Pan de bois

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Reconstruction en 2010 de la maison à colombages dite le « Pain de Sucre renversé de Hildesheim », Hildesheim, Allemagne, 1510.

Le pan de bois désigne un ouvrage de charpenterie composé de sablières hautes et basses de poteaux de décharges et de tournisses formant mur de bois. Les pans de bois intégraient des colombages, colombes et colombelles, ce qui fait de « colombage » un terme synonyme pour désigner le bâtiment incorporant cette technique : la maison à colombages.

Définition[modifier | modifier le code]

Un pan se dit de la partie d'un tout, et c'est dans ce sens que l'on dit: un pan de bois ou un pan de comble ou un pan de mur; Le Pan de bois désigne un assemblage de montants et de traverses de charpente (sablières, poteaux, décharges, tournisses, etc.), formant la façade d'une maison, une cloison de refend ou un pignon[1].

Ce moyen avait l'avantage de permettre des superpositions d'étages en encorbellement, afin de laisser un passage assez large sur la voie publique et de gagner de la place dans les étages supérieurs. Selon Viollet-le-Duc, le pan de bois était « économique et sain, car, à épaisseur égale, un pan de bois garantit mieux les habitants d'une maison des variations de la température extérieure qu'un mur de brique ou de pierre[2]

Histoire[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Opus craticium et Hourd.

La construction à pan de bois est une des techniques prédominantes de construction depuis Rome (Opus craticium) jusqu'au XIXe siècle période où en France et ailleurs on l'interdit sur la voie publique dans les grandes villes afin d'éviter la communication du feu d'un côté d'une rue à l'autre. Pour la même raison il n est pas permis d'élever des murs mitoyens en pans de bois[2]. La pierre prépondérante au XIIe et XIIIe siècle est remplacée par du pan de bois de qualité au XIVe et XVe siècle[3].


La ville de Rouen conserve près de 2 000 maisons à pans de bois, certaines datant même du XIVe siècle, dont un millier ont déjà été restaurées, faisant de Rouen le plus riche témoignage de l’architecture à pans de bois en Normandie.

Au XIXe siècle Le pan de bois survit à l'intérieur des cours, mais au lieu de les laisser apparents, comme cela se pratiquait toujours pendant le Moyen Âge, on les couvre d'un enduit, qui ne tarde, guère à échauffer les bois et à les pourrir; mais on simule ainsi une construction de pierre ou tout au moins de moellon enduit[2].

Composition[modifier | modifier le code]

Pan de bois

Vocabulaire

  • A: sablière: Pièces couchées horizontalement à chaque étage, et haut et bas d'un pan de bois, dans lesquelles sont assemblés les poteaux, décharges et tournisses - On donne le nom de sablière haute à celle du haut de chaque étage, et sablière basse à celle qui porte sur les parpaings[1].
  • B: Poteau ou pied cornier - Poteau qui forme le côté d'un pan de bois ou l'encoignure de deux pans de bois, dans lequel sont assemblées les sablières de chaque étage[1].
  • C: Poteau d'huisserie - Poteaux qui avec le linteau assemblés, forment la baie d'une porte[1].
  • D: Linteau - Pièce de bois posée sur les jambages d'une porte on d'une fenêtre pour en former la fermeture, ou assemblée dans deux poteaux pour le même usage[1].
  • E: Potelets - Petit poteau dans les pans de bois et cloisons, avec lesquels on garnit le dessous des appuis de croisée et le dessus des linteaux de porte[1].
  • F: Décharge - Pièce de bois posée obliquement dans un pan de bois ou dans une cloison[1].
  • G: Tournisse - Petits poteaux de remplissage coupés obliquement d'un bout, et qui, dans un pan de bois ou une cloison, sont posés au-dessous et au-dessus des décharges[1].
  • H: Croix de Saint-André - Deux pièces de bois qui, assemblées à entaille l'une dans l'autre[1].
  • I: Sablière chambrée - Sablière basse de chaque étage, d'un pari de bois ou cloison, au-dessous de laquelle sont les abouts des solives[1].
  • K: Décharge - Pièce de bois posée obliquement dans un pan de bois ou dans une cloison[1].
  • L: Renfort
Assemblages

Composition d'un pan de bois
Maison à pan de bois, Calvörde.

Le pan de bois repose ordinairement sur un mur en maçonnerie qui a pour but de séparer la construction du sol et de la préserver des effets destructeurs de l'humidité. Sur le mur repose une pièce de bois placée horizontalement qui se nomme sablière et qui forme la base de la construction. C'est dans cette pièce que toutes les autres pièces de la charpente viennent s'assembler. Les pièces d'angle nommées poteaux corniers s'assemblent à tenon et mortaise dans la sablière. Ces pièces doivent avoir toute la hauteur du bâtiment. La séparation du rez-de-chaussée et du premier étage se fait au moyen d'une pièce horizontale nommée également sablière et qui s'assemble dans les poteaux corniers à tenon et mortaise avec embrèvement[4].

Entre les deux sablières s'élèvent des pièces verticales parallèles aux poteaux corniers et que l'on nomme poteaux d'huisserie. Ces pièces peuvent s'élever de toute la hauteur du bâtiment, mais le plus souvent elles s'arrêtent à l'étage et s'assemblent à tenon et mortaise dans les deux sablières. Les poteaux d'huisserie forment l'ouverture des portes et des fenêtres on les réunit par des linteaux qui servent à former l'encadrement des portes ou des fenêtres. Les poteaux corniers, les sablières et les poteaux d'huisserie forment comme on le voit des quadrilatères on les divise diagonalement par une pièce oblique nommée décharge, et qui décompose la figure en deux triangles de cette manière on ne craint pas qu'un effort latéral puisse déformer l'ensemble de l'ouvrage. La réunion de ces pièces constitue la charpente d'un pan de bois. Les vides sont remplis au moyen de terre glaise ou de mortier dans lequel on ajoute souvent de la paille hachée[4].

