à en faire un paysage[3].

Histoire du paysage en peinture[modifier | modifier le code]

Occident[modifier | modifier le code]

De l'Antiquité au Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Paysage de l'Odyssée dans la Maison de la via Graziosa, Ier siècle av. J.-C.

Dans l'antiquité grecque et romaine, le paysage n'est peint que comme fond ou environnement pour mettre en contexte une scène principale, Les Étrusques par exemple ne le font apparaître que rarement, comme c'est le cas dans tombe des Chasseurs de Monterozzi) (perspective du paysage au-delà des tombants d'un dais). Même s'il s'agit plus de topia, c'est-à-dire de schémas paysagistes plutôt que de paysages réels, Alain Roger parle de « proto-paysage » pour l'Antiquité qui voit la représentation de la nature prendre de plus en plus d'importance au détriment des personnages[4].

Durant tout le Moyen Âge chrétien, le paysage n'est conçu que comme œuvre divine et sa représentation fait référence à son créateur. Le « paysage commentaire », expression du byzantinologue Otto Demus (en), suggère l'accompagnement lyrique de la figure religieuse par le relief (ainsi Dieu est souvent représenté par une montagne)[5].

Pendant la pré-Renaissance italienne des Duecento (XIIIe siècle italien) et Trecento (XIVe siècle italien), les primitifs italiens[6] inventent et introduisent le paysage dans le fond des tableaux pour humaniser la représentation religieuse et la rendre accessible car reconnaissable par leurs spectateurs. Ils remplacent ainsi les fonds dorés (d'un paradis inaccessible) par le bleu du ciel et les paysages bibliques sont calqués sur ceux de l'Italie pour être acceptés facilement. Mais ils servent encore de faire-valoir pour une scène religieuse ou allégorique, voire pour un portrait. À la Pinacothèque nationale de Sienne, deux petites peintures sur bois qu’on date généralement de 1338 ou 1339 sont considérés comme les premiers « paysages purs » de l’histoire de la peinture occidentale (en Orient, le paysage est déjà un genre noble à part entière à cette époque) même si l'intention de leur auteur est probablement toute autre, ces tableaux étant des morceaux de retables ou des panneaux de coffres[7].

Débuts du paysage comme sujet principal[modifier | modifier le code]

Une idée reçue veut que la peinture de portrait et de paysage s'autonomise à la Renaissance en Flandres avec des peintres comme Jan van Eyck qui isolent des vues par la fenêtre ou depuis un parapet (telle la La Vierge du chancelier Rolin). Cependant dès le XIVe siècle, le peintre de l'école siennoise Ambrogio Lorenzetti réalise les fresques Les Effets du bon et du mauvais gouvernement qui constituent le premier paysage moderne de l'histoire de la peinture, ni symbolique ni allusif, mais vraiment réaliste[8].

À la Renaissance, le paysage sert à exprimer les utopies urbaines et politiques émergentes. D'abord « perçu » au travers du cadre des fenêtres dans les tableaux représentant des scènes intérieures, il va prendre une place de plus en plus importante, jusqu'à occuper toute la surface de la toile comme dans la célèbre Tempête de Giorgione. La peinture de paysage se développe particulièrement à cette époque dans les Pays-Bas où la Réforme protestante interdit les images dans les églises. Les peintres des pays réformés se tournent alors vers les scènes de genre, portraits et paysages (notamment le paysage-monde (en) flamand avec ses vues à vol d'oiseau), dans un contexte de laïcisation de l'art[9]. La critique d'art a ainsi longtemps désigné le peintre anversois Joachim Patinir comme l'inventeur du paysage formant un genre à part et se suffisant à lui-même[10].

