Période Asuka

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La période Asuka (飛鳥時代, Asuka-jidai?) désigne la période de l'histoire japonaise qui s'écoule du milieu du VIe siècle jusqu'à 710. L'époque d'Asuka est marquée par l'arrivée du bouddhisme dans l'archipel japonais, ainsi que par l'influence de la culture coréenne et chinoise dans l'archipel.

Cette période doit son nom au village d'Asuka où les empereurs installaient parfois leur capitale. En effet, la période se caractérise par de fréquents déménagements de la Cour qui ne commencera à se fixer durablement qu'avec l'installation à Heijō, la future Nara, en 710.

Introduction du bouddhisme[modifier | modifier le code]

Selon un certain nombre d'historiens, c'est en 538 que le roi du Paekche aurait fait porter à son homologue japonais une statue de Bouddha en bronze doré, cette date marqué l'introduction symbolique du bouddhisme au Japon[1]. Le roi du Paekche cherchait, par ce don, à former une alliance contre l'état du Silla. Mais les gens de l'archipel basaient encore leur vie religieuse sur les multiples kami, qui, en principe, ne donnaient lieu à aucune représentation figurative et encore moins à une représentation anthropomorphique. De plus, les familles aristocratiques basaient leurs statuts sur leur affiliation avec ces dieux. Le Nihonshoki, indique, cependant, 552 comme date de l'apparition du bouddhisme au Japon au lieu de 538[2].

L'enracinement du bouddhisme dans les couches supérieures de la société de l'époque modifie les pratiques funéraires de l'élite qui commence à privilégier l'incinération aux fastes des grandes tombes (kofun) caractéristiques de la période Yamato, même si la construction de ceux-ci se poursuit jusqu'à la fin du VIIe siècle.

Influence étrangère[modifier | modifier le code]

Pourtant, en 538 ou 552 arrivent du Paekche des spécialistes de la médecine, de la divination et du calendrier. Les nouvelles croyances apportent avec elles d'autres innovations originaires du continent, telles qu'une métallurgie plus développée, des laques, des peintures et surtout des textes. L'usage de l'écriture au Japon, jusqu'alors réduit à quelques inscriptions sur des objets rituels, s'intensifie. Avec l’influence du bouddhisme et l’arrivée de la culture coréenne et chinoise, le Japon entre dans l’histoire. A Asuka, dans l’actuelle préfecture de Nara, s’élèvent les premiers palais officiels et les premiers temples bouddhiques, imitant les compositions architecturales de la Chine alors réunifiée sous les Sui.

L'impératrice Suiko[modifier | modifier le code]

Le prince Shōtoku et ses fils, portrait du VIIIe siècle

Les histoires japonaises conservent le souvenir d'une lutte ouverte entre deux grands clans de l'époque : le clan Soga, partisans du bouddhisme, et le clan Mononobe, partisans du shintoïsme, qui débute en 585 après la mort de l'empereur Bidatsu. Les Mononobe, partisans de l’ordre ancien, brûlent les temples à mesure que les édifient les Soga. Mais Mononobe no Moriya est tué par Soga no Umako en 587 à la bataille du mont Shigi, ce qui marque la fin de son clan.

Traditionnellement, on symbolise le triomphe des Soga par l'avènement de l'impératrice Suiko (régnant de 592-628), placée sur le trône par son oncle Soga no Umako, qui fait assassiner le précédent empereur Sushun (demi-frère de Suiko), jugé trop peu manipulable. Elle fait nommer son neveu, le prince Shōtoku, régent dès 593. Il fonde à Naniwa (Osaka) en 593 le temple des « quatre rois-gardiens » (Shi Tennō-ji)[3].

Le règne de l'impératrice Suiko et du régent Shōtoku marque le début de grandes réformes, qui ne sont en réalité qu'un processus d'alignement du Japon sur les Sui, puis des Tang.

En 592 sont créés les mot tennō et nihon, le premier signifiant "roi" et le second signifiant "à l'origine du Soleil". Ce dernier mot sert aujourd'hui à désigner le Japon. En 594 le bouddhisme devient religion officielle de la cour[4]. Le régent Shôtoku Taishi envoie des ambassades en Chine en 600, 607[3] et 614.

En 603, l'impératrice Suiko et son neveu le prince Shōtoku instituent douze degrés de coiffures, qui avaient pour but de voir clairement le rang, et par conséquent la fonction des principaux personnages de la Cour. Et puisque ceux-ci appartiennent à de grands clans, ces douze degrés permettent une hiérarchisation des clans et de les insérer dans un réseau d'obéissance. C'est l'émergence d'une forme de pouvoir de l'État japonais[5].

L'année suivante, l'impératrice définit une norme de la morale grâce à la fameuse Constitution aux 17 articles, promulguée le (Jushichi jo kempô)[6]. Elle réforme la hiérarchie des échelons des fonctionnaires en fonction des principes confucéens. Le souverain du Yamato obtient une dignité comparable à celle d’un « empereur » et d’un « fils du Ciel ». Le bouddhisme est proclamé religion d'État. Shōtoku favorise cette religion et la sinisation de l’élite, mais la tentative de centraliser le pouvoir menée par le prince échoue.

