Pastourelle

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La pastourelle est un genre poétique du Moyen Âge. Poème chanté, composé de strophes ou laisses assonancées en nombre variable, il met en scène, en alternant dialogues et parties narratives, une tentative de séduction d'une jeune bergère par un chevalier. La scène peut se terminer par un refus, éventuellement suivi d'un viol, ou par une acceptation. Parfois, la bergère, en butte aux instances du chevalier, appelle à l'aide le paysan qu'elle aime, qui met en fuite le poursuivant.

Les pastourelles en général se déroulent dans une atmosphère printanière et érotique. Décrivant des amours charnelles et bucoliques, elles prennent le contre-pied de l'amour courtois.

Définition[modifier | modifier le code]

Michel Zink la définit ainsi, reprenant la définition du troubadour Vidal de Bezaudun : « La requête d'amour d'un chevalier à une bergère, l'échange de propos moqueurs et piquants et le dénouement, favorable ou non au séducteur, raconté sur le mode plaisant par le chevalier lui-même »[1]. Les auteurs médiévaux la considèrent d'ailleurs comme un genre satirique[2].

Traditionnellement, on en distingue deux types :

  • Le type le plus fréquent, celui décrivant la rencontre amoureuse, entre le poète et la bergère.
  • Le type « objectif », qui présente une scène champêtre, où le poète se mêle à des bergers et des bergères qui font la fête, se querellent, batifolent, se réconcilient[3].

Historique[modifier | modifier le code]

La fonction de la pastourelle dans la poésie lyrique du Moyen Âge semble être d'exprimer le désir charnel masculin, la bergère (une femme de basse extraction, réputée facile) étant réduite à un pur objet érotique[4]. Si le chevalier utilise le langage de la séduction et le vocabulaire de la fin'amor, il en détourne les règles, puisque l'aspect brutal de son désir, qu'il assouvit en forçant la femme si elle n'est pas consentante, contredit son discours[5]. Genre plus aristocratique que réellement rustique, la pastourelle réfléchit probablement les aspirations secrètes d'une chevalerie parfois lasse de la préciosité des Cours d'amour[réf. souhaitée].

Les Trouvères, qui flattaient ainsi les désirs de leurs seigneurs, ont emprunté leurs thèmes aux poètes provençaux. Car les pastourelles ont d'abord été composées en langue d'oc, entre le milieu du XIIe et la fin du XIIIe siècle, par des troubadours très connus comme Marcabru, Gui d'Ussel, Giraut de Bornelh, Cadenet, Serveri de Gérone, ou moins célèbres, comme Johan Estève, Guillem d'Autpolh, Gavaudan, Joyos de Tholoza ou Guiraut d'Espanha[6] pour qui elle semble avoir été autant un divertissement qu'un exercice de versification[7].

Forme poétique[modifier | modifier le code]

Folio CCCLX du Chansonnier C, (BnF f. f. 856)

Ce n'est pas un poème à forme fixe, le nombre et la forme des couplets restant libres (entre 6 et 30). La pastourelle a donc pu être, suivant les siècles, les régions, etc. :

  • un petit poème médiéval, parfois anonyme, prenant pour thème l'amour d'une bergère. Il est conçu, en général sous forme de dialogue entre la jeune pastourelle, qui se défend, et un galant chevalier qui fait miroiter à ses yeux des cadeaux dignes d'une dame (comme des gants, une ceinture, un bandeau[8]) pour obtenir ses faveurs.
  • Étant une chanson « à l'air agréable et gai, un peu sautant et vif »[9], la pastourelle a donné naissance à une figure de contredanse. C'était la quatrième du quadrille ordinaire.

Un exemple de pastourelle[modifier | modifier le code]

Début de L'autrier, jost'una sebissa, de Marcabru, présente dans huit manuscrits, dont le Chansonnier C[10]. Le poème est composé de septains d'octosyllabes, deux couplets successifs utilisant les mêmes rimes, selon la structure aaabaab, puis cccbccb pour les deux suivants, etc.

L'autrier, jost'una sebissa
Trobei pastora mestissa,
De joy et de sen massissa ;
E fon filha de vilana :
Cap'e gonel'e pelissa
Vest e camiza treslissa,
Sotlars e caussas de lana.

