Parti Rhinocéros (1963-1993)

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Page d'aide sur les redirections Cet article concerne le parti créé en 1963. Pour le parti actuel, voir Parti Rhinocéros.
Le Parti Rhinocéros utilisait la célèbre gravure de Dürer (1515) dans son matériel électoral.

Le Parti Rhinocéros du Canada, également connu sous le nom de Parti Rhino, était un parti politique canadien ayant existé de 1963 à 1993, voué à la satire de la politique conventionnelle. Le credo de base du parti de Rhinocéros était de « ne jamais tenir ses promesses électorales », bien qu'en fait, il ait plus souvent promis des arrangements plutôt impossibles conçus pour amuser et offrir un divertissement aux électeurs. En 2005, un parti similaire a été recréé, d'abord sous le nom de neorhino.ca, puis de Parti Rhinocéros.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le parti Rhinocéros a été créé en 1963 par Jacques Ferron, médecin et écrivain aux sympathies socialistes et pacifistes[1], qui s'est autoproclamé « Éminence de la Grande Corne du parti Rhinocéros »[2]. Son but était de se moquer du régime fédéral ainsi que du Canada en général, considéré comme une résurgence du colonialisme britannique. Il se serait inspiré de la pièce de théâtre d'Eugène Ionesco. Paul Ferron, frère de Jacques, et Robert Millet sont aussi comptés parmi les fondateurs du parti[3].

Le parti se disait le descendant spirituel de Cacareco, un rhinocéros femelle du zoo de São Paulo au Brésil qui avait été "élu" conseiller municipal de São Paulo en 1959[4]. Le parti a réclamé que le rhinocéros soit reconnu comme le symbole du parti politique, puisque les politiciens ont, par leur nature, la peau « épaisse, se déplacent lentement, ont l’intellect faible, peuvent se déplacer très vite lorsqu'ils sont en danger, ils aiment se vautrer dans la boue et ils ont de grandes cornes velues poussant au milieu de leurs visages et qui obstruent leur vision ». À ses débuts, l'intention était de s'attaquer au système fédéral canadien par la « guérilla intellectuelle » et la dérision. Par exemple, Ferron proposait de créer une École de la pendaison pour railler le ministre québécois Claude Wagner, partisan de la peine de mort.

À partir de 1978 environ, le fondateur Jacques Ferron prend du recul par rapport son parti. Celui-ci est pris en charge par une nouvelle génération, plus ludique et clownesque[2]. Selon Martin Jalbert, « L'humour est moins orienté politiquement et les critiques, moins ciblées. »[5] Symboliquement, Jacques Ferron a laissé la direction du parti à Cornélius Premier, un rhinocéros du zoo de Granby (à l'est de Montréal), en 1980. Cette époque est aussi celle où le parti a connu sa plus grande popularité, un de ses candidats, Sonia "Chatouille" Côté, obtenant la deuxième place dans Laurier avec 12,6 % des voix, tout comme Jean "Obélix" Lefebvre, deuxième dans Langelier avec 8,1 % des votes[6].

Il y a pour la première fois des candidats dans d'autres provinces que le Québec aux élections de 1979[7].

À la mort de son fondateur Jacques Ferron en 1985 le parti annonce qu'il se saborde, mais présente tout de même des candidats aux élections suivantes, en 1988. Le coup de grâce pour le parti survient en 1993 lorsque Élections Canada change les règles de reconnaissance des partis politiques en exigeant 1000 $ de dépôt et au moins 50 candidats pour avoir le statut de parti officiel. Devant ainsi disposer de 50 000 $ pour respecter les règles, le parti proteste mais doit abandonner son statut[2].

Candidats notables[modifier | modifier le code]

Au cours de l'existence du parti, un certain nombre de personnalités, en particulier artistes ou écrivains, se sont portés candidats rhinocéros, même si leur candidature n'était pas considérée « sérieuse » et qu'ils n'avaient pas réellement de chance d'être élus. Par exemple:

Jacques Ferron a lui-même été candidat en 1972, 1974, 1979 et 1980.

Résultats électoraux[modifier | modifier le code]

Avant 1979, le parti n'était pas reconnu officiellement par les autorités électorales et ses candidats étaient identifiés comme indépendants ou « sans affiliation », ce qui rend difficile l'obtention de données sûres.

Élection Chef du parti # de
candidats[14]
Sièges # de voix  % des voix
1964 (élections partielles)
2[15],[16]
0
399
1965
2[17]
0
618
1968
1[18]
0
354
1972
12[9],[7]
0
10 337
1974
14
0
1979[19]
60
0
60 133
1980[20]
121
0
110 597
1981-1982 (élections partielles)
4[21]
0
2 890
1984[22]
89
0
99 178
0,79 %
1987 (élections partielles)
2[23]
0
843
1988[24]
74
0
52 173
1990 (élection partielle)
1[25]
0
246

Plateforme politique[modifier | modifier le code]

Bryan Gold a décrit la plateforme du parti Rhino comme étant de deux pieds de haut et faite en bois. « Ma plateforme est celle sur laquelle je me tiens. »

Les membres du Rhino ont également promis de briser chaque promesse (une planche de plateforme qui, selon eux, a été copiée et mise à exécution par les partis traditionnels) et d'exiger immédiatement, s'ils étaient élus, un recompte des votes.

