Pauvreté

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SDF à Paris en 2005.

Selon l'usage le plus courant, la pauvreté caractérise la situation d'un individu qui ne dispose pas des ressources réputées suffisantes pour vivre dignement dans une société et son contexte. Insuffisance de ressources matérielles affectant la nourriture, l’accès à l'eau potable, les vêtements, le logement, ou les conditions de vie en général. Mais également insuffisance de ressources intangibles telles que l’accès à l’éducation, l’exercice d’une activité valorisante, le respect reçu des autres citoyens ou encore le développement personnel.

Cette situation non-désirable et génératrice de souffrances touche des personnes isolées ou des groupes, des segments de population dans les pays développés, une proportion importante de la population dans certains pays en développement, et la majorité de la population des pays les moins avancés, en Afrique notamment. Des analyses économiques et des débats portent sur la mesure de la pauvreté, ses causes, et les moyens à mettre en œuvre pour la réduire : économie du développement, aide sociale, contrôle des naissancesetc.

Les termes misère, précarité sont généralement des termes voisins ou connexes de la notion de pauvreté. La pauvreté, prend un sens différent, voire vertueux, dans un contexte religieux ou spirituel : Ainsi le vœu de pauvreté dans des ordres catholiques, défini comme la volonté d'être plus libre par la renonciation aux « biens matériels », afin d'être en position optimale d'écoute et de rencontre avec Dieu et le prochain. Charles Péguy a particulièrement insisté sur la différence profonde entre pauvreté et misère.

Origine et mesure[modifier | modifier le code]

La pauvreté est généralement considérée comme un phénomène multidimensionnel, voir à ce sujet les conclusions de l'étude menée pour le compte de La «Fondation de France » résumées dans l'article Pauvreté en France. Cela dit, l'origine pécuniaire est la plus fréquemment évoquée.

Pauvreté pécuniaire[modifier | modifier le code]

Article connexe : Seuil de pauvreté.

La pauvreté pécuniaire ou l'insuffisance de revenu monétaire entraîne des difficultés, pour se nourrir, s'habiller, se loger et ce, plus ou moins intensément, selon que l'on a éventuellement accès à des ressources naturelles valorisables. Elle est estimée au moyen de seuils de pauvreté (un individu est considéré comme pauvre lorsque son niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté choisi). Différentes définitions de ces seuils existent ; les pays développés utilisent généralement des seuils relatifs, alors que la pauvreté dans les pays en développement est estimée au moyen de seuils de pauvreté absolus.

Du fait de sa simplicité, cette définition est couramment utilisée pour définir les individus pauvres et mesurer le taux de pauvreté d'une population.

  • Selon l'approche absolue, le seuil est fixé, depuis les travaux de Benjamin Seebohm Rowntree en 1901, en fonction d'un panier de biens alimentaires et non alimentaires nécessaires à la survie quotidienne (2400 calories par jour pour la pauvreté et 1800 pour l'extrême pauvreté). Les biens non alimentaires comprennent l'habillement, le transport, l'hygiène, l'eau et l'énergie. Les États-Unis et le Canada ont recours à la mesure absolue de la pauvreté.
  • Selon l'approche relative, le seuil est fixé par rapport à la distribution des niveaux de vie de l'ensemble de la population, avec comme référence le revenu médian (le revenu médian est le revenu séparant la population en deux, c'est-à-dire que la moitié de la population a un revenu plus élevé, et la moitié un revenu inférieur). Eurostat fixe le seuil de pauvreté relative à 60 % du niveau de vie médian européen. Ce mode de mesure est critiqué pour être plus une mesure des inégalités que de la pauvreté[1], ce qui se traduit par des effets contre-intuitifs : un enrichissement de la population la plus riche, au-dessus du revenu médian, ou de la population la plus pauvre, en dessous du niveau de pauvreté, ne change rien à l'indicateur, tandis qu'inversement un appauvrissement de la classe moyenne en faisant passer une partie sous le revenu médian va faire baisser ce dernier et « réduire » la pauvreté apparente, un enrichissement inverse augmentant le revenu médian avec l'effet inverse (« augmenter » la pauvreté)[2].

