Palais du Roi de Rome

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le palais du Roi de Rome devait dominer la colline de Chaillot.
Le palais du Roi de Rome à Rambouillet par Auguste Famin. Élévation de la façade sur cour.

Le palais du Roi de Rome est la désignation de deux édifices destinés à devenir des résidences du Roi de Rome, fils de l'empereur Napoléon Ier : un immense palais, projeté par l'Empereur à Paris sur la colline de Chaillot, dominant le pont d'Iéna, qui ne verra jamais le jour, et un petit palais, édifié à Rambouillet à partir de l'ancien hôtel du Gouvernement, ancienne demeure du comte d'Angiviller, surintendant général des bâtiments du Roi.

Dès février 1811, avant la naissance de son fils, Napoléon Ier décida la construction du palais de la colline de Chaillot et le baptisa « palais du Roi de Rome ». Grandiose et magnifique, il devait être le centre d'une cité impériale administrative et militaire. Victime des prémisses puis de la chute de l'Empire, le palais de la colline de Chaillot, palais fantôme d'un héritier fantôme, ne vit jamais le jour. Il devait pourtant être, de l'aveu même de son concepteur, l'architecte Pierre-François-Léonard Fontaine, « l'ouvrage le plus vaste et le plus extraordinaire de notre siècle ».

Le petit palais de Rambouillet, prévu initialement à usage secondaire, reconstruit par Auguste Famin tel qu'on peut le voir aujourd’hui (à l'exception du pavillon dit Pavillon impérial construit en 1836), seul disponible dans l'attente de la construction du premier, reçut, à la suite des préparatifs de la campagne de Russie et des ressources de l'État diminuant, de manière officielle le titre de « palais du Roi de Rome », le 2 mars 1812, comme l'atteste le livre des attachements servant contrôle aux travaux fait sous ordre de Famin. Ainsi, le petit palais de Rambouillet, devint-il, par la force du destin, le seul édifice survivant de ce qui fut le rêve de l'Empereur pour son fils glorifié[1],[2],[Note 1].

Le Palais du roi de Rome de Chaillot[modifier | modifier le code]

Les idées de Napoléon Ier[modifier | modifier le code]

En 1810, Napoléon Ier est à l'apogée de sa puissance. Il rêve pour lui-même et pour sa dynastie d'un palais immense, « dans une position et une vue admirable »[3], d'un « kremlin cent fois plus beau que celui de Moscou »[4], d'un « monument supérieur à tous les palais passés et présents »[1], de « quelque chose qui réunisse les avantages individuels des plus célèbres palais du monde civilisé, mais qui les éclipse tous en magnificence comme en grandeur »[5].

Il songe d'abord à l'ériger à Lyon, centre géographique de l'Empire depuis la conquête de l'Italie et dont il apprécie la tranquillité. Pierre Fontaine suggère l'idée de construire ce palais sur la colline de Chaillot. Finalement, en février 1811, Napoléon Ier donne l'ordre à ses deux architectes, Charles Percier et Pierre Fontaine de lui présenter un projet pour l'embellissement du bois de Boulogne, en y ajoutant un palais qu'il destine à son fils, le roi de Rome, bâti sur le sommet de la montagne de Chaillot[6].

Les projets de Percier et Fontaine[modifier | modifier le code]

Le corps principal du palais[modifier | modifier le code]

Vue du palais du Roi de Rome depuis la Seine.

Le palais du Roi de Rome devait s'étayer en amphithéâtre sur la hauteur de Chaillot dans l'axe du pont d'Iéna, du Champ-de-Mars et de l'École militaire. En projetant de construire le corps principal du palais au sommet de la colline de Chaillot, l'objectif de Percier et Fontaine était de le mettre en valeur en même temps que la beauté du site et des vues et l'élégance des horizons. La localisation du palais permettait de faire primer l'immensité des bâtiments, des salles, des cours et des dépendances[7].

Le corps principal du palais devait être constitué d'un grand parallélogramme dont le centre aurait été occupé par une vaste salle des fêtes. Deux petites cours, ornées de fontaines, à droite et à gauche du grand salon, auraient éclairé les grands escaliers, la chapelle, la salle de spectacles et toutes les communications du service intérieur du palais.

La façade eût été imposante et longue de 400 mètres. Elle aurait été accessible par une triple rangée de rampes d'accès et aurait frappé les imaginations par l'ampleur de sa colonnade elliptique à demi close, enserrant la cour d'honneur et la salle des fêtes destinée à accueillir les rois de l'Europe, alliés de l'empereur des Français[8].

