Palais de Berengo

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Palais de Berengo
L'entrée de l'ancien palais impérial de Berengo, abandonné, en 2008.
L'entrée de l'ancien palais impérial de Berengo, abandonné, en 2008.
Présentation
Type Résidence d'État
Destination initiale Résidence officielle de l'empereur de Centrafrique
Destination actuelle Abandonné
Géographie
Pays Drapeau de la République centrafricaine République centrafricaine
Région Préfecture de Lobaye
Localité Bobangui
Localisation
Coordonnées 4° 02′ 38.2″ N 18° 07′ 20″ E / 4.043944, 18.1222 ()4° 02′ 38.2″ Nord 18° 07′ 20″ Est / 4.043944, 18.1222 ()  

Géolocalisation sur la carte : République centrafricaine

(Voir situation sur carte : République centrafricaine)
Palais de Berengo

Le palais de Berengo[n 1] est un ensemble de bâtiments résidentiels et agricoles choisis par Bokassa Ier pour être le centre du pouvoir de l'empire de Centrafrique à partir de 1976. Il est situé près du village de Bobangui, en République centrafricaine.

D'abord exploitation agricole de Jean-Bedel Bokassa qui est né à quelques kilomètres, le palais devient la résidence officielle du nouveau souverain à partir de son avènement impérial le 4 décembre 1976 et adopte le nom du hameau près duquel il est bâti. Sur une dizaine d'hectares se juxtaposent des bâtiments administratifs, résidentiels et agricoles où vivent en permanence l'empereur Bokassa Ier, son épouse et sa cour jusqu'à la chute du régime en septembre 1979. Après son exil en France et son retour à Bangui, l'empereur déchu est inhumé dans son ancien palais, pillé et laissé en proie à la déprédation.

Le palais de Berengo est aujourd'hui complètement abandonné et à l'état de ruines[n 2].

Contexte et origines[modifier | modifier le code]

Localisation[modifier | modifier le code]

Il est situé à 65 km au sud-ouest de Bangui, non loin du village de Bobangui où est né Jean-Bedel Bokassa. Le palais se trouve sur le territoire de l'ethnie Mbaka (en), qui fournit les sept-cents hommes de la garde impériale[1].

Le choix de Berengo[modifier | modifier le code]

Un décret impérial du 21 décembre 1976 impose le nouveau palais de Berengo comme lieu de résidence officiel du pouvoir :

« Article 1 : L'empereur, symbole de la nation centrafricaine, est tenu de résider à la cour impériale de Berengo, son domicile ancestral prescrit par la constitution. »
« Article 4 : L'empereur peut, si son calendrier le lui permet, recevoir à la cour impériale de Berengo, pendant leur séjour, les chefs d'État et de gouvernement en visite dans l'empire centrafricain[2]. »

Le choix de Berengo plutôt que Bangui comme lieu du pouvoir s'inscrit dans la continuité de l'image que peuvent avoir les Centrafricains d'un Bokassa bâtisseur[3], qui veut tout transformer[n 3]. Le nouveau souverain aurait aussi voulu se différencier de son prédécesseur, David Dacko, en faisant de Berengo la nouvelle capitale de son empire[4].

Le palais impérial (1976-1979)[modifier | modifier le code]

Organisation[modifier | modifier le code]

La résidence de l'impératrice Catherine et la cour abandonnée du palais de Berengo en 2008.

Elle est devenue résidence principale de l'empereur le 4 décembre 1976[1] Plus qu'un palais, il s'agit d'un ensemble de petites maisons entouré de bâtiments et hangars, puisque Bokassa y a fait installer des usines et entrepôts d'entreprises qu'il contrôle directement[1]. On y trouve ainsi une usine de disques et un studio d'enregistrement, une scierie dans un bâtiment en forme de B, l'usine de confection de l'une de ses épouses, les abattoirs impériaux, un cinéma, des élevages de porcs et bœufs, etc.[1]. C'est également là que Bokassa garde ses richesses et ses collections les plus diverses.

La seule route digne de ce nom du pays relie Berengo à Bangui[1].

La vie à la cour impériale de Berengo[modifier | modifier le code]

Avec l'instauration de la monarchie, le palais de Berengo, loin de n'être qu'une simple résidence, devient le véritable centre du pouvoir politique de l'empire centrafricain au détriment de la capitale Bangui où se trouvent les membres du gouvernement. Ces derniers n'ont en réalité aucun pouvoir décisionnel et sont affublés, à chaque conseil ou réunion, de membres de la cour impériale qui peuvent contrôler et juger tous les documents officiels. Cette délocalisation du pouvoir dans le palais de l'empereur est désignée par les Centrafricains comme le « gouvernement de Berengo »[5].

Bokassa impose au palais de Berengo des rituels proches d'une étiquette : tous les employés du palais se réunissent chaque matin sur la grande esplanade devant l'empereur pour évoquer les tâches de la journée[6] ; la garde impériale est passée en revue régulièrement avec cérémonial. Quelques jours avant son sacre en décembre 1977, Bokassa reçoit les journalistes français Alain Duhamel et Jean-Pierre Elkabbach qui réalisent une longue interview de leur hôte, lequel n'hésite pas pour l'occasion à répondre à leurs questions dans un salon richement décoré à la française. Le reportage de Cartes sur table montre un empereur qui se déplace dans un minibus où est inscrit « Cour impériale de Berengo » et qui passe en revue une troupe d'une vingtaine de soldats dans la cour de son palais[7].

La chute du régime[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Opération Barracuda.

Des militaires français du 1er RPIMa s'emparent du palais le jour du renversement de l'empereur le 20 septembre 1979, alors que Bokassa est en déplacement en Libye.