Ces deux mesures dévoilent deux regards sur le problème de la pauvreté, deux approches politiques que l'on pourra en première approche qualifier de « socialiste » et de « libérale ». À travers le prisme socialiste, la pauvreté s'analyse avant tout comme étant le résultat d'une situation d'exclusion: les rapports sociaux et les inégalités de richesse sont des mécanismes générateurs de discrimination et la principale cause de la pauvreté. La vision libérale considère la pauvreté comme étant l'incapacité ou l'impossibilité pour un individu d'accéder comme les autres à l'épanouissement et à la satisfaction de ses besoins fondamentaux, souvent pour des causes relevant de la volonté ou de la capacité de l'individu lui-même. Les deux approches, simplifiées ici, reconnaissent que la pauvreté peut aussi résulter d'incapacités physiques ou mentales se traduisant par un handicap, mais diffèrent sur les moyens d'y remédier.

Développement humain[modifier | modifier le code]

Table de chirurgie, Nigeria.

Outre la dimension pécuniaire, la pauvreté s'exprime sous des dimensions regroupées sous le terme de « pauvreté humaine ». Il s'agit des dimensions sanitaire, éducationnelle, sociale, culturelle, et politique de la pauvreté.

Le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) a créé en 1990 l’indice de développement humain, puis deux indicateurs synthétiques de pauvreté : l'IPH-1 et l'IPH-2 (Indicateur de Pauvreté Humaine). Ces indicateurs sont très corrélés.

Pauvreté des potentialités[modifier | modifier le code]

La pauvreté des potentialités ou des capacités exprime le manque de moyens permettant de sortir de la pauvreté.

Typologie[modifier | modifier le code]

Pauvreté marginale : sans-abri aux États-Unis

Au début du XXe siècle, Benjamin Seebohm Rowntree effectue de nombreuses enquêtes sur la pauvreté dans la Ville d'York et distingue ce qu'il appelle la pauvreté primaire (absence de ressources suffisantes) de la pauvreté secondaire ( niveau de ressources qui pourrait être suffisant mais qui est compromis par une gestion déraisonnable ou des dépenses inconsidérées)

Serge Paugam[3] distingue trois formes de pauvreté :

  • la pauvreté intégrée décrit la situation de pays ou de régions économiquement en retard. Comme la pauvreté est depuis longtemps largement répandue, les pauvres ne sont pas stigmatisés et bénéficient de la solidarité familiale ou de la socialisation par une pratique religieuse qui reste intense. L'économie informelle est particulièrement développée. C'est une pauvreté sans exclusion (ou, plus exactement, l'exclusion suit sa dynamique propre indépendamment de la pauvreté) ;
  • la pauvreté marginale correspond à la pauvreté d'une petite partie de la population au sein d'une société prospère. Ces pauvres, considérés comme des « cas sociaux » inadaptés au monde moderne sont fortement stigmatisés ;
  • la pauvreté disqualifiante concerne les sociétés post-industrielles touchées par des difficultés économiques. Les pauvres sont considérés à travers l'image de la chute ou de la déchéance. L'angoisse du chômage et de l'exclusion touche une grande partie de la société.

En appliquant ce modèle aux différents pays d'Europe on peut distinguer plusieurs grandes régions : au Sud, l'Italie, la Grèce, le Portugal ou l'Espagne ont des taux de pauvreté plus importants (plus de pauvres, et des pauvres plus démunis) qu'au Nord, mais les pauvres sont bien intégrés dans la population ; ils ne sont pas stigmatisés. Au Nord (pays scandinaves), le système préventif est très développé et maintient le niveau de vie des pauvres au prix d'un contrôle étroit de leur vie privée. Une situation de pauvreté marginale qui correspond également grosso modo à la situation de la France des années 1960 et 1970. En France, la pauvreté disqualifiante domine.

Une femme et son chien à Rome.

