Parti des politiques

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On appelle politiques un parti qui se constitua formellement parmi les catholiques après la Saint-Barthélémy[1]. Il rassemblait des gens inquiets des conséquences possibles d'une persécution outrancière des protestants : les politiques voulaient faire passer le maintien de la paix civile et de l'unité du royaume avant les questions religieuses et la logique confessionnelle. Ils se regroupèrent derrière des personnalités comme le duc d'Alençon, le prince de Condé, le maréchal de Montmorency[2] ; celui-ci particulièrement, gouverneur du Languedoc, les soutint énergiquement. Ils furent à l'origine de la signature de l'édit de Beaulieu (6 mai 1576). Ensuite les politiques durent s'opposer des années encore à la Sainte Ligue (le parti ultra-catholique), et leur triomphe final fut consacré par l'entrée d'Henri IV à Paris (22 mars 1594).

L'un des premiers inspirateurs du parti des politiques fut, dès les années 1560, le chancelier Michel de L'Hospital : conseiller de Catherine de Médicis, il considérait que le roi, symbole de la nation, devait se placer au-dessus des querelles religieuses. Devant les parlements assemblés à Saint-Germain-en-Laye en 1562, il déclare que la question fondamentale « n'est pas le maintien de la religion mais le maintien de la république ». À la même époque Étienne Pasquier, avocat au Parlement de Paris, défend le même point de vue dans l'Exhortation aux princes (1561). Parmi les autres grandes voix du parti, on peut citer le juriste Guy Coquille, Pierre de Belloy, avocat général au Parlement de Toulouse, et aussi les protestants François de La Noue ou Guillaume du Bartas.

Mais celui qui est resté le grand théoricien du parti est Jean Bodin, auteur des Six livres de la République, ouvrage publié en 1576, au plus fort des Guerres de religion. Il y développe la conception d'un pouvoir d'État renforcé s'exerçant dans le cadre d'une nation et se plaçant au-dessus des factions, reconnaissant comme un fait l'existence des différentes religions présentes dans le royaume sans essayer de les éradiquer.

L'une des expressions littéraires les plus remarquables du parti des politiques fut la Satire Ménippée, un pamphlet satirique dirigé contre la Sainte Ligue, publié à Tours après la tenue des États généraux convoqués à Paris par le duc de Mayenne (26 janvier 1593). Le collectif d'auteurs se veut un groupe de bons citoyens, « demeurés français en politique et gallicans en religion », et indignés que le mot d'ordre de « défense de la religion catholique » soit devenu une simple couverture pour les menées d'aventuriers et d'intrigants. Le titre est d'ailleurs emprunté à l'humaniste brabançon contemporain Juste Lipse, qui avait publié à La Haye en 1589 un ouvrage en latin intitulé Politicorum sive civilis doctrinæ libri sex, traduit en français l'année suivante et encore en 1594, objet d'une quinzaine d'éditions, où il développe la vision pessimiste d'un État qui doit simplement être suffisamment puissant pour empêcher les hommes de se livrer à leurs passions destructrices. En France, après trois décennies de guerre civile, cet ouvrage, qui reprenait au fond le diagnostic et les solutions proposées par Jean Bodin, connut un grand succès auprès du gouvernement et des élites.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Francis de Crue, Le Parti des Politiques au lendemain de la Saint-Barthélémy. La Molle et Coconat, Paris, Plon, 1892.
  • Yves-Charles Zarka (sous la dir. de), Raison et déraison d'État. Théoriciens et théories de la raison d'État aux XVIe et XVIIe siècle, Paris, PUF, 1994.
  • Joël Cornette (sous la dir. de), Histoire de la France politique, t. 2 : La monarchie, entre Renaissance et Révolution (1515-1792), Paris, Seuil, 2000.
  • Jean-Yves Grenier, Histoire de la pensée économique et politique de la France d'Ancien Régime, Paris, Hachette, 2007.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Selon Francis de Crue (p. 5), le mot apparaît après la promulgation de l'Édit de janvier 1562 pour désigner ses défenseurs. On parla aussi des « Moyenneurs ».
  2. À partir de 1574, les « politiques » sont proches des « malcontents », ce dernier mot désignant des membres de la haute noblesse contestant le gouvernement d'Henri III, les « politiques » étant plutôt des magistrats et des juristes.