Le palais après la chute de l'empire[modifier | modifier le code]

Décrépitude et retour de l'empereur déchu[modifier | modifier le code]

Bokassa Ier est inhumé le 18 décembre 1996 dans son ancien palais de Berengo. Une statue et une plaque rappellent son parcours politique et militaire.

Bokassa n'a jamais accepté son renversement[8]. Dès le lendemain de l'opération Barracuda, le 23 septembre 1979, il exprime aux autorités françaises sa volonté de retourner en Centrafrique dans son ancien palais : « Nous demandons au gouvernement français de Nous renvoyer dans Notre ferme natale de Bobangui, sous la garde et la protection de l'armée française »[9]. Malgré plusieurs demandes, parfois exprimées publiquement dans la presse, Bokassa n'est pas autorisé à retourner à Berengo, ni même en République centrafricaine. La France, qui cherche à éviter toute déstabilisation du nouveau régime d'André Kolingba[10], le place même en résidence surveillée au château d'Hardricourt dans les Yvelines à partir de 1983.

À partir de 1979, le palais de Berengo tombe progressivement dans un oubli que les gouvernements successifs de la République centrafricaine ne font rien pour endiguer[11]. Le patrimoine impérial, symbole du pouvoir autocratique de Bokassa, est pillé puis abandonné.

En 1986, Bokassa réussit à s'échapper de sa résidence surveillée et rentre à Bangui, où il est immédiatement arrêté. À l'issue d'un procès en sa présence, il est de nouveau condamné à mort[n 4], peine commuée en prison à vie l'année suivante. Il est finalement gracié par le président Kolingba en 1993 et installé en résidence surveillée dans la capitale, à la « Villa Nasser », où il meurt le 3 novembre 1996 d'une crise cardiaque. Malgré sa volonté d'y finir ses jours entouré de ses nombreux enfants, Bokassa n'est jamais retourné dans son ancien palais de Berengo, où il est inhumé le 18 décembre 1996[12].

Le palais après Bokassa[modifier | modifier le code]

En avril 2014, le palais, totalement ruiné, où tout a été démantelé et vendu jusqu'aux fils de cuivre de l'installation électrique, sert de base et de refuge à quelques centaines d'hommes. Recrutés par François Bozizé, ils ont rejoint la rébellion menée par Michel Djotodia avant qu'il ne soit renversé à son tour en 2013, ces hommes ont reçu une formation militaire pour intégrer l'armée centrafricaine. Après le déclenchement de la crise centrafricaine de 2013-2014, ceux-ci se terrent dans le palais et alentour, dans l'attente d'un rétablissement de l'ordre. Considérés comme combattants de la Seleka par les habitants des environs, ils n'osent sortir de peur de se faire tuer. Ils en sont réduits à manger des rats[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. À l'époque de l'empire centrafricain, le palais est aussi désigné sous le nom de Cour impériale de Berengo (Bigo 1988, p. 151).
  2. En 2014, il sert toutefois de refuge à des combattants de la guerre civile (voir la section Le Palais de Berengo après Bokassa).
  3. Ces témoignages de Centrafricains concernent essentiellement des habitants de la région de Lobaye où se trouvait le palais de Berengo et les principaux aménagements voulus par Bokassa. Même si la plupart échouèrent, la volonté de construire de l'empereur fit « la gloire de Bokassa » (Germain 2001, p. 197).
  4. Bokassa avait déjà été condamné à mort par contumace lors d'un premier procès, en 1980.
Références
  1. a, b, c, d et e La Centrafrique et Bokassa: 1965-1979 : force et déclin d'un pouvoir personnel d'Emmanuel Germain, éditions L'Harmattan, 2000 (ISBN 9782738499943).
  2. Germain 2001, p. 133
  3. Germain 2001, p. 197
  4. Bigo 1988, p. 223
  5. Germain 2001, p. 60
  6. Faes et Smith 2000, p. ?
  7. [vidéo] « Cartes sur table : Sa Majesté Impériale Bokassa 1er, empereur de Centrafrique », de Jean Cazenave, de Jean-Pierre Elkabbach et Alain Duhamel, Antenne 2, 23 novembre 1977. (Regarder en ligne)
  8. Bigo 1988, p. 285
  9. Bigo 1988, p. 287
  10. Bigo 1988, p. 290
  11. Jean-Marie Nzekoue, Afrique : faux débats et vrais défis, Paris, L'Harmattan,‎ 2008, 310 p. (ISBN 9782296204713), p. 71
  12. Germain 2001, p. 285
  13. [radio] Claude Guibal et Éric Audra (réalisation Meta Tshiteya), Les soldats perdus de Bokassa, France Culture (reportage radiophonique) (no Le Magazine de la rédaction),‎ avril 2014 (résumé, écouter en ligne). Diffusé le 18 avril 2014 sur France Culture.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Didier Bigo, Pouvoir et obéissance en Centrafrique, Paris, Editions Karthala,‎ 1988, 341 p. (ISBN 978-2-8653-7213-3) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Cyril Bensimon, « En Centrafrique, les soldats perdus du palais de Berengo », Le Monde,‎ 27 janvier 2014 (lire en ligne)
  • Géraldine Faes et Stephen Smith, Bokassa Ier : Un empereur français, Paris, Calmann-Levy,‎ 2000, 385 p. (ISBN 978-2702130285) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Emmanuel Germain, La Centrafrique et Bokassa : 1965-1979 : force et déclin d'un pouvoir personnel, Paris, L'Harmattan,‎ 2001, 285 p. (ISBN 9782738499943) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]