Panier-repas

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Charles Cottet, 1903. Femmes de Plougastel avec leur panier-repas.

Le panier-repas[1], appelé packed lunch dans les pays anglophones, constitue le repas généralement préparé chez soi pour être mangé ailleurs (sur le lieu de travail, à la cantine ou en piquenique[N 1]). Il peut parfois être acheté en magasin ou être fourni à l’hôtel pour les touristes, voire au restaurant[2]. Le panier-repas peut être emporté dans divers contenants par son consommateur ou lui être apporté sur le lieu de travail, généralement par un membre de la famille. Cette dernière habitude était fréquente dans les zones rurales ; elle a donné lieu, en Inde, à la création du métier de dabbawallah.

Histoire[modifier | modifier le code]

Pieter Brueghel l'Ancien, la moisson, 1565.

L’une des plus anciennes mentions de ce type de repas se trouve dans la Bible où il est dit que le prophète Habacuc, alors en Judée, avait préparé une bouillie et des morceaux de pain dans une corbeille pour les porter, comme repas, aux moissonneurs[3]. Cette pratique est restée vivace pendant des siècles.

Autres dénominations[modifier | modifier le code]

On appelle « briquet » le casse-croute, composé d'une double tartine beurrée garnie de fromage ou de charcuterie, qu'emportaient avec eux les mineurs dans le nord de la France et en Wallonie.

En Belgique, le terme « panier-repas » est peu utilisé : dans les écoles, par exemple, on parle habituellement de « repas tartines »[4].

Composition[modifier | modifier le code]

Contenu[modifier | modifier le code]

Composition équilibrée : pain, carottes, salade, poire, lait.
Repas sorti du panier sur un chantier à Paris dans les années 1930

La composition du panier-repas dépend des habitudes alimentaires et des ressources financières. En Occident, ce peut être un simple casse-croute, un sandwich, ou un repas plus complet composé de pain, légumes, laitages, fruits et boissons.

Emballage[modifier | modifier le code]

Les aliments peuvent être emballés ou non ; le pain, l’ognon, les fruits ne le sont généralement pas.

Ils peuvent être placés dans une gamelle ou dans un porte-diner[N 2]. Cet ustensile, dénommé porniermot-valise constitué par crase de porte et diner — dans le Poitou, la Saintonge, l’Aunis[5], consiste en un « vase en fer-blanc formé de deux compartiments qui s'enchâssent l'un dans l'autre et dont on se sert pour porter la soupe et le dîner à ceux qui travaillent au loin dans les champs[6] » ; il s’agit donc d’un pot dont le couvercle retourné sert de assiette. En Touraine, le pornier pouvait être en terre ou en bois[7].

Les simples tartines sont souvent placées dans une « boite à tartines », ou simplement emballées dans du papier, du film étirable ou une feuille d'aluminium comme on le fait aussi pour le morceau de fromage.

Les œufs durs peuvent être transportés dans une boite à double compartiments ; celles en aluminium étaient fermées par une lanière de cuir, celles en plastique qui se clipsent comportent un petit compartiment central réservé au sel.

Les boissons, jadis presque toujours transportées dans une outre ou dans une gourde, peuvent être conditionnées en topette ou en bouteille de verre ou de plastique que remplacent souvent, à partir du XXe siècle, la canette et le berlingot. La bouteille isotherme est également utilisée.

Contenant[modifier | modifier le code]

John Vachon, 1938. Au Nebraska, fillette apportant, dans une mallette, le panier-repas de son père.

Le panier-repas a été transporté dans divers contenants selon les époques.

Le panier d’osier ou de jonc, utilisé depuis l’Antiquité, est resté en usage dans toutes les classes sociales jusqu’au XXe siècle.

Le bissac (double sac de toile ou de cuir) était le contenant des provisions pour les paysans, les compagnons ou les chemineaux[8], les soldats[9], les voyageurs à pied — tels Candide[10] —, à cheval[11], à dos d’âne — comme Sancho Panza[12] — ou à dos de chameau[13], mais aussi pour les « bourgeois du samedy » normands[14]. Les cyclistes et les motards l’emploient aussi.

