Passeport Nansen

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Couverture d'un passeport Nansen

Le passeport Nansen est un document d'identité reconnu par de nombreux États permettant à des milliers de réfugiés apatrides de voyager alors que le système international des passeports qui émerge à la faveur de la Première Guerre mondiale assujettit les déplacements aux formalités douanières.

Il a été imaginé en 1921 et créé le 5 juillet 1922 à l'initiative de Fridtjof Nansen, premier Haut-commissaire pour les réfugiés de la Société des Nations, via l'Office international Nansen pour les réfugiés, à l'origine pour les réfugiés russes fuyant la révolution d'Octobre, devenus apatrides par le décret soviétique du 15 décembre 1922 qui révoque la nationalité de tous les émigrés. La princesse Vera Constantinovna de Russie en sera munie toute sa vie, ainsi que la peintre Zinaïda Serebriakova ou Véra Obolensky qui intégrera les rangs de la Résistance intérieure française lors de la Seconde Guerre mondiale. La plupart des Russes de Shanghai détenaient aussi de tels passeports.

Ce système est étendu aux Arméniens qui fuient le génocide en mai 1924, puis, en 1933, aux Assyriens et minorités fuyant l'ex-Empire ottoman.

Le prix Nobel de la paix 1922 sera décerné à Nansen pour cette création et l'Office international Nansen pour les réfugiés le recevra en 1938.

Près de 450 000 passeports Nansen ont été distribués[1].

Vladimir Nabokov[modifier | modifier le code]

L'écrivain Vladimir Nabokov fut l'un des détenteurs célèbres du passeport Nansen. Dans son autobiographie, Autres rivages, il en donne un témoignage intéressant[2].

« La Société des Nations munissait les émigrés qui avaient perdu leur citoyenneté russe d'un passeport dit Nansen, document très accessoire, d'une nuance vert livide. Son titulaire était à peine mieux qu'un criminel libéré sur parole et devait passer par d'odieuses épreuves chaque fois qu'il voulait voyager d'un pays dans l'autre, et plus les pays étaient petits, plus ils étaient tatillons. Quelque part dans le fin fond de leurs glandes, les autorités sécrétaient cette notion que peu importait à quel point un État - disons la Russie soviétique - pouvait être mauvais, toute personne ayant fui cet État était intrinsèquement méprisable du fait qu'elle s'était soustraite à toute administration nationale : et par conséquent, on marquait à son endroit la désapprobation absurde avec laquelle certains milieux religieux regardent un enfant né hors mariage. Mais parmi nous, tous ne consentaient pas à être des bâtards et des fantômes. Délectables sont les souvenirs que certains émigrés russes gardent précieusement de la manière dont ils insultèrent ou bernèrent de hauts fonctionnaires dans divers ministries, préfectures et Polizeipraesidiums. »

— Vladimir Nabokov, Autres rivages[3].

Dans son premier roman, Machenka (1926), l'un des personnages, un vieux poète russe émigré, voulant fuir Berlin après la crise économique de 1923, perd son passeport Nansen, ultime espoir de départ.

Détenteurs notables[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://snl.no/Nansen-pass
  2. La version complète d'Autres Rivages contient des illustrations de la vie personnelle de Nabokov. Une des photos présentées est, justement,une photographie du passeport Nansen de l'épouse de Vladimir Nabokov, Véra Nabokov et de leur fils Dmitri Nabokov.
  3. Nabokov, Autres rivages, chapitre 14, 1 1966, p. 1375
  4. Nansenkontoret Arkivverket.no (in Norwegian), retrieved December 11, 2012

Bibliographie[modifier | modifier le code]


Voir aussi[modifier | modifier le code]