Al Joumhouri

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Al Joumhouri
الحزب الجمهوري
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Présentation
Secrétaire générale Maya Jribi
Fondation 9 avril 2012
Siège 56, avenue Habib-Bourguiba
1001 Tunis
Journal Al Mawkif
Idéologie centrisme
Site web www.aljoumhouri.org
Représentation
Constituants
8 / 217
Ministres
0 / 29

Al Joumhouri (arabe : الحزب الجمهوري soit al-ḥizb al-jumhūrī) ou Parti républicain est un parti politique tunisien.

Il est fondé le 9 avril 2012 par la fusion de plusieurs partis centristes et socio-libéraux, soit le Parti démocrate progressiste, Afek Tounes, le Parti républicain, Al Irada, Al Karama, le Mouvement Bledi, le Parti de la démocratie et de la justice sociale et quelques listes et personnalités indépendantes. Après le retrait de plusieurs de ses membres ayant participé à cette fusion, dont certains issus d'Afek Tounes, le parti se positionne dans la continuité historique du Parti démocrate progressiste.

Il est dirigé depuis son congrès constitutif par la secrétaire générale Maya Jribi.

Histoire[modifier | modifier le code]

Congrès constitutif[modifier | modifier le code]

L'élection du 23 octobre 2011 désignant une assemblée constituante aboutit à une situation de déséquilibre des forces entre la coalition gouvernante, la troïka constituée d'Ennahdha, du Congrès pour la République et d'Ettakatol, et l’opposition, dont le Parti démocrate progressiste (PDP) constitue, avec ses seize sièges, la formation politique la plus importante. Afin de donner plus d’impact à l’opposition, le PDP choisit de former le groupe démocrate avec les représentants de la Voie démocratique et sociale (cinq sièges) et ceux d’Afek Tounes (quatre sièges). Ce groupe est rejoint par la suite par d’autres constituants[1]. Ensuite, l’idée de former un grand parti centriste est annoncée lors de plusieurs meetings et conférences de presse[2]. Initialement prévu du 17 au 19 mars 2012, la date du congrès de fondation de la nouvelle formation politique est repoussée en vue de rassembler plus de partis politiques. Ainsi, les tractations avec la Voie démocratique et sociale durent jusqu’à la veille du congrès[3].

Le congrès se tient finalement à Sousse du 7 au 9 avril. Le nouveau parti, baptisé Al Joumhouri, rassemble en plus du PDP, d'Afek Tounes et Parti républicain, d’autres partis comme Al Irada, Al Karama, le Mouvement Bledi, le Parti de la démocratie et de la justice sociale ainsi qu’un certain nombre de personnalités indépendantes[4],[5]. Il élit Maya Jribi comme secrétaire générale et Yassine Brahim comme secrétaire exécutif[6], ainsi que Ahmed Néjib Chebbi en tant que président de la haute instance politique[4]. Lors des élections des représentants de l’ancien PDP aux nouvelles instances, deux listes s'affrontent : l'une conduite par la direction historique du parti, incluant Jribi, Ahmed Néjib Chebbi, Issam Chebbi et Iyed Dahmani, et une autre conduite par d’autres personnalités, comme Mohamed Hamdi, président du groupe parlementaire démocratique, et d’autres constituants dont certains avaient rejoint le parti après la révolution de 2011, à l'image de Mehdi Ben Gharbia et Moncef Cheikhrouhou. L’un des principaux points de clivage concerne l’évaluation des raisons de la défaite électorale du PDP aux élections du 23 octobre 2011.

À l’issue des votes, l’ensemble des figures principales des deux listes accèdent au comité central. Cependant, l’équilibre global des forces est largement favorable à la direction historique du parti. En conséquence, la totalité des places du bureau politique sont obtenues par les candidats de la liste de la direction et des figures importantes, telles que Cheikhrouhou, Ben Gharbia, Mahmoud Baroudi et Mahmoud Smaoui n'y accèdent pas[7]. Les leaders de la deuxième liste boycottent immédiatement le congrès et forment le Courant réformateur. Ce courant aboutit à la dissidence de plusieurs cadres de l’ancien PDP (dont neuf constituants[8]). Le 29 avril 2012, le Courant réformateur décide lors d'un meeting tenu à Sousse de se retirer définitivement d'Al Joumhouri[9] ; il rassemble notamment Hamdi, Baroudi, Ben Gharbia, Cheikhrouhou, Mohamed Néji Gharsalli, Mohamed Gahbiche, Nejla Bouriel, Chokri Kastalli et Mohamed Kehili[10]. Ils forment un nouveau parti, l’Alliance démocratique[11].

