Paul Mus

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Paul Mus est un sociologue français, né à Bourges en 1902 et décédé en 1969. Il grandit au nord du Viêt Nam et consacre l'essentiel de son œuvre à l'Inde et à l'Asie du Sud-Est. Membre de l'École Française d'Extrême-Orient EFEO à partir de 1926, il est élu professeur au Collège de France en 1946.

Il a eu l’autorité de l'un des plus grands spécialistes des religions Sud-Est Asiatiques dans le monde. Son étude du temple de Borobudur, publiée en 1934, rééditée en 1977, demeure un classique jusqu'à nos jours.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né dans une famille d'enseignants, toute l’enfance de Paul Mus se déroule en Indochine, en banlieue de Saigon, chez ces « petits blancs » d’Indochine. Il est scolarisé à l'école primaire de ses parents, puis il revient en France pour faire ses études. Élève de khâgne au lycée Henri-IV, il a pour maître le philosophe Alain. Il se tourne vers l'orientalisme et devient disciple de Sylvain Lévi en sanskrit et tibétain, d'Arnold Vissière et Paul Pelliot en chinois. Il apprend également le siamois et le vietnamien qu'il utilisait déjà.

Il devient membre de l'EFEO (École française d'Extrême-Orient) en 1927, soutient en 1933 une thèse de doctorat très remarquée sur Borobudur.

En 1937, il est nommé directeur d'études à la Ve section de l'École Pratique des Hautes Études.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Mus est mobilisé et combat notamment sur la Loire en juin 1940. Puis, démobilisé, il est envoyé en mission en Afrique par le gouvernement de Vichy. Après le débarquement des Alliés, il est remobilisé[1] et suit un entraînement chez les commandos britanniques à Ceylan puis est parachuté en Indochine du nord, au Tonkin, en tant que Commissaire de la République, tout comme Jean Sainteny et Pierre Messmer, pour le compte de la Résistance. Lors du coup de force japonais du 9 mars 1945, il est à Hanoi et travaille pour le compte des services spéciaux. Il échappe aux Japonais, rejoint à pied Son La, puis Kunming grâce à la complicité des paysans vietnamiens avec lesquels il a grandi. Kunming était le centre opérationnel du Détachement 101 de l'OSS et Quartier Général des forces alliées en Chine du Sud.

En 1945, il sert de conseiller politique auprès du général Leclerc et est à ses côtés lors de la signature de la reddition japonaise sur le USS Missouri en baie de Tokyo. Il est à Tokyo lors de la première nuit du débarquement pacifique du premier détachement des US Marines et remarque la discipline japonaise de la région militaire de Tokyo dont les soldats auraient pu facilement repousser ce débarquement.

Bien qu'il devienne conseiller du gouvernement de Charles de Gaulle pour l'Indochine, il se rend compte très tôt de la puissance du nationalisme vietnamien moderne, puisqu'il a grandi et vécu dans leurs villages, chez eux, ce qui l'incite à prôner une politique de décolonisation pour la France, rendue publique dans ses articles publiés dans le journal Témoignage chrétien à la fin des années 1940. En 1946, il obtient la chaire de civilisations d'Extrême-Orient au Collège de France. Au début de la guerre d'Indochine, il est le conseiller d'Émile Bollaert, le haut-commissaire à l'Indochine française. Partisan de la négociation avec le Việt Minh, il tente de relancer les pourparlers avec les indépendantistes et rencontre à cet effet Hô Chi Minh, alors dans la clandestinité. Mais ses tentatives de ramener la paix échouent, les conditions du Việt Minh étant trop élevées, et incompatibles avec celles de la France qui exige au préalable l'arrêt des violences[2]. Il est alors nommé, en métropole, Directeur de l'École nationale de la France d'outre-mer. Quelques années plus tard, il accepte d'assumer parallèlement un enseignement à l'université Yale.

Mus devient surtout célèbre pour avoir écrit un livre sur le Viêt Nam en guerre : Viêt Nam, sociologie d'une guerre publié chez Seuil, Paris, 1952. Mus s'est aidé des travaux de Nguyên Van Huyên en plus de ses expériences de vie.

Comme Nguyên Van Huyên, Paul Mus a travaillé sous la direction de Marcel Mauss, Lucien Lévy-Bruhl, Marcel Granet et Jean Przyluski (Mus parle de Jean Przyluski comme «mon maître». Mus, L’Angle de l’Asie, p. 199). L’influence de ces maîtres se reconnaît dans leurs études: Les cultes indigènes et indiens au Champa pour Mus (Paul Mus, «Les cultes indigènes et indiennes au Champa», BEFEO, 1933, p. 367-410.) et les deux thèses pour Huyên. Dans ces travaux, Mus et Huyên appliquent l’hypothèse d’une civilisation de l’Asie des Moussons pré-indienne et préchinoise (Sur l’Asie du Sud-Est dans les recherches de Nguyen Van Huyen, voir : Nguyen Phuong Ngoc, «À l’origine de l’anthropologie vietnamienne», notamment p. 292-300, 404-415).

