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Péritio

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Péritio ; photomontage réalisé sous GIMP en juin 2010.

Le péritio (peryton en anglais) est un animal imaginaire maléfique, mi-oiseau et mi-cerf, au plumage bleu ou vert (souvent bicolore). Cette créature est mentionnée par l'écrivain argentin Jorge Luis Borges dans son ouvrage Le Livre des êtres imaginaires (publié la première fois en 1957 sous le titre Manual de zoología fantástica)[1], où il affirme en tenir la description d'un manuscrit médiéval maintenant perdu. Selon la légende qu'il rapporte, les péritios seraient les responsables de la chute de Rome et viendraient de l'Atlantide. Il se nourrissaient d'êtres humains, se déplaceraient en hordes et ne projetteraient pas leur propre ombre, mais des ombres de forme humaine qu'ils utiliseraient pour capturer les hommes et s'en nourrir.

Cette créature entre dans la thématique de l'ombre et du double, omniprésente dans l'œuvre de Borges. Suivant cette logique, le péritio symboliserait l'esprit de personnes mortes et égarées, ou le reflet de dieux. Il n'existe pas de source connue et antérieure au Livre des êtres imaginaires faisant explicitement référence au péritio, et cette créature a vraisemblablement été inventée par Borges dans un but d'ironie, ou en hommage à l'imagination humaine.

Depuis, le péritio a été largement repris dans les bestiaires de plusieurs jeux de rôle et les ouvrages anglo-saxons de fantasy, où il est souvent dépeint comme un cerf ailé avec des caractéristiques variables. Il fait partie de l'univers de Donjons et Dragons depuis sa première édition, ainsi que de nombreuses œuvres plus récentes.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le nom de peryton, traduit par « péritio » en français, semble être issu du latin « peritius », qui se trouve être le nom latin du quatrième mois de l'ancien calendrier macédonien[2]. Les possibles liens entre le nom de ce mois et la créature ne sont pas établis.

Mention de Borges dans le Livre des êtres imaginaires[modifier | modifier le code]

Le péritio figure pour la première fois de façon vérifiable dans l'édition originale espagnole du Livre des êtres imaginaires de Jorge Luis Borges, parue en Argentine en 1957 sous le titre de Manual de zoología fantástica, et traduite puis rééditée dans de nombreuses langues dont l'anglais et le français. Ce manuel contient les descriptions de 120 créatures issues des légendes et de la littérature.

Article détaillé : Le Livre des êtres imaginaires.

Sources[modifier | modifier le code]

L'auteur argentin affirme se référer à un manuscrit médiéval maintenant perdu pour donner sa description du péritio. Selon cet hypothétique document, la Sibylle d'Érythrées aurait prédit que la ville de Rome serait détruite par ces créatures. En l'an 640, les prophéties conservées à la bibliothèque d'Alexandrie auraient disparu dans un grand incendie, et en 671, la destruction des oracles fit disparaître la seconde source de la prophétie. Les grammairiens qui entreprirent sa restauration n'auraient jamais retrouvé la prophétie concernant le sort de Rome. Borges rapporte toutefois le texte anonyme d'un rabbin de Fès au XVIe siècle, qu'il assure être Aaron Ben Chaïm. Il décrit la rencontre de Publius Cornelius Scipio avec des péritios près du détroit de Gibraltar, entre -237 et -183, et cite le travail perdu d'érudits arabes. Le rabbin qui a préservé cette description l'aurait déposée dans la bibliothèque de l'Université de Munich, mais ce document aurait également disparu. Borges en conclut qu'il est nécessaire de trouver une nouvelle source sur le péritio[1].

Description[modifier | modifier le code]

Des fragments de l'œuvre supposée du XVIe siècle concernant les péritios sont mentionnés dans Le Livre des êtres imaginaires. Le péritio possèderait les caractéristiques physiques d'un cerf et d'un oiseau à la fois. Lui sont attribués la tête, le cou, les pattes, et les bois d'un cerf ainsi que le plumage, le corps, l'arrière, la queue et les ailes d'un grand oiseau. Il serait de couleur vert foncé ou bleu clair et habiterait l'Atlantide. Exposé au soleil, cet étrange hybride projetterait une ombre qui, au lieu d'être celle d'un cerf ailé comme on s'y attendrait, se présenterait comme celle d'un homme. Bien que l'apparence du péritio laisse supposer un régime herbivore et qu'ils se nourrissent de terre sèche, ces créatures affectionnent aussi la chair humaine, et ont la faculté de capturer les hommes en se faisant obéir de leur ombre. Il s'agirait des manifestations spirituelles de voyageurs morts loin de leurs foyers et « de la protection de leurs dieux »[1].