Les promesses contenues dans la plateforme du parti de Rhinocéros incluaient :

  • Réduire la vitesse de la lumière parce qu'elle va beaucoup trop vite.
  • Paver la province du Manitoba pour créer le plus grand stationnement du monde.
  • Fournir une éducation plus élevée aux Canadiens en construisant des écoles plus hautes.
  • Offrir de recycler les électeurs qui veulent devenir illettrés en les inscrivant dans un établissement éducatif d'État.
  • Démolir les montagnes Rocheuses de sorte que les électeurs de l'Alberta puissent voir le coucher du soleil du Pacifique, ou les déplacer d'un mètre vers l’ouest comme projet de création d’emploi.
  • Raser les montagnes Rocheuses et les transporter dans les Grands Lacs, pour aplanir les disparités régionales et obtenir un Canada uni.
  • Légaliser le pot. Et les casseroles. Et les spatules. Et d'autres ustensiles de cuisine.
  • Construire des routes et pistes cyclables en pente à travers le pays, de sorte que les Canadiens puissent librement « rouler d'un océan à l'autre » (NDT "coast from coast to coast").
  • Mettre fin à la crise de l'énergie, en réduisant les coûts du transport en déplaçant les villes de Montréal de 50 km vers l’ouest et Toronto de 50 km vers l’est.
  • Supprimer le pompage du pétrole de la terre parce que ce pétrole est là pour permettre à la Terre de se déplacer sur son axe et que si vous retirez le pétrole, la chose entière s'arrêtera.
  • Abolir l'environnement parce qu'il est trop difficile de le garder propre et qu'il prend trop d'espace.
  • Créer un moustique qui naît seulement en janvier de sorte que « le maudit câline meure gelé ».
  • Rendre le vert fluo la couleur nationale du Canada.
  • Fermer la rue Sainte-Catherine de Montréal pour en faire la plus longue allée de quilles au monde.
  • Adopter le système britannique de la conduite du côté gauche ; ceci devant être mis en place graduellement, en cinq ans, en commençant avec les gros camions lourds d'abord, puis les autobus, et les petites voitures et bicyclettes en tout dernier.
  • Pour économiser l'énergie, mettre de grandes roues à l’arrière de toute voiture de sorte qu’elles roulent toujours en descendant une pente.
  • Mettre la dette nationale sur une carte Visa et la déclarer volée par la suite.
  • Offrir de mettre fin à la guerre Belgique-Canada si la Belgique livre une boîte de moules et une caisse de bière belge au « quartier arrière » Rhinocéros de Montréal. (Ce qu'a fait l'ambassade de Belgique à Ottawa.)
  • Indiquer des limites côtières maritimes du Canada en peinture de sorte que les poissons canadiens sachent où ils sont à tout moment.
  • Compter les Mille-Îles pour s'assurer qu’aucune n'est absente.
  • Poser la candidature d’un monsieur Ted « pas si » Malin (Ted "not so" Sharp) dans la circonscription de Flora MacDonald sous le slogan « faune, au lieu de flore », promettant de donner à la faune la représentation égale. La plateforme de Ted sur la question controversée de l'avortement était carrément « si je suis élu, je promets de ne jamais me faire un avortement ».
  • Poser plus d'une candidature par circonscription, car le salaire d'un membre du parlement doit certainement être plus que suffisant pour soutenir plus d'une personne.
  • Rendre les Canadiens plus forts en mettant des stéroïdes dans l'eau.
  • Interdire les hivers canadiens terribles.
  • Rouler l'asphalte l'hiver pour ne pas la briser.
  • Remplacer l'eau des abreuvoirs par du jus d'orange.
  • Envelopper l'Alberta dans du plastique pour étudier l'effet de serre.
  • Faire un sous-sol fini au Québec en l'élevant avec des grues au-dessus de l'Ontario.
  • Construire un pont de macramé allant de Montréal à Québec pour donner du fil à retordre aux artisans en chômage.
  • Éliminer la faim et l'obésité en donnant les gros à manger aux pauvres.
  • Asphalter le fond du lac Saint-Jean pour que les hameçons arrêtent de s'y accrocher.
  • Transformer l'aéroport de Mirabel en aéroport souterrain pour rendre les terres aux cultivateurs expropriés.
  • Déverser de la poudre de Kool-Aid en amont des chutes Niagara pour faire des chutes de jus coloré délicieuses.
  • Creuser des mines de cretons à ciel ouvert.
  • Construire des "jumps" au début des ronds points pour les gens qui veulent continuer tout droit dans le but d'éviter les accidents.
  • Créer un désert à l'aide d'un dôme entre Rouyn-Noranda et Val d'Or en Abitibi afin d'y offrir des tours de chameaux.
  • Re-Peinturer le pont Jacques-Cartier en Rose fluo afin qu'il figure dans les 7 merveilles du monde.
  • Renverser le Mont Chaudron pour y faire cuire des fèves au lard.
  • Unifier Cuba et le Québec pour former un pays appelé Cubec.
  • Vider le fleuve saint-Laurent afin d'augmenter nos réserves en sels.
  • Monter le prix du baloney.
  • Rembourser la dette du Québec à chaque semaine des quatre jeudis.
  • Modifier le fromage kraft afin d'en faire du caoutchouc comestible.
  • Éliminer le mot dictionnaire du dictionnaire afin que lorsque nous consultions le dictionnaire, en réalité, nous feuilletions quelque chose qui n'existe pas
  • Enlever le mot corruption du dictionnaire afin que la communauté italienne s'exile.
  • Empêcher les jeunes d'aller à l'école pour ainsi réduire le taux de décrochage scolaire.
  • Obliger les fabricants automobile de vendre des véhicules en caoutchouc et des pneus en métal, les accidents seraient moins sévères et les crevaison seraient bannies.
  • Donner le droit de grève aux chômeurs.
  • Et la promesse qui résume toutes les promesses : Ne respecter aucune promesse.

