Pavel Morozov

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Pavel Morozov

Pavel Trofimovitch Morozov dit Pavlik Morozov (né le et mort le à Guerassimovka en URSS), est un jeune paysan de l'Union soviétique érigé en icône du communisme, parce qu'il n'aurait pas hésité – selon le mythe – à dénoncer son père qui était un opposant à la collectivisation. Son titre officiel était celui de « pionnier-héros numéro 001 de l’Union soviétique ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Pavel était l'aîné d'une famille de paysans du village de Guerassimovka dans la région des monts Oural, en Sibérie occidentale, à 60 km du centre de district Tavda. Surnommé sa vie durant « Pasha », Pavel n'est devenu Pavlik qu'après sa mort à l'instigation de la propagande soviétique.

Son père, Trofime Sergueïévitch Morozov, était chef de village. Il a disparu en déportation.

Sa mère s'appelait Tatiana Semionovna Morozova et avait des relations conflictuelles sinon avec son mari, du moins avec sa belle-famille. Prise en charge par l'État après l'affaire, elle reçut de Joseph Staline une pension ainsi qu'un logement en Crimée où elle mourut en 1983.

Pavel avait trois frères : Alekseï (1920- ), Fedor (1922-1932) et Roman (1926-1945).

Le mythe[modifier | modifier le code]

Il était le premier enfant de paysans de la région des monts Oural, et chef d'une troupe de pionniers de son village. Son père, Trofime Sergueïévitch Morozov, responsable du soviet local, était en relation avec des koulaks à une époque où la famine régnait et où les bolcheviks réquisitionnaient le grain. Pavel Morozov, sûr que son père dissimulait du grain (ou alors qu'il fournissait des faux-papiers à des koulaks pour qu'ils évitent l'exil), le dénonça à la police secrète. Celui-ci fut donc arrêté et déporté.

Mais des membres et relations de la famille, et notamment son grand-père paternel, Sergueï, lui en voulurent et se vengèrent en tuant le jeune pionnier à l'âge de 13 ans, ainsi que son frère Fedor de 10 ans. Ils furent arrêtés, jugés et exécutés en tant qu'ennemis du peuple.

Les autorités communistes firent de Pavel Morozov (Pavlik) un martyr et un héros ; elles le proposèrent en exemple aux pionniers et à la jeunesse de l'Union soviétique, lui dédiant des monuments, donnant son nom à des écoles, etc. Une statue à son effigie a été élevée à Moscou et un chant exaltait son histoire.

Pendant plus de soixante ans, Pavlik Morozov a été un exemple pour tous les enfants soviétiques : ils devaient consacrer leur existence à l’État, et non à leur propre famille. Pavlik a été utilisé comme un modèle : il s’agissait d’inciter les enfants à tenir informées les autorités du comportement de leurs parents. Une puissante vague de dénonciations s’est alors abattue sur l’ensemble du pays. En droit pénal, on autorisait l’utilisation des témoignages d’enfants et de la dénonciation anonyme.

La réalité[modifier | modifier le code]

Pavlik n’avait jamais été pionnier. Avant son assassinat, il n’existait pas la moindre cellule de pionniers dans son village. Mais en affirmant que Pavlik avait été pionnier, l’État pouvait transformer les assassins, sa propre famille, en une bande de terroristes politiques. En réalité, Pavlik était un simple petit paysan qui savait à peine lire et écrire, encore moins capable de lancer des slogans politiques élaborés.

Suite à un différend avec son grand-père, Pavel a vraiment dénoncé celui-ci aux autorités locales. Mais, dans les pièces du dossier criminel, il ne s'est trouvé aucun rapport de Pavlik Morozov contre son père. Il n’a pas commis l’acte dont on le rend aujourd’hui personnellement responsable : avoir trahi son père.

Tous ceux qui ont été soupçonnés d’avoir commis le meurtre, y compris l’oncle et les grands-parents de Pavlik, ont été condamnés à mort. Les membres de la famille de Pavlik avaient été si atrocement torturés qu’ils n’étaient pas en état de se défendre. Mis à part quelques citations de Staline, on n’a apporté aucune preuve de leur culpabilité.

D'après Youri Droujnikov, qui a écrit une biographie de Pavlik Morozov, Le Mouchard 001, ou l'Assomption de Pavlik Morozov (Donostchik 001, ili Voznesenie Pavlika Morozova, Londres, 1987 ; Moscou, 1995 ; Ekaterinbourg, 2001), il est probable que cette histoire ait été montée de toutes pièces par les services secrets soviétiques pour la propagande. Il est même possible que Pavlik Morozov ait été assassiné par les autorités afin de créer son image de martyr.

Chant sur un héroïque pionnier[modifier | modifier le code]

Dans l'Oural est une splendide forêt,
À la beauté séculaire,
D'une verdure éclatante toute l'année.
Au-dessus des sommets
Planent des aigles,
Plus haut que les aigles, un avion vole.

Au pied de la montagne, il y a un kolkhoze.
Ici, notre camarade a grandi.
On l'appelait Pavel Morozov.
Notre camarade fut un héros.
Il n'a pas accepté que son père
Vole ce qui appartenait au peuple.

Pendant une nuit obscure,
Ils se sont vengés sur lui.
Ils l'ont tué d'une balle en pleine poitrine.
L'ennemi le prit en embuscade
Sur une route déserte.
Le Pionnier ne reverra pas son unité.

Notre unité est formée d'aigles,
Elle est forte de leur courage.
Morozov est un exemple pour tous les enfants.
Nous sommes une troupe de héros,
Morozov est cher à nos cœurs,
Les Pionniers ne l'oublieront jamais.

Dans l'Oural, dans la forêt,
Le vent sèche la rosée.
Le brave Pavlik ne retournera pas à son unité.
Il est mort en héros
Sous la haute montagne.
Et notre chant est pour lui.