Scipion et ses soldats en route pour Carthage auraient été attaqués par un troupeau de péritios qui semblaient insensibles à leurs armes. Les animaux fondirent sur leurs navires et tuèrent beaucoup d'hommes en les déchirant avec leurs dents et en se vautrant dans leur sang, avant de fuir dans les hauteurs. Le résultat de la bataille n'est pas connu[1].

Symbolique[modifier | modifier le code]

La symbolique du péritio laisse supposer que ces créatures sont des âmes de meurtriers emprisonnés dans un corps de bête, ou des fantômes de marins morts[3]. De plus, ces animaux sont mentionnés en vol au-dessus de la mer Méditerranée et de ses îles pour attaquer les navires et dévorer les marins, ne peuvent être vaincus par une arme humaine, ne peuvent tuer personne avant que leur ombre ne recouvre entièrement le corps de leur victime, et ne tuent plus d'autre être humain juste après l'avoir fait, puisqu'ils sont alors apaisés « et obtiennent la faveur des dieux ». Après leur rituel macabre, les péritios deviennent l'ombre d'eux-mêmes, et sont libres de s'envoler et de vivre le restant de leur vie dans la paix. Chaque péritio devait donc tuer un homme et son âme s'en trouvait libérée, c'est, suivant cette interprétation, probablement ce qui sauva les marins accompagnant Scipion de l'anéantissement[3].

Origines[modifier | modifier le code]

Le péritio est totalement inconnu des sources classiques, la seule source connue actuellement est donc celle de Borges. L'auteur argentin, par ailleurs familier des thématiques en rapport avec le miroir, le double, l'ombre et le labyrinthe, omniprésentes dans son œuvre, l'a très probablement inventé. En effet, comme le souligne Michel Lafon, les critiques ont relevé de nombreuses « références pseudo-érudites » dans l'œuvre de Jorge Luis Borges, et il se livre également à la réécriture[4]. Suivant cette logique, l'invention du péritio serait soit un hommage à l'imagination humaine, soit une démonstration de l'ironie borgésienne[5].

Quelques sites internet avancent qu'à partir des caractéristiques morphologiques et thématiques du péritio, il semble peu probable qu'il soit une totale invention moderne[6]. Son lien possible avec des représentations de gazelles ailées (et non de cerfs), fréquentes dans l'art égyptien où elles symbolisaient l'idée de vitesse, n'est pas connu[7].

Péritio dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Le péritio fait de multiples apparitions dans des œuvres postérieures au Livre des êtres imaginaires, son apparence y variant parfois considérablement. Il peut être dépeint comme un cerf ailé, ne gardant de l'oiseau que ses ailes[Note 1] mais conserve le plus souvent la symbolique négative qui lui est attachée[Note 2]. Quelques bestiaires et romans modernes se réfèrent au péritio comme à une créature issue de légendes anciennes[8], malgré l'absence d'autre source que Borges.

Fantasy[modifier | modifier le code]

Le péritio est mentionné sporadiquement dans des œuvres littéraires, principalement de la fantasy anglo-saxonne. Il peut y avoir différentes caractéristiques, plus ou moins proches de celles qu'a mentionnées Borges. Un péritio proche de la description originale joue un rôle de méchant secondaire dans le roman de fantasy The Cinnabar Box, contrairement aux autres, ce péritio est capable de comprendre et parler le langage humain[9]. Une histoire rattachée à l'univers de Donjons et Dragons, La source obscure, troisième tome de la Trilogie des Sélénae écrite par Douglas Niles, met en scène un vol de perytons parmi l'armée de monstres démoniaques invoquée par le principal personnage antagoniste du roman[10]. Un péritio meurtrier du nom d'Orfeo est l'un des principaux antagonistes du roman de fantasy Whiskey and Water, écrit par Elizabeth Bear[11].

L'écrivain américain Gene Wolfe donne le nom de « Peryton » à une constellation dans son cycle Le Nouveau Soleil de Teur[12].