Développement et crises[modifier | modifier le code]

À la suite de son congrès constitutif, le parti démarre le déploiement de ses structures régionales et locales. La constitution de ses structures prend en compte les résultats électoraux de chacun des partis ayant fusionnés au sein d’Al Joumhouri. En novembre 2012 se tient le premier congrès des jeunes d’Al Joumhouri sous le slogan No-Pasaran[12].

Dans l'objectif de renforcer l’impact de l’opposition face à la troïka, le parti effectue un rapprochement politique avec la Voie démocratique et sociale et le nouveau parti fondé par Béji Caïd Essebsi, Nidaa Tounes. Ce rapprochement prend la forme de l’Union pour la Tunisie, sensé constituer un front politique et électoral. Cette décision est votée par le comité central en janvier 2013[13].

Début juillet 2013, Yassine Brahim, leader de l’ancien Afek Tounes et secrétaire exécutif d’Al Joumhouri, présente sa démission à Maya Jribi, considérant que le parti n’est pas parvenu, au terme d’une année, à atteindre son objectif, la formation d’un grand parti centriste capable d’affronter la coalition de la troïka : « L’unification des forces démocratiques était l’objectif essentiel qui nous a poussés à nous allier dans un seul parti capable d’affronter la troïka lors des prochaines échéances. Après une année, je regrette que cette alliance n’ait pas réussi, et je figure naturellement parmi les responsables de cet état de fait »[14]. Au moment du retrait de Brahim, l’essentiel du groupe venu d’Afek Tounes se retire d’Al Joumhouri pour recomposer à nouveau son parti[15]. Toujours au mois de juillet, c’est au tour d'un groupe mené par Saïd Aïdi de démissionner[16]. Beaucoup des membres de ce groupe se retrouveront des semaines plus tard au sein de Nidaa Tounes[17].

Un an après la constitution de l’Union pour la Tunisie, le comité central décide le retrait d’Al Joumhouri, considérant que l'union n’est pas capable de jouer le rôle escompté[18]. Al Joumhouri se retire peu de temps après du Front de salut national, après avoir été écarté de son instance dirigeante[19].

Positionnements politiques[modifier | modifier le code]

Troïka[modifier | modifier le code]

Les partis qui constituent à partir d'avril 2012 le nouveau parti, Al Joumhouri, s'opposent déjà à la troïka au pouvoir (Ennahdha, Congrès pour la République et Ettakatol) et n'avaient pas voté la confiance au gouvernement Hamadi Jebali en décembre 2011.

En mai 2012, à la suite de deux dégradations consécutives de la note de la Tunisie par les agences de notation financières, Al Joumhouri demande sans succès la démission du gouvernement Jebali et la formation d’un gouvernement restreint, indépendant et formé de technocrates[20].

En janvier 2013, dans le cadre d'un remaniement ministériel tenté par Hamadi Jebali, des postes ministériels sont proposés au parti : les Affaires étrangères pour Ahmed Néjib Chebbi et un autre ministère régalien pour Jribi. Al Joumhouri décline ces propositions et précise que, selon lui, la sortie de crise ne passe pas par l’élargissement de la troïka mais par la formation d’un gouvernement de compétences indépendantes ou d’un gouvernement d’union nationale incluant l’ensemble des principaux partis politiques[21],[22].

En février 2013, à la suite de l’assassinat du militant politique Chokri Belaïd, Al Joumhouri demande la démission du gouvernement qu’il considère comme politiquement responsable du danger terroriste en Tunisie et de la prolifération de groupes violents comme la Ligue de protection de la révolution dont le parti demande la dissolution[23]. Un mois plus tard, il vote contre le gouvernement formé par Ali Larayedh[24].

Un deuxième assassinat politique est commis, cette fois contre le militant politique et constituant Mohamed Brahmi, le 25 juillet. Ce même jour les représentants d’Al Joumhouri se retirent de l’assemblée constituante[25] et le parti coordonne ses actions avec les autres partis de l’opposition dans le cadre du Front de salut national. La pression exercée par cette nouvelle coalition politique, notamment lors du sit-in Errahil, oblige Ennahdha à prendre part, dès octobre 2013, au dialogue national qui vise à trouver une feuille de route pour sortir de la crise politique et auquel Al Joumhouri participe ; ce processus aboutit au remplacement, le 29 janvier 2014 du gouvernement Larayedh par un gouvernement indépendant dirigé par Mehdi Jomaa. À la suite de la nomination de Jomaa comme chef du gouvernement, le parti quitte le dialogue national, considérant que ce choix n’a pas été consensuel[26]. Ces représentants à l'assemblée constituante s’abstiennent toutefois lors du vote de confiance, le parti se positionnant en soutien critique du nouveau cabinet[27].