L'appartement d'honneur ou de réception aurait occupé toute la façade du midi, la façade du nord donnant sur les parterres aurait eu d'un côté l'appartement de l'empereur, de l'autre celui de l'impératrice, avec leurs dépendances. Les salons de réception et les vestibules et les antichambres auraient rempli au levant et au couchant les deux ailes en retour. Deux ailes avec un seul étage en prolongement de la façade du nord se seraient prolongées jusqu'aux entrées latérales du côté de Chaillot et de Passy. Elles auraient été destinées à l'habitation des princes français[9].

Le plan général du palais conçu en 1811 prévoyait que le palais pourrait abriter outre la cour impériale et un très nombreux personnel, 400 chevaux et 80 voitures[9].

L'accès au palais[modifier | modifier le code]

Le palais du Roi de Rome devait se situer à la jonction entre le bois de Boulogne et un vaste quartier administratif et militaire.

Percier et Fontaine ont décrit leur projet de palais dans un article de la Revue de Paris et notamment comment on y aurait accédé depuis le pont d'Iéna[10].

Selon eux , « le site et la disposition générale du palais du Roi de Rome eussent été déjà un grand avantage sur le site et la disposition de Versailles. On y serait arrivé, du côté du midi, par trois rangs de pentes douces à droite et à gauche du pont d’Iéna, jusqu’au sol de la cour d’honneur, d’où, en suivant les deux portiques circulaires à quatre rangs de colonne, de chaque côté de la cour, les voitures auraient pu aller à couvert jusqu’au pied des deux grands escaliers du palais. Entre ces colonnades et les bâtiments de service, on au d’un côté la cour des ministres, et de l’autre celle des princes. Deux grandes cours longues, entourées de bâtiments au de la première rampe, auraient été destinées, moitié aux cuisines et aux offices divisés en deux services, et moitié aux chevaux d’attelage, avec les remises, les magasins pour voitures, les chevaux de selle, les accessoires et les logements nécessaires pour les personnes attachées à la maison du prince. Le grand portique, à la hauteur de la seconde rampe, au-dessus de la cour d’honneur, aurait renfermé, pendant l’hiver, tous les orangers et les arbustes des parterres. Le portique à trois arcades, au-dessous, était le vestibule donnant entrée aux escaliers et aux corridors souterrains qui conduisaient directement au palais ; cette espèce de grotte […] était ornée de trois fontaines formant cascades, avec deux bassins servant d’abreuvoir au dehors[11]. »

Le bois de Boulogne, parc du palais[modifier | modifier le code]

Le bois de Boulogne devait être agrandi de la plaine de Longchamp[Note 2]. Annexé au palais, il devait en être le parc. Les jardins du palais du Roi de Rome devaient englober le site de l'ancien château de Madrid, les châteaux de Bagatelle et de la Muette. Ces jardins devaient s'étaler jusqu'à l'Arc de Triomphe, border la route de Saint-Germain (actuelle avenue de la Grande-Armée) et laisser la place à de spacieux bâtiments répartis de la Porte Maillot à la Muette, destinés à abriter la Faisanderie et la Ménagerie, cette dernière orientée vers les frondaisons et les profondeurs du bois de Boulogne[7].

Des appartements du palais sur la façade nord où se trouvaient les parterres et les jardins, on aurait eu pour point de vue le bois de Boulogne, qui aurait été lié aux plantations de la plaine pour former le grand parc. Près de la barrière de Chaillot, une déviation du canal de l'Ourcq devait amener les eaux dans les parties les moins élevées des parterres, dans les jardins, dans les cours des palais et dans les dépendances[12].

Deux boulevards devaient isoler le palais sur les côtés et d'immenses quinconces devaient relier les bâtiments au bois de Boulogne. Le château de la Muette, devenu le chef-lieu de la Vénerie, aurait donné entrée, du côté de Passy, à la Faisanderie puis à la Ménagerie qui se serait prolongée en suivant la largeur du bois de Boulogne jusqu'à la grande route de Neuilly près de la Porte Maillot. Le petit pavillon de Bagatelle aurait servi de rendez-vous de chasse à l'extrémité du Bois qui aurait été agrandi par l'achat et la plantation de tous les terrains entre le bois de Boulogne et la Seine[13].