Littérature jeunesse[modifier | modifier le code]

Ces créatures se retrouvent en littérature jeunesse, où elles vivent en essaims et ont la taille d'un chat dans le roman de fantasy The Unicorn Sonata de Peter S. Beagle, tout en étant les ennemis naturels des licornes[13]. Des péritios au pelage doré et aux cornes empoisonnées attaquent le personnage principal du roman de fantasy jeunesse Fablehaven : Secrets of the Dragon Sanctuary[14]. Dans L'École des Dragons de Salamanda Drake, les pérytons sont des cerfs ailés considérés comme du gibier. Ils y sont décrits comme très rapides, mais avec une chair délicieuse[15].

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

Dans l'épisode Donald, chat sœur deux trop fée, paru en octobre 1987 aux États-Unis sous le nom de Mythological Menagerie et traduit en français dans Le Journal de Mickey n°1886, Donald Duck utilise de fausses ailes en carton pour donner à un cerf l'apparence d'un « peryton », afin d'effrayer Riri, Fifi et Loulou.

Jeux[modifier | modifier le code]

Le péritio a également inspiré l'univers du jeu, en particulier aux États-Unis. Dans le bestiaire du jeu de rôle World of Chronos, il est décrit comme vivant en hordes[16]. Une maison d'édition nommée Peryton publishing[17] a produit un jeu de rôle sous le titre de Peryton. L'apparence du monstre est similaire à celui de Donjons et Dragons[18], si ce n'est pour les ailes, semblables à celles d'une chauve-souris et non d'un oiseau[19].

Jeux vidéo[modifier | modifier le code]

Le péritio se retrouve dans les jeux vidéo puisqu'il est un ennemi commun dans la série des Star Ocean. Dans le MMORPG World of Warcraft, l'une des montures volantes chevauchées par les elfes de la nuit ressemble beaucoup à la description du péritio (tête et ailes de corbeau, cornes de cerf, partie inférieure du corps d'un cerf ou d'un cheval, couleur bleu et vert foncé[20]) bien qu'ils soient nommés des « hippogriffes ».

Dans Final Fantasy XI, un monstre commun est nommé « Peryton », mais ne ressemble que très peu à la description originale de Borges.

Donjons et Dragons[modifier | modifier le code]

Dans le bestiaire de Donjons et Dragons, le peryton figure depuis la première édition du Manuel des monstres en 1977[21]. Il s'agit d'une créature magique de type bête, possédant le corps d'un aigle géant et une tête de cerf surmontée de cornes d'obsidienne brillantes, un plumage vert foncé, une tête bleu-noir aux yeux orange pâle et des serres jaunes, il est donc différent en apparence du péritio de Borges[22], mais a probablement contribué à faire connaître la créature grâce à la grande diffusion du jeu, à ses très nombreux produits dérivés (romans, figurines, etc.) et à ses publications de décors de campagne[23].

Article détaillé : Peryton (Donjons et dragons).

Shadowrun[modifier | modifier le code]

Dans Shadowrun, le peryton est un ennemi commun, semblable à un cerf ailé doté de grandes incisives. Il mesure 1,5 m au garrot pour une envergure de 5,50 mètres et un poids de 220 kg. Il est omnivore et s'attaque parfois à l'être humain qu'il attaque en plongeant sur ses victimes depuis le ciel. Créature diurne et solitaire, il vit dans les collines d'Europe du Sud et de l'Est. Il peut provoquer des accidents et générer une « zone de silence[24] ».

Cinéma et télévision[modifier | modifier le code]

The Peryton est également le nom d'un film amateur tourné en 2005, et récompensé au 48 hours Philadelphia film project la même année pour ses effets spéciaux[25]. Dans la série d'épisodes Mospeada de Robotech, the Sentinels, Peryton est le lieu d'origine d'une race de sorciers mutants à cornes manipulant l'énergie, et nommés les perytoniens. L'espèce est humanoïde avec des têtes en forme de cône, des cornes, et deux pouces sur chaque main[26].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Comme dans Shadowrun, World of chronos et La Jeunesse de Picsou
  2. Comme dans Donjons et Dragons, Whiskey and Water, Fablehaven ou The Cinnabar Box