Divers[modifier | modifier le code]

En dépit de la tentation évidente d'interdire l'hiver, le parti Rhinocéros n'a jamais réussi à faire élire des parlementaires, mais en 1984, le parti était le quatrième parti politique du Canada en nombre total des voix reçues.

Parti Néorhino[modifier | modifier le code]

Article détaillé : neorhino.ca.

En 2006, quelques anciens membres du parti Rhinocéros ont créé un nouveau parti politique, neorhino.ca (parti officiel en 2007), aussi appelé le Parti Néorhino, et qui se veut le successeur du défunt parti Rhinocéros.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Biographie de Jacques Ferron, sur le site Jacques Ferron, écrivain
  2. a, b et c Jean-Simon Gagné, « Ne tirez par sur le rhinocéros! », Le Soleil,‎ 28 septembre 2013, p. 20-21 (lire en ligne)
  3. Utopie réalisable, manifeste neorhino, section La petite histoire du parti Rhinocéros du Canada
  4. (en) Cacareco the Rhinoceros, 1959, sur Museumofhoaxes.com
  5. Jacques Ferron, Éminence de la grande corne du Parti rhinocéros, Lanctôt éditeur 2003. Cité dans l'article de Jean-Simon Gagné.
  6. a et b Résultats électoraux de 1980 au Québec, sur le site du Parlement du Canada
  7. a et b Historique du Parti rhinocéros par année, sur neorhino.ca]
  8. Résultats électoraux de 1968 au Québec, sur le site du Parlement du Canada
  9. a et b Résultats électoraux de 1972 au Québec, sur le site du Parlement du Canada
  10. Résultats électoraux de 1974 au Québec, sur le site du Parlement du Canada
  11. a et b Résultats électoraux de 1979 au Québec, sur le site du Parlement du Canada
  12. Résultats électoraux de 1984 au Québec, sur le site du Parlement du Canada
  13. Résultats électoraux de 1988 au Québec, sur le site du Parlement du Canada
  14. Fonds Parti rhinocéros, sur Bibliothèque et Archives Canada
  15. Paul Ferron et André Goulet sont les candidats Élections partielles du 10 février 1964, sur le site du Parlement du Canada
  16. Chronologie 1964, sur le site Jacques Ferron écrivain
  17. Lucien Rivard dans Papineau et Denis Bossé dans Beauharnois-Salaberry (Résultats électoraux de 1965 au Québec, sur le site du Parlement du Canada
  18. Robert Charlebois dans Longueuil (Résultats électoraux de 1968 au Québec, sur le site du Parlement du Canada
  19. Résultats électoraux de 1979, sur le site du Parlement du Canada
  20. Résultats électoraux de 1980, sur le site du Parlement du Canada
  21. Claude Forget, Aurélien Thériault, Terry Roche et John Douglas sont les candidats Élections partielles durant la 32e législature, sur le site du Parlement du Canada
  22. Résultats électoraux de 1984, sur le site du Parlement du Canada
  23. Martin O'Hanlon et Peter Francis Quinlan sont les candidats Élections partielles durant la 33e législature, sur le site du Parlement du Canada
  24. Résultats électoraux de 1988, sur le site du Parlement du Canada
  25. Bryan Gold est le candidat Élections partielles durant la 34e législature, sur le site du Parlement du Canada

Liens externes[modifier | modifier le code]