Parthénies

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

En Grèce antique, les Parthénies (en grec ancien οἱ Παρθενίαι / hoi Partheníai, littéralement « fils de vierges », c'est-à-dire de jeunes filles non mariées) sont une population spartiate de rang inférieur qui, selon la tradition, part fonder en Grande Grèce la ville de Tarente, dans l'actuelle région des Pouilles, en Italie.

Origine des Parthénies[modifier | modifier le code]

Au moins trois traditions distinctes rapportent l'origine des Parthénies. La plus ancienne est celle d'Antiochos de Syracuse (contemporain de Thucydide cité par Strabon, VI, 3, 2 = fr. 13 Jacoby), selon laquelle les Spartiates, pendant la première guerre de Messénie (fin du VIIIe siècle av. J.-C.), avaient rejeté comme lâches ceux qui n'avaient pas combattu, ainsi que leur descendance :

« Antiochos dit que, lors de la guerre de Messénie, ceux des Lacédémoniens qui ne prirent pas part à l'expédition furent décrétés esclaves et appelés Hilotes ; quant aux enfants nés pendant l'expédition, on les appela Parthénies et on les déchut de tout droit. »

Les Parthénies sont donc les premiers tresantes (« tremblants »), catégorie qui regroupe les lâches et de ce fait est exclue de la communauté des Homoioi, les Semblables. Par la suite, les Parthénies auraient comploté contre les Semblables et, découverts, auraient été chassés de Sparte, d'où leur départ pour l'Italie et la fondation de Tarente, dont la date est traditionnellement fixée en 706 av. J.-C. — ce que l'archéologie ne dément pas.

Strabon (ibid., VI, 3, 3) oppose lui-même le témoignage d'Antiochos à celui d'Éphore de Cumes (IVe siècle av. J.-C.), cité également par Polybe (XII, 6b, 5), Justin (III, 4, 3) ou encore Denys d'Halicarnasse (XIX, 2–4). Selon ce dernier, les Spartiates jurent, pendant la guerre de Messénie, de ne pas rentrer chez eux tant qu'ils n'auraient pas la victoire. La guerre s'éternisant et la démographie de Sparte étant menacée, les Spartiates renvoient chez eux les jeunes gens, qui n'ont pas prêté serment. Ils leur ordonnent de s'unir, autant qu'ils sont, avec toutes les jeunes filles. Les enfants qui naissent de ces unions sont nommées Parthénies.

Enfin, une troisième tradition, mentionnée par Servius ou encore Héraclide, fait des Parthénies des bâtards issus des unions de femmes spartiates, toujours pendant la guerre de Messénie, avec leurs esclaves. Elle est identique à celle qui narre les origines de Locres, en Sicile.

Il existe des variantes à ces trois traditions : par exemple, Servius, lors du récit de la deuxième tradition, fait des pères des esclaves. Aristote (Politique, 1306 b 28) semble se rattacher à la première tradition : une fois le complot des Parthénies découverts, ils sont envoyés fonder Tarente. Il précise que les Parthénies « sont issus des Semblables » (ἐκ τῶν ὁμοίων) mais l'expression n'est pas claire. Il semble toutefois que chez Aristote, les Parthénies soient des inférieurs politiques, sans que l'on en sache la raison. Le motif lui-même du complot reste peu clair. P. Cartledge suggère que le partage des terres de Messénie aurait pu être inégal, ce qui aurait causé leur mécontentement. Enfin, Justin et Diodore de Sicile (VIII, 21) indiquent que les faits prennent place lors de la deuxième guerre de Messénie (deuxième moitié du VIIe siècle av. J.-C.), et non la première.

Dans toutes ces versions, le rôle des femmes reste majeur. Les Parthénies sont essentiellement les enfants de jeunes filles non mariées. Les pères, pour leur part, sont soit des lâches, soit des jeunes, soit des « esclaves » : dans tous les cas, ils occupent dans la cité une place marginale. Leur monde est donc, selon l'expression de P. Vidal-Naquet, un « monde renversé ».

La fondation de Tarente[modifier | modifier le code]

Beaucoup d'auteurs donnent l'impression que les Parthénies sont chassés et non pas envoyés dans un but spécifique de colonisation. Aristote indique pour sa part que les Parthénies sont « envoyés fonder Tarente », conformément à la tradition grecque conseillée par Platon[1] qui consiste, en cas de trouble politique, à envoyer les séditieux fonder une colonie bien loin de la métropole. Or la présence des Parthénies à Sparte cause bien un trouble, soit du fait d'un complot, soit de leur existence même, perturbant le corps social. En outre, l'on sait que les fondateurs de Tarente apportent avec eux le culte d'Apollon Hyakinthos, traditionnellement célébré à Amyclées : un certain « nationalisme » amycléen aurait existé parmi les Parthénies. P. Cartledge soutient que la fondation de Tarente n'est approuvée par Sparte qu’a posteriori.

Toujours est-il que, selon la tradition, les Parthénies menés par l'oikiste (« fondateur de ville ») Phalantos, prennent conseil auprès de l'oracle de Delphes, comme il est traditionnel dans un mouvement de colonisation. Selon certaines versions, l'oracle aurait en fait conseillé la localisation de Satyrion, située 12 km plus loin. La découverte de céramique du Géométrique tardif à Satyrion tend à accréditer la thèse d'une brève étape en ces lieux avant l'installation définitive à Tarente, qui occupe une position unique : elle offre un port bien protégé et de bonnes communications terrestres. Les Iapyges, population autochtone, sont chassés, probablement avant 700 av. J.-C. si l'on se fonde sur la découverte de poterie du Géométrique tardif laconienne sur l'ancienne acropole de la cité. Par la suite, les liens entre Sparte et Tarente restent très étroits. Tarente restera la seule colonie lacédémonienne, sans doute parce que la conquête de la Messénie rendait inutile, au moins temporairement, la recherche de nouvelles terres.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Bérard, La Colonisation de l'Italie méridionale et de la Sicile dans l'Antiquité, Paris, éd. de Boccard, 1957 (2e édition), p. 162-175.
  • (en) Paul Cartledge, Sparta and Lakonia. A Regional History 1300 to 362 BC, New York, Routledge,‎ 2002 (1re édition 1979) (ISBN 0-415-26276-3).
  • Simon Pembroke, « Locres et Tarente, le rôle des femmes dans la fondation de deux colonies grecques », dans Annales. Économies, sociétés, civilisations, no 25 (1970), p. 1240-1270.
  • (en) Bjørn Qviller, « Reconstructing the Spartan Partheniai: many guesses and a few facts », dans Symbolæ Osloenses no 71 (1996), p. 34-41.
  • Pierre Vidal-Naquet, « Esclavage et gynécocratie entre la tradition, le mythe, l'utopie », dans Le Chasseur noir. Formes de pensée et formes de société dans le monde grec, La Découverte, coll. « Poche », 2005 (1re édition 1981) (ISBN 2-7071-4500-9), p. 278–281.
  • Pierre Wuilleumier, Tarente, des origines à la conquête romaine, éd. De Boccard, Paris, 1939, p. 39-47.

Références[modifier | modifier le code]