La réforme de Taika et la période Hakuhō (645-710)[modifier | modifier le code]

Bodhisattva Maitreya pensif. Statuette en bronze doré de la période de Hakuho, VIIe siècle. Musée national de Tokyo. Certains chercheurs ont suggéré qu'elle aurait pu être fabriquée en Corée au cours de la période des Trois Royaumes
Articles détaillés : Réforme de Taika, Ère Taika et Période Hakuhō.

Le [7], le prince Naka no Ôe, le futur empereur Tenji (668) et Nakatomi no Kamatari (le fondateur du clan Fujiwara) dirigent un complot contre le clan Soga. Ils assassinent Soga no Iruka, coupable d’avoir installé sur le trône, entre autres, une femme, veuve d’un précèdent empereur décédé. Ils cherchent à instaurer des réformes pour mettre fin à l’hégémonie des clans : Réformes agraire et administrative, libération des esclaves suivant le modèle chinois. Le clan des Nakatomi s'empare du pouvoir[8].

La centralisation étatique se renforce peu à peu ; sous l'empereur Kōtoku la réforme de Taika (645-649) en définit les caractères et de grands codes en posent les bases juridiques. Impôts, répartition des terres, catégories socioprofessionnelles sont établis sur le modèle Tang et une grande capitale, Heijōkyō, dont l’actuelle Nara n’est que le faubourg oriental, est tracée à l’imitation de la Chang'an chinoise. Des palais et de grands sanctuaires bouddhiques y sont édifiés selon le style du continent. Un édit somptuaire sur les sépultures met fin à la construction des kofun. Le gouvernement favorise la construction des temples au détriment des tombes. Les morts sont incinérés selon la tradition bouddhique.

Les réformes aboutissent en 649 à la création d’une administration en huit départements. En 652 le gouvernement redistribue la terre à grande échelle dans la région de la capitale[9].

Des savants et techniciens coréens puis chinois viennent enseigner le tissage de la soie, l’orfèvrerie, l’art de la laque et la charpenterie, et, progressivement, la culture continentale pénètre tous les aspects de la vie publique : écriture, arts, techniques. L’imitation de la Chine, l’atmosphère de foi bouddhique font de ces années le premier âge d’or de l’art japonais. La grande famille des Fujiwara prend une influence durable à la cour tandis que le clergé bouddhiste devient omniprésent.

Certains historiens suggèrent que les « grandes réformes » n’ont pas eu lieu à ce moment et qu'elles sont une invention des hommes qui un siècle plus tard adapteront à l’archipel l’appareil juridique chinois (ritsu-ryo). D’autres affirment que les Soga, comme tous les grands ministres et empereurs du VIe et VIIe siècle, sont des Coréens. Il est sûr que le Japon de cette époque est une mosaïque ethnique et culturelle complexe, et que de nombreuses communautés se superposent : groupes peuplant l’archipel depuis l’Antiquité et parvenus à des degrés divers de l’évolution technologique, émigrés (kikajin) fuyant les conflits incessants de la Corée et les régions du nord-est de la Chine alors en état de grande instabilité politique.

L’époque est celle d’une transformation des élites : celles d’autrefois, fondées sur les clans (uji) émergents depuis la fin de l’âge de Fer et liées au culte des dieux du vieux Japon d’avant le Bouddhisme, cèdent la place à de nouvelles familles en pleine ascension sociale (kuge), tirant leur prestige et leur autorité de leur capacité de gouverner et d’exercer des charges, inscrite dans un système apte à faire rentrer régulièrement des impôts. Le plus souvent les uji se transforment en kuge.

Après la mort de Kōtoku en 654, sa sœur Kōgyoku règne de nouveau sous le nom de Saimei. Son fils, le prince héritier Naka no Ōe continue de gouverner le pays. L'impératrice Saimei meurt le alors qu'elle se préparait à conduire les troupes japonaises pour soutenir le royaume coréen de Paekche attaqué par le Silla et la Chine[10]. Naka no Ōe envoie en 663 une armée commandée par Abe no Hirafu pour soutenir le royaume de Paekche, mais elle est écrasée par le royaume rival de Silla, appuyé par la Chine sur la rivière Baekgang à la bataille de Hakusukinoe.

Naka no Ōe commence son règne sous le nom de Tenji en 668. Il organise le premier recensement de la population, standardise le registre des familles nobles et établit un code juridique en vingt-deux volumes (code d’Ômi). Après sa mort le le prince Ōtomo se proclame empereur du Japon[11]. Dès le mois de juin, la Guerre de Jinshin, guerre civile de succession impériale, éclate entre Ōtomo et son oncle le prince Ō-ama[12]. Ōtomo, vaincu se suicide le 21 août (nom posthume Kōbun)[13], et son oncle règne sous le nom de Temmu (673-686). Il est selon la tradition le grand réorganisateur de l’État selon le modèle chinois.

