Palais de l'Industrie

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Entrée principale du palais photographié par Édouard Baldus.

Le Palais de l'Industrie et des Beaux-arts, ou plus communément Palais de l'Industrie, est un édifice construit pour l'exposition universelle de 1855 sur les Champs-Élysées à Paris. Il est l'œuvre de l'architecte Victor Viel et de l'ingénieur Alexis Barrault. Il est détruit à partir de 1896 pour laisser place au Petit Palais et au Grand Palais.

L'emblème de l'Exposition[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Exposition universelle de 1855.

Inauguré le 15 mai 1855 par Louis-Napoléon Bonaparte, récemment devenu l'empereur Napoléon III, il fut l'emblème de la première exposition universelle française. Cette exposition, qui attira plus de cinq millions de visiteurs, fut la réponse du chef de l'État français au succès de l'Exposition universelle de 1851 de Londres, célébrée notamment pour l'audace et la nouveauté de son Crystal Palace[1].

À l'inverse de la majorité des bâtiments construits à l'occasion de ces expositions, et notamment du Crystal Palace, le Palais de l'Industrie avait pour but d'offrir un cadre d'exposition pérenne, en plein cœur de Paris.

Description[modifier | modifier le code]

Localisation sur un plan de Paris, au centre d'une zone délimitée par le Rond-point des Champs-Élysées, la place de la Concorde et la Seine
Façade du Palais de l'Industrie.

Construit le long des Champs-Élysées, dans le grand carré des Jeux, dans l'axe du Palais de l'Élysée et de l'avenue de Marigny[2], le Palais de l'Industrie occupait un emplacement que la ville de Paris avait rétrocédé à l'État, en vue de sa construction, en 1852.

Il présentait une architecture rationaliste de fer et de verre tout à fait caractéristique de cette période derrière une façade en pierre de style éclectique, destinée à lui donner un caractère monumental autant qu'à en cacher la structure[3].

Ce gigantesque palais offrait une façade longue de 208 mètres[4] ornée d'un gigantesque portique en arc de triomphe ouvrant sur une grande nef centrale. La façade divisée en deux niveaux d'arcades en plein cintre était ponctuée de quatre imposants pavillons d'angle. Avec ses 47 mètres de largeur (108 mètres de profondeur en incluant la Galerie des machines), l'édifice s'étalait sur plus de deux hectares. Il était haut de 35 mètres et comportait 408 fenêtres.

La corniche supérieure du portique monumental était décorée d'un groupe sculpté par Elias Robert représentant La France distribuant des couronnes au Commerce et à l'Industrie, entouré des symboles impériaux, cartouche à l'aigle tenue par des enfants, œuvre de Georges Diebolt[5].

Le Palais de l'Industrie donnait accès par une rotonde, dite du « Panorama »[6], à la fameuse galerie annexe dite « la Galerie des Machines », immense galerie de 1 200 mètres de long pour 17 mètres de haut, courant le long des quais de Seine.

L'écrivain Amédée Achard décrit ainsi le bâtiment[7] :

« Un jour, le gouvernement eut cette idée de bâtir un palais pour l'Exposition universelle, qu'un temps on avait logée au hasard dans des baraques de planches et sous un bâtiment de carton. Il y avait justement, entre le Cours-la-Reine et l'avenue des Champs-Élysées, un grand espace vide où de paisibles rentiers jouaient aux boules et que les saltimbanques encombraient les jours de fête. On l'appelait le Carré-Marigny. On eut bientôt fait d'y conduire deux ou trois mille ouvriers, et le Palais de l'Exposition fut construit. Les portes ouvertes, et malgré l'étendue de ses proportions, on s'aperçut qu'il était trop petit ; et le monument qui devait abriter des générations d'industriels accourus de toutes les parties du monde a fait divorce avec l'Exposition universelle. Il n'est pas tout à fait inutile cependant. Au printemps, on y accroche les deux ou trois mille tableaux que les artistes vivants achèvent chaque année pour le plaisir de leurs contemporains, et de temps à autre, en été comme en automne, en hiver quelquefois, on y expose tour à tour les plus beaux produits des espèces bovines, ovines et porcines, les meilleurs élèves de tous les chenils français, les volailles les plus grasses de toutes les basses-cours nationales, et les fromages les plus savoureux de tous nos départements. »