La besace de toile ou de cuir, composée de deux compartiments, était portée sur l’épaule ou sur le dos de l’agriculteur ou de l’ouvrier, laissant les mains libres de porter un cruchon ou un outil[15] ; dans une des poches, on plaçait les aliments solides, et les boissons dans l’autre[16].

La musette se portait en bandoulière, le havresac sur le dos.

En 1885, le Guide Tinnenbrock des Environs de Paris conseille le « panier Niniche » : il contient le couvert, des gobelets de fer-blanc, une gourde et une cafetière à réchaud ; il va être transformé en « mallette à picnic » par Hermès en 1925. La firme française Amieux Frères, profitant du développement du tourisme au début du XXe siècle, ajoute à sa boite d’ustensiles « Pic-nic » des boites de conserve fine, du vin de Médoc, de la fine Champagne et du chocolat[17].

Le panier-repas peut être aussi simplement transporté dans des sacs, une mallette de travail, un cartable ou dans un sac plastique, mais d’autres contenants, comme la poche d’un vêtement ou même le chapeau et le bas de laine[N 3], ont été également utilisés.

Politique[modifier | modifier le code]

L’utilisation de sacs en papier brun pour le panier-repas, aux États-Unis, est connue sous l’appellation brownbagging et le temps du repas peut comporter une réunion informelle de travail. Lors des négociations de paix à Kaesong au cours de la guerre de Corée, les délégués américains ont refusé le repas proposé par leurs hôtes chinois et utilisé leurs propres paniers-repas en sachets bruns, ce qui constituait une rebuffade[18].

Dans les arts[modifier | modifier le code]

Peinture[modifier | modifier le code]

Henri Caïn, Le déjeuner de l’ouvrier, 1891.

Le panier-repas est fréquemment représenté en peinture, soit lors de parties de campagne ou de piqueniques comme dans Le Déjeuner sur l'herbe, soit dans des scènes de travail comme dans la moisson de Pieter Brueghel l'Ancien ou dans Les Moissonneuses d’Eugène Fromentin.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Le panier-repas fait partie d’une des scènes cultes d’Une vie difficile de Dino Risi : il constitue le repas de Saint Mathieu et Saint Pierre au fond des fausses catacombes[19]. Il est au centre du sketch de Pasolini dans La Ricotta[20] et René Allio le met en évidence par un plan rapproché dans Les Camisards[21].

Chanson[modifier | modifier le code]

Dans sa chanson Les cornichons (1969), Nino Ferrer énumère un long inventaire du panier-repas préparé pendant trois jours par sa maman (sans oublier « les bouteilles, les paquets, et la radio ! »). Panier-repas, hélas, mangé à la maison à cause de la pluie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cet article applique les recommandations orthographiques en usage depuis 1990
  2. Terme utilisé au XVIIIe siècle selon le Grand dictionnaire terminologique.
  3. Jules Vallès, dans Les Réfractaires, décrit un homme — l’écrivain F.-R. Schack, auteur de Campagne d'un jeune français en Grèce, envoyé par M. le Duc de Choiseul, Didot, Paris, 1827 — utilisant son chapeau comme contenant : « Là il s’assit et se découvrit. En même temps, il prit une cuiller dans sa poche, et de son chapeau retira une boîte de fer-blanc qui avait dû contenir des sardines, mais qui contenait ce jour-là, sans doute, du riz au lait. Il découvrit la boîte, la relogea dans son chapeau et se mit à manger tranquillement. Il racla enfin le fer-blanc, et remit son buffet sur sa tête. Il se leva et partit. (…) Il avait, ce jour-là, son chapeau vide, mais ses poches horriblement pleines, et il en tira successivement, pour les déposer sur la banquette du café, une omelette dans du papier et du bœuf à la mode dans un bas de laine ; puis il demanda la Revue des Deux-Mondes. » — lire Jules Valès, Les réfractaires, G. Charpentier, Paris, 1881,p. 83 et 89 en ligne sur Gallica.

