Paon spicifère

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Pavo muticus

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Pavo muticus

Classification (COI)
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Classe Aves
Ordre Galliformes
Famille Phasianidae
Genre Pavo

Nom binominal

Pavo muticus
Linnaeus, 1766

Statut de conservation UICN

( EN )
EN A2cd+3cd+A4cd; : En danger
C2a(i)

Statut CITES

Sur l'annexe  II  de la CITES Annexe II , Rév. du 04/02/77

Le Paon spicifère (Pavo muticus) est une espèce d'oiseau galliforme de la famille des phasianidés. Il est originaire d'Asie du Sud-Est. Ce paon vert a divergé du paon bleu il y a 70 000 ans. Il tire son nom normalisé de sa huppe en épis tandis que son nom scientifique signifie « paon muet ». En français il est aussi appelé Paon muet ou Paon vert[réf. nécessaire].

Article principal : paon.

Description[modifier | modifier le code]

Le Paon vert mâle mesure environ 250 cm pour une masse de 5 kg tandis que la femelle est nettement plus petite (environ 85 cm).

Distribution[modifier | modifier le code]

Elle s’étendait autrefois du nord-est de l’Inde et du Bangladesh au Myanmar, au sud de la Chine (ouest et sud-ouest du Yunnan), à la Thaïlande, au Laos, au Cambodge, au Viêt-nam, à la péninsule Malaise et à Java. L’espèce est maintenant éteinte dans la péninsule Malaise, en Chine et probablement aussi au Bangladesh et dans le nord-est de l’Inde.

Sous-espèces[modifier | modifier le code]

  • P. m. muticus Linné, 1766 (paon spicifère de Java) : Java.
  • P. m. imperator Delacour, 1949 (paon spicifère d’Indochine) : ensemble de l’Indochine, extrême sud du Yunnan, Thaïlande au nord de l’isthme de Kra et l’est du Myanmar, vers l’ouest probablement jusqu’à la ligne de partage des eaux entre la Salouen et l’Irrawaddy.
  • P. m. spicifer (Shaw & Nodder, 1804) (paon spicifère de Birmanie) : nord-est de l’Inde et nord-ouest du Myanmar (à l’ouest de la rivière Irrawaddy où il est peut-être éteint).

Dénomination[modifier | modifier le code]

Le nom latin muticus, attribué par Linné en 1766, est dérivé d’un autre mot latin mutilus qui signifie « mutilé, raccourci, tronqué » et non « muet » comme on peut le lire dans de très nombreux ouvrages (Delacour compris). En effet, Linné l’avait nommé Pavo muticus d’après une ancienne description d’Aldrovandi (botaniste italien, 1522-1605) qui l’avait lui-même appelé « paon du Japon » et décrit d’après un dessin envoyé au pape par l’empereur du Japon… L’histoire ne nous dit pas si le paon du dessin était représenté avec une queue tronquée ou bien s’il s’agissait d’un mâle sub-adulte ou encore d’une femelle mais c’est l’explication la plus probable. La seconde erreur de Linné est d’avoir repris cette information non vérifiée en admettant le Japon comme lieu d’origine. Enfin ce terme est totalement inapproprié pour l’une des espèces de faisans les plus grandes : la longueur totale peut approcher trois mètres (dont 1,60 m de traîne) pour certains vieux mâles. Le nom français « spicifère » (littéralement « porte-épi ») a été attribué par Buffon en raison de la forme de sa huppe en épi comparativement à celle du paon bleu qui est en éventail.

Historique[modifier | modifier le code]

Le paon spicifère a abondamment alimenté la mythologie bouddhiste et shintoïste en Chine et au Japon où il était représenté sur des peintures et célébré dans des poèmes. On importait alors des paons d’Indochine, de Malaisie et de Java. L’arrivée en Europe du paon spicifère est cependant beaucoup plus tardive que celle du paon bleu. On pense qu’elle remonte au XVIIIe siècle car Bennett signale la présence de deux exemplaires vivants au zoo de Londres en 1831, envoyés de Birmanie par Lord Holmesdale. Polvliet déclare avoir élevé des jeunes en Hollande avant 1872 et Cornély (Bulletin de la Société d’acclimatation, 1874) rapporte en avoir obtenu en France en 1873.

Habitat[modifier | modifier le code]

Le paon spicifère est inféodé à la forêt ouverte, mixte et décidue, persistante ou semi-persistante, à larges feuilles, particulièrement le long des rivières ou à proximité des zones humides, en lisière de forêts, dans les formations secondaires ou de bambous, jusqu’à 915 m.

Alimentation[modifier | modifier le code]

Beebe (1931) avait remarqué à Java que lorsque les termites sont abondants, le paon spicifère dédaigne les autres types de nourriture. Ses analyses de jabots ont confirmé cette prédominance de termites à côté de baies, de graines d’herbes, de poivriers, de pétales de fleur, de criquets, de sauterelles et de petites phalènes. Le fait qu’il se nourrisse occasionnellement dans les zones de cultures (Madge & McGowan 2002) suggère une consommation de graines et de fruits cultivés.

Comportement non social[modifier | modifier le code]

Beebe (1918-22) avait observé que les groupes de paons mènent une vie très sédentaire, se nourrissant à différents endroits de leur territoire mais en gardant toujours les mêmes sites de dortoir et d’abreuvoir. Ils arrivent silencieusement chaque matin à la rivière où ils passent environ une demi-heure à boire et à se lisser les plumes. Cet auteur avait remarqué plus particulièrement un groupe composé d’un mâle, de deux femelles et d’un sub-adulte qui se dirigeait vers un ensemble de termitières pour s’y nourrir, le mâle très circonspect, fermant la marche.