Historique[modifier | modifier le code]

Intérieur du Palais
Palais de l'Industrie, construit pour la première exposition universelle de Paris.
Vue du bâtiment à vol d'oiseau en 1860

Officiellement baptisé « Palais de l'Industrie et des Beaux-arts », l'exposition des Beaux-arts se tenait en réalité dans un palais adjacent (V. no 16-18, avenue Montaigne). Les deux bâtiments ont donc pris les noms respectifs de « Palais de l'Industrie » et « Palais des Beaux-arts ». Ce palais était en effet destiné à abriter l'exposition d'innovations techniques et artisanales, sur quelques 21 779 stands[8]. Il servit, outre l'inauguration, aux nombreuses cérémonies de récompenses et notamment à la distribution des médailles le 15 novembre 1855, en présence d'environ 40 000 invités et d'un orchestre dirigé par Hector Berlioz. 11 000 médailles furent décernées par le Jury, auxquelles il faut ajouter 40 distinctions personnelles de la part de l'Empereur. Ces récompenses permettaient à certains d'obtenir des rentes viagères pour « services rendus à la civilisation ».

Le bâtiment sert aux expositions universelles de 1855, de 1878 et de 1889, et est utilisé pour les salons artistiques de 1857 à 1897, expositions agricoles et horticoles, concours hippiques, fêtes et cérémonies publiques… Les 16, 17 et 18 février 1896, il est le point de départ et d'arrivée du cortège carnavalesque de la Promenade du Bœuf Gras renaissant après vingt-six ans d'interruption[9]. Le 4 mai 1897, on y apporte les corps calcinés des victimes de l'incendie du Bazar de la Charité afin que les familles puissent les reconnaître.

Pour préparer l'exposition universelle de 1900, l'édifice est détruit à partir de 1896 pour laisser la place au Petit Palais et au Grand Palais. Sa disparition permet de tracer entre les deux nouveaux bâtiments, l'actuelle avenue Winston-Churchill (alors baptisée avenue Alexandre III) reliant l'Hôtel des Invalides au Palais de l'Élysée par le pont Alexandre-III et de créer ainsi une grande perspective longtemps qualifiée d'« axe républicain ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Construite entièrement de fer et de verre par l'ingénieur Joseph Paxton, cette grande « serre », constituée d'éléments préfabriqués démontables et transportables, s'éleva sur plus de 30 mètres de haut.
  2. Parallèle à la Seine, il serait aujourd'hui à cheval sur l'avenue Winston-Churchill, avec une entrée principale faisant face à la Grille du Coq du Palais de l'Élysée.
  3. De très nombreux édifices de la période correspondent à ce schéma de construction : les gares (du Nord ou d'Orsay), l'Opéra Garnier, etc.
  4. Par comparaison, celle de l'Hôtel des Invalides fait 224 mètres.
  5. Quelques vestiges de cette sculpture sont aujourd'hui conservés dans le bas du Parc de Saint-Cloud, avec un « Groupes d’enfants » de Georges Diebolt.
  6. Il s'agissait de l'ancien Panorama édifié sur les plans de Jacques Hittorff en 1839 et intégré aux bâtiments de la première exposition universelle comme salle d'exposition où étaient présentés les productions des manufactures de Sèvres et des Gobelins ainsi que les joyaux de la couronne de France.
  7. Paris-Guide par les principaux écrivains et artistes de la France, éd. Librairie Internationale, 1867
  8. Pour un total de 25 600 sur l'ensemble de l'exposition.
  9. Le cortège parcourra successivement les voies suivantes :, Bulletin municipal officiel de la ville de Paris, 9 février 1896, p. 435, 1re colonne.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Carte de presse pour entrer au palais de l'Industrie d'où part la Promenade du Bœuf Gras de 1896.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marc Gaillard, PARIS, Les Expositions Universelles de 1855 à 1937, Paris : Les Presses Franciliennes, 2003 (ISBN 2-9520091-1-2)
  • Sur les traces des Expositions universelles à Saint-Cloud, catalogue de l'exposition du musée des Avelines (25 mars au 31 mai 2009), Saint-Cloud, 2009.
  • Sur les traces des Expositions universelles de Paris-1855-1937, Éditions Parigramme, par Sylvain Ageorges.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]