Par ailleurs, il y aurait en France une double institutionnalisation de la pauvreté : d'une part par le revenu minimum d'insertion (RMI), sorte d'officialisation de la pauvreté, d'autre part en déléguant la distribution alimentaire aux associations comme Les Restos du cœur, à l'origine conçus comme un palliatif temporaire et qui sont maintenant pleinement intégrés à la gestion de la pauvreté.[réf. nécessaire]

Représentations et idées reçues[modifier | modifier le code]

Comme le dénonce le Mouvement « ATD Quart Monde »[4] la situation de pauvreté est non seulement difficile (du fait des handicaps quelle instaure) mais aussi souvent stigmatisante (du fait des idées reçues qui dressent un portrait redoutable du « pauvre assisté »). Un travail réalisé par ATD Quart Monde et la Mission régionale d'information sur l'exclusion (MRIE) de Rhône-Alpes recensent certaines contre-vérités (qui risquent - si l'on n'y prend garde - de marquer les esprits pour longtemps) et proposent des constatations argumentées propres à y répondre :

  1. Les pauvres sont des assistés ;
  2. Les pauvres sont des fraudeurs ;
  3. Une famille au RSA s'en sort mieux qu'une famille au SMIC ;
  4. La France distribue des minima sociaux trop élevés ;
  5. Les pauvres font des enfants pour toucher des allocations ;
  6. Les gens font tout pour toucher un maximum d'aides ;
  7. Dans les familles pauvres, les parents sont démissionnaires ;
  8. Parce qu'ils ne travaillent pas, les enfants pauvres réussissent moins bien ;
  9. Les pauvres se complaisent dans leur situation ;
  10. Les pauvres sont exemptés d'impôts.

Cercle vicieux[modifier | modifier le code]

La pauvreté résulte généralement de conditions de départ défavorables (mauvais accès à la formation, santé déficiente,...), et parfois d'accidents (destruction de biens, accident de santé, perte d'emploi, etc.). Mais cela engendre souvent un cercle vicieux. La pauvreté oblige à se loger à bas prix, donc dans des quartiers ayant mauvaise réputation, où il y a peu de travail et une offre éducative dégradée, une criminalité sinon plus élevée du moins plus violente, une prévention médicale moins active, etc. Les chances de trouver un revenu par le travail sont moindres, la tentation plus forte de faire appel au travail illégal (« au noir »), à des sources de revenu illusoires (loteries, paris) ou dangereuses (crime, drogue) ou encore dégradantes (prostitution), les risques d'accidents sont plus importants, et l'exploitation par les mafias, ou groupes organisés, sont des facteurs de désocialisation, voire d'une insécurité à la fois personnelle et globale.

Ce phénomène peut toucher les enfants et les adolescents, qui dans un tel contexte commencent leur vie avec un handicap, même si le pire n'est nullement atteint pour eux. Dans les pays en développement, où les ressources sont rares, les conséquences sont encore plus marquées (famines, catastrophes sanitaires...).[réf. nécessaire]

Répartition[modifier | modifier le code]

Répartition mondiale[modifier | modifier le code]

Les estimations de la pauvreté dépendent des définitions utilisées. Ainsi, d’après le Programme des Nations unies pour le développement, les pays où la pauvreté est la plus forte sont des pays d’Afrique, en particulier les pays les moins avancés[5].

Les indicateurs du Pnud permettent d’établir des comparaisons entre pays ; ainsi, vers 2005, le Tchad est le pays où la pauvreté humaine est la plus forte, et la Sierra Leone est le pays où le développement humain est le plus faible ; l’Islande est le pays à plus grand développement humain, et la Suède à plus faible pauvreté humaine[6].

En 2008, la Banque mondiale a fixé à 1,25 dollar américain par jour le seuil de pauvreté international[7], contre un dollar précédemment. Le nouveau seuil représente le seuil de pauvreté moyen des 10 à 20 pays les plus pauvres. Selon ce nouveau critère, 1,4 milliard de personnes dans le monde en développement vivent avec moins de 1,25 dollar par jour en 2005, contre 1,9 milliard en 1981. Le taux de pauvreté mondial a été divisé par deux (de 52 % à 26 %), mais il est stable en Afrique subsaharienne (50 %). Pour les pays à revenu intermédiaire, la Banque mondiale trouve plus indiqué de fixer le seuil de pauvreté à 2 dollars par jour, ce qui donne un total de 2,6 milliards de personnes sous ce seuil.

