Paul Nothomb

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Paul Nothomb, né le 7 décembre 1913 à Saint-Gilles (Bruxelles), mort le 27 février 2006 à Kremlin-Bicêtre, était le second des treize enfants du sénateur et écrivain Pierre Nothomb. Il fut aviateur et écrivain belge. Communiste, il participa à la guerre d'Espagne dans le camp républicain et à la Résistance contre l'Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale. On lui reprocha d'avoir donné des renseignements à la Gestapo, qui l'avait arrêté.

Sommaire

Biographie [modifier]

Alors qu'il avait un avenir socio-professionnel bien tracé par sa famille de la haute bourgeoisie catholique de droite, le jeune Nothomb, sorti navigateur bombardier de l'école des cadets, honoré de la distinction Epée du roi pour sa sortie comme premier de sa promotion à L'Ecole Militaire, , devient communiste[1]. Sous le pseudonyme de Paul Bernier, il traite de politique étrangère dans deux journaux belges, Le Drapeau Rouge (communiste) et La Voix du Peuple[2]. Engagé pour participer à la guerre d'Espagne dans le camp républicain, il s'illustre dans l'escadrille España d'André Malraux, qui devient son ami. Il aurait d'ailleurs inspiré le personnage d'Attignies dans L'Espoir de Malraux. Productions Rose Night a recueilli en 1999 le témoignage de Paul Nothomb et celui de sa compagne sur la période de la guerre d'Espagne. Un livre a vu le jour trois ans plus tard sur son engagement dans le conflit.

Résistant durant la Seconde Guerre mondiale, il fut arrêté par la police allemande le 13 mai 1943, puis incarcéré et transféré dans les locaux de la Gestapo à Bruxelles. La Gestapo pratiquant couramment la torture contre ceux qui refusaient de parler, la consigne de la Résistance était de tenir deux jours puis de donner quelques renseignements en espérant que le réseau dont on était membre se serait dispersé[3]. Nothomb se déclara converti au national-socialisme pour protéger sa compagne enceinte, donna des noms de membres de son réseau et assista aux interrogatoires afin de convaincre les détenus de renoncer à toute résistance et de parler. Du 2 juillet au 30 août, il y eut cent quatre arrestations de communistes ou de sympathisants, membres du réseau de Nothomb. Soixante-seize furent déportés, douze exécutés et huit moururent en déportation. Après la Libération, en juin 1945, Nothomb fut arrêté sur plainte de quelques survivants parmi les dénoncés. Les procès eurent lieu en 1946 - Conseil de guerre et Cour militaire - et Nothomb fut condamné à deux ans de prison puis, en appel, à huit ans. Il sera finalement réhabilité en 1948.

Un documentaire relatant les circonstances de ce dilemme, "Trahir?", a été réalisé par Georges Mourier en 2000 dans le cadre de sa collection "Le Choix des Hommes".

Après son emprisonnement, il vécut en France, où il prit le nom de Julien Segnaire. Malraux l'introduisit chez Gallimard, qui publia ses cinq romans et l'employa à la documentation d'écrits sur l'art.

La fille de Paul Nothomb, Michèle, naquit à Uccle en septembre 1943. Il épousa sa compagne, Marguerite Develer (1911-2001) en 1952.

Il était le grand-oncle de la romancière Amélie Nothomb.

La pensée de Paul Nothomb [modifier]

Romancier et philosophe, il propose, entre autres passions telles que l'amour de la Liberté et son pourquoi, une relecture des textes de la Bible, hors des canons. Se référant au texte brut, il dénonce des erreurs de traduction, et offre un nouvel éclairage de la Genèse en particulier.

Le paradoxe logico-mathématique du "Mal" [modifier]

À partir d'une exégèse rigoureuse de la Genèse, fin connaisseur de l'hébreu qu'il apprend et enseigne, Paul Nothomb introduit à la compréhension de la notion du "Mal" et de la Chute à travers le comportement d'Adam vis-à-vis d'Êve. En nommant Êve face à lui comme étant objet de sa connaissance à lui, "celle-là", il la rabroue en quelque sorte à un statut logique inférieur au sien, lui qui est pourtant devenu depuis l'apparition de Êve, son égal à part entière. Nothomb sous-entend pratiquement que la parole d'Adam pour désigner Êve a valeur de Verbe et détermine la suite des événements.

Étant nommée par Adam, Êve est déterminée par cette façon d'être nommée par Adam. Autrement dit, de la manière dont Adam l'a (dé)considérée, de la manière dont elle (dé)considèrera les choses, et a fortiori Dieu lui-même, car c'est une question de perception avant tout.

Ainsi, Paul Nothomb établit l'argument que la Chute procède de la façon dont Adam a perçu Êve au tout début de leur rapport, selon la logique que "l'origine détermine la fin". Cette argumentation est non seulement très plausible, mais vraiment judicieuse. Elle mérite une plus ample explication.

Partons d'une allégorie pour illustrer ce propos. Si un chat qualifie un autre chat dans un statut logique de non-égal, "celui-là, ce chat-là", il lui confère dans sa perception un statut inférieur au sien, comme objet d'une connaissance et non comme sujet de connaissance égal à lui. Ce chat se prend dès lors pour l'ensemble des chats qu'il surmonte à partir de sa perception propre. Il rompt sa place logique dans l'ensemble auquel il appartient. Au lieu d'être un élément d'un ensemble, il en sort par sa profération d'un autre élément qu'il rabaisse à un statut d'objet et non d'égal.