Comportement social[modifier | modifier le code]

Les combats entre mâles sont aussi fréquents que chez le paon bleu et la parade nuptiale similaire mais on ne sait pas vraiment si le paon spicifère adopte le même comportement social en ce qui concerne la défense du territoire visité par les femelles, c’est-à-dire le lek.

Voix[modifier | modifier le code]

Elle diffère de celle du paon bleu par son timbre globalement moins criard et moins perçant. Le mâle lance un « kè-wo » sonore et claironnant, portant loin et souvent répété. La femelle, à la voix plus basse, émet un « ha-o-ha » résonnant et répété aussi plusieurs fois. Enfin les deux sexes produisent un puissant cri d’alarme « kwokkwok-kwok ».

Nidification[modifier | modifier le code]

La période de nidification semble liée à celle de la mousson. Dans le nord-est de l’Inde, la saison de reproduction a lieu de janvier à avril mais la période de juillet à septembre a aussi été rapportée. Au Bangladesh, elle a lieu en avril et en mai tandis qu’à Java, elle dure d’août à octobre. Dans la péninsule malaise, elle s’étend de novembre à mai avec le plumage nuptial complet en janvier-février et la perte de la traîne en juin-juillet. Le nid est construit sur le sol, habituellement bien dissimulé dans la végétation mais avec une bonne visibilité face au danger.

Statut, conservation[modifier | modifier le code]

L’espèce est classée comme globalement « vulnérable » (Fuller & Garson 2000), le statut, variable selon les sous-espèces, est bien décrit dans la Monographie des faisans (volume 2) de Hennache & Ottaviani (2006).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Beebe, W. (1918-22). A monograph of the pheasants. 4 vol. Witherby, Londres.
  • Beebe, W. (1931). Pheasants, their lives and homes. New York Zoological Society.
  • Fuller, R. A. & Garson, P. J. (2000). Pheasants, status survey and conservation action plan 2000-2004. WPA/BirdLife/SSC Pheasant Specialist Group.
  • Hennache, A. & Ottaviani, M. (2006). Monographie des faisans, volume 2, 492 pages. Editions WPA France, Clères, France.
  • Madge, S. & McGowan, P. J. K. (2002). Pheasants, Partridges & Grouse. Helm, Londres.

Reproduction[modifier | modifier le code]

Les mâles deviennent matures à trois ans et les femelles, un peu plus précoces, entre deux et trois ans.

La ponte comporte généralement trois à cinq œufs. L'incubation dure 28 jours.

Répartition[modifier | modifier le code]

Le Paon vert vit du Nord de l'Inde et au Bangladesh jusqu'au Vietnam, au Laos, au Cambodge, au Myanmar, au Sud de la Chine (au Sud-Ouest du Yunnan), au Sud-Est du Tibet, en Malaisie et à Java.

En Nouvelle-Zélande, notamment dans la vallée de Waiotahé, il a été introduit par les colons britanniques ; de nombreux individus sont retournés à l'état sauvage. Actuellement, les agriculteurs le considèrent comme une peste animale et exercent des pressions sur les autorités pour son éradication. Certains habitants, au lieu de le persécuter, aident cet oiseau à survivre pendant la saison hivernale.

Des espèces totalement éteintes dans le monde sauvage ont été réintroduites, comme le paon vert (Pavo muticus) de Tenasserim en Malaisie[1]. Cependant, dans certains cas, une sous-espèce inadéquate fut réintroduite et il existe toujours une controverse pour savoir quelle fut la forme utilisée : malaisienne, javanaise ou de Tenasserim. Il est possible que les oiseaux choisis pour les dernières réintroductions ne correspondent pas à l’espèce d’origine. Des articles dans la presse locale avaient en effet prétendu faussement que la forme malaisienne éteinte était génétiquement identique à la forme sauvage vivant à Java, alors que les deux sous-espèces sont en fait génétiquement différentes[2]. Les images des oiseaux prises près du zoo de Melaka ne correspondent à aucune de ces deux formes, au lieu de cela les oiseaux semblent identiques à une sous-espèce plus mate, le Paon vert P. m. Spicifer[3]. Malgré cela, les images ont été identifiées comme celle d’une sous-espèce en danger, voire éteinte connue sous le nom de paon vert de Tenasserim, qui est cousine du Spicifer. Les tests ADN, effectués en comparaison avec des peaux conservées dans les musées, ont cependant montré que les oiseaux réintroduits correspondaient à des oiseaux qui vécurent là, de telle sorte que soit le Spicifer/Tenasserim fut aussi retrouvé en Malaisie, soit les deux formes furent employées lors de la réintroduction.

Population et statut de conservation[modifier | modifier le code]

La population mondiale est inférieure à 10 000 individus, aussi l'espèce est considérée comme étant en danger par l'UICN. Elle est classée en annexe II par la CITES.

Source[modifier | modifier le code]

Balahy C. (2007) Les Paons. Première partie : présentation de la famille et les Paons verts. Revue Oiseaux exotiques, 322 : 78-88.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Chiew, Hilary, « Le retour du Paon vert », The Star, Malaisie,‎ 11 janvier 2005
  2. (de) Menning, Wolfgang, Die letzte Chance für den Ährenträgerpfau (la dernière chance pour le paon vert (Pavo muticus)) pdf en allemand
  3. http://www.orientalbirdimages.org

Liens externes[modifier | modifier le code]

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