Parc national de Taï

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Parc national de Taï
Catégorie UICN II (parc national)
Identifiant 721
Pays Côte d'Ivoire Côte d'Ivoire
Coordonnées 5° 45′ 00″ N 7° 07′ 00″ O / 5.75, -7.11666667 ()5° 45′ 00″ Nord 7° 07′ 00″ Ouest / 5.75, -7.11666667 ()  
Superficie 3 500 km2
Création 1973
Site web http://www.parcnationaltai.com

Géolocalisation sur la carte : Côte d'Ivoire

(Voir situation sur carte : Côte d'Ivoire)
Parc national de Taï

Le parc national de Taï, à l'Ouest de la Côte d'Ivoire et proche de la Guinée et du Libéria, couvre 3 500 km² autour du mont Niénokoué et renferme l'une des dernières forêts primaires d'Afrique. Il est prolongé au nord par la réserve du N'Zo (700 km²) et est peuplé, entre autres, d'éléphants, de buffles, de singes, de céphalophes, de zèbres, d'hippopotames et de panthères.

Les principales menaces pesant sur la région sont la déforestation, la fragmentation forestière, et le braconnage (qui a gagné en importance au XXe siècle en Afrique avec la généralisation des armes à feu et avec le développement de routes et pistes forestières).

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Le parc national de Taï est surtout un espace vital pour les grands mammifères, oiseaux et autres animaux, menacés d'extinction en Afrique de l'ouest : hippopotame nain, céphalophe-zèbre, jentink, bogon, mangabé (Cercocebus atys), chimpanzé (Pan troglodytes le chimpanzé commun et Pan paniscus le chimpanzé nain ou bonobo), colobe blanc et noir, colobe de Van Beneden, cercopithèque diane, mone de Campbell, pétauriste.

Certaines espèces forment des « guildes », ou (dont chez les singes) des associations plurispécifiques[1], dont par exemple le cercopithèque diane et le colobe bai qui forment une « dyade »[2],[3]), elle même en concurrence avec les chimpanzés[4]

Il renferme aussi de nombreuses essences forestières de grande qualité et est un lieu de recherches scientifiques et médicales.

Il est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1982 et fait partie des réserves de la biosphère.

Enjeux de conservation[modifier | modifier le code]

L'enjeu principal est la conservation de la nature et de la biodiversité et des ressources naturelles et des services écosystémiques liées à la forêt pluviale tropicale d'Afrique de l'Ouest.

De 1977 et 1987, la Côte d'Ivoire a en effet perdu 42 % de toute sa forêt, soit un taux de déforestation de loin le plus haut jamais enregistré dans un pays[5]. Les primates de la région sont aussi particulièrement menacés[6]. De plus les forêts relictuelles se sont dégradées, ont été fragmentées et/ou victimes d'un braconnage croissant, parfois assimilables à un véritable pillage des ressources[7]. Les singes, dont chimpanzés en sont particulièrement victimes[8], alors qu'ils sont nécessaires à la bonne régénération de la forêt[9],[10], de même - indirectement - que les grands prédateurs tels que le léopard (Panthera pardus) qui en régule les populations[11].

Braconnage et impacts dans le parc[modifier | modifier le code]

Le braconnage, de « viande de brousse » notamment s'est étendu dans le pays, et n'épargne pas en Afrique les parcs nationaux.

Il met en péril la gestion durable des ressources naturelles faunistiques, mais aussi indirectement la forêt et la flore en éliminant des espèces-clé (celles qui transportent les graines ou fécondent certaines espèces) ou des espèces fondatrices ; C'est le cas avec le braconnage ciblant les singes herbivores du Parc national de Taï[12]. Ces singes ne se montrent de plus pas « égaux » face à la pression de braconnage. Les femelles gestantes par exemple fuient moins facilement et les petits survivent plus difficilement à la mort de leur mère. Les scientifiques ont montré que dans le parc, des comportement d'adaptation (prudence renforcée, fuite face à l'homme ou au chien, déplacement d'aires de vie, etc) sont apparus, mais pas chez toutes les espèces de singes ; Au sein d'une même zone de forêt braconnée, les singes cercopithèques diane ont changé de comportement en fuyant l'homme plus vite, en changeant de strate d'alimentation, en s'exposant moins et en utilisant la végétation comme écran. Mais, bien qu'exposés à la même pression, une autre espèce (Colobe bai, n'a montré aucun signe d’adaptation à la menace du braconnage[12].

Les impacts sont également différés : Ces deux espèces, en forte régression, jouent un rôle important dans la zoochorie (dispersion de graines) et dans le recrutement des plantules et la régénération forestière qui sera affectée partout où la chasse et plus encore le braconnage sont pratiqués. En effet, dans cette zone, 218 espèces de plantes au moins sont mangées par les singes, et les graines de 44 de ces plantes sont diffusées par ces mêmes singes en germant mieux dans ce cas, car prédation alors soumise à moins de prédation et moins de concurrence que les graines simplement tombées sous l'arbre-mère)[12].

Il perturbe les systèmes organisés de gestion (quotas, agrainage, restauration ou réintroduction de population...) du gibier ou de certaines espèces protégées.