Selon le seuil de pauvreté de 1 dollar par jour en PPA 1985, la majorité des pauvres se trouvent en Asie du Sud (39 %), Asie de l'Est (33 %) et en Afrique sub-saharienne (17 %). Les pays comptant plus de la moitié de leur population sous le seuil de pauvreté sont: Guatemala, Guinée-Bissau, Inde, Kenya, Lesotho, Madagascar, Népal, Niger, Sénégal, et Zambie.[réf. souhaitée]

Évolution mondiale[modifier | modifier le code]

Les appréciations divergent sur l'évolution de la pauvreté. Les clivages portent sur :

  • le sens d'évolution :
    • en général, les interventionnistes étatiques ont tendance à la voir gravement croître (et à préférer les indicateurs relatifs) ;
    • les libéraux ont tendance à trouver que la pauvreté est plutôt en régression.
  • l'analyse des causes et l'énonciation des remèdes :
    • les uns pensent que la pauvreté résulte d'un manque d'intervention des pouvoirs publics,
    • les autres estiment que la meilleure façon de lutter contre la pauvreté est de laisser les institutions caritatives et les âmes charitables agir.

Durant la Révolution française est apparu un moment le « Quatrième ordre », celui des pauvres journaliers, des Infirmes, des Indigents... à côté des trois « ordres » (Noblesse, Clergé, tiers état) convoqués aux États généraux[8]. Selon un rapport de la Banque mondiale publiée le 26 août 2008, le nombre des pauvres dans le monde a diminué de 500 millions, et leur proportion dans la population totale est tombée de 52 % à 26 % entre 1981 et 2005[9].

 % de personnes vivant avec moins de[10] 1981 2001
1,08 $1993 40,4 21,1
2,15 $1993 66,7 52,9

Ces progrès diffèrent selon les régions. L'Asie de l'Est affichait le taux de pauvreté le plus élevé du monde avec 80 % en 1981. Ce taux est tombé à 18 % et 600 millions de personnes y sont sorties de la très grande misère. Le taux de pauvreté recule aussi en Asie du Sud, en Amérique latine, aux Caraïbes, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, cependant le nombre des très pauvres ne baisse pas.

Le taux de pauvreté de l'Afrique subsaharienne n'a pas diminué depuis vingt-cinq ans (50 %). Le nombre de très pauvres (en moyenne, moins de 0,70 dollar de revenu par jour) a pratiquement doublé, passant de 200 à 380 millions de personnes. En 2015, un tiers du milliard de pauvres du monde habitera l'Afrique subsaharienne[9].

Les inégalités régionales s'accroissent donc surtout aux dépens de l'Afrique noire. Si l'on prend l'indicateur de pauvreté à 1,08 $. En 1981 un pauvre sur dix vivait en Afrique ; en 2003 c'est près d'un sur trois. L'autre grande zone où la pauvreté s'est accrue regroupe les pays de l'URSS. Elle a explosé après l'effondrement du bloc socialiste de 1990, la situation semble cependant s'améliorer sensiblement ces dernières années. Les deux grandes zones où la pauvreté a régressé sont l'Asie de l'est et l'Asie du sud, avec un résultat un peu moins bon pour l'Inde que dans le reste de la région. Enfin l'Amérique Latine, les Caraïbes et le Moyen-Orient restent relativement stables[10].

Cette mesure de la pauvreté et de son évolution contrarie l'idée popularisée dans certains milieux politiques que la situation économique se dégrade pour les plus pauvres du fait de la mondialisation et plus généralement du capitalisme ; elle suscite donc scepticisme et critique. Par exemple selon Thomas Pogge (un philosophe de la justice, et non un économiste)

« les méthodes de calcul de la Banque Mondiale sont extrêmement douteuses. Il y a des raisons de penser qu’avec une méthode plus plausible on observerait une tendance plus négative et une pauvreté beaucoup plus étendue (…) Tant que la méthode actuelle de la Banque mondiale et les données qui se basent sur elle conserveront leur monopole dans les organisations internationales et dans la recherche universitaire sur la pauvreté, on ne pourra pas prétendre prendre ce problème réellement au sérieux[11]. »

Lutte[modifier | modifier le code]

Histoire[modifier | modifier le code]

Des actions de lutte contre la pauvreté avaient lieu dans les sociétés mésopotamiennes plusieurs siècles avant le début de l'ère chrétienne[réf. souhaitée]. En Europe, l'essor du christianisme implique une forme de solidarité nouvelle, puisqu'elle est prise en charge par des institutions et qu'elle devient un devoir chrétien. Malgré tout, il existait une solidarité antérieure[réf. souhaitée].