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Jorge Luis Borges et M. Guerrero, Le Livre des êtres imaginaires [détail des éditions], édition 1987, p.180-183
  2. (en) Henry George Liddell, Robert Scott, « Περίτιος Peritios, lune de [[janvier]] », A Greek-English Lexicon, sur http://www.perseus.tufts.edu/ (consulté le 31 décembre 2009)
  3. a et b (en) « The peryton », sur http://www.borges.pitt.edu/ (consulté le 31 décembre 2009)
  4. Lafon 1990
  5. Klein 2004, p. 72
  6. « Péryton », sur Monstropédia (consulté le 25 juin 2009).
  7. (en) eAudrey, « Peryton », sur Dave's mythical creatures and places (consulté le 19 novembre 2009)
  8. (en) Nicholas Christopher, The bestiary: a novel, Dial Press,‎ 2007, 307 p. (ISBN 9780385337366, lire en ligne), p. 306
  9. (en) Ilil Arbel, The Cinnabar Box, Virtualbookworm Publishing,‎ 2003, 132 p. (ISBN 9781589394698, lire en ligne), ch.7
  10. Douglas Niles, La séquence des Sélénae Tome 3 : La Source obscure, t. 28, Fleuve noir,‎ 1997, 243 p. (ISBN 9782265062122, présentation en ligne)
  11. (en) Elizabeth Bear, Whiskey and Water: A Novel of the Promethean Age, Roc,‎ 2009, 464 p. (ISBN 9780451462480, présentation en ligne)
  12. (en) Michael Andre-Driussi et Gene Wolfe Wolfe, Lexicon Urthus: A Dictionary for the Urth Cycle, Sirius Fiction,‎ 2008, 440 p. (ISBN 9780964279513, lire en ligne)
  13. (en) Peter S. Beagle, The unicorn sonata, Turner Pub.,‎ 1996, 154 p. (ISBN 9781570362880, lire en ligne)
  14. (en) Brandon Mull (ill. Brandon Dorman), Secrets of the Dragon Sanctuary, vol. 4 de Fablehaven, Simon & Schuster Children's Publishing,‎ 2010, 526 p. (ISBN 9781416990284, présentation en ligne)
  15. Salamanda Drake (ill. Gilly Marklew), Premier vol, vol. 1 de L'école des dragons, Hachette,‎ 2007, 333 p. (ISBN 9782012013292, présentation en ligne)
  16. (en) Mathew Krueger, World of Chronos Guidebook, Blitzprint Inc.,‎ 2008, 252 p. (ISBN 9780779502622)
  17. « Peryton publishing », sur Peryton publishing (consulté le 25 juin 2009)
  18. Péryton RPG
  19. (en) R. Christina Lea, Peryton Fantasy Roleplaying Game, Lulu.com,‎ 2006, 176 p. (ISBN 9781847284860, lire en ligne)
  20. Histoire des hippogriffes et Galerie des hippogriffes sur Wow europe, site officiel du MMORPG World of Warcraft
  21. (en) Gary Gygax, Monster manual, TSR,‎ 1977
  22. [image] Dessin d'un péryton dans Donjons et Dragons
  23. Voir par exemple Silver Marches : Forgotten Realms Supplement Series de Ed Greenwood et Jason Carl, Wizards of the Coast, 2002, (ISBN 9780786928354)
  24. « Peryton », sur Shadowrun.fr (consulté le 25 juin 2009)
  25. « The Philadelphia Project Now Part of the Philadelphia Film Festival April 8-10, 2005 », sur http://www.48hourfilm.com/ (consulté le 26 novembre 2010)
  26. Jack McKinney, World Killers, Ballantine Books,‎ 1988, 279 p. (ISBN 9780345353047), chap. 4 de The Sentinels Series, p. 140, 273-277

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Peryton (Donjons et dragons)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Source primaire
Critique borgésienne
Ouvrages mentionnant le péritio comme créature légendaire
Autres
  • Bernard Chartreux, Dernières nouvelles de la peste, vol. 15 de Collections Théâtrales, Edilig,‎ 1983, 96 p. (présentation en ligne)
  • (en) Tony Rothman, Frontiers of modern physics: new perspectives on cosmology, relativity, black holes, and extraterrestrial intelligence, Dover, coll. « Popular Science Series »,‎ 1985, 197 p. (ISBN 9780486245874)
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