Les travaux des champs au mois de mars avec le château de Lusignan à l'arrière-plan. Les Très Riches Heures du duc de Berry (1411-1416)
La tempête (vers 1505) par Giorgione

Parallèlement, les personnages des scènes religieuses en extérieur vont « rétrécir » jusqu'à n'être presque plus symbolisés que par les éléments du paysage (ex. : le Christ par une montagne.[réf. nécessaire]

La peinture de paysage à l'époque classique et baroque[modifier | modifier le code]

Le paysage ne prend toutefois véritablement son essor qu'au XVIIe siècle, avec le développement du collectionnisme. En Flandres, la première représentation de paysage indépendant est celle de Joachim Patinir. On distingue alors trois types de paysages :

  1. Le paysage classique, où se trouve représentée une nature idéale, grandiose, domptée par l'Homme. La représentation n'est alors pas crédible, mais recomposée pour sublimer la nature et la rendre parfaite ; en général, une histoire se cache dans ce type de paysages, dont les poncifs sont la présence d'éléments d'architecture romaine, combinés à une montagne ou une colline et à un plan d'eau. Les trois centres important de ce type de représentations sont Rome, avec Annibale Carracci, le créateur de ce type, et ses suivants l'Albane, Le Dominiquin, Poussin…, mais aussi Paris et la Hollande. Dans la première moité du XVIIIe. siècle le paysage constitue le cadre idéal d'une vie sensible à plus de naturel, dans la peinture de Watteau, par exemple.
  2. Le paysage naturaliste propose une vision plus humaniste, de l'harmonie entre l'Homme et la nature avec Jacob van Ruisdael et Jan Van Goyen. En général, celle-ci est grandiose, abondante et sauvage, représentée souvent lors de tempêtes et d'orages. Si cette vision est plus crédible, il n'est pas nécessaire qu'un lieu précis soit représenté. On trouve donc des œuvres de ce type chez les petits maîtres des écoles du nord dans la veine du succès obtenu par Ruisdael et Van Goyen, et aussi parfois dans les peintures et gravures de Rubens, Rembrandt et Salvator Rosa.
  3. Le paysage topographique, qui représente nécessairement un lieu précis et identifiable, avec une nature présentée de manière plus humble et détaillée, en tout cas plus proche de la réalité observée. Ce genre est assez caractéristique de l'école hollandaise, où les peintres sont extrêmement spécialisés (il existe des peintres de paysages d'hiver, de forêts, de canaux, de villes…): Vermeer, avec sa célèbre Vue de Delft en est probablement le représentant le plus célèbre. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle le paysage devient un enjeu majeur pour une expérience directe prise sur le motif, dans un souci d'exactitude qui relève de la même démarche que les encyclopédistes. Cette pratique pré-photographique se retrouve dans l'Europe entière et a été soulignée chez des historiens de la photographie. On y trouve aussi bien des topographes comme Claude Joseph Vernet et Thomas Girtin que des peintres de paysage inspirés de l'Antique comme Pierre-Henri de Valenciennes dont les études de ciel sur papier préparé ou Georges Michel et ses vues des lointains de Paris semblent étonnamment « modernes ».

À partir du préromantisme en Europe : infini et informe du paysage autonome, image de l'homme et de la société[modifier | modifier le code]

À l'époque romantique, le paysage devient acteur ou producteur d'émotions et d'expériences subjectives. Le pittoresque et le sublime apparaissent alors comme deux modes de vision des paysages. Les premiers guides touristiques reprennent ces points de vue pour fabriquer un regard populaire sur les sites et les paysages. Les peintres de l'école de Barbizon, les peintre réalistes voient dans le paysage comme des correspondances se construire avec la société des hommes, qui est alors en pleine mutation et cherche à lire dans le paysage comme une leçon à déchiffrer. Le geste de l'artiste, son pouvoir à déchiffrer le paysage et à le recomposer dans le tableau, devient un facteur important dans la valeur expressive et significative du tableau.

