Paghjella

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Le Cantu in paghjella profane et liturgique de Corse de tradition orale *
UNESCO logo.svg Patrimoine culturel immatériel
de l’humanité
Groupe L'Alba au festival TFF Rudolstadt (en) en 2008
Groupe L'Alba au festival TFF Rudolstadt (en) en 2008
Pays * Drapeau de la France France
Région * Europe et Amérique du Nord
Liste Nécessitant une sauvegarde urgente
Fiche 00315
Année d’inscription 2009
* Descriptif officiel UNESCO

La paghjella (au pluriel paghjelle) est un chant polyphonique traditionnel corse, composé de six vers de huit syllabes, où un rythme est recréé à chaque parole et engendre la poésie. Ce chant est généralement chanté par trois hommes ayant chacun un rôle prédéfini :

  • U bassu (qui représente la force) est celui qui a la voix la plus grave.
  • A seconda (qui représente la sagesse) est le chanteur principal de la polyphonie (celui qui entonne le chant).
  • A terza (qui représente la beauté) est le chanteur avec la voix la plus haute, il amène des ornementations riches plus aigües qui embellissent le chant des autres et termine l'accord.

Description[modifier | modifier le code]

La paghjella est un chant profane et non sacré, court (souvent moins de deux minutes), dont les textes sont tirés de la vie quotidienne de l'époque où ils ont été créés.

En dépit de son nom - de paghju: paire - il s'interprète à trois voix. Leur entrée se fait dans un ordre précis : d'abord la Seconda qui porte le chant, suivi par le Bassu qui vient la soutenir ; pour finir intervient la Terza qui vient ajouter ses ornements (appelés ribuccati). La paghjella est l'un des chants les plus représentatifs de la musicalité corse. Il arrive parfois que cet ordre précis soit bousculé : ainsi dans le "versu aschese" (la façon de chanter à Ascu), c'est le bassu qui commence le chant.

La transmission de la culture Corse est avant tout orale. La poésie se chantait, vibrait au rythme du cœur des hommes. On chante a cappella bien sûr, comme pour faire résonner l'écho venu de l'âme. En Corse, tout est prétexte à confier ses tourments et ses bonheurs à une mélodie. On chante surtout à plusieurs voix, pour perpétuer l'antique tradition des bergers qui entonnaient, en pleine montagne, des chants à trois voix, les paghjelle. Cependant la paghjella accorde plus d'importance à la voix qu'aux paroles. En général les paghjelle sont des chants âpres, rugueux et violents, soutenus par des voix puissantes. Cette forme de chant est caractérisée par la disposition des groupes de chanteurs, souvent en cercle étroit, et leur attitude individuelle consistant à poser une main sur l'une de leurs oreilles; cette attitude peut avoir deux raisons différentes : soit fermer l'oreille afin d'avoir un retour naturel du chant et permettre ainsi de varier son volume d'écoute en fonction des autres chanteurs, soit au contraire l'ouvrir pour mieux entendre son propre chant. Ces coutumes témoignent de l'extrême symbiose que doivent avoir ces chanteurs. Les chanteurs font preuve d'une improvisation importante, un chanteur ne chante jamais une paghjella de la même manière qu'un autre.

Des groupes comme les Nouvelles Polyphonies de Corse, composé presque uniquement de femmes, chantent des polyphonies, mais qui ne sont pas forcément des paghjelle.

Jadis, la paghjella se chantait à l'église ou durant les processions. De nos jours, elle est encore chantée très souvent dans les villages corses et plus que jamais en ville, à l'occasion de fêtes, entre autres.

Le 1er octobre 2009, la paghjella a été classée au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par le comité de sauvegarde du patrimoine immatériel de l'UNESCO, réuni à Abou Dabi[1].

Exemples[modifier | modifier le code]

Certaines façons de chanter les paghjelles sont propres à certains villages telle que la paghjella de tagliu, sermanu, et rusiu[2].

Traditionnel de Boziu[modifier | modifier le code]

À vedellu da luntanu - A le voir de loin

Pianellu mi pare un forte - Pianellu me semble être un fort

Tuttu cintu à muraglioni - Tout entouré de murailles

Per entre ci sò duie porte - Pour entrer il y a deux portes

È chjose ch'elle sò quesse - Et fermées ainsi qu'elles sont

A chì c'entre ùn pò più sorte - Celui qui y entre n'en sort plus

Traditionnel de Bustanicu[modifier | modifier le code]

Averia ancu cridutu - J'aurai même cru

Chì u mare fussi seccu - Que la mer fut assechée

E u fondu d'una casa - Et que les fondations d'une maison

Principiessi pè u tettu - Commençaient par le toit

Nanzu ch'è d'abbandunà - Plutôt que d'abandonner

Un amore cusì strettu. - Un amour aussi fort

Avertite à "Musulinu", chi hà tanta pretensione - Avertissez Musulinu qui a tant de pretention

S'ell'ùn hè più chè - S'il n'est pas plus que

Scimitu ch'ellu fia attenzione - Devenu fou qu'il fasse attention

Ch'ell'un appia da - Qu'il n'ait pas à

Ingolle a pulenda di granone. - Ingurgiter de la polenda de mais.

Traditionnel de Sermanu[modifier | modifier le code]

À voi o madamicella - A vous Mademoiselle

V'anu arrapidu lu core - Ils vous ont volé le cœur

V'anu traditu cun un basgiu - Ils vous ont trahie d'un baiser

Cum'è Ghjuda à lu Signore - Comme Judas le Seigneur

Oghje vi facenu vive - Aujourd'hui ils vous font vivre

Mezu à speranza è timore. - Entre l'espérance et la crainte

Autre exemple de paghjella Moita tradiziunale[modifier | modifier le code]

Moita nun ti piaciva

mà nesunu la disprezza

Ti piaciva l'aria frescha

delle muntagne d'Orezza

Ogni poltra chi s'affila

Vole strappà la cavezza 

Références[modifier | modifier le code]

Compléments[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Deux textes de Benoit Sarocchi :