Patriarche d'Occident

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Le titre de Patriarche d'Occident (en latin : Patriarcha Occidentis) était l'un des titres portés traditionnellement par l'évêque de Rome, chef de l'Église latine dont la juridiction correspondait au domaine de l'Empire romain d'Occident. Le titre a été conservé par l'évêque de Rome, pape et chef de l'Église catholique romaine. Dans le christianisme orthodoxe, on utilise aussi l'expression patriarche de Rome pour désigner le même titre[réf. nécessaire].

Ce titre a été retiré de la liste officielle par le pape Benoît XVI en 2006[1] en raison du changement de sens du mot occident, qui n'a aujourd'hui qu'une définition territoriale vague, contrairement aux juridictions des autres patriarcats. Cet abandon a provoqué des réactions interrogatives de la part des Églises orthodoxes. L'abandon de ce titre, reconnu par l'Église orthodoxe, a été compris par certains orthodoxes comme un refus de dialogue de la part du Saint-Siège et une tentative d'éloigner le catholicisme des l'orthodoxie[2], voire comme une volonté de primauté sur les autres patriarcats[3].

Toutefois, le patriarcat d'Occident existe encore juridiquement et le pape en est toujours le titulaire, bien que le titre ne figure pas dans l'annuaire pontifical[4],[1].

Selon le droit canonique, le patriarcat couvre le territoire assigné au rite romain ; les autres patriarches sont à la tête des Églises catholiques orientales, à l'exception du patriarche de Venise[1],[5].

Histoire du titre[modifier | modifier le code]

La notion de patriarcat émerge dans l'Antiquité tardive. En 325, le premier concile de Nicée reconnaît l'existence du métropolitain (Μητροπολίτης) comme supérieur aux autres évêques d'une province (Επαρχία) : le métropolitain confirme l'élection des évêques de sa province et en préside le synode. Il reconnaît les prérogatives particulières des évêques de Rome, d'Alexandrie et d'Antioche. En 381, le premier concile de Constantinople confirme ces prérogatives, accorde la préséance d'honneur, après Rome, à Constantinople. En 451, le concile de Chalcédoine confirme la primauté d'honneur de l'évêque de Constantinople en Orient et avalise à juridiction sur trois des cinq diocèses : le Pont, l'Asie et la Thrace. Il crée le patriarcat de Jérusalem en reconnaissant à son évêque une juridiction sur les trois provinces de Palestine.

Théodose II attribue pour la première fois le titre de patriarche à l'évêque de Rome, Léon Ier, dans deux lettres datées du 4 avril 450, l'une à Valentinien III[6] et l'autre à Galla Placidia[7]. Il est ensuite attribué par Anastase Ier à Hormisdas, dans une lettre du 12 janvier 515.

Par la novelle 109, datée du 7 mai 541, Justinien réserve le titre de patriarche aux évêques des cinq sièges de Rome, Constantinople, Alexandrie, Théopolis et Jérusalem[8]. D'autres novelles de Justinien définissent les prérogatives des patriarches : le droit d'ordonner les métropolitains[9] ; le droit d'exercer le pouvoir judiciaire[10] ; le droit de convoquer les conciles locaux[11] ; le droit d'inspection sur le patriarcat[12].

D'après le Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens, le titre de patriarche d'Occident n'est adopté qu'en 642, par Théodore Ier. Il n'est que rarement utilisé par ses successeurs jusqu'au XVIe siècle ou XVIIe siècle.

Aux XIIe siècle et XIIIe siècle, le patriarcat d'Occident apparaît comme un juridiction distincte de celles des patriarcats latins créés, à la suite des croisades, à Jérusalem, Antioche et Constantinople. Mais ces patriarcats sont éphémères. Les deux patriarcats latins créés à la suite de la première croisade, Jérusalem et Antioche, cessent d'être résidentiels, le second avec la prise d'Antioche (en) en 1268 et le premier avec la prise de Saint-Jean-d'Acre en 1291. Le patriarcat latin de Constantinople, créé à la suite de la quatrième croisade, cesse d'être résidentiel avec la reprise de la ville par les byzantins en 1261.

Le titre de patriarche d'Occident n'apparaît pour la première fois dans l'Annuario pontificio qu'en 1863[13], sous le pontificat de Pie IX : l'évêque de Rome y est qualifié de vicaire de Jésus-Christ, successeur du prince des apôtres, pontife suprême de l'Église universelle, patriarche d'Occident, primat d'Italie, archevêque et métropolitain de la province romaine et souverain des domaines temporels de la Sainte-Église romaine.

Le code de droit canonique de 1917 ignore le titre de patriarche d'Occident. Le canon 218 présente l'évêque de Rome comme Pontife romain, successeur de saint Pierre dans sa primauté, ayant non seulement la primauté d'honneur, mais le pouvoir de juridiction suprême et entier sur l'Église universelle. Le canon 271 innove en disposant que le titre de patriarche et celui de primat ne confèrent que des prérogatives d'honneur et un droit de préséance.

Jean-Paul II est le dernier pape ayant porté le titre de patriarche d'Occident. Son successeur, Benoît XVI, y a renoncé. François ne l'a pas rétabli.

Tous les chrétiens ne sont pas en communion avec l'Église catholique romaine car ils rejettent le titre de chef de l'Église universelle que donnent les catholiques à l'évêque de Rome ou tout autre titre qui lui donnerait une autorité universelle[réf. nécessaire]. C'est le cas pour les Églises orthodoxes et les Églises non chalcédoniennes, pour toutes les communautés protestantes, ainsi que pour l'Église apostolique assyrienne de l'Orient.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Pourquoi le titre « Patriarche d’Occident » est devenu « obsolète »
  2. http://www.institutorthodoxe.org/docs/EPIFR662_30.6.2006.pdf
  3. Philippe Levillain, « La grande histoire de la chrétienté », L'Express, no 3103,‎ 22 décembre 2010, p. 99
  4. http://news.catholique.org/8178-benoit-xvi-renonce-au-titre-de-patriarche-d
  5. http://www.inxl6.org/article2889.php
  6. Lettre de Théodose II à Valentinien III : Eduard Schwartz, Acta conciliorum œcumenicorum (ACO), II : Concilium universale Chalcedonense (AD 451), 1 : Acta graeca, 1, p. 7
  7. Lettre de Théodose II à Galla Placidia : Eduard Schwartz, ACO, II, 1, 1, p. 7
  8. Pour la novelle 109 : (la) [1] (consulté le 18 octobre 2013)
  9. Pour la novelle 6 : (la) [2] (consulté le 18 octobre 2013)
  10. Pour la novelle 123, c. 22 : (la) [3] (consulté le 18 octobre 2013)
  11. Novelle 137
  12. Pour la novelle 30 : (la) [4] (consulté le 18 octobre 2013)
  13. (it) Annuario pontificio, p. 39 (consulté le 17 octobre 2013)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]