Les peintres modernes comme les photographes découpent des points de vue, structurent, jouent de la lumière[modifier | modifier le code]

L'impressionnisme donne en effet un rôle très différent au paysage en en faisant l'objet d'une observation méticuleuse et relative en termes de lumière et de couleurs, dans l'objectif de créer une représentation fidèle à la perception vécue que peut en avoir un observateur. Cette fidélité à restituer, qui s'exprime par exemple dans les contrastes et les touches de façon « vibrante », est sans doute une des sources de la passion pour l'impressionnisme (on parle souvent de « miracle impressionniste » pour l'analyse de phénomènes optiques et lumineux dans le rendu d'artistes comme Claude Monet).

L'énergie immatérielle qui anime et façonne le paysage pousse à une représentation abstraite[modifier | modifier le code]

L'abstraction sous ses différentes formes retirera, dès les premières compositions de Kandinsky, une grande partie de la description détaillée du paysage en y voyant la marque de forces immatérielles, bien que l'on emploie souvent l'expression « paysagisme abstrait » à propos de plusieurs peintres non figuratifs (Bazaine, Le Moal ou Manessier) ou Zao Wou-Ki, dans l'abstraction lyrique, parmi tant d'autres.

Cultures orientales[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Shanshui et Yamato-e et Art chinois.

Le paysage en littérature[modifier | modifier le code]

Le paysage comme matériau et le Land Art[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Paysagiste.
Article détaillé : Land art.

Le land art est une tendance de l'art contemporain utilisant le cadre et les matériaux de la nature. Le plus souvent, les œuvres sont à l'extérieur, exposées aux éléments, et soumises à l'érosion naturelle. De ce fait elles peuvent disparaître complètement. Les premières œuvres ont été réalisées dans les déserts de l'Ouest américain à la fin des années 1960. Les artistes cherchent à lier l'art et la vie, à arrêter de produire des œuvres destinées à être seulement admirées dans des musées.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Perception des paysages - Hypergéo
  2. Notion empruntée à Montaigne par Alain Roger dans son essai Nus et paysages. Essai sur la fonction de l'art, 1978, Aubier.
  3. Alain Roger, (sous le direction d'), La théorie du paysage en France, (1974-1994), Pays/Paysages, Champ Vallon, 1995, p. 444 et 448. Voir aussi du même auteur, Court traité du paysage, Paris, Gallimard, 1997.
  4. Augustin Berque, Cinq propositions pour une théorie du paysage, Éditions Champ Vallon,‎ 1994, p. 121
  5. (en) Enzo Carli, Mia Cinotti, The landscape in art, Morrow,‎ 1980, p. 30
  6. Gilbert Croué
  7. Enzo Carli, Les musées de Sienne, Istituto Geografico de Agostini,‎ 1964, p. 120
  8. Alain Roger, La théorie du paysage en France, 1974-1994, Éditions Champ Vallon,‎ 1995, p. 371
  9. Partha Mitter, Histoire de l'humanité : 1492-1789, Éditions UNESCO,‎ 2008, p. 278
  10. Émile Michel, L’Art du paysage, Parkstone International,‎ 2012, p. 41
  • Damien Ziegler (préface de Patrick Brion), "La représentation du paysage au cinéma", Bazaar & Co, coll. « cinébazaar » (no 3), Paris, 5 mars 2010, 294 p. (ISBN 978-2-917339-11-4)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Aurélie Gendrat-Claudel, Le paysage, « fenêtre ouverte » sur le roman : le cas de l'Italie romantique, PUPS, Paris, 2007, 445 p. (ISBN 978-2-84050-530-3)
  • Alain Mérot, Du paysage en peinture : dans l'Occident moderne, Gallimard, Paris, 2009, 443 p. (ISBN 978-2-07-078108-9)
  • Nicole Vandier-Nicolas (textes choisis, traduits du chinois et présentés par), Esthétique et peinture de paysages en Chine : des origines aux Song, Klincksieck, Paris, 1982, 147 p. (ISBN 2-252-02366-X)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]