Ce changement implique une nouvelle conception, la pauvreté théologique. La pauvreté est dans la conception chrétienne un état de fait qui dans le cadre d'un monde régi par le divin ne peut être éliminée. Elle est souvent perçue comme un châtiment et menace l'âme du chrétien de l'oisiveté, mère de tous les vices. La lutte contre la pauvreté passe donc par la remise au travail. Ainsi la pauvreté n'est pas due à un dysfonctionnement de la société mais aux individus eux-mêmes. Le traitement de la pauvreté est laissé à la volonté individuelle des riches.

Les XVIIe et XVIIIe siècles apportent sur cette notion un grand bouleversement. En France, l’abbé de Saint-Pierre en 1724 est l'un des premiers à réfléchir sous un jour nouveau à cette question. Non pas sur la cause fondamentale des inégalités mais il cherche à concilier utilité et philanthropie. Il préconise le retour au travail comme moyen principal de la lutte contre la pauvreté et dans le même temps contre un facteur d'entropie sociale. C'est dans ce cadre de pensée qu'est mis en place le système de l'hôpital général. Très rapidement la population enfermée dans les établissements parisiens atteint le seuil de 6 000 personnes, soit 1 % de la population de l'époque. Les provinces furent également gagnées par ce mouvement de réaction à la misère et, à la veille de la Révolution, on comptait 32 hôpitaux généraux dans tout le pays. Mais ce mouvement dépasse largement la France, cette politique d'internement forcé des pauvres a affecté l'ensemble des États européens. En Angleterre, dès 1575, un acte d'Elisabeth I instituait des établissements visant « la punition des vagabonds et le soulagement des pauvres ». Les « Houses of correction » qui auraient dû être présentes dans chaque comté vont laisser la place aux workhouses qui dans la seconde moitié du XVIIIe siècle trouveront leur véritable expansion. Michel Foucault note qu'en « quelques années, c'est tout un réseau qui a été jeté sur l'Europe. » En Hollande, en Italie, en Espagne, en Allemagne se créent également des lieux d'internement de même nature[12].

Cette politique d'enfermement systématique apparaît maintenant inhumaine et dangereuse au plan sanitaire. De nombreuses références existent, notamment les monographies consacrées à l'histoire d'un Hôpital : L'Hôtel-Dieu et l'hôpital général de Meaux aux XVIIe et XVIIIe siècles : étude des institutions et des populations reçues[13]. Elle est contestée par les philosophes des Lumières et finalement abandonnée. En France, la Révolution enclenche une évolution dans la conception de la pauvreté. La pauvreté devient l'expression de dysfonctionnements dans la société. Suite à un vote de la Convention girondine, le décret du 19 mars 1793 affirme, conjointement au droit au travail, le droit à l'assistance pour tout homme hors d'état de travailler ; les secours publics sont une « dette sacrée ». Un traitement laïc et social de celle-ci nécessite un questionnement de son origine et induit de nouvelles réponses. À partir du moment où le principal facteur de la pauvreté est un facteur économique, bien que le discours moral ne soit pas absent des débats de l'époque, le principe de la redistribution des richesses et des allocations devient possible et même nécessaire aux nouveaux principes de la République. Les personnes prises en charge font partie de catégories spécifiques : veuves, orphelins.

La Déclaration et programme d'action de Vienne affirment que l'extrême pauvreté et l'exclusion sociale sont la violation de la dignité humaine[14]. L'article 30 de la Charte sociale européenne aussi assure la protection contre la pauvreté et l'exclusion sociale[15].

Avec des nuances dans l'analyse ou la vision politique, la mise en place dans des pays développés de l'État-providence va contribuer à étendre l’aide sociale sous la pression d'hommes aussi divers que Charles Booth, Benjamin Seebohm Rowntree et David Lloyd George (en Angleterre), Villermé (France) et Bismarck (Allemagne).