Autre exemple, un mari dit à sa femme comment le ménage doit fonctionner. D'élément dans un système (la famille), il se prend pour la famille et dicte les règles, rabaissant sa femme à la condition obéissante d'objet de cet ensemble. Dès lors, lui qui est au départ un élément de cet ensemble, de même valeur logique que sa femme, devient en quelque sorte le système lui-même. C'est cela le parodoxe logico-mathématique, lorsqu'un élément d'un système se prend pour le système.

Quand Êve réfléchit aux paroles du Serpent, elle en conclut que la recommandation de Dieu, Dieu lui-même, est un élément parmi d'autres de sa réflexion, un objet du système que l'on peut remplacer par un autre aspect plus attrayant. En somme, c'est elle qui décide de quelles valeurs relève le système auquel elle appartient. Dieu n'est plus, aux yeux d'Êve, le représentant du système, la règle à suivre pour vivre dans ce système. Dès lors, face à Êve, Dieu n'est plus le système, donc le système n'est plus. Ils sont "chassés" du Paradis. Leur vision les chasse d'une qualité logique qui faisait leur origine, la création DE Dieu, et sa Manifestation, la présence d'Adam et d'Êve au Paradis.

La lecture de la Genèse de Paul Nothomb précise que la perception d'Êve vis-à-vis de Dieu incombe [??] à celle d'Adam vis-à-vis d'elle, le Serpent n'étant qu'un catalyseur qui, en quelque sorte, accélère la réaction psychique.

Cette lecture est considérable dans sa portée. Par exemple, toute la psychanalyse est d'accord pour comprendre la perversion comme étant un élément d'un système qui se dégage de ce système par une sorte de démesure (fixation, exagération du désir, etc.). Ainsi, la pulsion partielle s'émancipe du primat génital. Par exemple, le plaisir des yeux du voyeuriste est plus important que la finalité génitale de l'excitation sexuelle. Le primat génital étant la logique fécondante qui veut que tout ce qui jalonne la rencontre vers les sexes n'a de sens qu'en vue de cette relation sexuelle dite génitale. Au lieu de passer par la peau, les yeux, les postures, les odeurs, etc., comme en autant d'étapes vers l'introduction du sexe mâle dans le sexe femelle, la libido stagne dans une étape particulière et se dégage de la priorité vitale de la reproduction. L'élément déborde son système et se déracine de la logique de son origine pour devenir sa propre fin. C'est la définition de l'absolu, être à soi-même sa propre destination, faire système par soi-même au détriment du reste, c'est-à-dire l'aspect le plus commun attribué au "Mal".

L'hypostase du "Mal" [modifier]

Hypostasier consiste à considérer à tort comme une réalité en soi, absolue. La rigueur de l'exégèse de Paul Nothomb dénonce cette logique d'hypostase du "Mal". Selon sa traduction, le "Mal" n'existe pas dans la Genèse biblique. Tout est bon (tob) et il est possible que ce soit moins bon. Il n'y a pas de négation, d'entité antagoniste autonome en son essence. L'attitude est décrite comme conforme à l'origine, et c'est bon, même très bon ; sinon ce n'est pas conforme à l'origine, et c'est "moins bon", mais ce n'est pas "Mal" au sens strict. En effet, l'autonomisation du "moins bon" en un concept du "Mal" est en lui-même une signature de la volonté de retrait de l'élément hors de son système d'origine, une manière verbale de vouloir accorder un statut définitif à cette séparation - absolu serait plus juste. En fait, une manière de parler, non conforme à l'origine. Ces aspects sont étudiés dans son livre « La mémoire de l'Éden » dans lequel nous pouvons lire cette phrase terrible à la page 121 : « La perte de sa familiarité avec Dieu le condamne à la religion ».

Publications [modifier]

  • Le Délire Logique, Gallimard 1948, (réédition éd.Phébus, 1999)
  • L'Homme immortel éd. Albin Michel, 1984
  • L'Image de Dieu, éd. La Longue-Vue, 1984
  • La Mémoire de l'Éden, éd. de la Longue Vue, Bruxelles, 1987
  • Les Tuniques d'aveugles, éd. de la Différence / La Longue Vue, coll. Vers la seconde Alliance, 1990
  • Les Récits bibliques de la Création, éd. de la Différence, coll. Vers la seconde Alliance, 1991
  • L'Imagination captive. Essai sur l'homme immortel, éd. de la Différence, coll. Vers la seconde Alliance, 1994
  • N'y être pour rien, romann éd. Phébus, 1995
  • Non Lieu, récit éd.Phébus, 1996
  • Malraux en Espagne, éd. Phébus, Paris, 1999
  • Le Second récit. L'autre Lecture de la Genèse, éd. Phébus, Paris, 2000
  • La Rançon, éd. Phébus, 2001
  • Ça ou l'histoire de la pomme, éd. Phébus, Paris, 2003
  • Ève dans le jardin, éd. Phébus, Paris, 2004

Filmographie [modifier]

Notes et références [modifier]

  1. Olivier Todd, André Malraux, une vie, éd. Gallimard, 2001, p. 232.
  2. Olivier Todd, André Malraux, une vie, éd. Gallimard, 2001, p. 232.
  3. Olivier Todd, André Malraux, une vie, éd. Gallimard, 2001, p. 519.
  • Oscar COOMANS DE BRACHÈNE, État présent de la noblesse belge, Annuaire 1995, Bruxelles, 1995.
  • Humbert MARNIX DE SAINTE ALDEGONDE, État présent de la noblesse belge, Annuaire 2010, Bruxelles, 2010.

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Liens externes [modifier]