Le tout est maintenu par des lattes clouées sur les pièces de la charpente. Mais comme ces pièces sont ordinairement trop éloignées pour la longueur des lattes on diminue la distance au moyen de pièces d'une moindre dimension nommées fournisses Les tournisses sont assemblées à tenon et mortaise dans les sablières et sont simplement embrevées dans les décharges. Quelquefois on place deux décharges en croix l'une sur l'autre et l'on forme des Croix de saint André ce qui ajoute de la solidité à l'ensemble. Quelquefois aussi on ajoute au-dessus de la sablière qui supporte les gîtes d'un étage, une seconde sablière connue sous le nom de sablière de chambrée[4].

Lorsque l'on fait correspondre un plein sur un vide comme dans l'établissement d'une vitrine de boutique le linteau prend le nom de poitrail. S'il arrive que ce poitrail ait une forte charge à supporter, on pratique pour diminuer la poussée vers le centre, les décharges K et un renfort L. On en fait autant aux sablières des étages supérieurs afin de repousser la charge autant que possible vers les points d'appui de la poutre. Les pièces qui remplissent les vides entre les linteaux et la sablière sont de petites pièces analogues aux tournisses et que l'on nomme potelets.

Les dimensions des diverses pièces d'un pan de bois élevé de quatre à cinq étages sont dans les parties inférieures de 21 à 32 centimètres pour les poteaux corniers de 19 à 32 centimètres pour les sablières de 18 à 21 centimètres pour les décharges les croix de Saint André et les poteaux d'huisserie enfin de 16 à 18 centimètres pour les tournisses et les potelets.

Assemblages[modifier | modifier le code]

Article connexe : assemblage (bois).

Encorbellement[modifier | modifier le code]

Article connexe : encorbellement.
Huneborstelsche Haus, 1524, Brunswick, Allemagne

Pan de bois

Construction entièrement de charpente, et les mitoyennetés sont des pans de bois composés de sablières, de poteaux, de décharges et de tournisses. Les deux étages de pans de bois de face sont posés en encorbellement l'un sur l'autre, ainsi que l'indique le profil A. Les poteaux d'angle et d'axe de la façade B ont 22 et 24 centimètres d'équarrissage; tous les autres, ainsi que les sablières et solives, n'ont que 17 à 19 centimètres. Les solives C des planchers posant sur les sablières hautes assemblées sur la tête des poteaux, sont soulagées par des goussets et liens D à l'intérieur et à l'extérieur, et peuvent ainsi recevoir à leur extrémité la sablière basse de l'étage au-dessus. Ces solives étant espacées de près d'un mètre, elles reçoivent de plus faibles solives, ou plutôt des lambourdes, sur lesquelles sont posés les bardeaux avec entrevous, aire et carrelage. Le roulement du pan de bois est maintenu par des décharges E assez fortes, et des croix de Saint-André sous les appuis des fenêtres.

Construction en pan de bois, XIIIe siècle. Eugène Viollet-le-Duc.Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle. [1]

Remplissage[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Hourdage, Bousillage et Pierrotage.
Remplissage.

Le remplissage est généralement fait de torchis (argile, de la paille, du sable, et de la chaux), matière isolante et imperméable. La brique crue a aussi été utilisée de même que des petits moellons, recouverts d’une couche de plâtre pour lisser le tout.

Fin XVIIIe siècle, on appelle hourdis ou hourdage, « la maçonnerie qui se fait avec plâtras et plâtre ou mortier en remplissage des poteaux de pan de bois, de cloisons, et entre les solives des planchers, ainsi que celle qui se fait avec des petits garnis (des petits moellons) ou avec du plâtre pur entre les ais ou tringles des cloisons à claire-voie». Le Terrasseur désigne l'ouvrier qui hourde les cloisons, les pans de bois et les planchers en terre, dans les pays où la pierre et la chaux sont rares. Par remplissage, on entend les entrevous que l'on maçonne entre les poteaux d'un pan de bois, les solives d'un plancher, ce qui se fait avec des plâtras hourdés en plâtre. Un Badigeon, c'est-à-dire de la chaux éteinte, issue du calcaire régional, qui va former une peinture. À cette dernière peuvent être rajoutés des recoupes de pierres argileuses et ferreuses écrasées passées au tamis et délayées dans de l'eau permettant de donner la couleur des oxydes ferreux contenus dans la pierre aux enduits de plâtre à l'extérieur des maisons[1];

À l'intérieur, les faces du pan de bois que l'on nomme aussi cloison, sont lattées pour les couvrir de plâtre[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Morisot J.M., Tableaux détaillés des prix de tous les ouvrages du bâtiment (charpente), Carilian, 1814.
  2. a, b et c Eugène Viollet-le-Duc. Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle. Consulter en ligne
  3. Jean-Pierre Leguay, Vivre en ville au Moyen âge, Editions Jean-paul Gisserot,‎ 2006 (lire en ligne), p. 7-13
  4. a, b et c Bibliothèque industrielle. De la charpente, comprenant les assemblages, les poutres armées, ...Stapleaux, 1852. Consulter en ligne

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Terre et bois Exemples de bâtiments en pans-de-bois en Ardenne (Belgique).