Formes[modifier | modifier le code]

La banderole Make Poverty History devant le siège du Trades Union Congress, à Londres.
Banderole en jersiais à Jersey : "La pauvreté est pourrie" lors d'une manifestation.
  • Selon le lieu et l'époque, plusieurs orientations d'ensemble peuvent être envisagées :
institutions caritatives (là encore avec une impulsion religieuse), aidant les pauvres et faisant appel au public ou aux autorités pour se financer ;
assurances privées et assurances mutuelles (notamment « caisse de secours » syndicale) ;
intervention de l'État, sous différentes formes ;
mobilisation de la population et des institutions pour un meilleur respect des droits humains[16];
révolution.
  • De même, la palette des formes d'action qui peut être très large (voire parfois contenir des mesures répressives) :
aides en argent ;
aides en nature ou, équivalent moderne, en bons d'achat utilisables seulement pour certains produits ;
accès à des services réservés (aide au logement, logement social) ;
fourniture de travail, ponctuel ou régulier ;
créer des possibilités de rencontre entre personnes en situation de pauvreté et des personnes d'autres milieux ;
stimuler et valoriser la participation citoyenne des personnes en situation de pauvreté.
répression de l'oisiveté, de la mendicité  ;
encouragement à la migration, (parfois : expulsion) ; voire à l'extermination ;
contrôle des naissances, parfois sélectif ;
  • Enfin, les populations aidées varient également :
vieillards et invalides ;
familles monoparentales : veuves ou femmes chargées de famille ;
enfants en général, orphelins, enfants abandonnés faute de ressources ou pour raison sociale, lorsque l'enfant hors mariage est associé à « une faute » ;
adultes en age d'activité sans problème de santé mais au chômage ;
les marginaux.

Intervention étatique[modifier | modifier le code]

Chaque État-membre de l'OCDE et de la banque mondiale est invité à rédiger et mettre en oeuvre un Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté et l'ONU a de nombreuses politiques encourageant cette réduction, dans le cadre des objectifs du millénaire notamment.

Russell Lee, Men in transient camp near Hagerman Lake, Michigan - Repas dans un camp de chômeurs dans les années 1930 aux États-Unis.

Depuis le XIXe siècle, certains pays occidentaux ont tenté de remédier à la pauvreté en instituant des garanties de ressources minimales.

Pour les enfants :

  • principe de gratuité des études primaires ;
  • allocations familiales ;
  • interdiction de travail trop dur avant un âge donné (bien que la lutte contre la pauvreté future du travailleur physiquement mal développé n'ait été en l'occurrence qu'un souci secondaire par rapport à celui de disposer de soldats physiquement aptes...),
  • institutions pour orphelins et enfants abandonnés, et, plus récemment, pour enfants retirés à leurs parents jugés inaptes.

Pour les adultes, l'État peut chercher à :

  • réglementer le travail (salaire minimum, protectionnisme afin de protéger le travail et donc les revenus existant), ou au contraire à le déréglementer pour favoriser le dynamisme économique ;
  • organiser la circulation des denrées fondamentales (prix maximum ; mise en réserve et distribution par le souverain, ainsi qu'il est attesté dans les civilisations les plus anciennes) ;
  • favoriser des institutions caritatives ou sociales ;
  • souvent, organiser des programmes de « grands travaux » assurant du travail au peuple, du moins en apparence (car pour financer ces travaux, il faut taxer d'autres agents économiques, ce qui limite leurs ressources nécessaires à la réalisation de leurs propres projets : l'effet global n'est donc pas forcément positif, tout dépend du type d'action, et de la valeur réelle de l'ouvrage—une muraille, une route, l'assèchement de marais ou la construction d'une pyramide n'ont évidemment pas, à long terme, les mêmes effets sur la pauvreté).

Mais c'est surtout au milieu du XXe siècle que certains États s'engagent dans un programme d'intervention directe massive, en prenant le contrôle des institutions privées (caisses de retraite, assurances chômage) et en diversifiant ses interventions.

Les aides au revenu sans condition d'utilisation sont plus récentes. L'Allemagne fut l'une des premières à l'établir. En France, le Revenu minimum d'insertion (RMI) fait partie de ce filet de sécurité censé empêcher des personnes de tomber dans la pauvreté.

Des associations mènent également une lutte contre la pauvreté.