Transition démocratique[modifier | modifier le code]

En octobre 2013, la légitimité de l'assemblée constituante se trouvant fragilisée par la fin du délai d'un an défini avec son élection pour la rédaction de la nouvelle Constitution, Al Joumhouri propose la tenue d’un dialogue national sous l’égide de l’Union générale tunisienne du travail afin d’accélérer la fin de ses travaux, de trouver un consensus concernant le gouvernement et de fixer une date pour les élections ; cette proposition avortée en raison du refus d’Ennahdha et du Congrès pour la République d'accepter la participation de Nidaa Tounes[28].

En avril 2013, Al Joumhouri s'engage, avec les autres partis de l’Union pour la Tunisie, en faveur du dialogue national initié par la présidence de la République et destiner à trancher les points clivant concernant la constitution et fixer un calendrier pour la transition démocratique. Malgré le retrait de Nidaa Tounes et de la Voie démocratique et sociale, Al Joumhouri maintient sa participation, considérant que les accords conclus, bien qu’insuffisants, constituent un pas important vers la réalisation d’une Constitution démocratique et consensuelle[29].

En janvier 2014, les représentants d’Al Joumhouri votent en faveur du projet de nouvelle Constitution[30] puis refusent en avril la loi d’exclusion politique qui interdirait à tous ceux ayant eux des responsabilités politiques sous le régime de Zine el-Abidine Ben Ali de se présenter aux élections, se déclarant contre toute exclusion collective[31]. Avec la fin des principaux travaux de l’assemblée constituante et l’accroissement des divergences politiques avec les autres composantes de l’opposition, Al Joumhouri choisit en mai de quitter le groupe démocrate qu’il avait constitué en décembre 2011[32].

Affaires étrangères[modifier | modifier le code]

En février 2012, Al Joumhouri critique fermement la décision du président de la république Moncef Marzouki de rompre les relations diplomatiques avec la Syrie.

En juillet 2013, Al Joumhouri qualifie l’intervention de l’armée égyptienne mené par Abdel Fattah al-Sissi de coup d’État et dénonce la répression sanglante infligée aux Frères musulmans, appellant à la prise en compte des revendications populaires qui rejettent le régime de Mohamed Morsi mais dans le cadre de la légitimité et du respect de la paix et des droits de l’homme[33].

Instances dirigeantes[modifier | modifier le code]

Bureau exécutif[modifier | modifier le code]

Suite à de nombreuses démissions, à l'image de celle de Yassine Brahim[34], Noomane Fehri[35] et Fethi Touzri[36], liées essentiellement au retrait d'Afek Tounes, le bureau exécutif est recomposé en août 2013 et compte depuis seize membres :

  • Maya Jribi (secrétaire générale)
  • Ahmed Néjib Chebbi (président de la haute instance politique)
  • Issam Chebbi (porte-parole)
  • Abdellatif Hermassi
  • Chedly Farah
  • Iyed Dahmani
  • Mahmoud Mzoughi
  • Mohamed Salah Ayari
  • Moncef Chebbi
  • Mongi Ellouze
  • Mongi Salem
  • Riadh Mrabet
  • Sahbi Grira
  • Taïeb Houidi (chargé du programme économique)
  • Tijan Zaïed
  • Wissem Sghaïer
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Le bureau exécutif se réunit en moyenne de façon hebdomadaire et met en application les décisions du bureau politique. Il contrôle également les activités des structures régionales du parti.

Bureau politique[modifier | modifier le code]

Le bureau politique d'Al Joumhouri compte approximativement soixante membres. Il se réunit mensuellement et formule les orientations politiques générales du parti, les soumettant au comité central. Il évalue également le fonctionnement et la situation politique du parti.

Comité central[modifier | modifier le code]

Le comité central d'Al Joumhouri compte approximativement 140 membres qui se réunissent tous les trois mois. Il tranche les orientations stratégiques comme les alliances politiques et électorales. Il a également le pouvoir de choisir les candidats du parti pour les élections législatives et présidentielles. À l’occasion de chacune de ses réunions, le comité central vote la feuille politique proposée par le bureau politique.

Annexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) « Formation d’une entité démocratique au sein de l’Assemblée », Tuniscope, 27 janvier 2012
  2. (fr) « Meeting du grand parti du centre ce samedi 11 février à Tunis », Tuniscope, 6 février 2012
  3. (fr) « PDP – Afek : accord conclu, Maya Jeribi, secrétaire générale et Yassine Brahim, secrétaire exécutif », Leaders, 4 avril 2012
  4. a et b Hichem Benzarti, « Un congrès unificateur des forces démocratiques centristes », La Presse de Tunisie, 10 avril 2012
  5. (fr) « Tunisie : liste des adhérents au Parti républicain (grand parti du centre) », Espace Manager, 9 avril 2012
  6. (fr) « Le PDP, Afek Tounes et leurs alliés choisissent l'appellation de Parti républicain », Leaders, 9 avril 2012
  7. (fr) Karim Ben Abdallah, « Tunisie : Ahmed Néjib Chebbi ou la gestion tribale d'un parti », Tunisie numérique, 11 avril 2012
  8. (fr) « Tunisie - 9 députés du PDP suspendent leurs activités au sein du parti », Business News, 12 avril 2012
  9. (fr) « Une aile dite réformatrice du PDP quitte le parti républicain », Business News, 29 avril 2012
  10. Hassine Bouazra, « Opération séduction des réformistes du PDP auprès des démissionnaires d'Ettakatol et du CPR », Le Temps, 16 mai 2012
  11. (fr) « Gel de l’adhésion de 9 membres du PDP », Tuniscope, 12 avril 2012
  12. (fr) « Parti : ouverture du congrès des jeunes Al Joumhouri le 2 novembre au Colisée de Tunis », Tunivisions, 31 octobre 2012
  13. (fr) Rached Cherif, « Naissance de l’alliance électorale Nidaa Tounes-Al Joumhouri-Al Massar », Nawaat, 21 janvier 2013
  14. (fr) « Tunisie - Yassine Brahim démissionne d’Al Joumhouri », Business News, 5 juillet 2013
  15. (fr) Monia Ben Hamadi, « Démissions multiples du Joumhouri... Afek Tounes renaît-il de ses cendres ? », Al Huffington Post, 5 juillet 2013
  16. (fr) « 105 démissions d'un coup à Al Joumhouri : Saïd Aïdi et Maher Hnine dans la liste des partants », Business News, 26 juillet 2013
  17. (fr) « Saïd Aïdi rejoint Nidaa Tounes », Espace Manager, 1er octobre 2013
  18. (fr) « Tunisie : Al-Joumhouri annonce son retrait de l’Union pour la Tunisie », GlobalNet, 29 décembre 2013
  19. (fr) « Tunisie – Al Joumhouri se plaint d’être éjecté du Front du salut national », Tunisie numérique, 15 février 2014
  20. (fr) « Al Joumhouri appelle à la démission du gouvernement Jebali », Directinfo, 28 mai 2012
  21. (fr) « Tunisie : Nejib Chebbi dit non au poste de ministre des Affaires étrangères », Investir en Tunisie, 10 janvier 2013
  22. (fr) « Nejib Chebbi ministre des Affaires étrangères et Maya Jeribi ministre « à la carte » : Issam Chebbi précise », Shems FM, 22 janvier 2013
  23. (fr) Maya Jribi, « Al Joumhouri est pour un gouvernement mixte », Shems FM, 19 février 2013
  24. (fr) « Vote de confiance au gouvernement d'Ali Larayedh », Marsad, 13 mars 2013
  25. (fr) Monia Ben Hamadi, « Des dizaines de députés se retirent de l'ANC et appellent à un sit-in ouvert jusqu'à sa dissolution », Al Huffington Post, 28 juillet 2013
  26. (fr) « Al Joumhouri quitte le Dialogue national », African Manager, 16 décembre 2013
  27. (fr) « Vote de confiance au gouvernement de Mehdi Jomaa », Directinfo, 29 janvier 2014
  28. (fr) Nada Labidi, « Appel du parti républicain Al Joumhouri au dialogue et à la non violence », Tunisie News, 25 octobre 2012
  29. (fr) Chiraz Kefi, « Tunisie : Issam Chebbi dévoile les résultats du dialogue de Dar Edhiafa », GlobalNet, 14 mai 2013
  30. (fr) Isabelle Mandraud, « Le long chemin de la Tunisie pour sa Constitution », Le Monde, 25 janvier 2014
  31. (fr) « Tunisie-Politique : Al-Joumhouri fermement opposé à l’exclusion politique », Kapitalis, 21 avril 2014
  32. (fr) « Tunisie : Al-Joumhouri annonce son retrait du bloc démocratique », GlobalNet, 14 mai 2014
  33. (fr) « Tunisie : Ahmed Nejib Chebbi dénonce le coup d’État en Égypte », Tunisie numérique, 8 juillet 2013
  34. (fr) « Tunisie - Yassine Brahim démissionne d’Al Joumhouri », Business News, 5 juillet 2013
  35. (fr) « Noomane Fehri, à son tour, démissionne d’Al Joumhouri », Business News, 7 juillet 2013
  36. Fethi Touzri, ancien membre du bureau politique du PDP, le quitte en 2008 avant de fonder son propre parti, le Parti pour le progrès, puis de l'intégrer à Afek Tounes.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]