Il est très affecté par la mort en 1960 de son fils Émile, sous-lieutenant, tué au combat en Algérie pendant la Guerre d'Algérie.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Comment la guerre a façonné Paul Mus
  2. Jacques Dalloz, La Guerre d'Indochine 1945-1954, Seuil, 1987, pages 118-119

Publications[modifier | modifier le code]

  • Études indiennes et indochinoises. L'inscription à Valmiki de Prakaçadharma. Le Buddha paré, son origine indienne, çakyamuni dans le Mahayanisme moyen, BEFEO (Bulletin de l'École Française d'Extrême-Orient) 28/1-2, p. 81-247, 1928.
  • Cultes indiens et indigènes au Champa, BEFEO 33/1, p. 367-410, 1933.
  • Barabudur. Esquisse d'une histoire du bouddhisme fondée sur la critique archéologique des textes, Hanoi, [1re éd. dans BEFEO 32/1, p. 269-439 ; 33, p. 577-980 ; et 34, p. 175-400.), 1935
  • La mythologie primitive et la pensée de l'Inde, Bulletin de la société française de philosophie, mai-juin, p. 83-126, 1937
  • La notion de temps réversible dans la mythologie bouddhique, Paris, EPHE École Pratique des Hautes Études), Ve section, Annuaire 1938-39, p. 5-78, 1938.
  • La lumière sur les six voies, Paris, Institut d'ethnologie (Travaux et mémoires de l'Institut d'ethnologie, 35), 330 pages, 1939.
  • Le Viêt Nam chez lui, Centre d'études de politique étrangère, Paul Hartmann, éditeur, 11 rue Cujas, Paris - V°, 58 pages, 1946
  • Viêt Nam, sociologie d'une guerre, Seuil, Paris, 1952. Sans doute son œuvre la plus connue.
  • Le Destin de l'Union française, Le Seuil, 1954.
  • Le sourire d'Angkor. Art, foi et politique bouddhiques sous Jayavarman VII, Artibus Asiae 24/3-4, p. 363-381, 1961
  • Guerre sans visage, Seuil, 1961.
  • Du nouveau sur Rgveda X 90 ? Sociologie d'une grammaire, in Indological Studies in Honor of W. Norman Brown, American Oriental Series, vol. 47, p. 165-185, 1962.
  • Un cinéma solide. L'intégration du temps dans l'art de l'Inde et l'art contemporain, Arts asiatiques 10/1, p. 21-34, 1964.
  • Hô Chi Minh, le Viêt Nam, I'Asie, Le Seuil, 1971 (publication posthume).
  • Les Vietnamiens et leur révolution, Seuil, 1972 (reprise partielle de Viêt Nam, sociologie d'une guerre, publication posthume).

Références bibliographiques[modifier | modifier le code]

Les publications de Paul Mus et les suivantes qui se fondent sur les travaux de Mus.

  • Bernard B. Fall.
  • Chercheurs d'Asie : Répertoire biographique des membres scientifiques de l'École française d'Extrême-Orient 1898-2002/, Paris, École française d'Extrême-Orient, 2002.
  • The Vietminh Regime (1954), Le Vietminh (1960, traduction française, Colin)
  • The Two Vietnams (1963), Les deux Viêt Nam (1962, traduction française, Payot)
  • Indochine 1946-1962 (1962, Laffont)
  • Viêt Nam Witness, 1953-66 (1966)
  • Hell in a Very Small Place : The Siege of Dien Bien Phu (1966), Dien Bien Phu, un coin d’enfer (1968, traduction française posthume, Laffont)
  • Anatomy of a Crisis : The Laotian Crisis of 1960-1961 (publication posthume 1969)
  • Jean Lacouture, Hô Chi Minh, Seuil, coll. Politique, Paris, 1967
  • Jules Roy, La bataille de Dien Bien Phu, Julliard, 1963 ; Albin Michel, 1989

Sources[modifier | modifier le code]

  • Chercheurs d'Asie : Répertoire biographique des membres scientifiques de l'École française d'Extrême-Orient 1898-2002/, Paris, École française d'Extrême-Orient, 2002.

Liens externes[modifier | modifier le code]