Pauvre Lola

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Pauvre Lola

Chanson par Serge Gainsbourg
extrait de l'album de l'album
Gainsbourg Percussions
Sortie
Durée min 26 s
Genre Pop
Auteur Serge Gainsbourg
Compositeur Serge Gainsbourg

Pauvre Lola est une chanson française écrite et composée par Serge Gainsbourg en 1964.

Fiche artistique[modifier | modifier le code]

Commentaire[modifier | modifier le code]

On sait combien Gainsbourg fut inspiré, voire obsédé par Lolita, le roman de Vladimir Nabokov adapté au cinéma par Stanley Kubrick. À peine sorti de son précédent album, Serge n’a de cesse de répéter que « Non, rien n’aura raison de moi, j’irai t’chercher ma Lolita, chez les yé-yé »[1]. À partir de là, ce thème s’inscrira en filigrane dans toute son œuvre, le paroxysme étant Histoire de Melody Nelson.
Ici, Lolita-France, pour un peu, se donnerait sans retenue dès le début, ce qui n’est pas du goût de Serge-Humbert :

Faut savoir s’étendre
Sans se répandre
Pauvre Lola

Elle réalise alors qu’elle s’est fourvoyée et elle rit. Ce qui est attesté par Jean-François Brieu[2] : « Son rire souligne les contradictions dans lesquelles s’empêtre la Pauvre Lola. » Effectivement, tout de suite après, la voilà très réservée, ce qui excite davantage le beau Serge-Humbert :

Ne pas la surprendre
Pas l’entreprendre
De but en bas

Et ça la fait glousser un peu plus. Mais on ne saura jamais la fin de l’histoire puisque Serge-Humbert demande à Lolita-France si elle se rend compte qu’avec ses continuels « p’t-être ben que oui, p’t-être ben que non », on ne peut pas la prendre jusqu’aux calendes grecques… (Elle en rit encore).
Jean-François Brieu émet une hypothèse sur toute cette affaire : « Docteur Serge, dissimulé derrière le visage blond de madame Charlemagne, a trouvé le moyen de propager des propos auxquels il n’a pas envie de renoncer : le désir, le dégoût, la séduction et la sublimation des corps. » Ce que confirmerait Mister Gainsbourg : « J’ai placé mon univers de la chanson dans une sphère de luxe et de névrose. »[3]
Alain Coelho[4] écrit à propos de la versification de Pauvre Lola : « Un attrait particulier pour la sonorité et cette technique du rejet qui vont caractériser Gainsbourg. […] Le texte Pauvre Lola est exemplaire : « Il est des mots tendres / Qu’elle aime entendre / Tendre Lola / Oui quelques mots tendres / Devraient atten- / Drir Lolita. » Dans ces quelques vers laconiques s’énonce aussi le caractère définitif, sans appel, de l’univers singulier qui cherche à s’unifier en Gainsbourg. […] Il semble que la perspective de l’auteur soit enfin trouvée ; de cette adéquation du rejet et d’un « ton distant », Gainsbourg va en faire, avec l’association verbale, la clef de voûte de ses recherches d’écritures. »
Sinon tout est percutant musicalement et techniquement[5] : Alain Goraguer et ses grands jazzmen « jazzhotent » à qui mieux mieux avec une superbe prise de son de Roger Roche. Et si Lolita-France n’arrête pas de se répandre en éclats de rires, c’est parce que l’élégant et classieux phrasé d’Humbert-Gainsbourg est quand même terriblement séduisant…[6]
Le rire de France Gall fait également partie des percussions. Il est régulé afin d’éviter des pics sonores disharmonieux et résonne comme des grelots ou des clochettes. Mais cela contrarie un peu la légende qui prétend qu’on aurait capté son mythique rire en cachette : « La pauvre Lola, celle qui glousse à la fin de la chanson n’est d’ailleurs pas la véritable Lola, mais bien la jouvencelle France Gall dont le rire a été capturé à son insu en studio. »[7]

Pauvre Lola en CD album[modifier | modifier le code]

  • 2001 - Gainsbourg Percussions (1 CD Mercury/Universal) (Réédition de l'orginal de 1964)
  • 2007 - Bonnie and Clyde (1 CD Mercury/Universal) (Réédition de l'orginal de 1968)

Autour de Pauvre Lola[modifier | modifier le code]

  • Version Bourvil-Maillan : parodie des deux acteurs-chanteurs, l’une des dernières chansons enregistrées par Bourvil le avant son décès survenu deux mois et demi après (le 23 septembre).
  • Pauvre Lola présente des similitudes avec la chanson Umqokozo (A Children's Game Song About A New Red Dress) de Miriam Makeba, incluse dans son album Many Voices of Miriam Makeba (Kapp KL-1274) 1960, apparemment écrite et composée par elle-même. Néanmoins, Gainsbourg est seul crédité à la Sacem pour cette chanson contrairement à trois autres titres (Joanna, New York USA et Marabout) du même album Gainsbourg Percussions pour lesquels la Sacem accrédite Gainsbourg en tant qu'adaptateur de compositions du Nigérian Babatunde Olatunji, comme le spécifient par ailleurs Yves-Fernand Bouvier et Serge Vincendet dans leur anthologie des œuvres de Serge Gainsbourg, L'Intégrale et Cætera[8].

Voir aussi : Autres œuvres de Serge Gainsbourg (par ordre alphabétique)[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. in album Gainsbourg Confidentiel paru en décembre 1963
  2. Analyse incluse dans le livret de l’album Gainsbourg Percussions
  3. in Gilles Verlant, Gainsbourg, Éditions Albin Michel, Paris, 2000, ISBN 2-226-12060-2
  4. Auteur de la préface Gainsbourg côté texte du recueil Mon propre rôle (volume 1), Folio/Denoël, Paris, 1987-1991, ISBN 2-07-038445-4
  5. Voir section « Autour de l'album Gainsbourg Percussions »
  6. Le magazine Music-Hall compare sa voix à un saxophone ténor… Voir section « Autour de l'album Gainsbourg Percussions »
  7. Source : extrait d’Au confort moderne, historique établi par Jean-Éric Perrin pour le livret-compilation Serge Gainsbourg, Mercury Philips Universal 562 757-2 (2000).
  8. Pages 198, 206, 207, 209 et 210, Éditions Bartillat, 2005 (ISBN 2841003418).