Le parterre et les jardins, entourés de murs s'élevant en terrasse au-dessus du plateau de la plaine se seraient étendu jusqu'à un boulevard d'enceinte que l'on aurait franchie au moyen d'un pont couvert, ayant la forme d'un arc de triomphe pour passer dans le premier parc de la plaine et de là dans le bois de Boulogne, en traversant le Faisanderie et la Ménagerie[9].

Le Champ-de-Mars, prolongement du palais[modifier | modifier le code]

Plan du palais du Roi de Rome.

Les deux architectes de l'Empereur avaient prévu d'édifier face au Palais du Roi de Rome et aux quatre extrémités du Champ-de-Mars[14] :

  • Au levant, près de la Seine, le palais des Archives de l'État, le palais des Arts, l'université impériale, le palais du Grand maître, les habitations des professeurs émérites qui ont mérité par leurs talents la reconnaissance nationale,
  • Au couchant, près de la Seine, une grande caserne de cavalerie,
  • Au couchant, près de l'École militaire, un grand hôpital militaire,
  • Au levant, près de l'École militaire, une grande caserne d'infanterie.

Abandon du projet[modifier | modifier le code]

Par un décret du 16 février 1811, Napoléon Ier ordonna la création d'un fonds spécial pour la construction du palais du Roi de Rome[15]. Néanmoins, la retraite de Russie obligea l'empereur à réduire l'ampleur du projet puis la chute de l'Empire mit un terme à ce dessein grandiose. Percier et Fontaine ne se consoleront jamais d'avoir été empêchés par les événements d'exécuter ce projet : leur rêve eût transformé en entier les rives de la Seine ainsi que le bois de Boulogne, « et leur eût imprimé à jamais le caractère impérial »[7],[16].

Sur le site s’élèvera entre 1876 et 1935 le palais du Trocadéro, puis à partir de 1935 le palais de Chaillot.

Le Palais du Roi de Rome de Rambouillet[modifier | modifier le code]

Construit sur ordre de Louis XVI entre 1784 et 1785 par l'architecte Jacques-Jean Thévenin et le peintre Hubert Robert, l'hôtel du Gouvernement de Rambouillet fut saccagé pendant la Révolution française, puis vendu comme bien national le 6 fructidor de l'an V (1797) au député de Saint-Domingue Joseph-Yvon Paulian, en exécution de la loi du 16 brumaire de la même année. Paulian s'empressa d'en démembrer le jardin, d'en vendre le mobilier et de démolir une grande partie du bâtiment. Celui-ci n'était plus, en 1804, lorsque Paulian fut déchu, qu'une ruine qu'il fallut reconstruire. Cela fut décidé par l'Empereur en 1806 après qu'il eut fait entrer les restes bien mutilés de l'hôtel du Gouvernement dans sa liste civile par application du sénatus-consulte du 28 floréal de l'an XII (18 mai 1804).

Napoléon Ier chargea l'architecte Auguste Famin, Grand Prix de Rome 1801, élève de Charles Percier et Pierre Fontaine, d'en entreprendre la reconstruction sur la base de plans comportant de nombreux agrandissements qui, au gré des premiers revers militaires et politiques de l'année 1812, comme pour le palais de la colline de Chaillot, ne purent malheureusement jamais être réalisés.

Cette nouvelle affectation, ordonnée par l'Empereur, entraînera de nombreux changements en 1813, en particulier dans les aménagements intérieurs. Attenant au parc du château de Rambouillet, devenu rendez-vous de chasse et résidence impériale dès 1804, Napoléon Ier avait souhaité pour son fils que ce dernier, une fois plus grand, puisse résider à ses côtés, au cœur de ce domaine dont lui même appréciait particulièrement les possibilités cynégétiques. Son destin fut tout autre. Les travaux suivis par Famin sous les conseils de Fontaine qui avaient commencé le 23 septembre 1806 s'interrompirent le 6 avril 1814, date à laquelle Napoléon abdiqua. Il vit la fuite de l'impératrice Marie-Louise d'Autriche avec le Roi en 1814, les retrouvailles de cette dernière avec son père, l'empereur François Ier, venu la chercher avec son fils et la nuit de Napoléon en 1815 dans sa longue route vers Sainte-Hélène.

Il fallut effacer les marques impériales ; on s'y employa dès le mois d'août. Le maçon Jacques Goufier fit disparaître les N et les cent quarante-quatre abeilles des ornements intérieurs (remplacés par des fleurs de lys) ainsi que les aigles ornant la façade côté cour. Les serruriers burinèrent les N situés sur les huit couronnes de la grille d'entrée.