Tenmu décide de bâtir une cité-capitale selon un plan directeur à grille géométrique. La Cour doit s’y installer ainsi que les divers rouages des gouvernements civils, religieux, centraux et provinciaux. Un réseau de route reliant les provinces à la capitale est prévu. Fujiwara-kyō est inaugurée en 694 par l'impératrice Jitō[14].

Sous son règne est instituée une réforme agraire conçue selon le principe chinois de l’alternance : les terres affectées à la culture des plantes annuelles tournent régulièrement, afin que les mêmes agriculteurs ne bénéficient pas toujours des meilleurs champs. Des cadastres sont établis à l’échelle du village, la population est recensée et des lots précaires sont attribués en fonction du nombre de bouche à nourrir. Ce système permet une meilleure rentabilité de l’impôt, les hommes devant fournir des céréales et les femmes des rouleaux de soie[15].

À sa mort le , son épouse l'impératrice consort Jitō prend le pouvoir à la place de son fils le prince héritier Kusakabe (686-697). Le prince Ōtsu, fils de l'empereur Tenji, est arrêté avec une trentaine de personnes soupçonnées de complot. Il se suicide[16]. Jitō promulgue le code Asuka Kiyomihara en 689.

Son petit-fils Mommu (697-707) promulgue un grand recueil de lois sur le modèle chinois, le code de Taihō (701-702)[17]. Une haute école médicale avec polyclinique est fondée dans la capitale (ouverture en 703)[18]. À la mort de Mommu en 707 est célébré le dernier mogari, rite funéraire en l'honneur du souverain antérieur au bouddhisme[19]. L'impératrice Gemmei règne jusqu'en 715. En 708 le Japon commence à frapper sa première monnaie de bronze[20].En 710, la capitale est transférée de Fujiwara-kyō à Heijō-kyō, ce qui ouvre l'époque de Nara (fin en 794).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sampa Biswas, Indian Influence on the Art of Japan, Northern Book Centre,‎ 2009 (ISBN 8172112696, lire en ligne)
  2. Kenneth W. Morgan, The Path of the Buddha : Buddhism Interpreted by Buddhists, Motilal Banarsidass Publ.,‎ 1986 (ISBN 8120800303, lire en ligne)
  3. a et b Louis Frédéric, Japan encyclopedia, Harvard University Press,‎ 2005 (ISBN 0674017536, lire en ligne)
  4. Éric Faure, Les fêtes traditionnelles à Kyôto: un voyage dans les traditions de l'ancien Japon, Editions L'Harmattan,‎ 2003 (ISBN 2747554511, lire en ligne)
  5. Seiichi Iwao, Teizō Iyanaga, Dictionnaire historique du Japon, Volume I, Maisonneuve & Larose,‎ 2002 (ISBN 9782706815751, lire en ligne)
  6. Alex Wayman, Hideko Wayman, The lion's roar of Queen Śrīmālā : a Buddhist scripture on the Tathāgatagarbha theory, Columbia University Press,‎ 1974 (ISBN 0231037260, lire en ligne)
  7. Ivan Morris I., La noblesse de l'échec: les héros tragiques de l'histoire du Japon, Holt, Rinehart and Winston,‎ 1975 (ISBN 003010811X)
  8. Seiichi Iwao, Dictionnaire historique du Japon, Volume 2, Maisonneuve & Larose,‎ 2002 (ISBN 9782706816321, lire en ligne)
  9. John Whitney Hall, El imperio japonés, Siglo XXI de España Editores,‎ 1993 (ISBN 9788432301728, lire en ligne)
  10. John Whitney Hall, Delmer M. Brown, Marius B. Jansen The Cambridge History of Japan Cambridge University Press, 1993 (ISBN 0521223520 et 9780521223522)
  11. A Waka Anthology, par Edwin A. Cranston Stanford University Press, 1998 (ISBN 0804731578 et 9780804731577)
  12. The emergence of Japanese kingship, par Joan R. Piggott Stanford University Press, 1997 (ISBN 0804728321 et 9780804728324)
  13. Le 23e jour du 7e mois Imperial politics and symbolics in ancient Japan, par Herman Ooms University of Hawaii Press, 2008 (ISBN 0824832353 et 9780824832353)
  14. Imperial politics and symbolics in ancient Japan, par Herman Ooms University of Hawaii Press, 2008 (ISBN 0824832353 et 9780824832353)
  15. Histoire universelle, par René Grousset, Émile G. Léonard Éditeur Gallimard, 1956
  16. Dictionnaire historique du Japon, par Seiichi Iwao, Teizō Iyanaga
  17. R. H. P. Mason, John Godwin Caiger A history of Japan Tuttle Publishing, 1997 (ISBN 080482097X et 9780804820974)
  18. Jan van Alphen, Anthony Aris, Florène Cramant MEDECINES ORIENTALES Editions Olizane, 1998 (ISBN 2880861950 et 9782880861957)
  19. François Macé La mort et les funérailles dans le Japon ancien Publications orientalistes de France, 1986 (ISBN 2716902143 et 9782716902144)
  20. Dennis Owen Flynn, Arturo Giráldez, Richard Von Glahn Global connections and monetary history, 1470-1800 Ashgate Publishing, Ltd., 2003 (ISBN 075463213X et 9780754632139)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]