Intervention à l'échelle mondiale[modifier | modifier le code]

En 1987, le rapport Brundtland, fondateur du concept de développement durable, faisait le constat d'« un avenir compromis », et identifiait la pauvreté comme l'un des symptômes de cette situation[17]. En 1992, lors du sommet de la Terre de Rio de Janeiro, on a consacré un chapitre de l'Agenda 21 à la lutte contre la pauvreté, dans lequel on affirmait : « Une stratégie visant à lutter spécifiquement contre la pauvreté est donc l’une des conditions essentielles pour assurer un développement durable[18]. »

L'ONU a mis en place un plan de réduction de la pauvreté au sein de ses Objectifs du millénaire, ratifiés en 2000 par les États membres, et qui est depuis une priorité mondiale[19]. Le premier objectif du millénaire se donne deux cibles[20] :

  1. « réduire, entre 1990 et 2015, de la proportion de personnes dont le revenu est inférieur à un dollar par jour, ce qui concerne plus d'un milliard de personnes. » et
  2. «  une réduction des populations souffrant de faim entre 1990 et 2015. Elle concerne, selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), environ 840 millions de personnes : un chiffre en constante augmentation notamment avec l'explosion démographique mondiale. ».

L'« éradication de la pauvreté » est l'un des principaux objectifs de la Conférence des Nations unies sur le développement durable, qui a eu lieu à Rio de Janeiro du 20 au 22 juin 2012.

La Banque mondiale a pour mission de lutter contre la pauvreté en finançant des projets pouvant réduire la misère. L'Unicef lutte en particulier contre la pauvreté des enfants. Certaines organisations non gouvernementales luttent également contre la pauvreté : Oxfam, ATD Quart Monde

Évaluation des politiques publiques[modifier | modifier le code]

Comme dans les autres domaines politiques, l'évaluation de l'efficacité des politiques de luttes contre la pauvreté est très peu développée[21]. Néanmoins le domaine commence à percer, avec la constitution d'équipe de recherche[22] qui publient des résultats précis et exploitables[23], et l'attribution de prix prestigieux à des chercheurs du domaine et leur apparition dans des médias grand public [24].


Dans Population Matters, les éditeurs présentent une série d'articles d'économistes, relus par des spécialistes d'analyse politique, qui s'intéressent à l'impact du boom démographique dans les pays émergents sur leur développement économique et discutent les choix politiques de ces pays depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en termes de croissance, réduction de la pauvreté et des inégalités ainsi que le développement d'une agriculture durable. Les résultats sont catégoriques et en opposition aux propositions tenues jusqu'alors. Ces études soulignent l’efficacité du contrôle des naissances dans la réduction de la pauvreté[25]. Plus précisément (voir intro page 6):

  • La croissance rapide de la population a eu un impact négatif sur le développement économique et contribue globalement et durablement à l'augmentation de la pauvreté.
  • Une réduction rapide du taux de fertilité a un impact positif sur la réduction de la pauvreté et de ses effets. « The new findings suggest more strongly than before that past high fertility in poor countries has been a partial cause to the persistency of poverty - both for poor families that are large and via the kind of economy-wide effects that Malthus theorized about, for poor family even if they are small. »
  • Les conclusions sont moins tranchées concernant spécifiquement le développement rural. La croissance démographique n'est qu'une des composantes parmi d'autres. Les choix urbains, la politique des prix le sont tout autant.

Citation[modifier | modifier le code]

« Les paysans les plus pauvres du monde vivent majoritairement en Afrique. L'homme le plus pauvre du monde est sans doute l'un d'eux. C'est une femme, une femme africaine[26]. »

Selon l'agronome René Dumont[27] : « Tous les jours elle doit marcher plus de deux heures pour se rendre à son lieu de travail. Elle porte sur sa tête jusqu'à 50 kg de charges, sur son dos son dernier enfant et dans le ventre, bien souvent, un enfant à naitre. Au Zaire, 70 % des tâches domestiques ou de production sont faites par des femmes. Les jeunes filles sont mises à contribution dès l'age de 10 ans. Elles pilent le manioc, s'occupent des enfants plus jeunes. A 14 ans, elles seront mariées. »