Références[modifier | modifier le code]

  1. CNRTL Définition en ligne
  2. George Sand, Histoire de ma vie, T. X, Michel Lévy frères, Paris, 1856, p. 93.
  3. Bible de Jérusalem, livre de Daniel, 14, 33.
  4. voir par exemple sur le site de l’École européenne Bruxelles II
  5. L. Favre, Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis, Robin et L. Favre, Niort, 1867, 356 p., p. 271.
  6. H. Beauchet-Filleau, Essai sur le patois poitevin ou petit glossaire de quelques-uns des mots usités dans le canton de Chef-Boutonne et les communes voisines, L. Clouzot, Niort, 1864, 288 p., p. 206.
  7. Arlette Schweitz, La maison tourangelle au quotidien. Façons de bâtir, manières de vivre, 1850-1930, Publications de la Sorbonne, 1997, 322 p. (ISBN 2-85944-306-1), p. 206.
  8. CNRTL, entrée en ligne
  9. César-Pierre Richelet, Nouveau dictionnaire françois contenant généralement tous les mots anciens et modernes et plusieurs Remarques sur la Langue Françoise ; ses expressions propres, figurées et burlesques, la prononciation des Mots les plus difficiles, avec leur Ortographe, le Genre des Noms, la Conjugaison des Verbes, leur régime, celui des Adjectifs & des Prépositions : Et les Termes les plus connus des Arts & des Sciences. Le tout tiré de l’usage des bons auteurs, T. I, Jean Elzevir, Amsterdam, 1709, p. 9.
  10. François Marie Arouet, dit Voltaire, Candide, ou l’optimiste traduit de l’allemand de Mr. le Docteur Ralph, 1759, p. 18.
  11. François van Aerssen Van Sommelsdyk, Voyage d’Espagne, contenant entre plusieurs particularitez de ce royaume, Trois Discours Politiques sur les affaires du Protecteur d’Angleterre, de la Reine de Suede, & du Duc de Loraine, Pierre Marteau, Cologne, 1667, p. 316.
  12. Histoire de l’admirable Don Quichotte de la Manche, traduit de l’Espagnol de Michel de Cervantes, T. I, Compagnie des Libraires, Paris, 1713, p. 85.
  13. François Bernier, Voyages de François Bernier, Docteur en médecine de la Faculté de Montpellier. Contenant la description des États du Grand Mogol, de l’Hindoustan, du Royaume de Kachemire, &c., T. II, Paul Marret, Amsterdam, 1709, p. 211.
  14. « Notice sur les sobriquets et autres qualifications populaires appliqués à la Normandie et à diverses localités de cette ancienne province, ou à leurs habitants » dans Société des émules, Revue de Rouen et de la Normandie. 1839, 1er semestre, E. Le Grand, Rouen, 1839,p. 73.
  15. Villages et villageois au Moyen Âge, Publications de la Sorbonne, 1992, 226 p. (ISBN 2-85944-220-0), p. 167.
  16. Collectif, Le Berry dans l’œuvre de George Sand, p. 132. en ligne, consulté le 15 octobre 2010.
  17. Francine Barthe-Deloizy, Le pique-nique ou l'éloge d'un bonheur ordinaire, Bréal, 2008, 256 p. (ISBN 978-2-7495-0781-1), p. 34.
  18. (en) Alfred D. Wilhelm, Jr., The Chinese at the Negotiating Table: Style and Characteristics. DIANE Publishing, 1995 , (ISBN 0788123408), p. 128.
  19. Valerio Caprara et Fabrizio Corallo, Dino Risi. Maître de la comédie italienne, Gremese international, 1993, 198 p., (ISBN 7301-020-2[à vérifier : ISBN invalide]), p. 36.
  20. Piero Spila et Martine Capdevielle, Pier Paolo Pasolini, Gremese, Rome, 2001, 128 p. (ISBN 88-7301-485-2), p. 35 à 38.
  21. L'Avant-scène. Cinéma, Numéros 121 à 131, L’Avant Scène, 1972, p. 31.

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Voir aussi[modifier | modifier le code]