Enfin, les parcs nationaux jouent aussi un rôle de réservoir de biodiversité et de protection de ressources génétiques. Le braconnage se fait au détriment des ressources halieutiques et cynégétiques des zones environnantes[13] et de tout le pays, et au détriment du trésor public, contribuant à appauvrir l’État et les communautés locales, tout en dégradant ou détruisant des ressources naturelles nécessaires pour le futur, et autrefois exploitées plus durablement par les communautés autochtones.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) BSHARY, R. (1995), Rote Stummelaffen, Colobus badius, und Diana-Meerkatzen, Cercopithecus diana, im Taï Nationalpark, Elfenbeinküste : Wozu assoziieren sie? Introduction à une thèse de doctorat en Biologie ; Université Ludwig-Maximilian, Munich
  • (fr) CASPARY, H.-U., MOMO, J. (1998), La Chasse villageoise en Côte d'Ivoire ; Résultats dans le cadre de l'étude "Filière viande brousse" (Enquête Chasseurs). Rapport préliminaire No. 1 pour la Direction de la Protection de la Nature et la Banque mondiale.
  • (fr) CASPARY, H.-U., KONE, I., PROUOT, C., De PAUW, M. (2001), La chasse et la filière viande de brousse dans l'espace Taï, Côte d'Ivoire. Tropenbos Côte d'Ivoire Série 2. Wageningen. ISBN 90-5113-048-1
  • (fr) Hoppe-Dominik, B. (1995): L'État actuel des effectifs des Grands Mammifères dans

l'ensemble du parc national de Taï. Rapport établi par ordre et pour le compte de GTZ.

  • (fr) Hoppe-Dominik, B. (1996), Expertise concernant l'état actuel des effectifs des grands mammifères dans l'ensemble du parc national de Taï, Comme instrument d'évaluation et indicateur des efforts de la surveillance ;Rapport établi par ordre et pour le compte de GTZ.
  • (fr) Hoppe-Dominik, B. (1997), Suivi analyse des résultats du travail de la cellule Suivi Faune sur l'état actuel des effectifs des grands mammifères dans l'ensemble du Parc national de Taï : Propositions et mise en œuvre d'un système plus efficace de surveillance ; Rapport établi par ordre et pour le compte de GTZ.
  • (fr) Hoppe-Dominik, B. (1998), Introduction d'un système de suivi écologique pour l'évaluation améliorée des activités du projet dans le Parc National de Taï ; Rapport établi par ordre et pour le compte de GTZ.
  • (fr) Kone, I. (1997, 1998, 1999), La pratique du braconnage dans le parc national de Taï : Aspect socio-économique, influence sur le comportement des singes. Programme d'accompagnement en Ecologie Tropicale (GTZ), Rapport préliminaire 1-5.
  • (fr) Rompaey, VAN R.S.R. (1994), Climat du parc national de Taï. In: E.P.Riezebos, A.P.Vooren, J.L. Guillaumet (eds.): Le Parc national de Tai, Côte d'Ivoire. Tropenbos Série 8, Wageningen, 42-60.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Galat-Luong, A., Galat, G. (1978), Abondance relative et associations plurispécifiques des primates diurnes du P.N.T., Côte d'Ivoire. Rapport du Centre O.R.S.T.O.M. d'Adiopodoumé, Abidjan
  2. Höner, O., Leumann, L., Noë, R. (1997): Dyadic associations of red colobus and diana monkey groups in the Taï National Park, Ivory Coast. Primates 38: 281-291.
  3. Wachter, B., Schabel, M., Noë, R. (1997), Diet overlap and polyspecific ssociations of red colobus and diana monkeys in the Taï National Park, Ivory Coast. Ethology 103: 514-526.
  4. Noë, R., Bshary, R. (1997): The formation of red colobus-diana monkey associations under pressure from chimpanzees. Proc. Royal. Soc. Lond. 64: 253-259.
  5. NEWTON, K.A. (1990): West Africa. Lonely Planet Publications, Hawthon, Australie
  6. MCGRAW, S. (1998), Three monkeys nearing extinction in the forest reserves of eastern Côte d'Ivoire. Oryx 32: 233-236
  7. APE ALLIANCE (1998): The African Bushmeat Trade - a recipe for extinction. Cambridge.
  8. BOESCH, C., BOESCH, H. (1989): Hunting Behaviour of wild chimpanzees in the Taï National Park. American Journal of Physical Anthropology 78: 547-573.
  9. CHAPMAN, C.A., Onderdonk, D.A. (1998): Forests without Primates: Primate/Plant Codependency. American Journal of Primatology 45: 127-141.
  10. CHAPMAN, C.A. (1995), Primate seed dispersal: Coevolution and conservation implications. Evolutionary Anthropology 4: 74-82.
  11. DIND, F. (1995): Étude d'une population cible de léopards (Panthera pardus) en forêt tropicale humide (parc national de Taï, Côte d'Ivoire). Mémoire de diplôme, université de Lausanne.
  12. a, b et c Johannes Refisch & Inza Koné, Influence du braconnage sur les populations simiennes et effets secondaires sur la végétation : un exemple tiré d'une région forestière de régime pluvieux en Côte d'Ivoire; Biodiversité : Protection des Espèces et des Biotopes ; Serie : TOEB (Alemania). Ed : Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit (GTZ) GmbH, Eschborn, 2001
  13. Seminar für ländliche entwicklung (1996), La gestion des ressources naturelles dans la périphérie du parc national de Taï, Côte d'Ivoire. Schriftenreihe des SLE Nr. 172. Berlin

Liens externes[modifier | modifier le code]