René Dumont raconte la suite de leur existence : Il a rencontré dans un village du Sénégal ce qu'il appelle des « paysans-pachas » : « Ils gardent auprès d'eux l'une de leurs coépouses et envoient les autres travailler en ville pour un an, pour y gagner la vie du « ménage ». Ces femmes travaillent douze heures par jour et seront jugées à leur retour au village par leur famille et leur mari au poids de leurs cadeaux. »

Selon l'économiste Daniel Cohen[28] :

« Il n'est pas excessif de dire que les femmes africaines sont les esclaves d'aujourd'hui. L'exploitation des femmes n'est pas seulement une insulte au reste de l'humanité qui en accepte hypocritement l'existence. Elle provoque un cercle auto-entretenu de pauvreté et d'exploitation. L'esclavage des femmes dispense en effet les hommes d'investir dans la machine. L'épargne sert à acheter une autre femme, qui donnera d'autres enfants qui travailleront pour le père ou seront vendus, si ce sont des filles. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Philippe Manière, L'Aveuglement français, 1998, p. 236-237
  2. et ça n'est pas une situation seulement théorique, selon l'IFRAP La forte hausse du SMIC a provoqué une augmentation du nombre de pauvres en France
  3. Les Formes élémentaires de la pauvreté par Serge Paugam, PUF, Paris, mars 2005.
  4. Les idées fausses ça suffit
  5. (en) Human development report 2007/2008, Pnud, page 229–242
  6. (en) Human development report 2007/2008, Pnud, page 240–241
  7. De récentes estimations indiquent que 1,4 Milliard de personnes vivent avec moins de 1,25 follar par jour, mais les acquis de la lutte contre la pauvrete restent positifs, communiqué de presse no 2009/065/DEC de la Banque mondiale, Washington, .
  8. Cahiers du Quatrième Ordre
  9. a et b La proportion de pauvres dans la population mondiale a diminué de moitié depuis 1981, Le Monde, 27 août 2008
  10. a et b How have the world’s poorest fared since the early 1980s? Shaohua Chen et Martin Ravallion, banque mondiale.
  11. Que savons-nous de la pauvreté dans le monde ? Observatoire des inégalités
  12. Voir Michel Foucault, Histoire de la folie à l'âge classique
  13. par Martin François, 1985
  14. Déclaration et programme d'action de Vienne, Section I, paragraphe 14
  15. Charte sociale européenne, article 30
  16. Léandro Despouy, Rapport final sur les Droits de l'Homme et l'extrême pauvreté, ONU, Conseil économique est social, Commission des Droits de l'Homme, 1996, E/CN.4/Sub.2/1996/13, [lire en ligne (page consultée le 26 novembre 2010)]
  17. Rapport Brundtland, chapitre 1, un avenir compromis
  18. Paragraphe 2 du chapitre 3
  19. Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD)
  20. premier objectif du millénaire
  21. leçon inaugurale d'Esther Duflo au collège de France, Expériences, Science et Lutte contre la pauvreté, page 16 et suivante
  22. [http://www.povertyactionlab.org/ Le Laboratoire d'Action contre la Pauvreté Abdul Latif Jameel (J-PAL), fondé en 2003 au Massachusetts Institute of Technology par exemple
  23. voir par exemple Fighting Poverty: What Works?
  24. Esther Duflo par exemple
  25. Population Matters: Demographic Change, Economic Growth, and Poverty in the Developping World, éditeurs Nancy Birdsall,Allen C. Kelley and Steven Sinding, Oxford University Press, 2001, ISBN 0-19-924407-3
  26. Daniel Cohen, Richesse du Monde, pauvreté des Nations, Paris 1997, Flammarion
  27. René Dumont, Démocratie pour l'Afrique, Paris Le Seuil 1991
  28. Daniel Cohen, op cit

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sciences humaines 
Romans 
Pamphlet 

Louis-Napoléon Bonaparte, avant de devenir Président de la république (Deuxième République; 1848) puis Empereur des Français (Second Empire; 1852), a écrit un bref ouvrage intitulé De l'extinction du paupérisme (1844) alors qu'il est enfermé au fort de Ham. Il y est enfermé pour avoir une énième fois tenté de renverser le régime en place (La Monarchie de Juillet dirigée par Louis-Philippe Ier). Il s'évade la même année, déguisé en ouvrier avant de rallier l'Angleterre.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]