Le palais du Roi de Rome de Rambouillet, transformé en musée, abritera une des plus importantes collections napoléoniennes comportant, entre autres, un des cinq trônes de l'Empereur (avec ceux du Louvre, du château de Fontainebleau, du Sénat et du Corps législatif).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Si le « palais du Roi de Rome » de Rambouillet est en fait un grand hôtel particulier datant du règne de Louis XVI, réaménagé à la demande Napoléon sous le Premier Empire, sans aucun doute pour permettre à son fils de posséder une petite demeure à ses cotés, le projet de Chaillot correspond davantage à un palais, tel que rêvé par l'Empereur ; son lien avec le Roi de Rome est aussi plus fort, car lié à l'essence même du projet, alors que le lien entre Rambouillet et le fils de Napoléon correspond à une période très courte de l'histoire
  2. Le Second Empire fit aboutir cette extension.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Frédéric Masson, Napoléon et son fils, 1904, Paris, éd. Goupil et Cie, p. 137.
  2. Roger Wahl, Un projet de Napoléon Ier : le Palais du Roi de Rome, Neuilly-sur-Seine, 1955, p. 41.
  3. Charles Percier et Pierre-François-Léonard Fontaine, Résidences de souverains, Paris, Imprimerie et fonderie de Jules Didot l'aîné, n° 6, 1833.
  4. Jérémie Bednoît, Paris, vitrine mondiale de l'art dans : Historia du 1er juillet 2002.
  5. De Lanzac de Laborie, Paris sous Napoléon, éd. Plon, 1905, p. 195.
  6. Roger Wahl, Un projet de Napoléon Ier : le Palais du Roi de Rome, Neuilly-sur-Seine, 1955, p. 13.
  7. a, b et c Roger Wahl, Un projet de Napoléon Ier : le Palais du Roi de Rome, Neuilly-sur-Seine, 1955, p. 19.
  8. Roger Wahl, Un projet de Napoléon Ier : le Palais du Roi de Rome, Neuilly-sur-Seine, 1955, p. 29.
  9. a, b et c Roger Wahl, Un projet de Napoléon Ier : le Palais du Roi de Rome, Neuilly-sur-Seine, 1955, p. 30.
  10. Charles Percier et Pierre-François-Léonard Fontaine, Napoléon architecte, dans : La Revue de Paris, 1833, volume 49, p. 32 et 33.
  11. Roger Wahl, Un projet de Napoléon Ier : le Palais du Roi de Rome, Neuilly-sur-Seine, 1955, p. 28-29.
  12. Roger Wahl, Un projet de Napoléon Ier : le Palais du Roi de Rome, Neuilly-sur-Seine, 1955, p. 25-26.
  13. Roger Wahl, Un projet de Napoléon Ier : le Palais du Roi de Rome, Neuilly-sur-Seine, 1955, p. 28.
  14. Roger Wahl, Un projet de Napoléon Ier : le Palais du Roi de Rome, Neuilly-sur-Seine, 1955, p. 20-24.
  15. Roger Wahl, Un projet de Napoléon Ier : le Palais du Roi de Rome, Neuilly-sur-Seine, 1955, p. 33.
  16. De Lanzac de Laborie, Paris sous Napoléon, éd. Plon, 1905, p. 137.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bruno Foucart, Le Palais Rêvé de L'Aiglon, in : Connaissance des Arts, n° 425/426, Juillet-Août 1985.
  • Hans-Joachim Haassengier, Das Palais du Roi de Rome auf dem Hügel von Chaillot : Percier--Fontaine--Napoléon, dans : Volume 23 de Europäische Hochschulschriften. Reihe 28, Kunstgeschichte, éd. P. Lang, 1983.
  • Roger Wahl, Un projet de Napoléon Ier : le Palais du Roi de Rome, Neuilly-sur-Seine, 1955.
  • Édouard Driault, Napoléon architecte, éd. Presses universitaires de France, 1939.
  • Pascal Ory, Le palais de Chaillot, éd. Actes Sud, 2006.
  • Charles Percier et Pierre-François-Léonard Fontaine, Résidences de souverains, Paris, Imprimerie et fonderie de Jules Didot l'aîné, 1833.
  • Charles Percier et Pierre-François-Léonard Fontaine, Napoléon architecte, dans : La Revue de Paris, juillet 1833.
  • Chantal Waltisperger, Famin à Rambouillet : « L'architecture toscane » en pratique ? , p. 7-20, Société française d'archéologie, Bulletin Monumental, 1992, no 150-1 (Lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]