Ves leis vinc per la planissa :
« Toza, fi m'eu, res faitissa,
Dol ai gran del ven que.us fissa ».
« Senher, so dis la vilana,
Merce Deu e ma noyrissa,
Pauc m'o pretz si.l vens m'erissa
Qu'alegreta sui e sana ».

« Toza, fi.m eu, causa pia,
Destoutz me suy de la via
Per fa a vos companhia,
Quar aitals toza vilana
No pot ses plazen paria
Pastorgar tanta bestia
En aital luec, tan soldana ! »

« Don, dis ela, qui que.m sia,
Ben conosc sen o folia ; » [...]

L'autre jour, près d'une haie,
je trouvai une pauvre bergère
pleine de gaieté et d'esprit ;
elle était fille de vilaine :
d'une cape, d'une gonelle (robe longue) et d'une pelisse,
vêtue, avec chemise de treillis,
souliers et chausses de laine.

Vers elle je vins dans la plaine :
« Jouvencelle, dis-je, aimable objet,
j'ai grand deuil que le vent vous pique ».
« Seigneur, dit la vilaine,
merci à Dieu et ma nourrice,
peu me chaut que le vent me décoiffe
car je suis joyeuse et en bonne santé ».

« Jouvencelle, lui dis-je, charmante créature,
je me suis détourné du chemin
pour vous tenir compagnie ;
une vilaine aussi jeunette que vous
ne peut, sans un aimable compagnon
paître tant de bétail
en pareil endroit, toute seule ! »

« Maître, dit-elle, qui que je sois,
Je sais reconnaître bon sens et folie ; » [...]

Les « chansons de bergères »[modifier | modifier le code]

La pastourelle entre dans le genre plus vaste de la poésie pastorale ou poésie bucolique, pratiquée dès l'Antiquité, comme les Idylles de Théocrite ou de Virgile, et, plus près de nous, de la « chanson de bergère », qui peut d'ailleurs être aussi immorale et grivoise que la pastourelle[11].

Il existe une centaine de chansons traditionnelles (avec d'innombrables variantes[12]) contenant des éléments champêtres et une tentative de séduction d'une jeune fille. Mais dans la plupart des cas, l'aventure est racontée par la bergère elle-même et non par le poète-chevalier. Le galant n'est pas toujours de haut rang, même s'il attend de la bergère une « récompense », un baiser en général[13]. Ce sont des chansons à danser[14], à double entente souvent, avec une version adulte grivoise et une version enfant édulcorée comme la bien connue Il était une bergère des rondes enfantines[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Zink 1972, p. 29
  2. J. M. d'Heur 1977, p. 360
  3. Pastourelles, Introduction à l'étude formelle des pastourelles anonymes françaises des XIIe et XIIIe siècle, Genève, Droz, 1974, p.8-9
  4. Michel Zink 1972, p. 117
  5. Dominique Bertrand, Le Théâtre, Bréal,‎ 1996 (lire en ligne), p. 84
  6. Jean Audiau 1973, p. x
  7. Jean Audiau 1973, p. xx
  8. Jean Audiau 1973, p. 164
  9. Adolphe Félix Gatien-Arnoult, Monumens de la littérature romane, Académie des Jeux Floraux,‎ 1841 (lire en ligne) p. 347
  10. Jean Audiau 1973, p. 3-4
  11. Conrad Laforte 1981, p. 244
  12. 4 576 versions, d'après la compilation du Catalogue de la chanson folklorique de Conrad Laforte 1981, p. 241
  13. Conrad Laforte 1981, p. 242
  14. Dans Les Maîtres sonneurs, par exemple, lorsque le cornemuseux doit faire une pause ou qu'il n'y a pas de musicien, une jeune fille entonne des chansons pour qu'on puisse danser.
  15. Conrad Laforte 1981, p. 246

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Poèmes d'amour des XIIe et XIIIe siècles, collection 10/18
  • J. M. d'Heur, Cahiers de civilisation médiévale,‎ 1977 (lire en ligne), « Revue de La pastourelle de Michel Zink » p. 386-394
  • Jean Audiau, La pastourelle dans la poésie occitane du Moyen Age (florilège), Slatkine,‎ 1973, 182 p. (lire en ligne)
  • Michel Zink, La Pastourelle, Bordas,‎ 1972, 160 p. (lire en ligne) (thèse de doctorat)

Articles connexes[modifier | modifier le code]


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